ALCEST @La Machine du Moulin Rouge, Paris – 7 mars 2020, par Marina Zborowski

Revoir ALCEST au plus vite : l’accomplissement de ce désir est devenu l’un de mes objectifs de vie majeurs en sortant de La Machine du Moulin Rouge le samedi 7 mars 2020. Revoir ALCEST et faire de l’univers d’ALCEST mon principal refuge. Oui, rien que ça. Parce que ce qui s’est passé ce soir-là relève de la Beauté, la vraie, celle qui émeut dès la première seconde, celle qui ne connaît d’autre limite que sa propre infinitude, celle qui laisse sans voix… celle qui remplace instantanément et éternellement tout ce dont on estime avoir besoin. C’était la dernière date de la tournée du dernier album d’ALCEST, Spiritual Instinct, c’était à Paris et c’était tout simplement l’un de mes plus beaux concerts.

Avant de trouver les mots pour décrire ce moment hors du temps, revenons quelques instants sur l’heure qui a précédé l’entrée en scène d’ALCEST, accompagné sur cette tournée de deux groupes: Kaelan Mikla et Birds in Row. Impossible d’assister au concert de Kaelan Mikla à 19h, ce que je regrette déjà profondément car l’univers de ce trio féminin islandais a piqué ma curiosité. Heureusement, nous arrivons juste à temps pour le concert de Birds in Row, excellent groupe de post-hardcore français qui allie à la perfection riffs qui tachent, messages de paix et sauts de kangourous sur scène. Le groupe enchaîne sa setlist dans un élan d’énergie incroyable, l’adrénaline de la dernière date de la tournée injectée dans leurs instruments, l’excitation de jouer devant une salle pleine à craquer s’exprimant d’autant plus en cette période où les rassemblements sont réduits comme peau de chagrin au nom de la santé d’une humanité déjà bien malade avant que ce maudit virus ne joue son rôle tétanisant. Ces jeunes oiseaux lavallois donnent tout et partagent avec cette belle salle bien remplie son plaisir d’être là, sans toutefois bouder le réconfort du retour à la maison qui les attend à l’issue de cette tournée visiblement riche en émotions et en nouvelles amitiés. Ils incitent tout ce beau public à s’aimer, à se défouler, à s’entraider pour lutter contre toutes ces décisions qui sont prises à notre place, partout, tout le temps. Leur avant-dernier titre est en cela d’une force incommensurable : après une dernière prise de parole dénonçant cette violence inutile qui s’infiltre sans cesse entre les uns et les autres, le groupe dégaine un puissant « You, Me & The Violence » qui décoiffe. Combattre l’inutilité de la violence par une certaine esthétique de la violence, c’est un peu cela, au fond, que l’on vient chercher dans un concert comme celui-là quand on est fan de metal ! Le concert s’achève sur cette belle sensation mélangée de force et de douceur, la salle est chauffée à bloc et n’a plus qu’une minuscule demi-heure devant elle pour trépigner d’impatience avant le concert tant attendu.

Trépigner d’impatience, c’est vraiment ça. Je me suis rendue à ce concert avec mon frère, immense fan d’ALCEST de la première heure. C’est la première fois que je vois ALCEST, mais mon frère les a déjà vus et en garde un souvenir précieusement ému. Il a à maintes reprises voulu me mettre sur le chemin de ce groupe, mais pour des raisons incompréhensibles (car mon frère savait précisément pourquoi j’allais adorer et admirer ce groupe), je suis trop longtemps passée à côté, appréciant les titres qu’il me faisait écouter sans pour autant passer au stade du voyage intérieur nécessaire à la compréhension de l’univers d’ALCEST. Et puis un jour, la magie a opéré. J’ai écouté « Kodama » et je me suis rendue compte que j’étais juste en train de refouler un très, très grand amour ! En effet, comment ne pas succomber à la beauté de ces sonorités si proches parfois de la musique de TOOL?!

Les dix minutes qui précèdent le concert plongent la salle dans une ambiance mystique : point de playlist rock pour patienter, ce seront des chœurs aux accents spirituels. Mon frère sourit : « voilà, c’est l’église ! ». La douceur qui se dégage de ces chœurs insuffle un immense respect dans les regards et l’attitude du public. Tout le monde sait que c’est le début d’un magnifique voyage intérieur collectif, dans lequel chacun pourra interpréter personnellement tel ou tel morceau, lâcher prise, pleurer, sourire, frémir, frissonner, trembler. Le concert n’a pas commencé mais toutes ces émotions se laissent déjà deviner et c’est un délice.

