TESTAMENT « Titans Of Creation », par Alexis Cro-Mags

A l’image de ses confrères SLAYER, MEGADETH, IRON MAIDEN ou KREATOR, pour n’en citer que quelques-uns, que peut-on décemment attendre d’un nouvel album de TESTAMENT à l’heure d’aujourd’hui ? Si le statut de groupe majeur de son style n’est plus à démontrer depuis des lustres, force est de constater que la bande à Skolnick a pris pour habitude, depuis au moins deux albums, de nous resservir son thrash « made in California », pas nécessairement déplaisant mais dénué de toute forme de surprise. La carrière de TESTAMENT a toujours évolué sur une route vallonnée, interrompue par de nombreux changements de personnel, d’arrêts maladie, de manque d’inspiration ou bien dénuée d’intérêt en cherchant à coller à la « hype » du moment. Il serait cependant bien injuste de n’observer la longue carrière du groupe qu’au travers de ses mésaventures. Capable de véritables coups de génie, de retours inespérés ou de fulgurances discographiques et scéniques, la formation américaine aura mené sa barque selon les circonstances du moment, notamment chapeautée par les deux têtes pensantes que restent Chuck Billy (chant) et Eric Peterson (guitare). Si l’hydre à deux têtes n’en fait qu’à la sienne, force est de contaster que le line-up réuni autour de lui depuis maintenant deux albums – en intégrant cette nouvelle cuvée 2020 – est probablement le plus féroce et le plus techniquement bien au-dessus du panier que TESTAMENT a connu depuis plus de 30 ans. Seulement voilà, il ne suffit pas d’avoir des monstres de technique au sein de son groupe pour parvenir à maintenir l’attention de l’auditeur sur l’ensemble d’un album. Au-delà de la production puissante et racée – mais est-ce vraiment une surprise de nos jours ? – de ce Titans Of Creation à l’artwork plutôt quelconque sans être foncièrement désagréable, ce qui taquine un peu le cerveau, c’est cette impression que TESTAMENT semble prendre plaisir à rallonger son propos. Certains morceaux sont longs, bien trop en tout cas pour ne pas avoir envie d’appuyer sur la touche « next » avant la fin de la chanson. Le groupe se perd à trop vouloir en faire et à chercher par tous les moyens à briller sur des séquences qui n’en finissent plus. Aucune surprise non plus n’est à signaler au niveau du « riffing ». Tous ont déjà été entendus sur des albums antérieurs d’un groupe devenu prisonnier de son propre style. Le chant aussi vindicatif que mélodique de Chuck Billy serait d’ailleurs à prospecter du côté d’un rond-point d’où surgiraient les routes nommées Low (1994), Souls Of Black (1990) et l’extraordinaire The Gathering (1999), ce qui en soi est plutôt un bon élément à mettre à l’actif des Californiens. Mais là où TESTAMENT semblait il n’y pas si longtemps encore dans le coup et prêt à en découdre, le sentiment que le groupe évolue désormais en roue libre prend très, très vite le pas sur les quelques aspects positifs évoqués. TESTAMENT fait du TESTAMENT, comme depuis toujours certes, mais sans surprise, presque sans conviction. Gene Hoglan ne brille pas spécialement de mille feux au travers de ses interventions, d’habitude si savoureuses, pas plus que Steve DiGiogio ne parvient à transcender réellement la globalité de cet album par les plans de basse lumineux auxquels le bougre nous avait tant habitués, que ce soit dans TESTAMENT, DEATH, CONTROL DENIED et bien entendu SADUS. Ceci étant précisé, il va sans dire que cet album est loin d’être mauvais ! Il renferme malgré tout de très bons titres, mais cette volonté de vouloir allonger certaines parties nuisent considérablement à l’homogénéité de l’ensemble du disque. On aurait souhaité entendre un TESTAMENT plus concis, plus instinctif ou plus brut – pour ne pas dire brutal – et sans superflu. TESTAMENT tomberait-il dans une forme de syndrôme « IRON MAIDEN », toute proportion gardée, cela va sans dire ? Car à l’exception de l’avant dernier titre qui culmine à 3’24, avant un instrumental sans réel intérêt clôturant ce disque, exceptés ces choeurs plutôt bien fignolés, l’ensemble des chansons pointe entre 4’50 et 6’40 ! Alex Skolnick et ses potes commenceraient-ils à avoir du mal à composer des titres immédiats et concis, furieusement thrash, à l’instar d’IRON MAIDEN, devenu complètement incapable de proposer des morceaux fulgurants de 3 à 4 minutes, mettant tout le monde d’accord, tout en proposant des chansons à rallonge qui, le plus souvent, tournent en rond en s’auto-plagiant ? Fort heureusement, TESTAMENT n’en est pas arrivé à ce stade mais le syndrôme guette dans l’ombre. Méfiance. Aux Califormiens de se préserver de toute forme de facilité paradoxale s’il ne veut pas voir sa fan base le déserter tout doucement et tourner pudiquement les talons pour puiser ses ressources dans la fontaine de jouvence que représente la nouvelle vague de groupes de thrash qui déferle sur le petit monde du metal depuis maintenant une bonne douzaine d’années. Attention, à trop vouloir en faire, TESTAMENT prend le risque d’ouvrir une porte qui pourrait le conduire vers l’antichambre d’un EPHAD. Mais nous n’en sommes pas là. A suivre donc.

