EXPLICIT SILENCE « False Supremacy »

Après plus de vingt ans d’existence et autant d’expérience, EXPLICIT SILENCE est récemment revenu se rappeler à notre bon souvenir en publiant son quatrième album, False Supremacy. Quatre albums en 20 ans, cela peut paraître relativement peu mais le groupe sait se faire désirer et semble ne jamais décevoir le public, progressant toujours davantage au fur et à mesure des sorties successives de ses disques. EXPLICIT SILENCE délivre ici son album le plus abouti, False Supremacy se voulant être un condensé de deux décennies de tournées intensives et de travail acharné. Evolution notable, le line-up s’est enrichi d’un nouveau guitariste et d’un nouveau vocaliste en la personne de Paul. Ce dernier semble s’être fondu dans son nouveau groupe de fort belle manière, imprimant de son style les morceaux d’une durée globalement assez courte, seul le morceau-titre dépassant les trois minutes. Petit bémol cependant. Si Paul délivre une performance assez bluffante, toute en puissance et non dénuée de conviction, le vocaliste semble privilégier une approche assez uniforme de son travail, si bien que l’on se retrouve assez rapidement avec un chant guttural presque monocorde tandis que davantage de modulation renforcerait sans doute l’impact de ses prouesses vocales par ailleurs remarquables. Le hardcore extrêmement brutal et teinté de metal pratiqué par EXPLICIT SILENCE évoque tour à tour des formations telles que HATEBREED, CATARACT, TERROR, FULL BLOWN CHAOS ou bien encore STAMPIN’ GROUND pour cet aspect metallique prononcé s’agissant de certains riffs exécutés par Bruce et Pierre, les deux guitaristes. L’ombre du géant SLAYER n’est sans doute pas trop loin non plus, en témoigne cette introduction toute en lourdeur et montée progressive que n’aurait pas renié la paire Hanneman/King. Si puissance et brutalité sont les maîtres-mots de cette nouvelle livraison, l’enregistrement confié à Guillaume Doussaud au Swan Sound Studio, situé en Normandie, accorde une place de choix au son de basse assez phénoménal de Devy. D’autant que le mastering effectué par Clément Decrock au nordiste Boss Hog Studio offre un écrin de velours aussi percussif que raffiné à la musique pourtant brutale et rageuse du combo. Il est par ailleurs à noter la présence pour un featuring de l’ancien chanteur du groupe, Goffer, sur un titre (« Endless Fight »), ainsi que celle du légendaire Gary Meskil des mythiques CRUMBSUCKERS et actuel PRO-PAIN, lui aussi le temps d’un titre, « What Defines Me ». Du bien bel ouvrage que ces huit morceaux furieux dont il est bien difficile de rester stoïque face à tant d’efficacité et de punch. Il est d’ailleurs fortement conseillé de faire le déplacement si d’aventure EXPLICIT SILENCE se produit aux abords de votre ville. La descente d’organes est sans l’ombre d’un doute assurée. Tempétueux.

False Supremacy disponible à l’achat via ce lien

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Liste des titres

1 – Intro

2 – My Own Path

3 – Endless Fight ( Featuring Goffer)

4 – What Defines Me ( Featuring Gary Meskil)

5 – Unwavering Will

6 – False Supremacy

7 – MCMG

8 – Scared Of The Unknown

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FOR THE SIN « Sweet Suffering »