Les chœurs cessent, les lumières s’éteignent. Les musiciens Indria, Zero et Winterhalter entrent sur scène sous un tonnerre d’applaudissements, très rapidement rejoints par Neige, maître à penser de la musique d’ALCEST. Admiration absolue pour cet immense artiste touché par une grâce venue d’ailleurs, qui débarque sur scène en toute simplicité, vêtu d’un T-shirt de TYPE O NEGATIVE et affichant un sourire ému. Les premières notes du titre qui ouvre leur dernier album, « Les Jardins de Minuit » retentissent dans un nouvel élan mystique : les chœurs pré-concert ont divinement cédé la place à cette sublime union guitare-basse-batterie, suivie de chœurs différents mais tout aussi sublimes… Puis arrive le riff conducteur de ce titre, ce riff tellement génial qu’il élève immédiatement l’émotion à son plus haut degré. Le titre est parfaitement exécuté, le son est magnifique, le groupe est uni et ça se sent. La dernière minute du morceau, qui me transporte déjà complètement sur l’album, est vraiment dingue en live. C’est officiel : nous venons d’entrer dans le conte de fée éternel d’ALCEST. Le morceau s’achève, je me retourne vers mon frère : nos yeux brillent du même éclat, nous sommes déjà immergés dans une hallucination totale.

©Marina_Z

Visiblement ravi de fouler la scène de La Machine du Moulin Rouge pour la première fois, le groupe enchaîne avec « Protection » , le deuxième titre du dernier album. Là aussi, le riff conducteur relève du génie. Le son explose, l’émotion explose. La voix de Neige explose aussi, dans sa plus belle rage. Et la batterie, mon dieu la batterie…! J’ai une fâcheuse tendance à tomber amoureuse des batteurs et des batteuses. Winterhalter et son jeu majestueux n’échappent évidemment pas à la règle… Mes émotions les plus fortes vivent au rythme de ses cymbales si cristallines, si follement belles. Je suis subjuguée. La salle l’est aussi.

Puis vient le moment du concert qui va faire chavirer mon frère: ALCEST entame l’excellent « Oiseaux de Proie » , issu de l’album Kodama. C’est le titre préféré de mon frère et je le comprends: la beauté et la puissance s’y expriment dans toute leur pureté. Là encore, feu d’artifice de cymbales, rythmes à couper le souffle, lignes de basse à tomber par terre, guitares enchanteresses et voix déchirante s’unissent dans un niveau de perfection rarement atteint. En live, c’est tellement beau, tellement parfait, tellement grand que la salle en reste presque sans voix. Certains commencent déjà à verser toutes les larmes de leur corps. Mon frère est en train de mourir d’amour… et moi avec!

©Marina_Z

Puis Neige annonce délicatement le prochain titre : « Autre temps » . Les larmes ne vont clairement pas sécher tout de suite ! Ce titre issu de l’album Les voyages de l’âme pourrait redéfinir à lui seul le mot « rêverie ». Et effectivement, on décolle complètement : cette musique est trop belle pour être de cette planète ! Oui, la musique d’ALCEST appartient définitivement à un autre monde et on peut en saisir les moindres détails au cours de ce concert: les lumières sont là pour rappeler l’univers propre à chaque album. Au même titre que le bleu sombre des deux premiers titres faisait référence à l’univers du dernier album, Spiritual Instinct, et de la même manière que les lueurs violettes qui ont accompagné « Oiseaux de Proie« , tel un clin d’œil à la pochette de Kodama, on est ici plongé dans la belle émeraude qui donne le ton à l’album Les voyages de l’âme. Le sens du détail, inévitablement, comme un symbole évident de la richesse des compositions d’ALCEST et de la belle et mystérieuse personnalité de Neige. Neige l’enchanteur, plus fort que Merlin, plus magique que tous les magiciens.

Après cette parenthèse émeraude, retour au bleu profond, celui des océans cette fois, avec l’impressionnant « Écailles de lune, Pt. 2 » . Écailles de lune, éclats de rage. Ce titre est d’une puissance incroyable en live. C’est déchirant et presque terrifiant de perfection. La voix de Neige me transperce. Elle me laisse sans voix.

©Marina_Z

Neige reprend ensuite sa discrète voix pour annoncer le titre suivant : « Sapphire » , l’un de mes préférés du dernier album (dont le génial remix par Perturbator est d’ailleurs sorti la veille du concert). Je suis surexcitée de pouvoir voir ce merveilleux titre prendre vie sur scène! Ce sens absolu de la mélodie, entrecoupé de sommets rythmiques plus hauts que tout, c’est fascinant. Encore une fois, c’est la perfection, la plus-que-perfection même. Plus le concert avance, plus les yeux pétillent dans la salle.