Liste des titres

1 – Children Of The Next Level

2 – WWW III

3 – Dream Deceiver

4 – Night Of The Witch

5 – City Of Angels

6 – Ishtars Gate

7 – Symptoms

8 – False Prophet

9 – The Healers

10 – Code Of Hammurabi

11 – Curse Of Osiris

12 – Catacombs

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On stage with… XAVIER, vocaliste de MALEMORT

CREDIT PHOTO « PICS ‘N’ HEAVY »

MALEMORT, auteur d’un somptueux second album intitulé Ball Trap (2016), est sans doute le groupe français qui monte exponentiellement ces dernières années, sur  disque autant que sur les planches. Un potentiel scénique énorme ayant poussé les organisateurs du HELLFEST à confier l’ouverture de l’édition 2018 du festival de Clisson au groupe de Xavier, chanteur de son état, sur l’une des Mainstages de surcroît. Une opportunité gravée dans la mémoire collective, mais aussi et surtout sur un album live paru en exclusivité ce mois-ci en complément du numéro estival anniversaire des confrères de ROCK HARD. L’occasion de revenir sur le rapport intime qu’entretient Xavier avec la scène, son histoire personnelle liée à celle-ci, ou bien encore les habitudes que sont les siennes autour de son terrain de jeu. Sans omettre quelques réflexions quant à cet incroyable événement  lié au Hellfest l’an passé.

Te souviens-tu de la première fois où tu t’es retrouvé face à une scène, que ce soit lors d’un concert, d’une pièce de théâtre ou lors d’un tout autre événement ? Ou peut-être un souvenir de spectacle de fin d’année étant enfant ?

Je m’en souviendrai toute ma vie. Il s’agissait du Messie (Ndr : oeuvre composée en 1741) de Georg Friedrich Haendel, dans la Cathédrale Notre-Dame de Senlis. Je devais avoir 7 ans. Ma mère en était choriste. Dans l’obscurité du lieu Sacré, j’ai ressenti toute la puissance que peut dégager la musique.

Penses-tu que ce moment face à la scène ce jour-là t’a donné inconsciemment envie d’y bondir et de t’emparer d’un micro ? Ou est-ce venu bien plus tard ?

Absolument pas ! Bien trop hors de portée. Pendant longtemps, ça ne m’a absolument pas effleuré. Il a fallu le miracle du début des 90’s et de l’adolescence, de même que les vhs visionnées avec les potes au prix de cours séchés et la fascinante complémentarité scénique des Guns N’Roses, la puissance de Metallica – le Live Shit (1993), notamment le concert de Seattle sur la tournée … And Justice For All (1988) qui a beaucoup tourné – la maestria de Steven Tyler (AEROSMITH) ou bien encore l’impériale présence scénique de Bruce Dickinson (IRON MAIDEN).

Enfant, étais-tu d’un naturel timide, réservé ou plutôt éloquent et désinhibé ?

J’ai assez vite aimé la discussion, la confrontation des points de vue, mais de là à se mettre en scène, à attirer les regards, il y a un pas que je ne franchissais qu’occasionnellement.

As-tu le souvenir de ta première scène en tant qu’artiste ?

Curieusement, j’ai fait beaucoup de scène, relativement jeune d’ailleurs, car je suivais un cursus scolaire particulier incluant une grosse formation musicale au conservatoire, mais sans ressentir le vrai grand frisson. J’appréciais la puissance ressentie au sein d’un orchestre symphonique, ou la prise de risque que représente une formation plus restreinte comme le quatuor, mais pas de vocation en vue.

Avec le recul, vois-tu la scène comme une évidence pour ton équilibre physique, mental et moral ? Certains artistes y voient comme une sorte de thérapie, d’introspection. Pierre Desproges en parlait même, dans un de ses sketchs, comme d’une thérapie de groupe, même si c’était déclamé sur le ton de l’humour.

Je ne pense pas que dans mon cas je parlerais d’équilibre. Je cherche même plutôt le lâcher prise, la perte de repère, et donc une forme de déséquilibre. Le concert doit permettre d’ouvrir une faille afin de te conduire au-delà du raisonnable, du quotidien. Et c’est ce pas de côté qui fera aussi voyager ton public.

