CONVERGE + TERROR + SECT + FANGE @La Machine du Moulin Rouge – 3 juillet 2019

681 jours. C’est le temps qu’il a fallu attendre pour voir CONVERGE retourner une salle de concert parisienne. Un an et dix mois depuis le concert du Trabendo, à l’occasion de la tournée de promotionnelle de The Dusk In Us (2017), dernier album en date du groupe qui ne sortait pourtant que trois mois plus tard. Cette fois ci, c’est à la Machine du Moulin Rouge que les hostilités ont lieu. Compte-rendu d’une soirée intense.

Si le dernier concert de CONVERGE à Paris proposait une affiche vraiment extrême en compagnie de GORGUTS, HAVOK et REVOCATION, le cru 2019 s’est montré plus éclectique. C’est le groupe Français FANGE, remplaçant CANDY initialement prévu, qui a la tâche d’ouvrir les débats dans une salle relativement vide, mais qui accrochera vite au style sludge rageur du quartet. Le chanteur et le bassiste passeront la demi-heure du concert à se taper, se cracher dessus… et à s’étrangler. Une prestation puissante, mais un son vraiment dégueulasse qui ne les a pas servis. Le groupe a quand-même suffisamment aiguisé ma curiosité pour que j’aille jeter une oreille sur l’album de ce groupe.

On découvre ensuite SECT, un groupe US produit par Kurt Ballou (CONVERGE). « Super groupe » composé d’anciens membres d’EARTH CRISIS, FALL OUT BOY et CURSED, les Américains perpétuent la tradition du hardcore straight edge avec des morceaux rapides et nerveux, entrecoupés de grosses mosh part qui retourneraient n’importe quel pit surchauffé.

Scott Vogel terror live 3 juillet 2019
CREDIT PHOTO JULIEN MASSON

L’ambiance monte carrément d’un cran quant Scott Vogel, le charismatique chanteur de TERROR débarque sur scène. Autant sur album je ne suis pas fan, mais sur scène, quelle efficacité ! Les tubes s’enchaînent. C’est compact, efficace et ça va droit au but. Vogel fait monter la pression, invite le public à tout donner, et la réponse est immédiate. Un festival de slams, d’open mic, de circle pit. L’abécédaire du hardcore comme on l’aime : généreux et efficace. Un grand bravo à eux car j’ai vraiment pris une claque.

Terror live 3 juillet 2019
CREDIT PHOTO JULIEN MASSON

Maintenant que les 800 personnes entassées dans la Machine sont bien chauffées à blanc, il est temps pour les vétérans du Massachusetts de monter sur scène. Jane Doe fait son apparition en fond de scène sur l’énorme backdrop. Votre serviteur – dont CONVERGE reste le groupe préféré – vient se poster « front row » pour profiter au maximum de la grande messe.

Nate Newton converge 3 juillet 2019
CREDIT PHOTO JULIEN MASSON

CONVERGE entame son set avec « A Single Tear », le morceau qui ouvre son dernier album. Le ton est donné : son excellent, énergie décuplée… On sent bien qu’on va vivre un grand moment. Surtout, on ne veut pas en perdre une miette. « Dark Horse » déboule, puis « Aimless Arrow ». Les hymnes s’enchaînent, si bien que des montagnes humaines se forment pour hurler à l’unisson dans le micro de Jake, toujours prompt à faire participer le public. Le chanteur affiche un sourire démoniaque et baptise le premier rang de sa sueur. Nate Newton est déchaîné sur sa basse. Le « Riffblaster » en chef est comme possédé quand il prend le micro pour le refrain d’« Under Duress ». Les fans de la première heure exultent quand le groupe balance « Forsaken » – tiré de son premier album – et c’est carrément la folie quand tombe « Locust Reign », tiré du split de 1999 avec AGORAPHOBIC NOSEBLEED. Les morceaux s’enchaînent à une vitesse folle, puis vient LE moment du concert où les poils se hérissent et les larmes montent aux yeux : « All We Love We Leave Behind », véritable hymne aux lyrics très personnels qu’une bonne partie de la salle reprend en coeur. Les fans sont galvanisés, cuits à point dans l’étuve de la Machine, et prêts à recevoir l’ultime assaut avec la trilogie de morceaux issus du sublime album You Fail Me (2004) : « Black Cloud », « Drop Out » (l’un de leur meilleurs morceaux selon moi) et « Eagles Become Vulture », qu’ils enchaînent avec le barré « I Can Tell You About The Pain », un des tous meilleurs morceaux du dernier album. A ce stade, il n’en faudrait pas plus pour nous laisser sur la meilleure des impressions quand le groupe sort de scène. Et pourtant, une petite minute après, CONVERGE revient pour le coup de grâce : « The Broken Vow » et « Concubine », deux morceaux du cultissime album Jane Doe (2001). Finir le concert par « Concubine », c’est aussi violent que si SLAYER terminait ses concerts avec Reign in Blood (1986) dans son intégralité.