« Le miroir » et son extrême délicatesse prennent merveilleusement le relais. Inutile de chercher plus longtemps où se trouvent les derniers reliquats de poésie sur terre: ils sont dans cette mise en musique des mots du poète Charles Van Lerberghe. La douceur de la guitare enveloppe le public dans une pluie étoilée d’émotions gravée à jamais dans les entrailles de La Machine du Moulin Rouge. Et comme à la fin de chaque titre depuis le début du concert, les applaudissements sont si forts et si admiratifs que l’on sent vibrer à travers ces mains qui claquent la crainte de voir le concert s’achever trop vite.

Nous avons à peine le temps de nous remettre de cette nouvelle couche d’émotion que le groupe entame « Kodama« . Et là c’est la folie absolue. Le public lâche tout: les larmes s’emballent, les sourires se figent sur tous ces beaux visages illuminés par la grâce d’ALCEST, les bras se lèvent et dansent au gré des coups de baguette extrêmement précis du batteur, toute la salle chante avec Neige. Quelle émotion de faire partie de ce public si immensément respectueux et chaleureux ! Retour des applaudissements admiratifs. Le groupe quitte la scène mais n’en a objectivement aucune envie. Le public ne lâche rien et reprend à l’unisson le fameux “Oh oh oh oh oh oh” qui rythme « Kodama ». Puissant. Le groupe ne tarde pas à revenir sur scène, l’émotion des musiciens est aussi palpable et communicative que la nôtre. Neige n’en revient pas : « C’est la première fois qu’on nous fait ce coup-là… et je crois qu’on ne nous avait jamais autant applaudi avant, merci » , lance-t-il dans sa cuteness la plus absolue. Neige, we definitely love you!!

©Marina_Z

La fin du concert approche, donc, mais tout le monde sait que la beauté a une bonne vingtaine de minutes devant elle pour achever de s’exprimer. Deuxième plongeon dans Les voyages de l’âme avec « Là où naissent les couleurs« . Le guitariste est à l’honneur, livrant un solo brillant sur toute la dernière partie du morceau, qui n’est pas sans rappeler la lumineuse guitare de Billy Howerdel sur les plus beaux titres de A PERFECT CIRCLE. Donc forcément, je tremble comme une feuille… Jusqu’à ce que Neige annonce le dernier morceau du concert. Pas n’importe lequel, évidemment : c’est le sublime « Délivrance » qui ponctuera cette soirée et il ne peut en être autrement. L’un des plus beaux titres d’ALCEST, si ce n’est le plus beau, tout simplement. Dix minutes d’envoûtement irrésistible. La grâce, encore et encore. La salle se laisse envoûter par cette infinie douceur, frissonnant à l’unisson. Je suis littéralement scotchée et je ne veux pas que cette chanson s’arrête. Jamais. Dans ma tête, elle ne s’arrêtera plus jamais, mais le concert est bel et bien fini, cette fois. Neige finit seul sur scène, incliné sur sa guitare, plongé dans cette lumière bleue inoubliable. L’image d’un génie dans sa plus grande humilité. Beau et émouvant jusqu’à la dernière seconde.

Les lumières se rallument après son départ. La salle reste presque immobile pendant une longue minute, essayant de comprendre la claque de beauté qu’elle vient de se prendre. Je détourne enfin le regard de la scène pour retrouver le regard de mon frère, qui a l’air aussi sonné que moi. Nous suivons le lent et silencieux mouvement vers la sortie. Nous avons envie de pleurer. Très fort. Et nous quittons la salle en pleurant. Moment de partage pur et unique, effroi de retrouver la vraie vie à l’extérieur. Et cette révélation: le règne de la mélodie, au cœur de la philosophie de Neige, définit aussi ma perception de la vie, pour toujours. Merci Neige, merci ALCEST, du fond du cœur !

©Marina_Z

SETLIST

Les Jardins de Minuit
Protection
Oiseaux de proie
Autre temps
Écailles de lune, Pt. 2
Sapphire
Le miroir
Kodama

ENCORE

Là où naissent les couleurs
Délivrance

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MARK LANEGAN @Le Trianon, Paris – 8 décembre 2019, par Marina Zborowski

