THE DEAD DAISIES « Make Some Noise »

500x500-000000-80-0-0Une chose est à craindre lorsqu’une formation en devenir perd un de ses membres emblématiques, a fortiori deux. Il s’agit, outre le fait de parvenir à restituer un climat d’apaisement après l’amputation soulagée par une anesthésie locale, de retrouver un équilibre aussi rafraichissant que salutaire. L’on était en droit de rester dubitatif après le choix annoncé de Doug Aldrich en remplacement de l’excellent Richard Fortus, parti chercher fortune auprès de l’arme enrosée, récemment réconciliée à grand renfort de billets verts. Dizzy Reed, claviériste de son état, est lui aussi retourné voir si la rose était close comme le lilas en novembre, probablement lié contractuellement à Bill Bailey depuis vingt-cinq ans ou plus, et fort heureux de voir revenir dans la basse-cour la poule aux œufs d’or à la Les Paul 59’. Lui n’est pas remplacé pour cette énième incarnation qui a déjà vu défiler un tas de musiciens redoutables dont Darryl Johns, bassiste des ROLLING STONES, ou encore John Tempesta, ex-EXODUS, ex-THE CULT entre autre. Soyez donc rassurés, le groupe mené depuis deux ans par John Corabi sait s’y prendre pour faire monter la mayonnaise et délivrer un gros hard rock classique et efficace.

La véritable inquiétude avant l’écoute de ce nouveau disque, le troisième, résidait bien dans la performance délivrée par Aldrich, dont le curriculum vitae long comme le bras fait souvent figure de mercenaire de la six-cordes. David Coverdale, Glenn Hugues ou Jack Blades peuvent en témoigner, Dean Castronovo ne venant plus au parloir. Quant à RJD, il est aux abonnés absents depuis quelques années déjà mais connaissait très bien le sujet. Ajoutés à cela une dextérité à toute épreuve et un jeu parfois trop flashy issu de sa reconnaissance au sein de BAD MOON RISING et l’on craignait de voir notre hard rock classieux dégouliner de shred hors propos. Craintes envolées dès l’entame du premier titre et premier single de ce « Make Some Noise » paru chez SPV/Spitfire et produit par Marti Frederiksen (AEROSMITH, MÖTLEY CRÜE, DEF LEPPARD…), « Long Way To Go ». On entre dans les souliers douillets d’un band qu’on reconnait déjà à sa chaleur et à son charismatique chanteur. Mise en bouche efficace dès la première écoute, la chanson s’imprime sans soucis dans le cervelet à grand coup de caisse claire qui rappelle un peu celle de Simon Wright dans les années 80 chez AC/DC. Notre Doug se fond à merveille dans la masse et se laisse malaxer le dos par les autres musiciens pour le mettre à l’aise. Chouette refrain où John Corabi s’impose comme un chanteur d’exception, ce dont nous n’avions que peu de doutes. Doutes envolés également sur l’absence de Dizzy Reed, le groupe se concentre désormais sur ses instruments pour actualiser son propos en laissant un peu de côté l’aspect seventies de sa musique, même si les influences sont encore un poil trop évidentes. A ce titre, des chansons comme « Last Time I Saw The Sun » et son riff calqué sur celui du « Draw The Line » des Toxic Twins ou le title-track « Make Some Noise », intro queenienne, gros riff « australo-britannique » et un petit aspect « Cherry Pie » (WARRANT) pas désagréable du tout, achèvent de nous convaincre que le disque se laisse écouter avec grand plaisir.

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D’autres surprises émaillent ce nouvel effort des Daisies. Ainsi, on remarque à deux reprises l’accélération du tempo sur « Freedom » et plus encore sur « Mainline ». Si l’on est un peu sceptique par de telles fulgurances rythmiques, force est de constater que le contact reste très agréable à la feuille de chou mais l’atout majeur du désormais quintet ne réside pas dans les morceaux up-tempo. En témoigne ce « How Does It Feel » de toute beauté, probablement le morceau le plus réussi du disque. Les chœurs merveilleux se mêlent sur un refrain qui ne l’est pas moins. Sublime solo encore une fois qui ne peut laisser personne indifférent. C’est dans ce registre que THE DEAD DAISIES excelle et se sent indéniablement le plus à l’aise. L’auditeur en réclame d’avantage et « Mine All Mine », avec ce couplet qu’on dirait tout droit sorti d’un album des BLACK CROWES (genre « Remedy ») avant une accélération jouissive sur le refrain, se charge d’œuvrer en ce sens. Solo dantesque à la Cry Baby et final à contretemps qui dépote. Rien à dire, ce titre est vraiment épatant. Le groupe joue également la subtilité sur des plans fort discrets et tout à fait bienvenus, telle cette voice box en intro de « We All Fall Down » ou encore cette franche réussite qu’est la relance basse/ percussion sur le cercle de la caisse claire après le furieux solo de Doug. « Song And A Prayer » est juste impressionnante d’aisance et de décontraction. Du classic rock pur jus comme on n’en fait presque plus sur lequel on ne peut que taper du pied. Tout semble évident dans cette composition au refrain gigantesque, aux parties de guitares mieux travaillées que jamais et à la voix chaude de Corabi.

Bien-sûr, le groupe affectionnant les reprises, on était en droit de s’attendre à les voir dans l’exercice. Là encore elles se comptent au nombre de deux. « Fortunate Son » de CREEDENCE CLEARWATER REVIVAL, popularisé en France par notre affreux jojo national sous le titre « Fils De Personne », est sympathique bien qu’un peu prévisible sur le papier. Agréable mais dispensable. Reste donc la deuxième reprise, en l’occurrence, le « Join Together » des WHO, titre un peu méconnu de la bande de Townshend. Et là, c’est la gifle. Remanié sauce Daisies, cette chanson est réappropriée par le groupe qui fait sienne ce refrain fédérateur au possible, alors que Corabi montre sa puissance et qu’Aldrich en fait juste assez mais pas trop. Grand !

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Il n’y a plus qu’à attendre la tournée qui doit passer par le Trabendo le 8 décembre prochain, l’Oméga Live de Toulon le 13 et le Transbordeur de Lyon le 14 décembre, pour savourer les extraits de ce nouveau disque puisque THE DEAD DAISIES y fera halte avec THE ANSWER en co-headliner. Ne passez pas à côté d’une formidable soirée placée sous le signe du rock and roll dans ce qu’il a de plus attirant. Excellents musiciens, grosse ambiance, superbes morceaux et reprises de choix. Amis lecteurs, précipitez-vous sur vos billets.

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