Récemment formé à Marseille, FOR THE SIN soumet au public son premier EP Sweet Suffering, disponible aux formats physiques et numériques depuis quelques mois. Evoluant dans un hardcore foncièrement beatdown, le combo de la cité phocéenne arrive à point nommé pour enfoncer des portes à grands coups de moulinets. Après quelques évolutions de line-up, FOR THE SIN semble être parvenu à consolider ce dernier et ainsi renforcer son impact sonore, impressionnant de maîtrise et de brutalité plus ou moins contenue. Une cohésion d’où découle ce hardcore ultra lourd, tout en disparités et contrecoups. Après une introduction des plus angoissantes, FOR THE SIN impose sa conception de ce que se doit d’être le beatdown ; un mélange massif aux saveurs saccadées duquel ressortent quelques accélérations propices au pétage de câble pour qui se trouve au milieu du pit. Accélérations dont les riffs ne sont d’ailleurs pas se rappeler certains groupes de thrash metal parmi les plus « evil ». Toutefois, les maîtres-mots de cet EP restent « pachydermique », « abrupte » et « âpre ». Sur une production mettant en valeur la férocité de la voix de Loud, dont l’approche parfois ultra caverneuse n’est pas sans rappeler celle d’un Frank Mullen (SUFFOCATION) accouplée à la voix du Chris Barnes des grands jours – comprenez par-là, de l’époque CANNIBAL CORPSE, voire à celle d’Anthony Lucero (CULT LEADER), même si le propos musical global n’a que peu de rapports avec la formation de Salt Lake City, FOR THE SIN catapulte des torpilles qui font extrêmement mal. Difficile également de passer sous silence ces petites modulation vocales typiquement beatdown, en plus des growls inhumains précités, sans lesquelles rien ne serait possible. Une des réussites de cet EP, sans l’ombre d’un doute. Les titres défilent à vive allure de par leur courte durée et la cohérence se dégageant de l’ensemble permet à l’auditeur d’en prendre plein les oreilles sans avoir le temps de s’ennuyer. On pense parfois à IRATE, notamment sur un « Run » très éloquent en la matière, autant qu’à COLD HARD TRUTH, même si FOR THE SIN renforce davantage encore sa lourdeur que ses petits camarades de jeu. SHATTERED REALM n’est sans doute pas très loin non plus s’agissant de la structure des titres. La production globale du EP laisse comme une traînée d’écrasement et d’étouffement, tant et si bien qu’au sortir de l’écoute de ces 6 titres, on ne se sent que lessivé par tant de brutalité musicale et de gifles contrôlées. Pas ou peu de temps morts, si ce n’est une introduction à peine plus délicate à l’orée du dernier titre, « Voracious Night », avant que le labourage de crâne ne reprennent son travail de boucherie auditive, à grand renfort de double pédale et de montée en puissance. Très bon début pour un groupe plus que prometteur dont on attend de pied ferme la parution d’un album longue durée. Colérique à souhait.

Sweet Suffering disponible à l’achat physique ou numérique via ce lien

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Liste des titres

1 – Here We Are

2 – Infinite

3 – Run

4 – Pain

5 – Death Rains

6 – Voracious Night

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HOOKS & BONES « (Presenting) The Hook »

Attention, petite bombe à fragmentation musicale. HOOKS & BONES est décidé à frapper un grand coup avec son premier EP intitulé (Presenting) The Hook, après une démo parue au début de l’année 2018. L’aventure de ces quatre Rouennais, c’est avant tout l’histoire d’une très belle amitié perdurant depuis presque deux décennies autour d’une passion commune de laquelle a naturellement découlé l’envie de fonder un groupe autour d’un postulat de départ fort simple et inspiré, celui de proposer un hardcore véloce, extrêmement accrocheur, le temps de titres dont la durée moyenne n’excède que rarement les deux minutes chrono. Autant avouer d’emblée que cela va très vite, que cela frappe très fort et que la percussion auditive est de l’ordre d’un bulldozer dans une verrerie. Ceci dit, malgré cette débauche d’énergie hallucinatoire, HOOKS & BONES parvient à tirer son épingle du jeu au milieu de ce pugilat sonore digne d’une cours de récréation après la cantoche, au moyen de plans bigrement bien ficelés, de parties de guitare proposant quelques surprises bien senties – on y trouve même de courts soli tombés comme un cheveux sur la soupe, sans qu’à aucun moment cela ne paraisse incongru – ainsi qu’une sacrée bonne dose de plans mélodiques cohabitant avec des mosh parts taillés pour casser des bouches et des blast beats foudroyants, entremêlés de sing along musclés, assez punk dans l’esprit. On en vient presque à se demander comment tout ceci reste cohérent. Cependant, le résultat est là et force est de constater que les cinq titres proposés (comprenant une intro à décorner les taureaux) restent d’une homogénéité limpide et d’une redoutable efficacité. Bénéficiant de plus d’une production qui lui sied à merveille, HOOKS & BONES affiche sans complexe aucun sa volonté de proposer sa vision du hardcore, légèrement teinté de metal, celui qui ne se prend pas forcément toujours au sérieux mais dont l’élaboration artistique rigoureuse et authentique ne laisse planer aucun doute quant à la viscérale envie de proposer une musique de qualité plus que supérieure. Nous attendons donc impatiemment un album longue durée – tout est relatif ! – aussi sereinement qu’un lapin pris dans les phares d’une Maserati attendant son heure. Vraiment très frais et réjouissant.

(Presenting) The Hook disponible à l’achat numérique via ce lien

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Liste des titres

1 – Intro/Play In Vain

2 – SD 9.3

3 – Postman On Fire

4 – Bucks & Bullets

5 – M.O.A.B (Mother Of All Bombs)

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CONVERGE + TERROR + SECT + FANGE @La Machine du Moulin Rouge – 3 juillet 2019

681 jours. C’est le temps qu’il a fallu attendre pour voir CONVERGE retourner une salle de concert parisienne. Un an et dix mois depuis le concert du Trabendo, à l’occasion de la tournée de promotionnelle de The Dusk In Us (2017), dernier album en date du groupe qui ne sortait pourtant que trois mois plus tard. Cette fois ci, c’est à la Machine du Moulin Rouge que les hostilités ont lieu. Compte-rendu d’une soirée intense.

