MARK LANEGAN @Le Trianon, Paris – 8 décembre 2019, par Marina Zborowski

Le 8 décembre dernier, j’ai enfin réalisé l’un de mes rêves les plus chers : voir Marl Lanegan sur scène. Avant de revivre le souvenir de ce concert, un petit retour sur les origines de ce rêve s’impose. La grande fan des QUEENS OF THE STONE AGE que je deviens immédiatement en écoutant Songs for the Deaf à sa sortie en 2002 ( cet album tellement génial ) découvre Mark Lanegan avec ce titre fabuleux : « Hangin’ Tree ». Gros coup de foudre pour cette voix si magnifiquement et follement sombre. Je m’empresse de rechercher d’où vient cette voix que je n’ai jamais entendue jusqu’ici (ô scandale, même du haut de mes seize ans ! ). Je découvre alors que Mark Lanegan, c’est non seulement une immense voix et un songwriting exceptionnel, mais aussi une série de projets musicaux de folie : l’artiste excelle autant en solo que dans le grunge, avec les SCREAMING TREES, puis avec MAD SEASON et ce cher Layne Staley   ( une autre voix qui m’a attrapée pour toujours ), ou encore dans le stoner avec les QUEENS OF THE STONE AGE ( il accompagne le groupe sur Rated R également, et plus tard sur Lullabies To Paralyse et Era Vulgaris… et chacune de ses contributions est une perle ! )… Au fil des années, je découvre que son talent ne s’arrête évidemment pas là : parmi ses nombreux projets parallèles, notamment avec des voix féminines qui épousent à merveille son chant si unique, de Martina Topley-Bird à Melissa Auf Der Maur en passant par Alison Mosshart ou encore Nicole Atkins (cette reprise de « November Rain » des GUNS N’ ROSES, oh my…), je craque complètement pour son duo avec Isobel Campbell, qui donnera naissance à trois albums d’une rare délicatesse. Et en 2012, Mark Lanegan sort l’album Blues Funeral. L’album qui me rend définitivement addicte. Impossible de ne pas tomber folle amoureuse de « The Gravedigger’s Song », qui ouvre majestueusement cet album absolument parfait. 3’43 d’intensité. Cette chanson est sans doute l’une de celles qui ont le plus marqué ma vie jusqu’à présent. Fascination et tremblements à chaque fois que je l’écoute. La voix de Mark Lanegan qui te chante – en français dans le texte parce que c’est la classe ultime – « Tout est noir mon amour, tout est blanc / Je t’aime mon amour / Comme j’aime la nuit », c’est juste immense.

C’est donc remplie d’amour et d’admiration que je me dirige vers le Trianon pour accomplir ce vieux rêve. Je me doute que « The Gravedigger’s Song » ne fera pas partie de la setlist mais c’est peut-être mieux pour ma santé mentale et pour ma dignité… je me résous donc à m’en passer ! Et ce soir, toutes les conditions sont réunies pour vivre une merveilleuse soirée : le concert a lieu au Trianon, l’une de mes salles préférées, je suis au stade maximal de ma sensibilité, et pour couronner le tout, la salle est en mode orchestre, je verrai donc parfaitement bien la scène. Installée sur mon petit strapontin en bout de rangée, je m’apprête à vivre ce concert dans toute son intensité. Les musiciens entrent sur scène, suivis du grand Mark Lanegan. Les projecteurs virent au bleu et au rouge passion. On ne fait que deviner les traits du chanteur, les musiciens sont à peine plus éclairés. L’ambiance sera obscure et il faut accepter les règles du jeu : ce bleu-rouge sombre sera le décor de toute la soirée.

Le groupe entame les premières notes du show et ça commence fort, avec un titre mega rock’n’roll, « Knuckles ». Happiness. Rock is definitely alive ! Toute la salle tremble de bonheur. Le son est superbe, enveloppant comme il faut. C’est électrique, puissant, efficace. On ne pouvait rêver mieux en ouverture d’un concert de Mark Lanegan. Je suis aux anges. Le concert continue dans la même veine avec « Disbelief Suspension », le premier titre du tout dernier album, Somebody’s Knocking, sorti en octobre 2019. Je commence à peine à réaliser la chance que j’ai d’être là, au Trianon, à quelques mètres de Mark Lanegan et de ses formidables musiciens, légendes du rock avant l’heure. L’harmonie entre les musiciens et l’énergie toute particulière du guitariste sont immédiatement et irrésistiblement contagieuses.

On enchaîne avec deux titres issus de deux périodes différentes : « Nocturne » (Gargoyle, 2017) puis « Hit The City » (Bubblegum, 2004). « Hit The City », ô merveille. Ce titre que je chéris tant… et pour cause : il réunit la voix de Mark Lanegan et celle de PJ Harvey, ma déesse pour l’éternité. L’interprétation est tellement belle sur la scène du Trianon que j’ai presque l’impression que Polly Jean est parmi nous (je n’ose imaginer mon état si ce rêve ultime de voir les deux artistes réunis sur scène venait à se concrétiser…!). Les titres se succèdent dans un élan d’élégance qu’il est désormais impossible de rompre. C’est impressionnant. L’excitation monte avec « Stitch it up« , qui donne définitivement envie de danser toute la nuit. Le public est électrisé. On entend crier « debout » entre chaque chanson, on sent une envie folle de tout le monde de se lever et de courir vers la scène pour se prosterner devant Mark Lanegan… The Man. Cette envie folle, je la ressens aussi, mais je ne suis pas mécontente d’être assise car je sens que je suis physiquement incapable de me lever : non seulement parce qu’en cette période de grève générale des transports, il a fallu réaliser un joli petit périple pour rejoindre le Trianon (qu’importe, un concert de Mark Lanegan, ça se mérite !) ; mais surtout parce que je suis ensorcelée par cette voix tellement unique, tellement profonde, tellement sublime… je suis tout simplement scotchée à mon strapontin.

Et là, le groupe joue les premières notes du sublime « Burning Jacob’s Ladder », face B du single « The Gravedigger’s Song » ! Hallelujah ! Je n’aurai sans doute pas le droit d’entendre mon titre chouchou ce soir, mais la surprise de la face B suffit largement à me combler de bonheur ! Je raffole de ce titre et de sa mélodie délicieusement proche de « Gray Goes Black » (l’un des plus beaux morceaux de Blues Funeral). La grande classe. Je suis subjuguée, et ce n’est que le début.

Deux titres du dernier album continuent de tisser ce rêve éveillé : les classieux « Penthouse High » et « Night Flight To Kabul« . On flirte avec des ambiances proches des plus beaux morceaux de Depeche Mode. Le public ne tient plus en place, beaucoup se lèvent et forment de jolis petits essaims de part et d’autre de la scène. Et ça tombe bien car le morceau suivant n’est autre que l’excellente “Ruche” de Gargoyle, « Beehive« . Non mais vraiment, trop de beauté. Je suis partagée entre une joie incommensurable et une envie irrépressible de pleurer. Je me dis que le concert est à son point culminant et qu’il s’agit là du meilleur moment pour ajouter un titre de Blues Funeral à cette superbe setlist. Le guitariste se lance dans un solo hypnotisant et j’ai soudain cette douce sensation de transmission de pensée. Bonheur absolu, j’ai vu juste : dans la foulée de ce solo impeccable, ce sont bien les premières notes de « Bleeding Muddy Water« , le deuxième titre de Blues Funeral, qui retentissent sur scène ! J’en suis raide dingue et je ne suis visiblement pas la seule dans la salle. La version live est sublime. On peut lire le refrain se dessiner presque religieusement sur les lèvres de plusieurs fans: « Oh baby don’t it feel so bad »… Don’t worry Mark, tonight it doesn’t feel bad at all !! Opération envoûtement plus que réussie.