Jacob Bannon converge 3 juillet 2019
CREDIT PHOTO JULIEN MASSON

Les lumières se rallument. On voit les corps dégoulinants, les sourires greffés sur des visages fatigués mais heureux. Que dire de plus si ce n’est que CONVERGE est certainement l’un des tous meilleurs groupes de scène dans sa catégorie, que son batteur Ben Koller vient de livrer une prestation rare alors qu’il se remet à peine d’une fracture du bras l’ayant tenu loin des fûts pendant plusieurs mois, que Kurt Ballou fait le taf de trois guitaristes à lui seul, mais aussi que Jacob Bannon est un monstre de scène, se nourrissant de l’énergie de la foule, de même que Nate Newton reste certainement l’un des meilleurs bassistes metal hardcore en activité.

Dans la chaleur de la nuit parisienne, votre serviteur vient alors se poster devant le bus pour voir ses idoles (n’ayons pas peur des mots), humbles et abordables, comme toujours. Les mecs sont épuisés par toutes ces tournées (rappelons que Newton vient de boucler un euro tour avec CAVE IN et que Bannon tourne aussi avec WEAR YOUR WOUNDS) mais prennent le temps de discuter, de signer des trucs, de faire des photos. C’est certainement ça aussi le secret de leur longévité. Bref, un gros 11/10 pour CONVERGE, en espérant qu’il ne faille pas attendre 681 jours de plus pour les voir fouler à nouveau le bitume parisien.

Setlist

A Single Tear
Dark Horse
Aimless Arrow
Under Duress
Forsaken
Melancholia
Reap What You Sow
Cutter
Locust Reign
Glacial Pace
Sadness Comes Home
Runaway
Predatory Glow
All We Love We Leave Behind
Black Cloud
Drop Out
Eagles Become Vultures
I Can Tell You About the Pain

Rappel
The Broken Vow
Concubine

Share Button

CAVE IN « Final Transmission »

28 mars 2018. Une de ces nouvelles qu’on aimerait « fake » dans le fil d’actualités Facebook. Caleb Scofield, le bassiste de Cave In, est mort dans un accident de voiture. Une déflagration dans ma tête.

Flashback. Nous sommes en 1998 et Cave In entre dans ma vie par la grande porte, direct dans le coeur avec la sortie de Until Your Heart Stops, premier vrai album du groupe. Un chef d’oeuvre qui s’encrera dans ma tête pour toujours, subtil mélange de finesse et de brutalité metal/noise, convoquant parfois la pop et des mélodies imparables. Un an plus tard paraît  Jupiter, l’album qui les enverra dans l’espace prog-rock. On a du mal à comprendre, mais on s’y fait. Et puis finalement, on comprend, on apprécie, on hallucine d’un tel changement musical. Cave In aura alors le « privilège » d’intéresser une major (RCA) : Antenna sera leur seul album « mainstream », leur ouvrant les portes du festival itinérant Lollapalooza, de même que la première partie de MUSE sur quelques dates. On trouve de belles pépites sur cet album, et toujours le talent de Caleb Scofield et sa bande pour écrire des chansons comme autant de petits joyaux qui restent scotchés dans le cerveau. S’en suivent deux albums rédempteurs, dont un White Silence (2011) qui sera le chant du cygne des Bostoniens. Un chef d’oeuvre du genre, avec son hymne « Sing My Loves», un des plus beaux morceaux du groupe.