Je crois savoir que tu es professeur de Lettres dans le « civil ». Transmettre son savoir est sans doute le plus beau métier du monde. Peux-tu dresser un parallèle entre cet « exercice scénique » quotidien – ou presque, selon ton emploi du temps ! – et ton rôle de frontman sur scène au sein de MALEMORT ? Y a-t-il des similitudes entre ces deux exercices, même à des degrés différents ?

Il y a effectivement de larges parallèles à tracer. Un bon professeur est un frontman. Il va chercher l’attention jusqu’au fond de la classe, la capte et ne relâche la pression que pour mieux rebondir et rythmer la séance. Son autorité est reconnue car chacun sent qu’il sait où il veut vous emmener. Et bien sûr, il sait théâtraliser son attitude, tout en exprimant une grande sincérité ! Mes deux métiers me donnent parfois l’impression de n’en former qu’un seul. Dans les deux cas, tu es en première ligne, tu fais le show et tu crois totalement en ta mission.

MALEMORT a eu l’opportunité d’ouvrir l’édition 2018 du Hellfest sur la Mainstage. J’imagine aisément que ce fut un moment très, très spécial pour toi, comme pour le groupe. Comment as-tu appréhendé ce show exceptionnel ? De quelle manière le groupe – et toi en particulier – a-t-il préparé cet événement si intense ?

Cet événement est effectivement capital pour tout groupe qui le vit, pour la bonne raison que le Hellfest est le plus beau festival metal du monde. C’est quasiment un lieu de pèlerinage. Jouer là bas, notamment pour un groupe français, c’est recevoir la médaille du travail ! Et cet instant de reconnaissance est d’autant plus important lorsque tu connais les conditions de vie d’un groupe indépendant de metal en France. Avec MALEMORT, nous avons décidé de préparer ce show comme une performance. Nous avons combiné préparation au millimètre en salle de répétition et lors de différents concerts pour la vibration. La seule chose à laquelle nous ne pouvions nous entraîner, c’était l’occupation d’une scène aussi vaste que la Mainstage. Nous aimons remuer, mais nous le faisons souvent sur des espaces très restreints. Certains excellents groupes de club semblent parfois moins efficaces sur des grandes scènes. A mon grand soulagement, nous nous sommes tout de suite sentis à l’aise sur cette grande plaine et nous avons même pris plaisir à la fouler de long en large, nos réflexes habituels de scène fonctionnant finalement très bien à plus grande échelle.

CREDIT PHOTO « PICS ‘N’HEAVY »

Pour rester dans une métaphore scolaire, ton taux d’adrénaline en ce jour de juin 2018 était-il aussi élevé que celui qui est le tien lors d’une rentrée des classes ?

Oh, je suis un vieux briscard, j’ai fait un paquet de rentrées, et à vrai dire, j’aime cette petite montée d’adrénaline. Il en est de même pour la scène. La seule chose qui m’angoisse est la peur de ne pas être en voix. Mais derrière la scène de la Mainstage, une fois que j’ai su que le public était massivement au rendez-vous malgré l’horaire matinal, j’ai senti que nous allions faire un beau concert.

Sans trahir un secret inavouable, as-tu une préparation spécifique avant de monter sur scène ? Des habitudes à ne jamais changer ? Es-tu superstitieux ? As-tu un porte-bonheur ? Es-tu plutôt décontracté ou extrêmement tendu et concentré ?

J’ajuste ma cravate, mes bretelles et je me retrouve dans ma tenue de super-héros frenchie  ! Isolation du monde extérieur grâce à mes in-ear vissés dans les oreilles, chewing-gum mâché à m’en décrocher la mâchoire, un coup d’œil sur le public, un autre sur la setlist, et je bascule…

A part le fait de te souvenir des paroles, à quoi penses-tu sur scène ?

Tu ne crois pas si bien dire ! C’est le pépin qui m’arrive le plus souvent ! Au théâtre, je serais catastrophique… Et comme je chante en français, baragouiner du yaourt est assez vite détectable ! Certaines personnes vivent assez fortement les textes de MALEMORT, et je me dois de ne pas casser leur voyage, même si en réalité, en concert, c’est parfois assez imbitable ! Sur scène, toute mon attention va au public et à l’énergie que je peux lui envoyer. Je fais volontairement abstraction du reste.

Dirais-tu que tu es dans un état second lors d’un concert ?

Une part de moi reste parfaitement consciente, analytique, mais au fil des ans, je suis parvenu à la réduire au tiers, ce qui me paraît un bon ratio. Je contrains l’autre part à la déraison, à la transe.

Y-a-t-il des améliorations qui te semblent nécessaires d’apporter s’agissant de tes prestations scéniques ?