On enchaîne avec le frissonnant « Deepest Shade », ce titre de The Twilight Singers magnifiquement interprété par Mark Lanegan sur Imitations, album de reprises sur lequel j’ai tremblé plus d’une fois. « This deepest shade of blue / My love I give to you » résonne éternellement en moi. Evidemment, en live, c’est exceptionnellement beau et je finis avec les yeux bien embués. Les surprises se succèdent et Blues Funeral n’a pas dit son dernier mot : le groupe offre à une salle déjà comblée la très belle « Ode To Sad Disco ». Oh my goodness. Je vais finalement peut-être bien la perdre, ma dignité!

« Gazing from the Shore » (Somebody’s Knocking) et « One Hundred Days » (Bubblegum) prennent délicatement le relais, achevant de plonger la salle dans un respect indissoluble. Le régal continue avec « Emperor » (Gargoyle). J’ai déjà dit que toute la salle avait envie de danser jusqu’au bout de la nuit ?! Eh bien c’est reparti ! D’autant plus que le refrain entraînant de « Emperor » laisse habilement place à « Dark Disco Jag » et « Name And Number », ces petits bijoux empreints de cold wave issus du dernier album. Alors que l’émotion ne cesse de grandir depuis le début de ce magnifique concert, « Death Trip to Tulsa » débarque avec toute sa splendeur, unique titre de Phantom Radio joué jusqu’ici. Mais pas n’importe lequel. Pour moi, c’est vraiment l’un des meilleurs de cet album. Le groupe atteint un tel niveau de perfection en interprétant ce titre sur scène que ce moment du concert ressemble dangereusement à un au revoir. Et en effet, à la fin de ce voyage de la mort au creux des émotions les plus puissantes qui soient, le groupe quitte la scène. Heureusement, on comprend très vite qu’il y aura un rappel…

Et quel rappel ! On commence avec une version étirée de « Bombed » (Bubblegum) et un deuxième et dernier titre de Phantom Radio, « Torn Red Heart ». C’est l’instant romantique du concert. Les couples présents dans la salle se rapprochent et s’enlacent doucement. Les autres convoquent l’esprit de leur âme sœur, réelle ou imaginaire, unique ou plurielle, qu’importe : tout le monde est happé par la beauté percutante des mots et de la voix de Mark Lanegan. La buée qui se cramponne aux yeux de certains depuis le début du concert vient de recevoir la permission de passer à l’étape supérieure. Ce sont en tout cas de chaudes larmes que je sens lentement glisser sur mes joues.

Mais on ne va tout de même pas finir ce concert en pleurs. Le groupe n’a pas fini d’électriser le Trianon et saute à pieds joints dans les années 90 pour nous interpréter « Gospel Plow » des SCREAMING TREES. Nous voilà rassurés, la période grunge a beau être derrière nous, elle est résolument indémodable et indétrônable ! Je me prépare psychologiquement à voir ce concert s’achever quand soudain, cherry on the precious cake, le groupe rempile avec « Hangin’ Tree ». Oui, « Hangin’ Tree », le titre des QUEENS OF THE STONE AGE qui m’a fait découvrir le sublime univers de Mark Lanegan ! Je ne réponds plus de moi. L’ivresse collective qui s’empare de la salle est minuscule vis-à-vis de l’hystérie intérieure que je ressens en cette fin de concert. « As we two are one / Swayin’… »: combien de fois ai-je rêvé d’entendre Mark Lanegan chanter en vrai ces paroles que j’aime d’amour ? Je savoure chaque précieuse seconde de ce final explosif. Car cette fois, c’est bien le dernier titre et c’est officiel, pas de « The Gravedigger’s Song » au menu. Peu importe, je crois que cette version de « Hangin’ Tree » vaut tout l’or de mon monde.

Les musiciens quittent la scène sur cet instant de bonheur maximal, à l’exception de Jeff Fielder, le guitariste, qui prend le micro pour remercier chaleureusement le public… et pour annoncer que Mark Lanegan sera dans un quart d’heure au stand merchandising pour une séance dédicace. WHAT ? Une deuxième cerise sur le gâteau, ai-je bien entendu? C’est vraiment Noël avant l’heure ! Je me dirige vers le fameux stand et j’y découvre un petit livre sur Mark Lanegan, Sleevenotes, publié chez Pomona. Il s’agit d’une interview dans laquelle l’artiste parle de ses influences, de son processus d’écriture et de ses différents projets musicaux. Magique ! Je l’achète, évidemment, puis je patiente jusqu’à l’arrivée promise et inespérée du chanteur. Tout va très vite : un quart d’heure et une trentaine de fans émus plus tard, je suis face à lui et je n’en reviens pas. Il m’accueille avec sa voix grave, quelque peu éclaircie par une gorgée de bière, et me lance un « Hi! » souriant. Intimidée, pour ne pas dire tétanisée, je lui tends le petit livre que j’ai déjà hâte de lire et je repars avec une dédicace et un deuxième sourire que j’emporterai dans ma tombe. De quoi patienter jusqu’à la publication en avril 2020 de Sing Backwards and Weep, les mémoires de Mark Lanegan, qui accompagneront la sortie de son prochain album, Straight Songs of Sorrow, quelques mois seulement après la sortie de Somebody’s Knocking. Vivement le printemps et la prochaine tournée!

CREDIT PHOTO ©Marina_Z

 

Setlist

Knuckles
Disbelief Suspension
Nocturne
Hit the City
Stitch It Up
Burning Jacob’s Ladder
Penthouse High
Night Flight to Kabul
Beehive
Bleeding Muddy Water
Deepest Shade (The Twilight Singers cover)
Ode to Sad Disco
Gazing from the Shore
One Hundred Days
Emperor
Dark Disco Jag
Name and Number
Death Trip to Tulsa

Rappel

Bombed
Torn Red Heart
Gospel Plow (Screaming Trees)
Hangin’ Tree (Queens of the Stone Age)

 

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TOOL « Fear Inoculum », trois mois après sa sortie, par Marina Zborowski

Ecrire sur un album – que dis-je, THE album – qui a déjà fait couler des litres d’encre sur la toile, c’est prendre le risque à la fois de répéter une énième fois tous les éloges dont il a déjà été couvert et de contredire à nouveau les quelques critiques négatives à son encontre (si tant est qu’elles existent… en toute objectivité bien sûr !). Mais lorsque l’on m’a suggéré de déclarer mon amour à Fear Inoculum sur ce blog, et à TOOL dans son ensemble, impossible de résister à la tentation ! Une belle occasion de saluer, trois mois après sa sortie, un véritable chef-d’œuvre aujourd’hui en tête du classement des 25 meilleurs albums de l’année de ​Revolver et carrément nommé dans deux catégories aux ​Grammy Awards (meilleure chanson rock avec « Fear Inoculum » et meilleure performance metal avec « 7empest« ). Une explosion de reconnaissance qui ne change rien au fait que la musique de TOOL reste pour moi la plus unique, la plus profonde et la plus intelligente qui existe. Forever. Voici donc un petit récit rétrospectif de mes retrouvailles avec TOOL il y a déjà trois mois, histoire de donner envie aux derniers irréductibles qui n’ont pas encore écouté ce joyau de ne plus attendre une seconde de plus.