Le 8 décembre dernier, j’ai enfin réalisé l’un de mes rêves les plus chers : voir Marl Lanegan sur scène. Avant de revivre le souvenir de ce concert, un petit retour sur les origines de ce rêve s’impose. La grande fan des QUEENS OF THE STONE AGE que je deviens immédiatement en écoutant Songs for the Deaf à sa sortie en 2002 ( cet album tellement génial ) découvre Mark Lanegan avec ce titre fabuleux : « Hangin’ Tree ». Gros coup de foudre pour cette voix si magnifiquement et follement sombre. Je m’empresse de rechercher d’où vient cette voix que je n’ai jamais entendue jusqu’ici (ô scandale, même du haut de mes seize ans ! ). Je découvre alors que Mark Lanegan, c’est non seulement une immense voix et un songwriting exceptionnel, mais aussi une série de projets musicaux de folie : l’artiste excelle autant en solo que dans le grunge, avec les SCREAMING TREES, puis avec MAD SEASON et ce cher Layne Staley   ( une autre voix qui m’a attrapée pour toujours ), ou encore dans le stoner avec les QUEENS OF THE STONE AGE ( il accompagne le groupe sur Rated R également, et plus tard sur Lullabies To Paralyse et Era Vulgaris… et chacune de ses contributions est une perle ! )… Au fil des années, je découvre que son talent ne s’arrête évidemment pas là : parmi ses nombreux projets parallèles, notamment avec des voix féminines qui épousent à merveille son chant si unique, de Martina Topley-Bird à Melissa Auf Der Maur en passant par Alison Mosshart ou encore Nicole Atkins (cette reprise de « November Rain » des GUNS N’ ROSES, oh my…), je craque complètement pour son duo avec Isobel Campbell, qui donnera naissance à trois albums d’une rare délicatesse. Et en 2012, Mark Lanegan sort l’album Blues Funeral. L’album qui me rend définitivement addicte. Impossible de ne pas tomber folle amoureuse de « The Gravedigger’s Song », qui ouvre majestueusement cet album absolument parfait. 3’43 d’intensité. Cette chanson est sans doute l’une de celles qui ont le plus marqué ma vie jusqu’à présent. Fascination et tremblements à chaque fois que je l’écoute. La voix de Mark Lanegan qui te chante – en français dans le texte parce que c’est la classe ultime – « Tout est noir mon amour, tout est blanc / Je t’aime mon amour / Comme j’aime la nuit », c’est juste immense.

C’est donc remplie d’amour et d’admiration que je me dirige vers le Trianon pour accomplir ce vieux rêve. Je me doute que « The Gravedigger’s Song » ne fera pas partie de la setlist mais c’est peut-être mieux pour ma santé mentale et pour ma dignité… je me résous donc à m’en passer ! Et ce soir, toutes les conditions sont réunies pour vivre une merveilleuse soirée : le concert a lieu au Trianon, l’une de mes salles préférées, je suis au stade maximal de ma sensibilité, et pour couronner le tout, la salle est en mode orchestre, je verrai donc parfaitement bien la scène. Installée sur mon petit strapontin en bout de rangée, je m’apprête à vivre ce concert dans toute son intensité. Les musiciens entrent sur scène, suivis du grand Mark Lanegan. Les projecteurs virent au bleu et au rouge passion. On ne fait que deviner les traits du chanteur, les musiciens sont à peine plus éclairés. L’ambiance sera obscure et il faut accepter les règles du jeu : ce bleu-rouge sombre sera le décor de toute la soirée.

Le groupe entame les premières notes du show et ça commence fort, avec un titre mega rock’n’roll, « Knuckles ». Happiness. Rock is definitely alive ! Toute la salle tremble de bonheur. Le son est superbe, enveloppant comme il faut. C’est électrique, puissant, efficace. On ne pouvait rêver mieux en ouverture d’un concert de Mark Lanegan. Je suis aux anges. Le concert continue dans la même veine avec « Disbelief Suspension », le premier titre du tout dernier album, Somebody’s Knocking, sorti en octobre 2019. Je commence à peine à réaliser la chance que j’ai d’être là, au Trianon, à quelques mètres de Mark Lanegan et de ses formidables musiciens, légendes du rock avant l’heure. L’harmonie entre les musiciens et l’énergie toute particulière du guitariste sont immédiatement et irrésistiblement contagieuses.

On enchaîne avec deux titres issus de deux périodes différentes : « Nocturne » (Gargoyle, 2017) puis « Hit The City » (Bubblegum, 2004). « Hit The City », ô merveille. Ce titre que je chéris tant… et pour cause : il réunit la voix de Mark Lanegan et celle de PJ Harvey, ma déesse pour l’éternité. L’interprétation est tellement belle sur la scène du Trianon que j’ai presque l’impression que Polly Jean est parmi nous (je n’ose imaginer mon état si ce rêve ultime de voir les deux artistes réunis sur scène venait à se concrétiser…!). Les titres se succèdent dans un élan d’élégance qu’il est désormais impossible de rompre. C’est impressionnant. L’excitation monte avec « Stitch it up« , qui donne définitivement envie de danser toute la nuit. Le public est électrisé. On entend crier « debout » entre chaque chanson, on sent une envie folle de tout le monde de se lever et de courir vers la scène pour se prosterner devant Mark Lanegan… The Man. Cette envie folle, je la ressens aussi, mais je ne suis pas mécontente d’être assise car je sens que je suis physiquement incapable de me lever : non seulement parce qu’en cette période de grève générale des transports, il a fallu réaliser un joli petit périple pour rejoindre le Trianon (qu’importe, un concert de Mark Lanegan, ça se mérite !) ; mais surtout parce que je suis ensorcelée par cette voix tellement unique, tellement profonde, tellement sublime… je suis tout simplement scotchée à mon strapontin.