Si le dernier concert de CONVERGE à Paris proposait une affiche vraiment extrême en compagnie de GORGUTS, HAVOK et REVOCATION, le cru 2019 s’est montré plus éclectique. C’est le groupe Français FANGE, remplaçant CANDY initialement prévu, qui a la tâche d’ouvrir les débats dans une salle relativement vide, mais qui accrochera vite au style sludge rageur du quartet. Le chanteur et le bassiste passeront la demi-heure du concert à se taper, se cracher dessus… et à s’étrangler. Une prestation puissante, mais un son vraiment dégueulasse qui ne les a pas servis. Le groupe a quand-même suffisamment aiguisé ma curiosité pour que j’aille jeter une oreille sur l’album de ce groupe.

On découvre ensuite SECT, un groupe US produit par Kurt Ballou (CONVERGE). « Super groupe » composé d’anciens membres d’EARTH CRISIS, FALL OUT BOY et CURSED, les Américains perpétuent la tradition du hardcore straight edge avec des morceaux rapides et nerveux, entrecoupés de grosses mosh part qui retourneraient n’importe quel pit surchauffé.

Scott Vogel terror live 3 juillet 2019
CREDIT PHOTO JULIEN MASSON

L’ambiance monte carrément d’un cran quant Scott Vogel, le charismatique chanteur de TERROR débarque sur scène. Autant sur album je ne suis pas fan, mais sur scène, quelle efficacité ! Les tubes s’enchaînent. C’est compact, efficace et ça va droit au but. Vogel fait monter la pression, invite le public à tout donner, et la réponse est immédiate. Un festival de slams, d’open mic, de circle pit. L’abécédaire du hardcore comme on l’aime : généreux et efficace. Un grand bravo à eux car j’ai vraiment pris une claque.

Terror live 3 juillet 2019
CREDIT PHOTO JULIEN MASSON

Maintenant que les 800 personnes entassées dans la Machine sont bien chauffées à blanc, il est temps pour les vétérans du Massachusetts de monter sur scène. Jane Doe fait son apparition en fond de scène sur l’énorme backdrop. Votre serviteur – dont CONVERGE reste le groupe préféré – vient se poster « front row » pour profiter au maximum de la grande messe.

Nate Newton converge 3 juillet 2019
CREDIT PHOTO JULIEN MASSON

CONVERGE entame son set avec « A Single Tear », le morceau qui ouvre son dernier album. Le ton est donné : son excellent, énergie décuplée… On sent bien qu’on va vivre un grand moment. Surtout, on ne veut pas en perdre une miette. « Dark Horse » déboule, puis « Aimless Arrow ». Les hymnes s’enchaînent, si bien que des montagnes humaines se forment pour hurler à l’unisson dans le micro de Jake, toujours prompt à faire participer le public. Le chanteur affiche un sourire démoniaque et baptise le premier rang de sa sueur. Nate Newton est déchaîné sur sa basse. Le « Riffblaster » en chef est comme possédé quand il prend le micro pour le refrain d’« Under Duress ». Les fans de la première heure exultent quand le groupe balance « Forsaken » – tiré de son premier album – et c’est carrément la folie quand tombe « Locust Reign », tiré du split de 1999 avec AGORAPHOBIC NOSEBLEED. Les morceaux s’enchaînent à une vitesse folle, puis vient LE moment du concert où les poils se hérissent et les larmes montent aux yeux : « All We Love We Leave Behind », véritable hymne aux lyrics très personnels qu’une bonne partie de la salle reprend en coeur. Les fans sont galvanisés, cuits à point dans l’étuve de la Machine, et prêts à recevoir l’ultime assaut avec la trilogie de morceaux issus du sublime album You Fail Me (2004) : « Black Cloud », « Drop Out » (l’un de leur meilleurs morceaux selon moi) et « Eagles Become Vulture », qu’ils enchaînent avec le barré « I Can Tell You About The Pain », un des tous meilleurs morceaux du dernier album. A ce stade, il n’en faudrait pas plus pour nous laisser sur la meilleure des impressions quand le groupe sort de scène. Et pourtant, une petite minute après, CONVERGE revient pour le coup de grâce : « The Broken Vow » et « Concubine », deux morceaux du cultissime album Jane Doe (2001). Finir le concert par « Concubine », c’est aussi violent que si SLAYER terminait ses concerts avec Reign in Blood (1986) dans son intégralité.