Chacun vaque dorénavant à ses projets, Scofield en tête, puisqu’on le retrouve aussi bien dans le super groupe OLD MAN GLOOM aux côtés de Nate Newton (CONVERGE) et Aaron Turner (ISIS, SUMAC et surtout fondateur du mythique label Hydra Head Records), mais aussi ZOZOBRA, un power trio sludge metal qui nous gratifiera de trois albums essentiels.

Nous voila revenus au 28 mars 2018, et on a mal, tous. On se sent abandonnés. On a envie de se faire des câlins entre fans du monde entier, pour se réconforter. Et les membres de CAVE IN, entourés de nombreux amis, vont nous donner de quoi pleurer avec deux concerts à Boston et Los Angeles en octobre dernier,  retransmis en direct sur internet, comme pour communier tous ensemble autour de cet artiste de génie.

Et puis, on s’était à peine remis qu’un visuel publié par Hydra Head Records a chamboulé les esprits. Nous sommes en avril 2019. Un satellite. LE satellite. Il est blanc, il décolle d’une lune jaune dans un ciel gris métallisé. C’est une ultime transmission. La dernière de Caleb, celle que les membres de CAVE IN vont aller chercher au fond d’eux-mêmes, pour eux, pour nous…

Le label lâche une bombe, un premier morceau, « All Illusion » , ainsi que le lien vers les pré-commandes de l’album Final Transmission, dont la sortie est annoncée pour  le 7 juin.

J’avais acheté quelques mois auparavant des places pour aller voir le groupe à Londres, le 16 avril dernier. CAVE IN gratifiait le public européen de trois dates à Berlin, Londres et au Roadburn Festival néerlandais pour rendre hommage au défunt Caleb Scofield. A l’issue du concert berlinois, la nouvelle tombe : le groupe vend déjà le nouvel album à la merch table. Fébrilité de votre serviteur et des centaines d’autres fans présents le lendemain à Londres. On rentre dans l’Electric Ballroom, on se rend en silence devant la distro. On voit le disque, il est là, on l’achète. Hop ! dans le sac, sous le bras, et maintenant direction le devant de la scène pour le concert de ma vie. On a pleuré, beaucoup. Crié, chanté, headbangué jusqu’à en souffrir. C’est dur pour le groupe de chanter les deux nouveaux morceaux issus du dernier album.  On les regarde droit dans les yeux. On sent l’émotion après le concert en parlant avec les membres du groupe. Nous saluons Nate Newton qui a eu la lourde charge de « remplacer » admirablement Caleb à la basse et aux « cris » (il fournira sur scène une prestation proche de la perfection, tout en pudeur – quand on connait la présence sur scène du Riffblaster General pendant les concerts de CONVERGE, on ne peux que saluer son attitude)

 

CREDIT PHOTO JULIEN MASSON

 

Le lendemain, je rentre à Paris, sans voix, sans cou, vidé, fatigué, électrique. Catharsis parfaitement réussie. Communion totale. A chaud, je pose l’album sur la platine.