Et là, le groupe joue les premières notes du sublime « Burning Jacob’s Ladder », face B du single « The Gravedigger’s Song » ! Hallelujah ! Je n’aurai sans doute pas le droit d’entendre mon titre chouchou ce soir, mais la surprise de la face B suffit largement à me combler de bonheur ! Je raffole de ce titre et de sa mélodie délicieusement proche de « Gray Goes Black » (l’un des plus beaux morceaux de Blues Funeral). La grande classe. Je suis subjuguée, et ce n’est que le début.

Deux titres du dernier album continuent de tisser ce rêve éveillé : les classieux « Penthouse High » et « Night Flight To Kabul« . On flirte avec des ambiances proches des plus beaux morceaux de Depeche Mode. Le public ne tient plus en place, beaucoup se lèvent et forment de jolis petits essaims de part et d’autre de la scène. Et ça tombe bien car le morceau suivant n’est autre que l’excellente “Ruche” de Gargoyle, « Beehive« . Non mais vraiment, trop de beauté. Je suis partagée entre une joie incommensurable et une envie irrépressible de pleurer. Je me dis que le concert est à son point culminant et qu’il s’agit là du meilleur moment pour ajouter un titre de Blues Funeral à cette superbe setlist. Le guitariste se lance dans un solo hypnotisant et j’ai soudain cette douce sensation de transmission de pensée. Bonheur absolu, j’ai vu juste : dans la foulée de ce solo impeccable, ce sont bien les premières notes de « Bleeding Muddy Water« , le deuxième titre de Blues Funeral, qui retentissent sur scène ! J’en suis raide dingue et je ne suis visiblement pas la seule dans la salle. La version live est sublime. On peut lire le refrain se dessiner presque religieusement sur les lèvres de plusieurs fans: « Oh baby don’t it feel so bad »… Don’t worry Mark, tonight it doesn’t feel bad at all !! Opération envoûtement plus que réussie.

On enchaîne avec le frissonnant « Deepest Shade », ce titre de The Twilight Singers magnifiquement interprété par Mark Lanegan sur Imitations, album de reprises sur lequel j’ai tremblé plus d’une fois. « This deepest shade of blue / My love I give to you » résonne éternellement en moi. Evidemment, en live, c’est exceptionnellement beau et je finis avec les yeux bien embués. Les surprises se succèdent et Blues Funeral n’a pas dit son dernier mot : le groupe offre à une salle déjà comblée la très belle « Ode To Sad Disco ». Oh my goodness. Je vais finalement peut-être bien la perdre, ma dignité!

« Gazing from the Shore » (Somebody’s Knocking) et « One Hundred Days » (Bubblegum) prennent délicatement le relais, achevant de plonger la salle dans un respect indissoluble. Le régal continue avec « Emperor » (Gargoyle). J’ai déjà dit que toute la salle avait envie de danser jusqu’au bout de la nuit ?! Eh bien c’est reparti ! D’autant plus que le refrain entraînant de « Emperor » laisse habilement place à « Dark Disco Jag » et « Name And Number », ces petits bijoux empreints de cold wave issus du dernier album. Alors que l’émotion ne cesse de grandir depuis le début de ce magnifique concert, « Death Trip to Tulsa » débarque avec toute sa splendeur, unique titre de Phantom Radio joué jusqu’ici. Mais pas n’importe lequel. Pour moi, c’est vraiment l’un des meilleurs de cet album. Le groupe atteint un tel niveau de perfection en interprétant ce titre sur scène que ce moment du concert ressemble dangereusement à un au revoir. Et en effet, à la fin de ce voyage de la mort au creux des émotions les plus puissantes qui soient, le groupe quitte la scène. Heureusement, on comprend très vite qu’il y aura un rappel…

Et quel rappel ! On commence avec une version étirée de « Bombed » (Bubblegum) et un deuxième et dernier titre de Phantom Radio, « Torn Red Heart ». C’est l’instant romantique du concert. Les couples présents dans la salle se rapprochent et s’enlacent doucement. Les autres convoquent l’esprit de leur âme sœur, réelle ou imaginaire, unique ou plurielle, qu’importe : tout le monde est happé par la beauté percutante des mots et de la voix de Mark Lanegan. La buée qui se cramponne aux yeux de certains depuis le début du concert vient de recevoir la permission de passer à l’étape supérieure. Ce sont en tout cas de chaudes larmes que je sens lentement glisser sur mes joues.