Jacob Bannon converge 3 juillet 2019
CREDIT PHOTO JULIEN MASSON

Les lumières se rallument. On voit les corps dégoulinants, les sourires greffés sur des visages fatigués mais heureux. Que dire de plus si ce n’est que CONVERGE est certainement l’un des tous meilleurs groupes de scène dans sa catégorie, que son batteur Ben Koller vient de livrer une prestation rare alors qu’il se remet à peine d’une fracture du bras l’ayant tenu loin des fûts pendant plusieurs mois, que Kurt Ballou fait le taf de trois guitaristes à lui seul, mais aussi que Jacob Bannon est un monstre de scène, se nourrissant de l’énergie de la foule, de même que Nate Newton reste certainement l’un des meilleurs bassistes metal hardcore en activité.

Dans la chaleur de la nuit parisienne, votre serviteur vient alors se poster devant le bus pour voir ses idoles (n’ayons pas peur des mots), humbles et abordables, comme toujours. Les mecs sont épuisés par toutes ces tournées (rappelons que Newton vient de boucler un euro tour avec CAVE IN et que Bannon tourne aussi avec WEAR YOUR WOUNDS) mais prennent le temps de discuter, de signer des trucs, de faire des photos. C’est certainement ça aussi le secret de leur longévité. Bref, un gros 11/10 pour CONVERGE, en espérant qu’il ne faille pas attendre 681 jours de plus pour les voir fouler à nouveau le bitume parisien.

Setlist

A Single Tear
Dark Horse
Aimless Arrow
Under Duress
Forsaken
Melancholia
Reap What You Sow
Cutter
Locust Reign
Glacial Pace
Sadness Comes Home
Runaway
Predatory Glow
All We Love We Leave Behind
Black Cloud
Drop Out
Eagles Become Vultures
I Can Tell You About the Pain

Rappel
The Broken Vow
Concubine

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NOTHING FROM NO ONE « Requiem For Mankind »

Fondé au début de l’an 2014, NOTHING FROM NO ONE s’est confié pour mission tacite de détruire l’ensemble des scènes qu’il devait fouler. Pour ce faire, le groupe originaire de Montpellier s’est dès le départ donné les moyens de ses ambitions en élaborant un hardcore brutal, sans concession aucune, mais surtout fortement métallisé au milieu duquel surgissent des vocaux éructés sans ménagement. Après quelques maigres atermoiements dus à de légers remaniements d’effectif, NOTHING FROM NO ONE parvient à se stabiliser durablement, se permettant de fouler – et donc de détruire – les scènes aux côtés, entre autres, de SOULFLY, GET THE SHOT ou MERAUDER, non sans avoir omis de publier deux EP remarqués, N.F.N.O (2015) et The Painful Truth (2017), tous deux bien accueillis. Forts de ces expériences, les membres de la formation montpelliéraine s’attellent à l’écriture de leur premier album parallèlement à la signature du groupe sur le fameux label australien 10-54 Records. Ce Requiem For Mankind fraîchement paru le 15 mai dernier ne laisse que peu de places au doute quant à la musique délivrée sur ce disque. Pratiquant son style avec une redoutable efficacité doublée d’une conviction jamais démentie, NOTHING FROM NO ONE assène à l’auditeur sa vérité artistique en l’espace de onze morceaux – dont une intro apocalyptique digne des plus grandes heures du metal-hardcore le plus virulent et une magnifique outro toute en douceur, permettant de reprendre ses esprits après ce déferlement de violence extrêmement bien contrôlée. Pas de place pour la réflexion métaphysique, pas de perte de temps en bavardage inutile, l’idée générale est d’envoyer l’auditeur dans ses 22 mètres au bout de quelques secondes et surtout de ne plus le lâcher en le travaillant au corps. Dans un style pouvant évoquer tour à tour HATEBREED, WALLS OF JERICHO – avec une approche sans doute plus saccadée, ARKANGEL pour ses riffs souvent très métallisés, associés à de furieuses parties légèrement empruntes de beatdown, le combo de l’Hérault ne fait pas décidément aucun quartier. D’autant que NOTHING FROM NO ONE s’est permis d’inviter quelques amis pour vous faire comprendre que vous n’avez aucune chance de résister, parmi lesquels les vocalistes de CAPITAL ENEMY, CRACKDOWN, IRONED OUT et KRAANIUM, de même qu’un certain Billy Milano (M.O.D), bien connu pour avoir engendré avec trois de ses amis l’un des plus furieux et inestimables albums de crossover de la planète, Speak English Or Die (1985), une galette estampillée S.O.D. Il y a là sans doute un peu trop de « featuring » pour un album ne comptant que 9 morceaux chantés, bien que chaque contribution soit parfaitement assimilée à l’ensemble de l’album, celui-ci ne perdant donc rien en homogénéité. D’autant que le groupe s’est adjoint les services d’une pointure du genre pour mettre tout ceci à plat, Alan Douches, bien connu pour son travail avec des groupes tels que SWORN ENEMY, SUFFOCATION, ALL OUT WAR ou PRIMAL AGE. Un album vraiment très solide, compact, inscrit dans la tradition du genre et dont on ne peut raisonnablement pas extirper un titre plutôt qu’un autre, chacun d’entre-eux se révélant sans faille et doté d’une férocité attachante. S’il doit être émis un très léger bémol à cet ensemble rageur à souhait, c’est celui d’un manque d’accélération sur la longueur d’un titre. L’auditeur friand de vitesse se contentera la plupart du temps de morceaux plutôt mid-tempo, tabassés de double pédale et essaimés d’accélérations sporadiques fort bienvenues. Sans doute manque-t-il un vrai titre purement speed, histoire de mettre tout le monde d’accord. Mais c’est là chipoter, cet album accomplissant sa mission avec brio. Avec un tel bagage sous le bras, NOTHING FROM NO ONE peut se permettre de viser haut et juste, tant ce qu’il vient d’accomplir depuis la stabilité trouvée de son line-up il y a deux ans semble n’être que le début d’une longue et belle aventure. Un groupe sérieux dans ses affaires. Massive hardcore rules !

