OZZY OSBOURNE « Ordinary Man », par Alexis Cro-Mags

Deux options s’offrent au public pour appréhender la sortie de ce nouvel épisode discographique d’Ozzy Osbourne, probable ultime album du Madman. La première consiste à n’y voir qu’un album supplémentaire, niché au milieu d’une riche discographie, bâtie d’albums incontournablement touchés par la grâce divine, autant que de disques franchement dispensables. Dans ce cas, la chronique d’une telle sortie tournerait assez court. La seconde option repose sur l’idée même de concevoir Ordinary Man tel qu’il apparaît après plus de 50 ans de carrière, le probable testament artistique d’un homme au bout d’une vie invraisemblable, connue de toutes et tous, revenu d’à peu près tout et n’ayant plus grand chose à prouver à qui que ce soit. Ozzy Osbourne, c’est d’abord et avant tout une marque de fabrique ; les mauvaises langues, et elles sont nombreuses, ajouteront « une multinationale ». Cette voix nasillarde et plaintive a su attirer à elle la sympathie et l’adhésion du plus grand nombre, à coups de provocations, de déboires, mais aussi et surtout de titres inscrits dans la mémoire collective, qu’ils soient parus sous son nom propre ou au sein de la formation qui a tant fait sa renommée, BLACK SABBATH. Si le personnage Ozzy a longtemps pris la quasi intégralité de l’espace médiatique – rien de plus normal en somme, il serait bien inopportun de passer sous silence le capital sympathie dont dispose John, son autre soi, outrageusement attachant, le mari aimant quoique souvent instable, le père de famille inquiet, souvent déconcertant de franchise dans ses réflexions sur ce qui l’entourne autant que sur lui-même, terriblement drôle car doté d’une autodérision sans limite. Les amateurs de metal, autant que les fans de rock au sens le plus large du terme, vivent avec Ozzy Osbourne depuis 50 ans. Alors voilà, le père Osbourne a 71 ans et annonce être atteint d’une malade dégénérative. Depuis une sacrée paire d’années, semble-t-il. Ozzy qui semblait insubmersible malgré les excès, les fractures à répétitions et autres aléas de la vie d’une rockstar toujours au bord de la rupture, a récemment laissé place à la réapparition de John, l’homme, à la télévision, tellement loin de l’encombrant siamois Ozzy, assis comme un petit garçon apeuré aux côtés de sa femme et manageuse Sharon, annonçant, non sans une émotion certaine, être dans l’incapacité momentanée (définitive?) d’assurer et de poursuivre sereinement ce que représente sa vie de musicien, la scène et tout ce qui l’enjole. Malgré tout, le plus emblématique des chanteurs de BLACK SABBATH a su prendre sur lui afin d’accoucher d’un album que l’on suppose avoir été élaboré en grande partie par de nombreux intervenants extérieurs et supplémentaires à sa Seigneurie de Birmingham. Doté d’un line-up inédit et plutôt prestigieux sur le papier, les rangs semblent s’être resserrés autour du Madman pour faire corps avec lui. Il nous est donc offert l’album d’un artiste à l’hiver de sa carrière artistique autant que celui d’un homme à la santé déclinante, cette fois-ci de manière officielle. Sans doute faut-il appréhender cet Ordinary Man tel qu’il se présente à nous. Un album crépusculaire, presque testamentaire, dont les émotions prenantes le temps des ballades sont palpables et touchantes. Si la musique d’Ozzy Osbourne n’a jamais brillé par sa jovialité mais plutôt par une euphorie contagieuse, il se dégage de cet album une forme de dramaturgie parfaitement incarnée par le maladif chanteur, alternant moments de spleen mélodieux pur avec des parties miraculeusement lourdes, voire rapides, et sacrément boostées par une section rythmique de premier ordre. Certains réactionnaires argueront que les ballades sont bien trop nombreuses et que manque à l’appel bon nombre de riffs « eighties-like » ou « Wylde-like ». Sans doute n’auront-ils pas forcément tort mais là où le nouvel album éclipse quelque peu une manière de composer passéiste, il est en revanche à chercher l’essence des compositions dans la légende antédiluvienne du bonhomme, inscrite dans le marbre entre 1970 et 1975. Comment ne pas retrouver avec plaisir cette alternance ballade astronomique / riffs plombés au sein d’un même titre, doté d’une production puissante et raffinée. Les clins d’oeil au glorieux passé d’Osbourne sont nombreux, que ce soit en solitaire ou au sein de BLACK SABBATH. « Rien de neuf ! », diront certains. Pas faux. Ceci dit, IRON MAIDEN fait-il du neuf depuis 1988 ? JUDAS PRIEST fait-il autre chose que du PRIEST ? Depuis combien d’années ACCEPT n’a plus bougé d’un iota ? Et AC/DC, on en parle ? Les exemples sont nombreux, avouons-le, pour ne pas dire inépuisables. Là où les précédents albums du Madman souffraient d’un sérieux manque d’inspiration, de recul et, dans certains cas, d’une production satisfaisante, Ordinary Man offre une mise en son à la fois moderne tout en s’inscrivant dans la tradition de ses meilleures productions, loin de certains effets peu désirables et flatteurs utilisés il y a encore 10 ou 15 ans. Certes, l’album n’est pas parfait, loin s’en faut – le dernier titre de l’album et le bonus track en témoignent médiocrement, mais il a le mérite de renouer avec un format classique de composition, sans autre considération que celle d’une homme âgé, affecté moralement, psychologiquement et bien sûr physiquement, vocalement poignant et conscient d’être arrivé à la fin d’un voyage tentaculaire dont lui-même ne parvient toujours pas à croire qu’il fut sien. Restera le dernier, de voyage. Le grand. Ce jour-là, le monde de la musique aura perdu une autre de ses figures tutélaires, sauf qu’en plus de dire au revoir à cette voix unique et captivante, nous perdrons un homme bouleversant de sincérité et si attendrissant qu’aucun être dyslexique à la démarche chaloupeuse, drogué et alcoolique, ne parviendra à incarner mieux qu’Ozzy Osbourne ne l’a jamais fait. Parce qu’il convient de rester simplement humain et conserver son âme d’enfant pour espérer, peut-être, atteindre le firmament des très grands. Et Ozzy l’est assurément, humain, espiègle et enfantin.

