TOOL « Fear Inoculum », trois mois après sa sortie, par Marina Zborowski

Ecrire sur un album – que dis-je, THE album – qui a déjà fait couler des litres d’encre sur la toile, c’est prendre le risque à la fois de répéter une énième fois tous les éloges dont il a déjà été couvert et de contredire à nouveau les quelques critiques négatives à son encontre (si tant est qu’elles existent… en toute objectivité bien sûr !). Mais lorsque l’on m’a suggéré de déclarer mon amour à Fear Inoculum sur ce blog, et à TOOL dans son ensemble, impossible de résister à la tentation ! Une belle occasion de saluer, trois mois après sa sortie, un véritable chef-d’œuvre aujourd’hui en tête du classement des 25 meilleurs albums de l’année de ​Revolver et carrément nommé dans deux catégories aux ​Grammy Awards (meilleure chanson rock avec « Fear Inoculum » et meilleure performance metal avec « 7empest« ). Une explosion de reconnaissance qui ne change rien au fait que la musique de TOOL reste pour moi la plus unique, la plus profonde et la plus intelligente qui existe. Forever. Voici donc un petit récit rétrospectif de mes retrouvailles avec TOOL il y a déjà trois mois, histoire de donner envie aux derniers irréductibles qui n’ont pas encore écouté ce joyau de ne plus attendre une seconde de plus.

Inutile de préciser que le 30 août 2019 s’est tout de suite imposé à mes yeux comme le plus beau jour de l’année dès lors qu’il a été associé à la sortie de l’album que j’attendais le plus depuis des années, le nouveau TOOL, treize ans après la sortie de 10 000 Days. Enfin ! A l’annonce de cette nouvelle presque inespérée, je sais déjà que les dernières semaines d’attente seront en fait les plus longues. Le « be patient » du troisième titre de Lateralus devient ma devise de l’été. Heureusement, début août, l’arrivée – vraiment inespérée, pour le coup ! – de tous les albums de TOOL sur les plateformes de streaming, à l’exception du pourtant divin coffret Salival, et un avant-goût de 10 minutes et vingt secondes nommé « Fear Inoculum » permettent d’apaiser quelque peu mon impatience : they are definitely back in the game ! Évidemment, le jour de la sortie du nouveau single, impossible de lâcher mon casque. Je l’écoute une fois, puis dix, puis trente fois… C’est beau, c’est chaud, c’est mystérieux, c’est hypnotisant. C’est du grand TOOL. Vivement la suite !

Le 30 août, le moment fatidique de la tentation arrive : minuit sonne et ça y est, le nouvel album débarque sur les plateformes. Hors de question de craquer, j’ai pré-réservé mon précieux et je découvrirai l’album le lendemain matin. Mes enceintes n’ont qu’à bien se tenir ! Et c’est là que vient le moment de restituer mon ressenti à la découverte de chaque morceau de l’album. Un ressenti identique trois mois après la parution de l’album, même après des centaines d’écoute, car il faut bien tout ce temps pour saisir les innombrables subtilités d’un tel album.

« ​Fear Inoculum​ », le premier titre, qui donne aussi son nom à l’album et que je connais déjà par cœur, prend immédiatement une tout autre couleur en ouverture de ce nouvel opus. Forcément, chaque album de TOOL a toujours fonctionné comme un tout qu’il convient de savourer d’un bout à l’autre, sans déconnecter les morceaux les uns des autres. Et ça tombe bien, car ce sont près de 85 minutes de musique qui m’attendent, sans les interludes, que je découvrirai plus tard avec la version numérique de l’album. Fascinée par le packaging de ce nouveau bijou, je redécouvre donc tranquillement le single de l’album en sachant qu’il va m’introduire à un univers à la fois parfaitement familier et complètement à part.

CREDIT PHOTO Marina_Z

L’émotion est telle que la découverte du deuxième titre, « ​Pneuma​ », est euphorisante. Je renoue sans plus attendre avec ce crescendo émotionnel que TOOL maîtrise à la perfection. Je suis subjuguée par le riff qui s’installe doucement à 1’15, puis par l’arrivée de la batterie à 1’34 et enfin par la douce irruption de la voix de Maynard James Keenan à 2’06. J’atteins les 2’45 d’écoute et là, naturellement, c’est le surgissement de larmes. Impossible de les retenir à la découverte du couplet qui suit:

« ​We are will and wonder / Bound to recall, remember / We are born of one breath, one word / We are all one spark, sun becoming ​ « 