Requiem For Mankind disponible via ce lien

Facebook Officiel NOTHING FROM NO ONE

Liste des titres

1 – R.I.P

2 – Padre Nuestro

3 – King Maggot

4 – The Great Deceiver (featuring Jason – CAPITAL ENEMY)

5 – Uncontrolled

6 – Sensitive Trigger (featuring Rolf – CRACKDOWN)

7 – Bloodshed Scenery (featuring Louis – IROUNED OUT)

8 – Fucked By Life (featuring Jack – KRAANIUM)

9 – Stench Of Corruption

10 – Redemption’s Way (featuring Billy Milano- S.O.D/M.O.D)

11 – Son Of The Mist

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STRONG « Hateful, Fucked up, Ugly, But Still Alive »

A l’heure où STRONG finalise l’élaboration d’un 45 tours comptant 4 titres, tiré à 150 exemplaires seulement et enregistré en compagnie du légendaire Vinnie Stigma (AGNOSTIC FRONT), retour sur le premier album Hateful, Fucked up, Ugly, But Still Alive, paru sur le label Tripsquad Records dont le propriétaire n’est autre que Tim McMurtrie (M.O.D, RHYTHM TRIP), d’un gang auquel on ne la fait plus. Car derrière ce nom pour le moins explicite et sans compromis, se cache une bande de jeunes loups affamés gravitant autour d’une des pierres angulaires de la scène punk-hardcore-industrielle française, Laurent Bizet. Ce dernier, connu pour avoir entre autres offert ses furieux services aux légendaires HOAX ou TREPONEM PAL, se charge de canaliser l’énergie pour le moins débordante de ses jeunes agneaux tout en démultipliant ses capacités à façonner des riffs tuants pour un résultat proche de l’uppercut musical foudroyant. Conscient du statut culte de certaines de ses formations, l’homme Bizet s’est senti comme une envie de revenir aux sources d’une musique – et de son état d’esprit – qui lui a tant donné, celle par laquelle le guitariste semble s’exprimer de la manière la plus naturelle qui soit. Il se met alors en tête de livrer avec l’aide de ses nouveaux sauvageons une musique bien plus épurée que celle qu’il a pu pratiquer au sein de deux de ses anciennes formations parmi les plus célèbres. Le propos de STRONG se veut résolument « in your face », sans compromis ni détente. Si la musique du groupe s’inscrit au plus près d’un état d’esprit très « à l’ancienne », point de nostalgie, de spleen ni d’amertume. Il n’était absolument pas question pour Laurent Bizet de se fourvoyer en proposant une musique passéiste, élaborée sur des bases trop convenues. Bien sûr, après tant d’années à graviter dans ce milieu, certains automatismes du garçon se retrouvent dans l’oeuvre musicale de STRONG, mais jamais au détriment d’une approche résolument moderne. Le tour de force du groupe réside en cet amalgame entre tradition punk-hardcore directement puisée dans l’énergie de groupes tels que DISCHARGE, SLAPSHOT, M.O.D, ou CRO-MAGS – voire NEGATIVE APPROACH – et la modernité d’une production cousue de fil blanc qui sied parfaitement à l’intensité musicale rageuse de STRONG. Mentionné à l’instant comme probable référence, signalons la prestation furibarde du vocaliste Jordan Glancer qui n’est pas sans rappeler celle de Billy Milano dans ses années METHOD OF DESTRUCTION, à l’exception notable d’une approche sans doute plus gutturale et un peu moins nuancée que celle du chanteur du cultissime Speak English Or Die. Il se dégage en effet de la prestation de Glancer une certaine linéarité vocale de laquelle il serait sans doute bien avisé de sortir quelque peu en modulant davantage sa performance pour parfaire une prestation par ailleurs remarquable. Il ne manque que quelques bribes de sorties autour de sa zone de confort pour apporter une valeur d’autant plus ajoutée que Jordan affirmerait là sa véritable signature vocale, personnelle et singulière. Pour rester dans le registre « made in America » de l’album, signalons également la présence de Scott Roberts (THE TAKE, THE SPUDMONSTERS, BIOHAZARD), venu prêter main forte à STRONG le temps d’un solo incendiaire sur le titre « Born In The 60’s » – dont la vidéo est à découvrir à l’issue de cet article. Loin d’être enfermé dans un schéma balisé, le groupe affiche avec ce premier coup de maître ses ambitions, celles de bousculer une scène hardcore hexagonale ayant sans doute un peu oublié ses racines punk, si importantes et fondatrices de tout ce qui s’est ensuite construit autour d’un style musical certes, mais avant tout d’un idéal de vie et d’une certaine manière d’envisager son for intérieur, autant que ce qui l’entoure. On fait les choses parce qu’elles doivent être faites, par pour faire plaisir à certain(e)s ou se faire encenser. Cet état d’esprit sincère et rigoureux ne semble toujours pas faire défaut à Laurent Bizet, même après toutes ces années, et c’est heureux. Gageons qu’il saura transmettre à ses plus jeunes compagnons de route cette même sagesse au travers de sa musique ou ses lyrics. C’est là tout le mal que l’on souhaite au guitariste et à STRONG dans son ensemble. Pour conclure cette humble chronique par une profession de foi si chère à l’ami Bizet : « SUPPORT YOUR LOCAL SCENE ! ». Revigorant.