Inutile de préciser que le 30 août 2019 s’est tout de suite imposé à mes yeux comme le plus beau jour de l’année dès lors qu’il a été associé à la sortie de l’album que j’attendais le plus depuis des années, le nouveau TOOL, treize ans après la sortie de 10 000 Days. Enfin ! A l’annonce de cette nouvelle presque inespérée, je sais déjà que les dernières semaines d’attente seront en fait les plus longues. Le « be patient » du troisième titre de Lateralus devient ma devise de l’été. Heureusement, début août, l’arrivée – vraiment inespérée, pour le coup ! – de tous les albums de TOOL sur les plateformes de streaming, à l’exception du pourtant divin coffret Salival, et un avant-goût de 10 minutes et vingt secondes nommé « Fear Inoculum » permettent d’apaiser quelque peu mon impatience : they are definitely back in the game ! Évidemment, le jour de la sortie du nouveau single, impossible de lâcher mon casque. Je l’écoute une fois, puis dix, puis trente fois… C’est beau, c’est chaud, c’est mystérieux, c’est hypnotisant. C’est du grand TOOL. Vivement la suite !

Le 30 août, le moment fatidique de la tentation arrive : minuit sonne et ça y est, le nouvel album débarque sur les plateformes. Hors de question de craquer, j’ai pré-réservé mon précieux et je découvrirai l’album le lendemain matin. Mes enceintes n’ont qu’à bien se tenir ! Et c’est là que vient le moment de restituer mon ressenti à la découverte de chaque morceau de l’album. Un ressenti identique trois mois après la parution de l’album, même après des centaines d’écoute, car il faut bien tout ce temps pour saisir les innombrables subtilités d’un tel album.

« ​Fear Inoculum​ », le premier titre, qui donne aussi son nom à l’album et que je connais déjà par cœur, prend immédiatement une tout autre couleur en ouverture de ce nouvel opus. Forcément, chaque album de TOOL a toujours fonctionné comme un tout qu’il convient de savourer d’un bout à l’autre, sans déconnecter les morceaux les uns des autres. Et ça tombe bien, car ce sont près de 85 minutes de musique qui m’attendent, sans les interludes, que je découvrirai plus tard avec la version numérique de l’album. Fascinée par le packaging de ce nouveau bijou, je redécouvre donc tranquillement le single de l’album en sachant qu’il va m’introduire à un univers à la fois parfaitement familier et complètement à part.

CREDIT PHOTO Marina_Z

L’émotion est telle que la découverte du deuxième titre, « ​Pneuma​ », est euphorisante. Je renoue sans plus attendre avec ce crescendo émotionnel que TOOL maîtrise à la perfection. Je suis subjuguée par le riff qui s’installe doucement à 1’15, puis par l’arrivée de la batterie à 1’34 et enfin par la douce irruption de la voix de Maynard James Keenan à 2’06. J’atteins les 2’45 d’écoute et là, naturellement, c’est le surgissement de larmes. Impossible de les retenir à la découverte du couplet qui suit:

« ​We are will and wonder / Bound to recall, remember / We are born of one breath, one word / We are all one spark, sun becoming ​ « 

Je me laisse séduire par la puissance chamanique du texte et du chant de MJK. A peine rendue à la moitié de « Pneuma« , je peux déjà affirmer qu’il s’agit là d’un des plus beaux morceaux écrits par TOOL. Les roulements de batterie de Danny Carey qui s’enchaînent à partir de 5’48 ne font que le confirmer. On navigue avec plaisir entre les réminiscences du merveilleux Lateralus et celles du non moins magnifique 10 000 Days. Et pourtant, ce titre ne ressemble à aucun autre. Les larmes explosent à nouveau avec le retour à la fois aérien et puissant du mot « Pneuma » à la dixième minute. L’apothéose. Et ce n’est que le deuxième titre de l’album !
Envoûtée, j’essaie de me recentrer pour profiter pleinement du titre suivant, « Invincible​”, dont j’ai déjà entendu parler car il a déjà été joué en live plusieurs fois. Et quelle claque !! On a envie de suivre Maynard et de se fondre dans la peau de l’un des « warriors » dont l’invincibilité est scandée au gré de cette composition musicale exceptionnellement maîtrisée. La montée en puissance du morceau, qui s’intensifie à 9’35 pour mettre en exergue la splendide harmonie entre tous les instruments, est absolument magnifique et me rend dingue jusqu’à la fin du morceau.
« ​Descending​ » n’est clairement pas en reste avec sa belle dose de mystère, sa puissance progressive, sa construction tout aussi méticuleuse que les morceaux précédents. Comme sur « Invincible« , le pré-final (cet instant merveilleux entre 9’28 et 10’34) est tellement majestueux qu’il est presque impossible de le définir, tant il parvient à être à la fois sombre et lumineux, étrangement raffiné, à l’image de l’intégralité du morceau d’ailleurs. À ce niveau-là, c’est carrément de la magie et les mots me manquent !
Et je ne suis pas au bout de mes surprises. « ​Culling Voices​ » débarque avec toute sa finesse, ses nuances, sa délicatesse… La voix de Maynard James Keenan est particulièrement envoûtante sur l’intégralité du morceau. J’ai soudainement envie de remercier chaque jour cette voix d’exister (certes, je le fais déjà depuis dix-sept ans) ! Le titre est d’une douceur incroyable. Impossible de ne pas frémir sur le « ​Don’t you dare point that at me » susurré à la fin du morceau: je défie quiconque de prétendre le contraire après avoir écouté ce morceau au casque !

« ​Chocolate Chip Trip​ », le titre suivant, est l’ovni de l’album (il y a toujours un ovni dans un album de TOOL !). Ce trip au chocolat de Danny Carey, né d’une histoire de cookies aux pépites de chocolat en studio, est tout simplement fabuleux. Le son de la batterie est complètement dingue. On le sait déjà, mais le fait de la mettre complètement au premier plan la rend encore plus sublime. Le bouquet final (entre 3’48 et 4’00) est époustouflant de folie et de beauté. Le genre de morceau que tu rêves de vivre en live et qui te donne envie d’apprendre à jouer de la batterie tout de suite !

Enfin, que dire du fascinant « ​7empest​ », qui vient clore l’album de la manière la plus brillante qui soit ? On veut d’autres titres qui déchirent comme ça, encore et encore ! On est dans la lignée du sublime « Rosetta Stoned » de l’album précédent, mais c’est encore plus fou, encore plus impeccable. C’est un immense bonheur. La basse de Justin Chancellor est belle, omniprésente, captivante. La batterie de Danny Carey est belle, déchaînée, exceptionnelle. La voix de Maynard est belle, enragée, ensorcelante. La guitare d’Adam Jones est belle, magique, au-delà du réel (ce solo magistral… inoubliable !). La puissance et l’efficacité des rythmes sont implacables ; le chant intervient toujours exactement au bon moment et donne du relief à un morceau déjà vertigineux et irrésistible. Et les paroles tiennent évidemment leurs promesses. J’ai adoré entendre « Keep calm. Keepin it calm. Keep calm. » en guise d’introduction alors que j’étais en pleine hystérie émotionnelle ! Ce dernier titre déborde de créativité et met en lumière le génie de chacun des membres du groupe, qui bien qu’il ne soit plus à prouver, continue à nous surprendre. Je ne veux plus que l’album s’arrête et je sens le besoin irrépressible de réécouter ces 15 minutes incroyablement géniales. Et c’est désormais ainsi que je savoure le chef-d’œuvre de l’année, en réécoutant une deuxième fois « 7empest » à chaque fois que je termine l’album.