Mais on ne va tout de même pas finir ce concert en pleurs. Le groupe n’a pas fini d’électriser le Trianon et saute à pieds joints dans les années 90 pour nous interpréter « Gospel Plow » des SCREAMING TREES. Nous voilà rassurés, la période grunge a beau être derrière nous, elle est résolument indémodable et indétrônable ! Je me prépare psychologiquement à voir ce concert s’achever quand soudain, cherry on the precious cake, le groupe rempile avec « Hangin’ Tree ». Oui, « Hangin’ Tree », le titre des QUEENS OF THE STONE AGE qui m’a fait découvrir le sublime univers de Mark Lanegan ! Je ne réponds plus de moi. L’ivresse collective qui s’empare de la salle est minuscule vis-à-vis de l’hystérie intérieure que je ressens en cette fin de concert. « As we two are one / Swayin’… »: combien de fois ai-je rêvé d’entendre Mark Lanegan chanter en vrai ces paroles que j’aime d’amour ? Je savoure chaque précieuse seconde de ce final explosif. Car cette fois, c’est bien le dernier titre et c’est officiel, pas de « The Gravedigger’s Song » au menu. Peu importe, je crois que cette version de « Hangin’ Tree » vaut tout l’or de mon monde.

Les musiciens quittent la scène sur cet instant de bonheur maximal, à l’exception de Jeff Fielder, le guitariste, qui prend le micro pour remercier chaleureusement le public… et pour annoncer que Mark Lanegan sera dans un quart d’heure au stand merchandising pour une séance dédicace. WHAT ? Une deuxième cerise sur le gâteau, ai-je bien entendu? C’est vraiment Noël avant l’heure ! Je me dirige vers le fameux stand et j’y découvre un petit livre sur Mark Lanegan, Sleevenotes, publié chez Pomona. Il s’agit d’une interview dans laquelle l’artiste parle de ses influences, de son processus d’écriture et de ses différents projets musicaux. Magique ! Je l’achète, évidemment, puis je patiente jusqu’à l’arrivée promise et inespérée du chanteur. Tout va très vite : un quart d’heure et une trentaine de fans émus plus tard, je suis face à lui et je n’en reviens pas. Il m’accueille avec sa voix grave, quelque peu éclaircie par une gorgée de bière, et me lance un « Hi! » souriant. Intimidée, pour ne pas dire tétanisée, je lui tends le petit livre que j’ai déjà hâte de lire et je repars avec une dédicace et un deuxième sourire que j’emporterai dans ma tombe. De quoi patienter jusqu’à la publication en avril 2020 de Sing Backwards and Weep, les mémoires de Mark Lanegan, qui accompagneront la sortie de son prochain album, Straight Songs of Sorrow, quelques mois seulement après la sortie de Somebody’s Knocking. Vivement le printemps et la prochaine tournée!

CREDIT PHOTO ©Marina_Z

 

Setlist

Knuckles
Disbelief Suspension
Nocturne
Hit the City
Stitch It Up
Burning Jacob’s Ladder
Penthouse High
Night Flight to Kabul
Beehive
Bleeding Muddy Water
Deepest Shade (The Twilight Singers cover)
Ode to Sad Disco
Gazing from the Shore
One Hundred Days
Emperor
Dark Disco Jag
Name and Number
Death Trip to Tulsa

Rappel

Bombed
Torn Red Heart
Gospel Plow (Screaming Trees)
Hangin’ Tree (Queens of the Stone Age)

 

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TOOL « Fear Inoculum », trois mois après sa sortie, par Marina Zborowski

Ecrire sur un album – que dis-je, THE album – qui a déjà fait couler des litres d’encre sur la toile, c’est prendre le risque à la fois de répéter une énième fois tous les éloges dont il a déjà été couvert et de contredire à nouveau les quelques critiques négatives à son encontre (si tant est qu’elles existent… en toute objectivité bien sûr !). Mais lorsque l’on m’a suggéré de déclarer mon amour à Fear Inoculum sur ce blog, et à TOOL dans son ensemble, impossible de résister à la tentation ! Une belle occasion de saluer, trois mois après sa sortie, un véritable chef-d’œuvre aujourd’hui en tête du classement des 25 meilleurs albums de l’année de ​Revolver et carrément nommé dans deux catégories aux ​Grammy Awards (meilleure chanson rock avec « Fear Inoculum » et meilleure performance metal avec « 7empest« ). Une explosion de reconnaissance qui ne change rien au fait que la musique de TOOL reste pour moi la plus unique, la plus profonde et la plus intelligente qui existe. Forever. Voici donc un petit récit rétrospectif de mes retrouvailles avec TOOL il y a déjà trois mois, histoire de donner envie aux derniers irréductibles qui n’ont pas encore écouté ce joyau de ne plus attendre une seconde de plus.