Oh, bien sûr, je suis probablement mon juge le plus sévère, et dans MALEMORT, nous visionnons régulièrement nos concerts pour retravailler ce qui nous paraît mauvais ou perfectible. Un concert est un show, et pas seulement une représentation musicale. Mais ne compte pas sur moi pour t’indiquer les défauts de cuirasse ! Les musiciens sont des soldats, et ils doivent aussi savoir se protéger…

Comment entretiens-tu ta voix ? La travailles-tu régulièrement pour la garder au maximum de ses capacités sur scène ?

Ma voix est à l’opposé de ce dont j’ai toujours rêvé et elle est limitée. Je me suis rêvé en Axl Rose ou en Bruce Dickinson, et je me fais quasiment l’effet d’un Gainsbourg. Attention, j’admire tout le premier versant de l’oeuvre de ce génie. Nous portons tous notre croix ! Mais en même temps, elle dit assez fidèlement qui je suis. Je chante très régulièrement, je m’échauffe avant de monter sur scène, mais à vrai dire, ma voix est aussi têtue que moi, elle fait comme bon lui semble !

Si tu en avais la possibilité, que penserais-tu de Xavier, chanteur du groupe MALEMORT, en le voyant sur les planches tandis que tu serais au milieu du public ? Qu’aurais-tu envie de lui dire ?

Le p’tit gars envoie le pâté comme si sa vie en dépendait, il aime les gens qui sont devant lui, et c’est tout ce qui compte.

Comment gères-tu les imprévus techniques pouvant hélas parfois arriver lors d’un concert ? As-tu un souvenir douloureux ou savoureux à nous conter ?

Depuis que j’ai vu une année au Hellfest le frontman de AIRBOURNE meubler une coupure générale de courant en communiquant avec le public par gestes pendant dix minutes, je considère que peu de choses peuvent nous empêcher de donner un concert. Le public a fait des bornes pour te voir, il n’a pas à pâtir de problèmes secondaires. Les chutes, les vomis en bord de scène, les coups de jus, ça fait partie des inconvénients du métier !

Quelle actualité pour MALEMORT ? Quels projets dans un futur à plus ou moins long terme ?

Nous travaillons maintenant à la composition du troisième album, qui sera assurément audacieux.

Merci infiniment Xavier de t’être prêté à cet exercice. Bon vent à toi et  bonne route à MALEMORT !

Merci à toi pour cette sortie des sentiers battus.

Ball Trap toujours disponible à l’achat numérique ou physique via ce lien

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HELLFEST 2018, Clisson 22 – 23 – 24 juin

Inutile de tergiverser durant des heures : la 13ème édition du Hellfest a été comme de coutume une totale réussite à tout point de vue. La météo qui fut caniculaire l’an dernier, donc terriblement difficile à supporter pour les festivaliers, le staff et les artistes, affichait un soleil des jours heureux et une température digne d’un printemps désirable. L’organisation maîtrisant son sujet sur le bout des doigts a tôt fait de prendre soin de tout ce petit monde venu fêter la musique dite extrême – terme décidément galvaudé au vu de l’éclectisme stylistique apposé sur les affiches cette année encore. Les bénévoles se sont montrés d’une disponibilité et d’une gentillesse sans pareilles permettant à chacun de trouver sa place et son moment privilégié au milieu de ce magma sonore en fusion. Continuer la lecture de HELLFEST 2018, Clisson 22 – 23 – 24 juin

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Happy DeathDay : Prince – Sometimes It Snows In April

Un Happy Deathday particulier aujourd’hui, premier anniversaire du décès de Prince. Je dois remonter assez loin dans le temps afin de vous conter une histoire, jolie de surcroit (du moins je l’espère), et terriblement troublante. Durant l’année scolaire 1983/1984, j’étais à me morfondre en CM1 dans une école privée catholique assez célèbre du 12ème arrondissement de Paris, Continuer la lecture de Happy DeathDay : Prince – Sometimes It Snows In April

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SOS – Rock cherche icônes !!

2016 vient de s’achever, 2017 vient à peine de commencer et mon constat est invariablement le même depuis quelques années ; où sont les prochaines icônes de notre bon vieux rock ?

Hey, réveillez-vous, sortez de votre trou, sortez basse, batterie, six cordes et vendez-nous du rêve que diable ! Continuer la lecture de SOS – Rock cherche icônes !!

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De Nantes à Ris-Orangis

Le trio parisien VULCAIN vient juste d’arriver sur le site du Paris Metal France festival avec l’idée de faire la fête, de s’amuser et d’amuser la galerie, sans omettre bien sûr d’assurer un concert carré et puissant. C’est dans les loges que nous retrouvons nos sympathiques musiciens pour un entretien sans fard et sans filet, sous la forme d’un petit bilan puisque ce sont quelques anniversaires que nous fêtons ce week end. Continuer la lecture de De Nantes à Ris-Orangis

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