A la fin de mes retrouvailles avec TOOL, je suis sous emprise et il me faut immédiatement une autre dose de Fear Inoculum. Au final j’écoute l’album six fois dans la seule journée du 30 août. L’équilibre entre les instruments et la voix est tellement parfait. Chaque titre est construit avec soin, alternant brillamment douceur et puissance. C’est décidé : désormais, je vis et je dors avec Fear Inoculum et je ne veux plus jamais quitter cet univers. Je ne veux plus lâcher ces sept morceaux et leurs interludes qui m’ont fait éternellement chavirer dans un feu d’artifice d’émotions. Je veux m’imprégner de ces rythmes inouïs, de ce son extraordinaire, ressentir à nouveau ces frissons incontrôlables.

TOOL I’ll follow you wherever you go.

Et pour finir de convaincre les derniers irréductibles : TOOL, c’est le groupe dont on peut connaître tous les titres par cœur – parce qu’il est impossible de s’en lasser – tout en redécouvrant chaque titre à l’infini, même après des milliers d’écoutes. Un riff, une cymbale, un mot… Chaque son a beau être familier, il est toujours différent, toujours nouveau. Il est impossible de déceler tous les secrets enfouis dans un titre de TOOL, et c’est bien en cela que réside l’art de la perfection qui définit ce groupe. Chaque album réussit la prouesse quasiment impossible de surpasser le précédent alors que ce dernier était déjà parfait. Et Fear Inoculum ne déroge vraiment pas à la règle !!

Liste des titres

1 – Fear Inoculum

2 – Pneuma

3 – Litanie Contre La Peur

4 – Invincible

5 – Legion Inoculant

6 – Descending

7 – Culling Voices

8 – Chocolate Chip Trip

9 – 7empest

10 – Mockingbeat

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AGNOSTIC FRONT « Get Loud! »

Le cas AGNOSTIC FRONT relève du paradoxe. Celui de l’excitation de retrouver sur disque l’un des plus grands et talentueux groupes originaires de la Big Apple que la planète ait eu à supporter avec une ferveur unanime et sans limite, et ce depuis son premier effort paru en 1984, le cultissime Victim In Pain à la pochette sans équivoque. Une excitation mêlée à la crainte d’être une nouvelle fois déçu par un groupe autrefois  idolâtré. Des albums fondateurs, des prestations live rentrées dans les mémoires autant que dans les annales du music business et l’incarnation d’un hardcore authentique, viscéral et sans concession. Quelques rebondissements de parcours plus tard et une poignée d’albums dont la réussite artistique semblait à géométrie variable, alternant un retour aux sources vers le punk fondateur de ses prémices et influences (SS DECONTROL ou IRON CROSS en tête) lors de sa reformation en 1998, à des sonorités plus empruntes au metal/hardcore depuis le bien nommé Another Voice (2004), dont il a été l’un des principaux artisans dès 1986, avec une pierre angulaire de sa discographie, Cause For Alarm. Une brèche dans laquelle s’engouffrera un nombre incalculable de combos du genre, AGNOSTIC FRONT quant à lui poussant la mixture dont il est quasiment l’inventeur à son paroxysme via l’intouchable One Voice (1991). Et puis, les années ont passé. Les albums se sont enchaînés, les tournées y afférentes également et les prestations ont commencé à perdre en punch et en uppercut. Vinnie Stigma, conscient de la légende que représente son personnage urbain, se joue et surjoue de l’automate auquel il ressemble désormais, aussi tatoué que rigolo, sur une scène au milieu de laquelle le guitariste ne semble plus qu’un pantin planté avec sa guitare pour amuser la galerie. Sans doute est-ce là une sorte de palliatif à son incompétence technique – ou du moins à une certaine fainéantise d’apparaître volontaire et déterminé ainsi qu’il a pu l’être par le passé – sur des morceaux nettement plus exigeants que « Your Mistake » ou « Power ». Tandis que Stigma semble conserver une certaine fraîcheur physique, son comparse de toujours et vocaliste Roger Miret apparaît désormais comme un peu plié sous le poids des ans. Quelques soucis de santé ont, il est vrai, sans doute pesé sur les solides épaules du chanteur, lesquels obligent désormais le groupe à très nettement ralentir le tempo de certains titres du répertoire des New Yorkais, et pas des moindres puisque le désormais morceau d’ouverture de tous les shows d’AGNOSTIC FRONT, « The Eliminator », est joué au ralenti, Miret ne parvenant que partiellement à restituer la puissance et la vindicte de ce titre, lui qui semble à bout de souffle de plus en plus rapidement. Dans ces conditions, l’annonce d’un nouvel album intitulé Get Loud!, à paraître le 8 novembre prochain, laisse quelques craintes poindre le bout de leur museau. AGNOSTIC FRONT semble se complaire depuis Another Voice à publier peu ou prou le même album, lequel apparaissait déjà en 2004 comme un ersatz de second choix de One Voice. L’artwork du nouvel album dévoilé il y a peu et reprenant certains codes de Cause For Alarm laissait craindre le pire, à savoir une tentative maladroite de donner une suite au mythe de 1986. Contre toute attente, il n’en est rien. Le groupe nous ressert une énième version de Another Voice, sauf que là nous arrivons à la fin de 2019, et que depuis quinze ans, AGNOSTIC FRONT nous balance la même recette que celle élaborée sur Another Voice. Excepté en de très rares occasions, les titres constituant ce nouvel effort sont invariablement calqués sur l’album précédent, lui-même ressemblant comme un jumeau à son prédécesseur, et ainsi de suite depuis 2004. Alors bien sûr, tout n’est pas désagréable, certains morceaux se laissant même franchement apprécier, mais pour un amateur du groupe suivant sa carrière depuis fort longtemps, la pilule a de plus en plus de mal à passer et le risque de voir ce nouveau disque rejoindre ses petits camarades sur l’étagère après quelques maigres écoutes semble inéluctable. Des prestations scéniques en demi-teinte, des albums poussifs sans être vraiment décevants car totalement prévisibles, le groupe de Stigma et Miret n’a plus grand chose d’excitant à proposer depuis un bon moment. Les deux leaders incarnent l’entité « AGNOSTIC FRONT » de par leur présence, leur nom et l’aura magnétique intacte qui va avec, tandis que les musiciens assurent quant à eux un travail de fond… lequel tourne en rond, encore et encore. Sad but true. Ceci dit, au nom de tout ce qu’a pu apporter le groupe à la scène hardcore new-yorkaise et mondiale, l’influence gigantesque qu’a pu avoir AGNOSTIC FRONT sur un nombre inimaginable de groupes de tous styles, l’abnégation et l’intégrité morale et artistique dont a pu faire preuve l’ensemble de ses membres passés et présents, nous ne pouvons que nous incliner face à cette légende encore vivante du genre. Alors, rien que pour ça, soyons magnanimes et saluons cette nouvelle sortie chacun à notre manière, fans actuels comme quarantenaires ou cinquantenaires bien avancés. Le groupe le mérite tant.