Liste des titres

1 – Straight To Hell

2 – All My Life

3 – Goodbye

4 – Ordinary Man

5 – Under The Graveyard

6 – Eat Me

7 – Today Is The End

8 – Scary Little Green Men

9 – Holy For Tonight

10 – It’s Raid

11 – Take What You Want (titre bonus)

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SOS – Rock cherche icônes !!

2016 vient de s’achever, 2017 vient à peine de commencer et mon constat est invariablement le même depuis quelques années ; où sont les prochaines icônes de notre bon vieux rock ?

Hey, réveillez-vous, sortez de votre trou, sortez basse, batterie, six cordes et vendez-nous du rêve que diable ! Continuer la lecture de SOS – Rock cherche icônes !!

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Wyld de maîtres

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Formation de la région parisienne aux multiples influences, WYLD sort ici son premier album véritable, après un « Stoned » hippie…EP de belle facture paru il y a maintenant deux ans. Trois des quatre chansons de ce premier essai figurent sur le disque qui nous intéresse aujourd’hui, éponyme. Avant même de débuter la première écoute, difficile de rester insensible à la pochette absolument somptueuse, signée Sébastien Hue, qui résume assez bien l’univers des compositions de WYLD. Un coucher de soleil magnifique sur une vallée désertique au milieu de laquelle se trouve ce qui semble être une usine sidérurgique semblable à celles ayant bercé les membres de BLACK SABBATH ou JUDAS PRIEST à Birmingham. Continuer la lecture de Wyld de maîtres

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