Facebook officiel de STRONG

Hateful, Fucked up, Ugly, But Still Alive à découvrir sur DEEZER

Liste des titres

1 – Intro

2 – F.T.W

3 – Kings Of Nowhere

4 – Sick World

5 – My Life

6 – Go

7 – Black’n’White

8 – Born In The 60’s

9 – Scars Of Life

10 – Humans

11 – Fuck This Track

12 – The Price To Play

13 – This Is…

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THE PFK « Yeah »

Oubliez les lieux communs concernant la Suisse et notamment le canton de Genève. Genève, la ville, ne se résume pas forcément à son chocolat, au lac Léman et son jet d’eau, ou à ses banques fiscalement avantageuses. Genève, c’est aussi THE PFK, formation pratiquant un punk-rock fortement teinté de hardcore, dont le premier EP intitulé Yeah, paru il a quelques mois déjà, était passé bien discrètement sous les radars de Pré en Bulle. Erreur aujourd’hui réparée et c’est heureux car il eut été dommage de passer à côté d’un EP en tous points réussi. Né en 2016 sur autant de cendres de formations aux styles différents que de membres composant de THE PFK, le groupe genevois élabore et affine ses compositions au rythme des fluctuations de son line-up pour enfin stabiliser celui-ci autour des cinq garçons qui le composent. Très jolie carte de visite, Yeah annonce d’emblée la couleur au son de son title track sous forme d’introduction aux quatre titres suivants, soit un punk-rock teigneux, extrêmement bien interprété, tout en finesse, si bien que l’ensemble s’en trouve terriblement addictif grâce à des mélodies absolument lumineuses, bombardées au milieu de cette furie sonore maîtrisée. Le niveau général des compositions demeure vraiment très impressionnant, mêlant avantageusement puissance de feu punk-hardcore et harmonies mélodieuses de premier ordre. La mise en son, elle aussi, impressionne. Enregistrés chez Conatus Studios, ces cinq morceaux bénéficient d’une dynamique renversante, révélant un limpide travail sur l’ensemble de la production, notamment celui des parties de guitare dont l’effluve dégagée dans le sillon de leur passage impressionne par l’acidulée justesse de leur propos et la trivialité de leurs attaques. Attention, THE PFK ne se résume pas seulement à de chouettes mélodies, divinement interprétées. La vindicte musicale participe à égale hauteur à l’essence du propos artistique. En témoigne ce chant tour à tour éructé dans la plus pure tradition hardcore, ou beuglé plus mélodiquement par cette voix travaillée au papier de verre. Les choeurs, virils et volontaires, sont eux aussi emprunts de cette fougue typiquement hardcore, tandis que la batterie métronomique se permet d’appuyer davantage encore les pêches comme autant de coups de batte de baseball sur la nuque. Un remarquable premier EP qui ne demande qu’à donner naissance à son petit frère que l’on espère aussi enthousiasmant que son aîné. Cinq titres pour autant de réussites. Qui dit mieux ? Du côté de Pré en Bulle en tout cas, la suite des aventures de THE PFK est attendue de pied ferme. Un groupe à surveiller, assurément. Exquis !