Get Loud! disponible dès le 8 novembre 2019 via ce lien

Liste des titres

1 – Spray Painted Walls

2 – Anti Social

3 – Get Loud

4 – Conquer And Divide

5 – I Remember

6 – Dead Silence

7 – AF Stomp

8 – Urban Decay

9 – Snitches Get Stitches

10 – Isolated

11 – In My Blood

12 – Attention

13 – Pull The Trigger

14 – Devastated

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SAPIENS « Sapiens »

Voilà, nous y sommes. Rares sont les projets musicaux semblant être en mesure de faire ressurgir le spleen le plus bouleversant et le plus profondément blotti à l’orée de chacun de notre subconscient. Il est tellement plus simple de farder secrètement sa sensibilité et sa tendresse par quelques subterfuges de son choix, pourvu que personne ne s’en approche à moins de 100 mètres. SAPIENS, projet élaboré autour de Nicolas Foucaud, guitariste/chanteur et principal compositeur au sein de LOS DISIDENTES DEL SUCIO MOTEL, accompagné de son alter-ego six-cordiste Thibault Fassler, s’est donc inconsciemment mis en tête de nous la vider de toute résistance à la beauté, en composant rien de moins qu’une ode à la mélancolie. Attention, pas la mélancolie sirupeuse conceptualisée sur un postulat de départ en mode « ballade gnagnan pour jeune couple en mal de sensation ». Non. L’ambition du duo demeure bien plus élevée et architecturale. SAPIENS, c’est d’abord et avant tout un projet s’inscrivant dans une dynamique acoustique, contextualisée par des guitares sans distorsion, de la contrebasse, des percussions, des arrangements à cordes tels que le violon, le violoncelle ou bien la présence sporadique d’un accordéon, le tout juxtaposé à des voix, et quelles voix ! Sur un principe similaire à celui qu’a pu proposer Slash (GUNS N’ROSES, VELVET REVOLVER) sur son premier album solo paru en 2010, la paire Foucaud/Fassler s’est décidée à inviter sur chacun des dix morceaux que compte cet album un vocaliste différent, le tout en mode unplugged total. Et là, c’est l’extase. Dix titres pour autant de joyaux. Mais comment diable ces deux garçons parviennent-ils à nous toucher autant ? C’en est presque indécent d’évidence, troublant de vérité, et pour tout dire, un brin suspect. Seraient-ils en mesure de percer l’intimité encéphalique de chacun(e), et ce à notre insu ? Jusqu’à quel degré de notre « moi intérieur» leur perception sensorielle est-elle capable de creuser ? Va-t-elle nous faire découvrir des aptitudes jusqu’ici imperceptibles ? Nul ne le sait vraiment, mais le résultat est sous nos yeux et parvient à nos oreilles de la plus délicate des manières. Probante, magistrale et tellement belle. Point d’amertume dans ce spleen accouché sur bandes, aucune morosité et encore moins de pessimisme à l’écoute de ces dix merveilles. Juste l’impression d’avoir été transpercé de part en part au moyen de quelques notes, d’un soupçon de nostalgie mêlé à l’espoir d’un lendemain qui rechante. Dix voix subliment les compositions exceptionnelles de nos compères parmi lesquelles nous retrouvons avec bonheur, et parfois surprise, celles de Reuno Wangermez (LOFOFORA), Julien Cassarino (PSYKUP), Cédric Toufouti (HANGMAN’S CHAIR), Poun (BLACK BOMB Ä) ou bien encore Julien Pras (MARS RED SKY), chacune d’entre elles s’en sortant avec au minimum les honneurs, lorsque ce ne sont pas les acclamations et autres standing ovations qui prennent le relais dans l’euphorie générale de l’absorption d’un titre après l’autre. Car voici bien le noyau dur de ce disque et son paradoxe, son élixir d’aphrodite. Cette capacité à nous rendre si humbles et effacé(e)s à l’écoute de l’extrême douceur et majesté de l’art musical ainsi confectionné, à égale distance de l’allégresse mêlée d’une crainte et d’une béatitude quasi mystiques face à tant de pureté. Fermez donc les yeux et vous pourrez sans nul doute peindre le rêve de vos nuits les plus torrides, les plus troublantes, les moins reluisantes ou les plus simples. Tout est là, dans ce disque. Rien ne semble plus emblématique sur un plan intime et personnel que la fierté de mettre des mots sur son vécu, ses joies ou ses douleurs, ses démons, ses réveils dans les bras de l’être aimé(e), l’amitié, la déception, l’amour ou la trahison. Alors vous pensez, des notes de musique. Bien sûr, chacun dénichera le long de ces dix sublimes chansons la virgule ou les points de suspension qui lui sied le mieux ; en un mot comme en cent, la ponctuation de son existence. La seule d’entre elle, commune à toutes et tous, reste le point d’exclamation, à placer par chacun de nous aux moments opportuns de la vie, à l’heure de faire un choix conséquent, de prendre une décision découlant d’une situation hasardeuse. Tout bien réfléchi, il reste une autre ponctuation commune à vous, comme à votre serviteur : le point d’interrogation. Celui que l’on place à la fin de la vie comme pour dire : « C’est déjà fini ? J’avais encore tant de choses à accomplir », ou bien : « A quand ai-je dit pour la dernière fois à mes proches que je les aimais ? ». Toutes ces questions et exclamations faisant la beauté de la vie et l’incertitude de la mort ne rendent l’écoute de ce chef d’oeuvre émargé par SAPIENS que plus urgente, vitale et nécessaire. Un album autant vertigineux qu’extraordinairement réussi et profondément humain. Nous touchons avec ce disque à l’universel de l’art en général et de la musique en particulier, de celle qui parlera d’une manière ou d’une autre à tout être doué de sensibilité, de fragilité ou même de supériorité physique, morale ou psychologique. SAPIENS remet les hommes et les femmes, les enfants de tous les continents, du plus démuni au plus opulent, sur un même pied d’égalité. Voici donc venu le temps de « l’uni(e)s vers » l’absolu, l’émouvant, l’intemporel. SAPIENS vient d’accoucher d’un monstre adorable et bienheureux. A écouter au petit matin, les yeux encore embrumés par la nuit blanche passées entre ami(e)s, assis(e) face aux premiers rayons de soleil, seul(e) ou blotti(e) dans les bras de l’être aimé(e), tandis que tout le monde dort encore du sommeil du juste. L’unique élément faisant autorité demeure le silence absolu exigé par l’écoute d’une de ces dix tranches de vie. Inutile de vous en faire une liste, chacun y trouvera de toute façon de quoi satisfaire son envie irrépressible de poser ses lèvres sur celles de l’autre au crépuscule de sa nuit ou de sa vie. L’hymne à l’amour des temps modernes. Etourdissant.