Inutile de préciser que le 30 août 2019 s’est tout de suite imposé à mes yeux comme le plus beau jour de l’année dès lors qu’il a été associé à la sortie de l’album que j’attendais le plus depuis des années, le nouveau TOOL, treize ans après la sortie de 10 000 Days. Enfin ! A l’annonce de cette nouvelle presque inespérée, je sais déjà que les dernières semaines d’attente seront en fait les plus longues. Le « be patient » du troisième titre de Lateralus devient ma devise de l’été. Heureusement, début août, l’arrivée – vraiment inespérée, pour le coup ! – de tous les albums de TOOL sur les plateformes de streaming, à l’exception du pourtant divin coffret Salival, et un avant-goût de 10 minutes et vingt secondes nommé « Fear Inoculum » permettent d’apaiser quelque peu mon impatience : they are definitely back in the game ! Évidemment, le jour de la sortie du nouveau single, impossible de lâcher mon casque. Je l’écoute une fois, puis dix, puis trente fois… C’est beau, c’est chaud, c’est mystérieux, c’est hypnotisant. C’est du grand TOOL. Vivement la suite !

Le 30 août, le moment fatidique de la tentation arrive : minuit sonne et ça y est, le nouvel album débarque sur les plateformes. Hors de question de craquer, j’ai pré-réservé mon précieux et je découvrirai l’album le lendemain matin. Mes enceintes n’ont qu’à bien se tenir ! Et c’est là que vient le moment de restituer mon ressenti à la découverte de chaque morceau de l’album. Un ressenti identique trois mois après la parution de l’album, même après des centaines d’écoute, car il faut bien tout ce temps pour saisir les innombrables subtilités d’un tel album.

« ​Fear Inoculum​ », le premier titre, qui donne aussi son nom à l’album et que je connais déjà par cœur, prend immédiatement une tout autre couleur en ouverture de ce nouvel opus. Forcément, chaque album de TOOL a toujours fonctionné comme un tout qu’il convient de savourer d’un bout à l’autre, sans déconnecter les morceaux les uns des autres. Et ça tombe bien, car ce sont près de 85 minutes de musique qui m’attendent, sans les interludes, que je découvrirai plus tard avec la version numérique de l’album. Fascinée par le packaging de ce nouveau bijou, je redécouvre donc tranquillement le single de l’album en sachant qu’il va m’introduire à un univers à la fois parfaitement familier et complètement à part.

CREDIT PHOTO Marina_Z

L’émotion est telle que la découverte du deuxième titre, « ​Pneuma​ », est euphorisante. Je renoue sans plus attendre avec ce crescendo émotionnel que TOOL maîtrise à la perfection. Je suis subjuguée par le riff qui s’installe doucement à 1’15, puis par l’arrivée de la batterie à 1’34 et enfin par la douce irruption de la voix de Maynard James Keenan à 2’06. J’atteins les 2’45 d’écoute et là, naturellement, c’est le surgissement de larmes. Impossible de les retenir à la découverte du couplet qui suit:

« ​We are will and wonder / Bound to recall, remember / We are born of one breath, one word / We are all one spark, sun becoming ​ « 

Je me laisse séduire par la puissance chamanique du texte et du chant de MJK. A peine rendue à la moitié de « Pneuma« , je peux déjà affirmer qu’il s’agit là d’un des plus beaux morceaux écrits par TOOL. Les roulements de batterie de Danny Carey qui s’enchaînent à partir de 5’48 ne font que le confirmer. On navigue avec plaisir entre les réminiscences du merveilleux Lateralus et celles du non moins magnifique 10 000 Days. Et pourtant, ce titre ne ressemble à aucun autre. Les larmes explosent à nouveau avec le retour à la fois aérien et puissant du mot « Pneuma » à la dixième minute. L’apothéose. Et ce n’est que le deuxième titre de l’album !
Envoûtée, j’essaie de me recentrer pour profiter pleinement du titre suivant, « Invincible​”, dont j’ai déjà entendu parler car il a déjà été joué en live plusieurs fois. Et quelle claque !! On a envie de suivre Maynard et de se fondre dans la peau de l’un des « warriors » dont l’invincibilité est scandée au gré de cette composition musicale exceptionnellement maîtrisée. La montée en puissance du morceau, qui s’intensifie à 9’35 pour mettre en exergue la splendide harmonie entre tous les instruments, est absolument magnifique et me rend dingue jusqu’à la fin du morceau.
« ​Descending​ » n’est clairement pas en reste avec sa belle dose de mystère, sa puissance progressive, sa construction tout aussi méticuleuse que les morceaux précédents. Comme sur « Invincible« , le pré-final (cet instant merveilleux entre 9’28 et 10’34) est tellement majestueux qu’il est presque impossible de le définir, tant il parvient à être à la fois sombre et lumineux, étrangement raffiné, à l’image de l’intégralité du morceau d’ailleurs. À ce niveau-là, c’est carrément de la magie et les mots me manquent !
Et je ne suis pas au bout de mes surprises. « ​Culling Voices​ » débarque avec toute sa finesse, ses nuances, sa délicatesse… La voix de Maynard James Keenan est particulièrement envoûtante sur l’intégralité du morceau. J’ai soudainement envie de remercier chaque jour cette voix d’exister (certes, je le fais déjà depuis dix-sept ans) ! Le titre est d’une douceur incroyable. Impossible de ne pas frémir sur le « ​Don’t you dare point that at me » susurré à la fin du morceau: je défie quiconque de prétendre le contraire après avoir écouté ce morceau au casque !