EP Yeah disponible en format numérique ou physique via ce lien

Facebook Officiel THE PFK

Liste des titres

1 – Yeah

2 – Hourglass

3 – The Lost Pony

4 – Why

5 – Game Over

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CAVE IN « Final Transmission »

28 mars 2018. Une de ces nouvelles qu’on aimerait « fake » dans le fil d’actualités Facebook. Caleb Scofield, le bassiste de Cave In, est mort dans un accident de voiture. Une déflagration dans ma tête.

Flashback. Nous sommes en 1998 et Cave In entre dans ma vie par la grande porte, direct dans le coeur avec la sortie de Until Your Heart Stops, premier vrai album du groupe. Un chef d’oeuvre qui s’encrera dans ma tête pour toujours, subtil mélange de finesse et de brutalité metal/noise, convoquant parfois la pop et des mélodies imparables. Un an plus tard paraît  Jupiter, l’album qui les enverra dans l’espace prog-rock. On a du mal à comprendre, mais on s’y fait. Et puis finalement, on comprend, on apprécie, on hallucine d’un tel changement musical. Cave In aura alors le « privilège » d’intéresser une major (RCA) : Antenna sera leur seul album « mainstream », leur ouvrant les portes du festival itinérant Lollapalooza, de même que la première partie de MUSE sur quelques dates. On trouve de belles pépites sur cet album, et toujours le talent de Caleb Scofield et sa bande pour écrire des chansons comme autant de petits joyaux qui restent scotchés dans le cerveau. S’en suivent deux albums rédempteurs, dont un White Silence (2011) qui sera le chant du cygne des Bostoniens. Un chef d’oeuvre du genre, avec son hymne « Sing My Loves», un des plus beaux morceaux du groupe.

Chacun vaque dorénavant à ses projets, Scofield en tête, puisqu’on le retrouve aussi bien dans le super groupe OLD MAN GLOOM aux côtés de Nate Newton (CONVERGE) et Aaron Turner (ISIS, SUMAC et surtout fondateur du mythique label Hydra Head Records), mais aussi ZOZOBRA, un power trio sludge metal qui nous gratifiera de trois albums essentiels.

Nous voila revenus au 28 mars 2018, et on a mal, tous. On se sent abandonnés. On a envie de se faire des câlins entre fans du monde entier, pour se réconforter. Et les membres de CAVE IN, entourés de nombreux amis, vont nous donner de quoi pleurer avec deux concerts à Boston et Los Angeles en octobre dernier,  retransmis en direct sur internet, comme pour communier tous ensemble autour de cet artiste de génie.

Et puis, on s’était à peine remis qu’un visuel publié par Hydra Head Records a chamboulé les esprits. Nous sommes en avril 2019. Un satellite. LE satellite. Il est blanc, il décolle d’une lune jaune dans un ciel gris métallisé. C’est une ultime transmission. La dernière de Caleb, celle que les membres de CAVE IN vont aller chercher au fond d’eux-mêmes, pour eux, pour nous…

Le label lâche une bombe, un premier morceau, « All Illusion » , ainsi que le lien vers les pré-commandes de l’album Final Transmission, dont la sortie est annoncée pour  le 7 juin.

J’avais acheté quelques mois auparavant des places pour aller voir le groupe à Londres, le 16 avril dernier. CAVE IN gratifiait le public européen de trois dates à Berlin, Londres et au Roadburn Festival néerlandais pour rendre hommage au défunt Caleb Scofield. A l’issue du concert berlinois, la nouvelle tombe : le groupe vend déjà le nouvel album à la merch table. Fébrilité de votre serviteur et des centaines d’autres fans présents le lendemain à Londres. On rentre dans l’Electric Ballroom, on se rend en silence devant la distro. On voit le disque, il est là, on l’achète. Hop ! dans le sac, sous le bras, et maintenant direction le devant de la scène pour le concert de ma vie. On a pleuré, beaucoup. Crié, chanté, headbangué jusqu’à en souffrir. C’est dur pour le groupe de chanter les deux nouveaux morceaux issus du dernier album.  On les regarde droit dans les yeux. On sent l’émotion après le concert en parlant avec les membres du groupe. Nous saluons Nate Newton qui a eu la lourde charge de « remplacer » admirablement Caleb à la basse et aux « cris » (il fournira sur scène une prestation proche de la perfection, tout en pudeur – quand on connait la présence sur scène du Riffblaster General pendant les concerts de CONVERGE, on ne peux que saluer son attitude)

 

CREDIT PHOTO JULIEN MASSON

 

Le lendemain, je rentre à Paris, sans voix, sans cou, vidé, fatigué, électrique. Catharsis parfaitement réussie. Communion totale. A chaud, je pose l’album sur la platine.