Sapiens disponible dès le 25 octobre 2019 via ce lien

Facebook officiel de SAPIENS

Liste des titres

1 – Surreal Estates ( voix : Julien Pras – MARS RED SKY )

2 – Palm Prints ( voix : Mathieu Dotel – BUKOWSKI )

3 – Dead Ringers ( voix : Julien Cassarino – PSYKUP )

4 – Pure Love Ashes ( voix : Steve Perreux – ROBOT ORCHESTRA )

5 – Red Wine Lullaby ( voix : Cédric Toufouti – HAMGMAN’S CHAIR )

6 – Still Down ( voix : Poun BLACK BOMB Ä )

7 – C’est Gênant ( voix : Mat Peq – BABYLON PRESSION )

8 – Wake Up Call ( voix : Daniel Scherding – LDDSM )

9 – Cognitive Dissonance (Voix : Forest Pooky FOREST POOKY )

10 – Le Feu Qui Danse ( voix : Reuno Wangermez LOFOFORA )

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SLEEP @ Le Bataclan, Paris – 08 octobre 2019

Le 8 octobre dernier, tout bon fumeur de weed aimant le metal se devait d’assister à la Grand-messe stoner doom orchestrée par SLEEP. En effet, le mythique groupe californien, reformé depuis quelques années, posait son backline de fou sur la scène du Bataclan, un an et demi après son dernier passage dans la capitale.

SLEEP, c’est pour beaucoup « Dragonaut« , ce clip improbable en noir et blanc sur la VHS publiée par Earache en 1994, intitulée Earplugged, au milieu des NAPALM DEATH, CATHEDRAL et autres BRUTAL TRUTH. Une petite claque stoner rock tirée de leur album « Sleep’s Holy Mountain » (1992), considéré depuis comme un acte fondateur du mouvement, bien qu’étant le deuxième album de la formation. Le groupe, en pleine bourre, signe alors un contrat très lucratif avec London Records, et se point avec un troisième album nommé Jerusalem, irrecevable pour le label, se composant d’une loooongue piste de 60 minutes qui s’articule autour de quatre notes maximum. Ce chef d’œuvre incompris par le label, sorti depuis sous l’appellation Dopesmoker en 2003, poussera le groupe à se séparer. Les membres du groupe s’affairent alors à de nouveaux projets. Le bassiste Al Cisneros s’occupe au sein d’OM, tandis que le guitariste Matt Pike occupe son temps avec HIGH ON FIRE.

CREDIT PHOTO JULIEN MASSON

Heureusement pour nous, sous l’impulsion d’une nouvelle génération fan du style, le groupe se reforme en 2009, et après quelques concerts, s’offre le luxe d’accueillir derrière les fûts l’immense Jason Roeder, marteleur en chef de NEUROSIS. Il faut cependant attendre 2018, après deux magnifiques singles, pour voir débouler sur nos platines l’énorme album The Sciences, lequel nous amène donc à ce concert du 8 octobre. Evidemment, pour un groupe dont les textes sont principalement tournés vers la fumette, la science-fiction et l’espace, on aperçoit bon nombre de mines réjouies devant la salle. Le temps de se rapprocher de la scène pour la Grand-messe, les enregistrements de conversations de spationautes crachent dans les enceintes. Se dresse devant nous, tel un monolithe, un mur d’amplis Orange, et deux amplis maousses Ampeg pour le grand Al Cisneros et sa Rickenbacker, tel un Lemmy enfumé.

CREDIT PHOTO JULIEN MASSON

Le groupe monte sur scène et vient confirmer les propos d’un fan qui les avait vus au Canada il y a quelques semaines, suite à quoi il avait témoigné : « C’est tellement fort que tu as l’impression que le son te pousse hors de la salle ! ». Effectivement, dès les premières notes de « Marijuanaut’s Theme », le son prend direct au ventre. On se demande même si la sono fonctionne tellement les amplis crachent du lourd. Un son chaud, énorme, presque organique. Al Cisneros est un gros « Jesus stoner » qui attaque les cordes de sa basse avec toute la main. Il lui faut au moins ça pour passer outre le mur de son propulsé par le cultissime Matt Pike et la batterie de Jason Roeder, le tout à un tempo proche de l’arrêt cardiaque. On est figés par ce spectacle. La cohésion et la perfection de la musique jouée aussi lentement demandent une sacrée entente ainsi qu’une technique irréprochable. On remarque d’ailleurs que Jason Roeder a l’air de prendre totalement son pied à jouer avec les deux géants. Ses bras se lèvent aussi haut que possible pour frapper la caisse claire ; c’est beau à voir. Les classiques s’enchaînent : « Holy Mountain », « The Clarity« , « Sonic Titan« , puis arrive un dantesque « Giza Butler« , hommage appuyé au bassiste de BLACK SABBATH. C’est carrément l’extase dans le public, et une bonne partie de la salle, embrumée par la fumée de ganja qui flotte dans l’air, se laisse aller, ferme les yeux et trippe. « Leagues Beneath », morceau fleuve sorti en single il y a 3 ans, puis « The Botanist« , viennent parachever ce moment hors du temps. Deux heures viennent de passer alors qu’on a l’impression d’être à peine d’arrivés. On pourrait écouter jouer SLEEP toute la nuit. Puis c’est le moment de conclure, et forcement, « Dragonaut » vient totalement électriser le public qui en devient hystérique. Le morceau, un véritable classique, vient emporter la foule qui se laisse aller à un pogo stoner magnifique. Alors oui, le groupe n’a pas joué d’extrait de Dopesmoker, comptant un des plus grands riffs de tous les temps, mais a fourni un set gonflé au plomb et magistralement interprété. Les membres du groupe méritent totalement le succès qui leur est dû, et on a déjà hâte de les revoir bientôt pour se délecter de leurs riffs majestueux et jamais fumeux !

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ETRANGE « Etrange »