Il est là, il siffle, bien vivant, en grattant quelques jolis accords sur une guitare acoustique. « Final Transmission » et cette intro de Caleb, puis un riff à mi-chemin entre LED ZEPPELIN et JOAN OF ARC vient se jeter dans l’immensité du premier morceau, « All Illusion ». A ce stade, on a droit à du très grand CAVE IN, à une synthèse de 25 ans de recherches soniques. Le riff, joué à la guitare par Caleb et à la basse par le magnifique Steve Brodksy, procure une sensation de grande liberté. Il nous emmène vers de nouveaux espaces, comme le groupe a toujours su le faire. Le son est énorme. Brodksy chante comme un ange. Le morceau se termine par le fameux Sonic Death Wall caractéristique du groupe, avant de céder magnifiquement sa place à « Shake My Blood » qu’il m’est encore difficile d’écouter sans avoir les yeux mouillés. On sent que le groupe a donné les morceaux en l’état, ce qui fait leur beauté brute : il fallait que ça sorte. « Shake My Blood » tout particulièrement, avec son introduction ‘jupiterienne’ suivie de son couplet  parlant de « dire au revoir » et « d’attendre de mourir ». Gloups. On en chiale, pas de souci. On se plait aussi à y trouver une ressemblance avec « Innuendo And Out The Others » sur Jupiter (2000). On se dit aussi que JR Conners à la batterie est inégalable dans son style, accompagnant à merveille les mélodies et la basse toujours hyper présente. Un grand monsieur, un énorme batteur.

« Night Crawler » s’ouvre sur un riff lourd, puis s’envole pour offrir un moment que Chris Cornell (SOUNDGARDEN) n’aurait pas renié sur le refrain. Mur de son, vocaux légèrement saturés. Tout est là. C’est nerveux et délicat à la fois. On se repose quelques instants sur « Lunar Day » pour tripper le temps de cette suite d’accords barrés et saturés, limite shoegaze, venant clôturer en beauté cette première face.

C’est alors qu’à l’orée de la face B, on se prend « Winter Window » en pleine face : riff à l’unisson comme les aiment tant Steve Brodsky et Adam McGrath, l’iconique duo de gratteux, puis couplet mid tempo lourd et appuyé comme du MASTODON. A ce niveau, Brodsky est un ange qui pose sa voix sur un morceau d’anthologie. « Instant Classic » comme disent les américains. « Lanterna » est presque une suite directe avec son riff hyper lourd, son tempo martial et un  chant qui emporte tout sur son passage. « Strange Reflexion » vient conclure cet embryon d’album – ou plutôt cet album inachevé, avec une grâce certaine : accordage plus bas que bas, riff massif et guitare qui vrille, tempo délicat, chant  « cornellien » again. Emotion à tout bout de chant.

CREDIT PHOTO DEWI RHYS JONES

À ces huit morceaux enregistrés entre 2017 et 2018, le groupe a greffé une chute de studio de 2010, « Led To The Wolves », un morceau hyper nerveux au tempo breaké qui aurait parfaitement eu sa place sur le sublime White Silence de 2011.

Jamais Final Transmission ne se présente comme la suite directe de Jupiter. Finie la naïveté, nous sommes dans l’émotion totale, la douleur, la noirceur convertie en beauté. Le groupe semblait avoir trouvé un équilibre sur l’écriture. Malgré leurs emplois du temps hyper chargés, les membres du groupe semblent avoir trouvé une vraie ligne directrice sur cet album, en intégrant toutes les différentes expérimentations essayées au gré de leurs albums des deux dernières décennies.

La voix si particulière de Caleb Scofield n’apparaît jamais sur le disque. Fauché en pleine gloire, il emporte avec lui ses fameux cris (écoutez « Trepanning » sur Perfect Pitch Black (2005) pour prendre la mesure de toute sa puissance) et laisse à Steve Brodksy le soin de chanter la douleur de l’ami perdu qui vient de trouver avec cet ultime album une place dans l’histoire… Une place dans l’espace, satellisée à tout jamais aux côtés des musiciens les plus inspirants de ces 25 dernières années.

Jetez-vous sur cet album, il est essentiel. Profitez-en pour redécouvrir une discographie inépuisable, évolutive, pleine de joyaux éternels.

Liste des titres

1 – Final Transmission

2 – All Illusion

3 – Shake My Blood

4 – Night Crawler

5 – Lunar Day

6 – Winter Window

7 – Lanterna

8 – Strange Reflexion

8 – Led To The Wolves

Album disponible dès le 7 juin sur le shop en ligne de Hydrahead Records

Premier extrait de Final Transmission, « All Illusion » :

Share Button