« ​Chocolate Chip Trip​ », le titre suivant, est l’ovni de l’album (il y a toujours un ovni dans un album de TOOL !). Ce trip au chocolat de Danny Carey, né d’une histoire de cookies aux pépites de chocolat en studio, est tout simplement fabuleux. Le son de la batterie est complètement dingue. On le sait déjà, mais le fait de la mettre complètement au premier plan la rend encore plus sublime. Le bouquet final (entre 3’48 et 4’00) est époustouflant de folie et de beauté. Le genre de morceau que tu rêves de vivre en live et qui te donne envie d’apprendre à jouer de la batterie tout de suite !

Enfin, que dire du fascinant « ​7empest​ », qui vient clore l’album de la manière la plus brillante qui soit ? On veut d’autres titres qui déchirent comme ça, encore et encore ! On est dans la lignée du sublime « Rosetta Stoned » de l’album précédent, mais c’est encore plus fou, encore plus impeccable. C’est un immense bonheur. La basse de Justin Chancellor est belle, omniprésente, captivante. La batterie de Danny Carey est belle, déchaînée, exceptionnelle. La voix de Maynard est belle, enragée, ensorcelante. La guitare d’Adam Jones est belle, magique, au-delà du réel (ce solo magistral… inoubliable !). La puissance et l’efficacité des rythmes sont implacables ; le chant intervient toujours exactement au bon moment et donne du relief à un morceau déjà vertigineux et irrésistible. Et les paroles tiennent évidemment leurs promesses. J’ai adoré entendre « Keep calm. Keepin it calm. Keep calm. » en guise d’introduction alors que j’étais en pleine hystérie émotionnelle ! Ce dernier titre déborde de créativité et met en lumière le génie de chacun des membres du groupe, qui bien qu’il ne soit plus à prouver, continue à nous surprendre. Je ne veux plus que l’album s’arrête et je sens le besoin irrépressible de réécouter ces 15 minutes incroyablement géniales. Et c’est désormais ainsi que je savoure le chef-d’œuvre de l’année, en réécoutant une deuxième fois « 7empest » à chaque fois que je termine l’album.

A la fin de mes retrouvailles avec TOOL, je suis sous emprise et il me faut immédiatement une autre dose de Fear Inoculum. Au final j’écoute l’album six fois dans la seule journée du 30 août. L’équilibre entre les instruments et la voix est tellement parfait. Chaque titre est construit avec soin, alternant brillamment douceur et puissance. C’est décidé : désormais, je vis et je dors avec Fear Inoculum et je ne veux plus jamais quitter cet univers. Je ne veux plus lâcher ces sept morceaux et leurs interludes qui m’ont fait éternellement chavirer dans un feu d’artifice d’émotions. Je veux m’imprégner de ces rythmes inouïs, de ce son extraordinaire, ressentir à nouveau ces frissons incontrôlables.

TOOL I’ll follow you wherever you go.

Et pour finir de convaincre les derniers irréductibles : TOOL, c’est le groupe dont on peut connaître tous les titres par cœur – parce qu’il est impossible de s’en lasser – tout en redécouvrant chaque titre à l’infini, même après des milliers d’écoutes. Un riff, une cymbale, un mot… Chaque son a beau être familier, il est toujours différent, toujours nouveau. Il est impossible de déceler tous les secrets enfouis dans un titre de TOOL, et c’est bien en cela que réside l’art de la perfection qui définit ce groupe. Chaque album réussit la prouesse quasiment impossible de surpasser le précédent alors que ce dernier était déjà parfait. Et Fear Inoculum ne déroge vraiment pas à la règle !!

Liste des titres

1 – Fear Inoculum

2 – Pneuma

3 – Litanie Contre La Peur

4 – Invincible

5 – Legion Inoculant

6 – Descending

7 – Culling Voices

8 – Chocolate Chip Trip

9 – 7empest

10 – Mockingbeat

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