Depuis quelques semaines déjà, il est fort probable que le nom d’ETRANGE soit venu titiller votre esprit, vos yeux ou votre étrier, par le biais de quelques chroniques le plus souvent dithyrambiques ou le partage sur les réseaux sociaux de titres de son premier effort éponyme. En effet, rares sont les auditeurs de la musique d’ETRANGE à être sortis indemnes à l’issue de l’écoute de ce cette première oeuvre façonnée par un groupe français, une hydre à deux têtes parfaitement complémentaires, l’une parisienne, l’autre bordelaise. Difficile en effet de rester insensible à l’écoute de ce premier effort artistiquement triomphal, dont les pistes sont autant de couloirs à choix multiples intemporels et majestueux, que seuls le rêve et le voyage intérieur semblent être en mesure d’en transpercer les mystères. ETRANGE pratique une musique que l’on pourrait qualifier de « metal progressif instrumental » au sein de laquelle s’écoulent un certain nombre de subtilités bienheureuses, telles que des blast beats viscéralement inspirés du black metal, en aucun cas malvenus, ou quelques réminiscences ambiantes de certains artistes aussi progressifs qu’expérimentaux, le premier d’entre eux venant à l’esprit étant probablement LIQUID TENSION EXPERIMENT, dont la musique d’ETRANGE semble être un prolongement spirituel, précision étant apportée au fait que le duo français s’emploie à infuser  une vraie patte artistique inusitée et singulière dans son oeuvre. Tel est là son sceau, sa marque. Cette musique, d’une richesse plantureuse et foisonnante, n’en reste pas moins d’une accessibilité sensationnelle et désarmante d’évidence. Ici, pas de place pour la démonstration puérile ou malvenue, bien que le niveau de  technique pure soit placé sur l’une des marches les plus élevées de l’échelon instrumental. Tout ne respire qu’évolution progressive, évidence ou clarté, fulgurance et acrobaties volubiles retombant invariablement sur ses pattes. A mi-chemin entre les œuvres de Mike Portnoy au sein de son ancien groupe instrumental précité, KING CRIMSON, certaines sonorités du early Jean-Michel Jarre, et un sens maîtrisé de la théâtralité qui impressionne, la musique d’ETRANGE s’appréhende également par certains aspects comme une musique de film, et ce dès les premières notes de l’album. John Williams ou Hans Zimmer, entre autres, ne sont sans doute pas trop loin des influences de nos deux gaillards quant à l’approche souvent grandiloquente de leur œuvre. De même, il y a fort à parier qu’un artiste tel que le compositeur/guitariste Sithu Aye ne traîne pas trop loin ses guêtres en surface de la besace de nos deux amis, l’homme basé à Glasgow, en Ecosse, parvenant lui aussi à délivrer cette fraîcheur instrumentale non redondante par souvent trop balourde et dont bon nombre de congénères s’emploie hélas à surcharger sa musique. Pas de cela ici. Le livret de l’album ne mentionnant aucune trace de batteur à proprement parlé, déduction en découle que les parties rythmiques sont ici programmées, tant et si bien qu’il est à saluer une fois de plus l’immense travail de nos architectes, parvenant à faire oublier l’approche organique de l’instrument pour un rendu frisant malgré tout la perfection auditive, techniquement parlant bien sûr, mais surtout en insufflant à ses parties une chaleur presque « humaine ; un comble pour des machines. ETRANGE frappe donc vraiment très, très fort pour cette première sortie dans l’espace, les sept titres de cet album basé sur l’immensité et la passionnante connaissance interstellaire et son évolution ne pouvant s’écouter que d’une seule traite. Impossible de cisailler cette œuvre aboutie et architecturale sans commettre une énorme faute de goût. En tout état de cause, nous avons ici affaire à l’un des meilleurs albums parus cette année dans sa catégorie, loin devant la concurrence. Le référendum de fin d’année des différents confrères de la presse spécialisée devrait sans aucun doute donner raison à Pré en Bulle. Et même si ce dernier n’en établira probablement jamais, la musique n’étant, selon lui, en aucun cas source de compétition ou de classement mais bien d’émotion et de partage, cette magnifique création originale figurera parmi les plus écoutées de cette cuvée 2019. Magique, intemporel et d’une densité qui impressionne.

Etrange disponible à l’achat physique ou numérique via ce lien

Liste des titres

1 – Exile

2 – Titan

3 – Reloader

4 – Astralis

5 – Nebula

6 – Gateway

7 – Exoplanet

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PARPAING PAPIER « Tester Des Casques »

La ville de Nantes n’abrite pas uniquement la ferveur supportrice des Canaris ou la douceur avinée des Pays de la Loire nommée Muscadet. Au-delà des lieux communs relatifs à la région si chère à André Breton, le chef-lieu du département de la Loire-Atlantique renferme une petite bombe musicale nommée PARPAING PAPIER, un étrange et singulier patronyme reflétant à merveille l’essence de sa musique. Lâché en tout début d’été, ce mini album 5 titres intitulé Tester Des Casques se révèle être d’une fraîcheur salvatrice et une fabuleuse déflagration sonore au milieu d’une scène hexagonale frisant parfois l’auto-plagiat ou la redondance indigeste. Mêlant tour à tour gros rock (très) énervé, aux frontières du hard rock, à des passages nettement plus calmes non dénués de jolies parties plus mélodiques – pour ne pas dire mélancoliques – qu’il vous sera extrêmement difficile d’extirper de votre cervelas jusqu’à la fin de la journée, la musique de l’oxymore nantais affiche un étonnant savoir-faire pour une formation si jeune, l’acte de naissance de PARPAING PAPIER étant horodaté du tout début de l’année en cours. Le plus souvent up-tempo, l’ensemble des chansons tient du petit miracle sonore en partie dû au fait d’une extrême bonne humeur communicative, à la limite de la contagion foudroyante, d’une exécution instrumentale et vocale de premier ordre, de textes élaborés en français, incarnés en mode  « non prise de tête » fleurant bon le positivisme, mais aussi et surtout grâce à des compositions proprement irrésistibles. A ce titre, jetez une oreille attentive au morceau-titre ci-dessous. Impérieux, qu’on vous dit ! Une sucrerie auditive, scénique – si l’on en croit les échos unanimes glanés de-ci de-là – et un EP à vous procurer de toute urgence pour les longues soirées d’hiver. A propos de longueur, 5 titres, c’est bien. 12 titres, c’est mieux. Impatience totale. Ami(e)s du Pré, foncez tête baissée contre le parpaing ; vous ne serez pas déçu(e)s du voyage en pays nantais. Idéal pour un réveillon du nouvel an mémorable.

Tester Des Casques disponible au format digital  via ce lien

Liste des titres

1 – Tester Des Casques

2 – Robinet d’eau Tiède

3 – Premières Neiges

4 – Champions Du Patin

5 – Tempête Je T’aime

Facebook officiel

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CRO-MAGS « 30th anniversary Best Wishes on tour », 30 septembre 2019 – Le Gibus

Petit événement hier soir, 30 septembre, au Gibus parisien. CRO-MAGS, légende vivante du hardcore new-yorkais, y donnait un concert dans la cadre de sa tournée célébrant les 30 ans de son album le plus populaire juste derrière l’ultra référentiel The Age Of Quarrel (1986), l’excellent Best Wishes, galette parue en 1989. Inutile de revenir une énième fois sur le pourquoi du comment le public se trouve face à deux entités « Cro-Mags » et « Cro-Mags JM », les coreux de la scène en savent déjà bien assez. Les autres, moins impliqués, n’y comprendraient de toute façon pas grand chose tant les histoires à rebondissements pullulent entre les deux faces d’une même pièce que sont Harley Flanagan et John Joseph. Puérilité, égocentrisme ou haine viscérale, peu importe. Ce soir, c’est bien le CRO-MAGS du père Flanagan qui nous sort le grand jeu, après deux formations chargées d’ouvrir les débats avec un léger retard sur le running order prévu.

RIXE se donne donc moins d’une demi-heure pour chauffer la salle, laquelle se remplit très correctement et relativement vite dès les premières notes de son set de street punk/oi. Le groupe est en place et extrêmement carré, bénéficiant d’un son on ne peut plus correct. Le trio balance donc ses titres avec une rage non feinte, n’omettant pas de propager une très bonne humeur entre ceux-ci grâce à une décontraction contagieuse et un bonheur d’être présent ce soir. La particularité de RIXE réside dans le fait que l’ensemble des vocaux est intégralement interprété à deux voix, celles du bassiste et du guitariste, renforçant ainsi l’impact sonore de la musique du groupe. Revers de la médaille, l’aspect visuel du trio s’en trouve quelque peu diminué par les deux leaders se retrouvant bien évidemment statiques face à leurs micros respectifs pour assurer les titres, vocalement parlant, si bien que le public peine un peu à entrer dans la danse alors qu’il semble apprécier la musique. Il manque un peu d’« explosivité » visuelle pour parfaire le show et entraîner le public, lequel ne semble attendre que ça. Peut-être un partage des parties chantées entre les deux vocalistes plutôt qu’un rendu à l’unisson rendrait le visuel scénique bien plus éruptif, entraînant par là même un pit davantage tempétueux auquel il ne manquait vraiment pas grand chose pour imploser et rendre justice à cette musique taillée pour la scène. Un bon moment néanmoins pour le public et un groupe paraissant lui aussi très heureux de sa prestation et de sa présence sur l’affiche.