Je me laisse séduire par la puissance chamanique du texte et du chant de MJK. A peine rendue à la moitié de « Pneuma« , je peux déjà affirmer qu’il s’agit là d’un des plus beaux morceaux écrits par TOOL. Les roulements de batterie de Danny Carey qui s’enchaînent à partir de 5’48 ne font que le confirmer. On navigue avec plaisir entre les réminiscences du merveilleux Lateralus et celles du non moins magnifique 10 000 Days. Et pourtant, ce titre ne ressemble à aucun autre. Les larmes explosent à nouveau avec le retour à la fois aérien et puissant du mot « Pneuma » à la dixième minute. L’apothéose. Et ce n’est que le deuxième titre de l’album !
Envoûtée, j’essaie de me recentrer pour profiter pleinement du titre suivant, « Invincible​”, dont j’ai déjà entendu parler car il a déjà été joué en live plusieurs fois. Et quelle claque !! On a envie de suivre Maynard et de se fondre dans la peau de l’un des « warriors » dont l’invincibilité est scandée au gré de cette composition musicale exceptionnellement maîtrisée. La montée en puissance du morceau, qui s’intensifie à 9’35 pour mettre en exergue la splendide harmonie entre tous les instruments, est absolument magnifique et me rend dingue jusqu’à la fin du morceau.
« ​Descending​ » n’est clairement pas en reste avec sa belle dose de mystère, sa puissance progressive, sa construction tout aussi méticuleuse que les morceaux précédents. Comme sur « Invincible« , le pré-final (cet instant merveilleux entre 9’28 et 10’34) est tellement majestueux qu’il est presque impossible de le définir, tant il parvient à être à la fois sombre et lumineux, étrangement raffiné, à l’image de l’intégralité du morceau d’ailleurs. À ce niveau-là, c’est carrément de la magie et les mots me manquent !
Et je ne suis pas au bout de mes surprises. « ​Culling Voices​ » débarque avec toute sa finesse, ses nuances, sa délicatesse… La voix de Maynard James Keenan est particulièrement envoûtante sur l’intégralité du morceau. J’ai soudainement envie de remercier chaque jour cette voix d’exister (certes, je le fais déjà depuis dix-sept ans) ! Le titre est d’une douceur incroyable. Impossible de ne pas frémir sur le « ​Don’t you dare point that at me » susurré à la fin du morceau: je défie quiconque de prétendre le contraire après avoir écouté ce morceau au casque !

« ​Chocolate Chip Trip​ », le titre suivant, est l’ovni de l’album (il y a toujours un ovni dans un album de TOOL !). Ce trip au chocolat de Danny Carey, né d’une histoire de cookies aux pépites de chocolat en studio, est tout simplement fabuleux. Le son de la batterie est complètement dingue. On le sait déjà, mais le fait de la mettre complètement au premier plan la rend encore plus sublime. Le bouquet final (entre 3’48 et 4’00) est époustouflant de folie et de beauté. Le genre de morceau que tu rêves de vivre en live et qui te donne envie d’apprendre à jouer de la batterie tout de suite !

Enfin, que dire du fascinant « ​7empest​ », qui vient clore l’album de la manière la plus brillante qui soit ? On veut d’autres titres qui déchirent comme ça, encore et encore ! On est dans la lignée du sublime « Rosetta Stoned » de l’album précédent, mais c’est encore plus fou, encore plus impeccable. C’est un immense bonheur. La basse de Justin Chancellor est belle, omniprésente, captivante. La batterie de Danny Carey est belle, déchaînée, exceptionnelle. La voix de Maynard est belle, enragée, ensorcelante. La guitare d’Adam Jones est belle, magique, au-delà du réel (ce solo magistral… inoubliable !). La puissance et l’efficacité des rythmes sont implacables ; le chant intervient toujours exactement au bon moment et donne du relief à un morceau déjà vertigineux et irrésistible. Et les paroles tiennent évidemment leurs promesses. J’ai adoré entendre « Keep calm. Keepin it calm. Keep calm. » en guise d’introduction alors que j’étais en pleine hystérie émotionnelle ! Ce dernier titre déborde de créativité et met en lumière le génie de chacun des membres du groupe, qui bien qu’il ne soit plus à prouver, continue à nous surprendre. Je ne veux plus que l’album s’arrête et je sens le besoin irrépressible de réécouter ces 15 minutes incroyablement géniales. Et c’est désormais ainsi que je savoure le chef-d’œuvre de l’année, en réécoutant une deuxième fois « 7empest » à chaque fois que je termine l’album.

A la fin de mes retrouvailles avec TOOL, je suis sous emprise et il me faut immédiatement une autre dose de Fear Inoculum. Au final j’écoute l’album six fois dans la seule journée du 30 août. L’équilibre entre les instruments et la voix est tellement parfait. Chaque titre est construit avec soin, alternant brillamment douceur et puissance. C’est décidé : désormais, je vis et je dors avec Fear Inoculum et je ne veux plus jamais quitter cet univers. Je ne veux plus lâcher ces sept morceaux et leurs interludes qui m’ont fait éternellement chavirer dans un feu d’artifice d’émotions. Je veux m’imprégner de ces rythmes inouïs, de ce son extraordinaire, ressentir à nouveau ces frissons incontrôlables.

TOOL I’ll follow you wherever you go.

Et pour finir de convaincre les derniers irréductibles : TOOL, c’est le groupe dont on peut connaître tous les titres par cœur – parce qu’il est impossible de s’en lasser – tout en redécouvrant chaque titre à l’infini, même après des milliers d’écoutes. Un riff, une cymbale, un mot… Chaque son a beau être familier, il est toujours différent, toujours nouveau. Il est impossible de déceler tous les secrets enfouis dans un titre de TOOL, et c’est bien en cela que réside l’art de la perfection qui définit ce groupe. Chaque album réussit la prouesse quasiment impossible de surpasser le précédent alors que ce dernier était déjà parfait. Et Fear Inoculum ne déroge vraiment pas à la règle !!

Liste des titres

1 – Fear Inoculum

2 – Pneuma

3 – Litanie Contre La Peur

4 – Invincible

5 – Legion Inoculant

6 – Descending

7 – Culling Voices

8 – Chocolate Chip Trip

9 – 7empest

10 – Mockingbeat

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