Il est là, il siffle, bien vivant, en grattant quelques jolis accords sur une guitare acoustique. « Final Transmission » et cette intro de Caleb, puis un riff à mi-chemin entre LED ZEPPELIN et JOAN OF ARC vient se jeter dans l’immensité du premier morceau, « All Illusion ». A ce stade, on a droit à du très grand CAVE IN, à une synthèse de 25 ans de recherches soniques. Le riff, joué à la guitare par Caleb et à la basse par le magnifique Steve Brodksy, procure une sensation de grande liberté. Il nous emmène vers de nouveaux espaces, comme le groupe a toujours su le faire. Le son est énorme. Brodksy chante comme un ange. Le morceau se termine par le fameux Sonic Death Wall caractéristique du groupe, avant de céder magnifiquement sa place à « Shake My Blood » qu’il m’est encore difficile d’écouter sans avoir les yeux mouillés. On sent que le groupe a donné les morceaux en l’état, ce qui fait leur beauté brute : il fallait que ça sorte. « Shake My Blood » tout particulièrement, avec son introduction ‘jupiterienne’ suivie de son couplet  parlant de « dire au revoir » et « d’attendre de mourir ». Gloups. On en chiale, pas de souci. On se plait aussi à y trouver une ressemblance avec « Innuendo And Out The Others » sur Jupiter (2000). On se dit aussi que JR Conners à la batterie est inégalable dans son style, accompagnant à merveille les mélodies et la basse toujours hyper présente. Un grand monsieur, un énorme batteur.

« Night Crawler » s’ouvre sur un riff lourd, puis s’envole pour offrir un moment que Chris Cornell (SOUNDGARDEN) n’aurait pas renié sur le refrain. Mur de son, vocaux légèrement saturés. Tout est là. C’est nerveux et délicat à la fois. On se repose quelques instants sur « Lunar Day » pour tripper le temps de cette suite d’accords barrés et saturés, limite shoegaze, venant clôturer en beauté cette première face.

C’est alors qu’à l’orée de la face B, on se prend « Winter Window » en pleine face : riff à l’unisson comme les aiment tant Steve Brodsky et Adam McGrath, l’iconique duo de gratteux, puis couplet mid tempo lourd et appuyé comme du MASTODON. A ce niveau, Brodsky est un ange qui pose sa voix sur un morceau d’anthologie. « Instant Classic » comme disent les américains. « Lanterna » est presque une suite directe avec son riff hyper lourd, son tempo martial et un  chant qui emporte tout sur son passage. « Strange Reflexion » vient conclure cet embryon d’album – ou plutôt cet album inachevé, avec une grâce certaine : accordage plus bas que bas, riff massif et guitare qui vrille, tempo délicat, chant  « cornellien » again. Emotion à tout bout de chant.

CREDIT PHOTO DEWI RHYS JONES

À ces huit morceaux enregistrés entre 2017 et 2018, le groupe a greffé une chute de studio de 2010, « Led To The Wolves », un morceau hyper nerveux au tempo breaké qui aurait parfaitement eu sa place sur le sublime White Silence de 2011.

Jamais Final Transmission ne se présente comme la suite directe de Jupiter. Finie la naïveté, nous sommes dans l’émotion totale, la douleur, la noirceur convertie en beauté. Le groupe semblait avoir trouvé un équilibre sur l’écriture. Malgré leurs emplois du temps hyper chargés, les membres du groupe semblent avoir trouvé une vraie ligne directrice sur cet album, en intégrant toutes les différentes expérimentations essayées au gré de leurs albums des deux dernières décennies.

La voix si particulière de Caleb Scofield n’apparaît jamais sur le disque. Fauché en pleine gloire, il emporte avec lui ses fameux cris (écoutez « Trepanning » sur Perfect Pitch Black (2005) pour prendre la mesure de toute sa puissance) et laisse à Steve Brodksy le soin de chanter la douleur de l’ami perdu qui vient de trouver avec cet ultime album une place dans l’histoire… Une place dans l’espace, satellisée à tout jamais aux côtés des musiciens les plus inspirants de ces 25 dernières années.

Jetez-vous sur cet album, il est essentiel. Profitez-en pour redécouvrir une discographie inépuisable, évolutive, pleine de joyaux éternels.

Liste des titres

1 – Final Transmission

2 – All Illusion

3 – Shake My Blood

4 – Night Crawler

5 – Lunar Day

6 – Winter Window

7 – Lanterna

8 – Strange Reflexion

8 – Led To The Wolves

Album disponible dès le 7 juin sur le shop en ligne de Hydrahead Records

Premier extrait de Final Transmission, « All Illusion » :

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