RED DEATH. Pour être honnête, la musique du quintet originaire de Washington, D.C était totalement étrangère à votre serviteur avant leur set. Si bien que la surprise de découvrir un groupe mêlant habilement un hardcore fortement métallisé façon thrashcore a littéralement mis le feu à un pit enfin libéré de ses chaînes. Il faut bien reconnaître que les compositions taillées pour des explosions publiques incontrôlées s’avèrent assez jouissives pour celles et ceux qui ont aimé en leurs temps les déflagrations de NUCLEAR ASSAULT, D.R.I ou plus récemment MUNICIPAL WASTE et TOXIC HOLOCAUST en bien plus teigneux, à ceci près que la musique de RED DEATH plaira davantage aux farouches amateurs du CRO-MAGS période Best Wishes justement plutôt qu’à ceux de The Age Of Quarrel, typiquement hardcore. Avec un batteur absolument infernal, parfait enfant caché de Shane Embury (NAPALM DEATH), Benny Hill et Paul Baloff (ancien vocaliste décédé d’EXODUS), de deux guitaristes d’une belle complicité et d’un bassiste/chanteur totalement impliqué dans l’art de briser des nuques, lui-même parfaitement vindicatif, les 40 minutes du set de RED DEATH passent comme une lettre à la Poste et le public, extrêmement friand de la musique des Américains, semble rassasié de ce thrashcore dévastateur. Mais le meilleur arrive dans les quelques dizaines de minutes qui vont suivre. A revoir néanmoins de toute urgence !

CREDIT PHOTO MRS. SPOOKYBELLA

Un concert de CRO-MAGS version Harley Flanagan reste toujours un grand moment, quoi qu’il puisse s’y passer, le frontman étant toujours aussi imprévisible et captivant après tant d’années. Des années semblant n’avoir aucune prise sur la forme éblouissante autant qu’olympique de Flanagan. Arrivant en terrain conquis avant même que le set ne débute réellement, le frontman lève ses deux basses face à un public l’acclamant et c’est au son de James Brown accompagné de quelques pas de danse de Harley que la terrible intro de « Death Camps » retentit dans un Gibus désormais copieusement garni. Le groupe évolue bien évidemment sous forme de quatuor bien que le fulgurant Rocky George (ex- SUICIDAL TENDENCIES/FISHBONE) soit le grand absent de la tournée européenne. Ceci étant précisé, son remplaçant, Joseph Affe (M.O.D/MAXIMUM PENALTY) s’acquitte d’un travail plus que satisfaisant, sans toutefois faire oublier son illustre alter-ego manquant. Affe s’en tire néanmoins avec les honneurs et gratifie l’audience de quelques envolées guitaristiques bien senties. Monsieur Flanagan est quant à lui fidèle à sa légende. Invitant à plusieurs reprises les « motherfuckers » de l’assistance à former un océan de bras et de jambes dans le pit, et ce dès l’entame du fédérateur « We Gotta Know », judicieusement placé en seconde position du set, l’homme débite ses parties de chant telle une mitraillette, quand bien même il n’est pas toujours face à son micro, lequel étant malmené plus souvent qu’à son tour par les mouvements de foule ou autres stage diving, autant que par Flanagan lui-même, toujours aussi impliqué dans son chant vindicatif et habité. Manifestement gêné par un nez semblant avoir oublié d’être mouché, les premiers rangs en seront pour leurs frais pendant l’ensemble de la prestation de CRO-MAGS, le chanteur ne cessant de tenter des évacuations plus ou moins hasardeuses de celui-ci en de nombreuses reprises. Le set s’articule donc autour de la pépite de hardcore thrashisant de 1989, sans omettre toutefois de placer un extrait de la dernière sortie en date, un 45T intitulé Don’t Give In récemment paru et dont le troisième titre « No One’s Victim » est exécuté ce soir. Sans être totalement révolutionnaire, admettons que le morceau passe très bien sur scène. Deux choses sont d’ailleurs à signaler dans la continuité de ce propos. La première, il n’y guère que ledit 45T qui soit disponible au merchandising de CRO-MAGS. Aucun tee shirt n’est à proposer. Incroyable ! Comment un groupe partant en tournée européenne se voit-il contraint d’annoncer sur scène, tout en s’excusant, l’absence de tee shirts ? Comment arrive-t-on à aussi mal gérer la logistique et la fabrication de son merchandising, fantomatique dès la quatrième date de la tournée ? Sherlock Holmes est sur le coup. La seconde remarque s’inscrivant dans la continuité de la récente parution du 45T est annoncée par Flanagan en milieu de set : un nouvel album est en préparation, si bien qu’une sortie serait envisagée durant la première moitié de 2020. Tiens, prends ça dans les dents John Joseph, son CRO-MAGS « JM » étant d’ailleurs qualifié par Harley Flanagan lui-même, affublé d’un sourire narquois barrant son visage plus qu’expressif, de cover band. Ambiance. Si Best Wishes se taille évidemment une belle part de la setlist de ce soir, difficile de passer outre The Age Of Quarrel, pépite parmi les trésors. Ainsi, « Street Justice », « Life Of My Own », « Show You No Mercy », un « Malfunction » absolument dantesque ou l’inévitable « Hard Times » chargé de clore les débats sont à l’honneur. A signaler l’absence incompréhensible et décevante de « World Peace » et de « Seekers Of The Truth ». Sans doute pour compenser un peu, CRO-MAGS nous sert un « Apocalypse Now » plutôt inattendu, tout droit tiré du Alpha Omega de 1992 dont on aimerait bien entendre un jour le terrifiant « Eyes Of Tomorrow ». Peut-être sera-t-il joué lors de la tournée suivant la sortie du prochain album dont le nom n’a pas été dévoilé ce soir, pas plus que sur les réseaux sociaux.

Un excellent concert de CRO-MAGS, en de nombreux points nettement supérieur au show de CRO-MAGS « JM » vu l’an dernier au Hellfest, pourtant avantageusement assuré par Mackie Jayson aux fûts mais dont la prestation scénique en demi-teinte de Joseph avait laissé un goût de trop peu dans la glotte, même si le bougre en avait encore sous la semelle, vocalement parlant. Si seulement ces deux imbéciles de Flanagan et Joseph parvenaient enfin à refouler une même scène durant 75 minutes, un soir sur deux, le temps d’une tournée mondiale qui serait à n’en point douter un triomphe absolu à tous points de vue, les fans du globe terrestre seraient tellement heureux d’assister à de telles retrouvailles, quand bien même elles ne seraient que scéniques. S’agissant d’un nouvel album commun et du retour de la fibre artistique « real CRO-MAGS », inutile de rêver. Cela n’arrivera sans doute jamais. Quel gâchis ! L’égocentrisme est le pire ennemi de l’artiste. Avec l’argent, cela va sans dire. Vraiment très, très triste.

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