NOTHING FROM NO ONE « Requiem For Mankind »

Fondé au début de l’an 2014, NOTHING FROM NO ONE s’est confié pour mission tacite de détruire l’ensemble des scènes qu’il devait fouler. Pour ce faire, le groupe originaire de Montpellier s’est dès le départ donné les moyens de ses ambitions en élaborant un hardcore brutal, sans concession aucune, mais surtout fortement métallisé au milieu duquel surgissent des vocaux éructés sans ménagement. Après quelques maigres atermoiements dus à de légers remaniements d’effectif, NOTHING FROM NO ONE parvient à se stabiliser durablement, se permettant de fouler – et donc de détruire – les scènes aux côtés, entre autres, de SOULFLY, GET THE SHOT ou MERAUDER, non sans avoir omis de publier deux EP remarqués, N.F.N.O (2015) et The Painful Truth (2017), tous deux bien accueillis. Forts de ces expériences, les membres de la formation montpelliéraine s’attellent à l’écriture de leur premier album parallèlement à la signature du groupe sur le fameux label australien 10-54 Records. Ce Requiem For Mankind fraîchement paru le 15 mai dernier ne laisse que peu de places au doute quant à la musique délivrée sur ce disque. Pratiquant son style avec une redoutable efficacité doublée d’une conviction jamais démentie, NOTHING FROM NO ONE assène à l’auditeur sa vérité artistique en l’espace de onze morceaux – dont une intro apocalyptique digne des plus grandes heures du metal-hardcore le plus virulent et une magnifique outro toute en douceur, permettant de reprendre ses esprits après ce déferlement de violence extrêmement bien contrôlée. Pas de place pour la réflexion métaphysique, pas de perte de temps en bavardage inutile, l’idée générale est d’envoyer l’auditeur dans ses 22 mètres au bout de quelques secondes et surtout de ne plus le lâcher en le travaillant au corps. Dans un style pouvant évoquer tour à tour HATEBREED, WALLS OF JERICHO – avec une approche sans doute plus saccadée, ARKANGEL pour ses riffs souvent très métallisés, associés à de furieuses parties légèrement empruntes de beatdown, le combo de l’Hérault ne fait pas décidément aucun quartier. D’autant que NOTHING FROM NO ONE s’est permis d’inviter quelques amis pour vous faire comprendre que vous n’avez aucune chance de résister, parmi lesquels les vocalistes de CAPITAL ENEMY, CRACKDOWN, IRONED OUT et KRAANIUM, de même qu’un certain Billy Milano (M.O.D), bien connu pour avoir engendré avec trois de ses amis l’un des plus furieux et inestimables albums de crossover de la planète, Speak English Or Die (1985), une galette estampillée S.O.D. Il y a là sans doute un peu trop de « featuring » pour un album ne comptant que 9 morceaux chantés, bien que chaque contribution soit parfaitement assimilée à l’ensemble de l’album, celui-ci ne perdant donc rien en homogénéité. D’autant que le groupe s’est adjoint les services d’une pointure du genre pour mettre tout ceci à plat, Alan Douches, bien connu pour son travail avec des groupes tels que SWORN ENEMY, SUFFOCATION, ALL OUT WAR ou PRIMAL AGE. Un album vraiment très solide, compact, inscrit dans la tradition du genre et dont on ne peut raisonnablement pas extirper un titre plutôt qu’un autre, chacun d’entre-eux se révélant sans faille et doté d’une férocité attachante. S’il doit être émis un très léger bémol à cet ensemble rageur à souhait, c’est celui d’un manque d’accélération sur la longueur d’un titre. L’auditeur friand de vitesse se contentera la plupart du temps de morceaux plutôt mid-tempo, tabassés de double pédale et essaimés d’accélérations sporadiques fort bienvenues. Sans doute manque-t-il un vrai titre purement speed, histoire de mettre tout le monde d’accord. Mais c’est là chipoter, cet album accomplissant sa mission avec brio. Avec un tel bagage sous le bras, NOTHING FROM NO ONE peut se permettre de viser haut et juste, tant ce qu’il vient d’accomplir depuis la stabilité trouvée de son line-up il y a deux ans semble n’être que le début d’une longue et belle aventure. Un groupe sérieux dans ses affaires. Massive hardcore rules !

Requiem For Mankind disponible via ce lien

Facebook Officiel NOTHING FROM NO ONE

Liste des titres

1 – R.I.P

2 – Padre Nuestro

3 – King Maggot

4 – The Great Deceiver (featuring Jason – CAPITAL ENEMY)

5 – Uncontrolled

6 – Sensitive Trigger (featuring Rolf – CRACKDOWN)

7 – Bloodshed Scenery (featuring Louis – IROUNED OUT)

8 – Fucked By Life (featuring Jack – KRAANIUM)

9 – Stench Of Corruption

10 – Redemption’s Way (featuring Billy Milano- S.O.D/M.O.D)

11 – Son Of The Mist

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STRONG « Hateful, Fucked up, Ugly, But Still Alive »

A l’heure où STRONG finalise l’élaboration d’un 45 tours comptant 4 titres, tiré à 150 exemplaires seulement et enregistré en compagnie du légendaire Vinnie Stigma (AGNOSTIC FRONT), retour sur le premier album Hateful, Fucked up, Ugly, But Still Alive, paru sur le label Tripsquad Records dont le propriétaire n’est autre que Tim McMurtrie (M.O.D, RHYTHM TRIP), d’un gang auquel on ne la fait plus. Car derrière ce nom pour le moins explicite et sans compromis, se cache une bande de jeunes loups affamés gravitant autour d’une des pierres angulaires de la scène punk-hardcore-industrielle française, Laurent Bizet. Ce dernier, connu pour avoir entre autres offert ses furieux services aux légendaires HOAX ou TREPONEM PAL, se charge de canaliser l’énergie pour le moins débordante de ses jeunes agneaux tout en démultipliant ses capacités à façonner des riffs tuants pour un résultat proche de l’uppercut musical foudroyant. Conscient du statut culte de certaines de ses formations, l’homme Bizet s’est senti comme une envie de revenir aux sources d’une musique – et de son état d’esprit – qui lui a tant donné, celle par laquelle le guitariste semble s’exprimer de la manière la plus naturelle qui soit. Il se met alors en tête de livrer avec l’aide de ses nouveaux sauvageons une musique bien plus épurée que celle qu’il a pu pratiquer au sein de deux de ses anciennes formations parmi les plus célèbres. Le propos de STRONG se veut résolument « in your face », sans compromis ni détente. Si la musique du groupe s’inscrit au plus près d’un état d’esprit très « à l’ancienne », point de nostalgie, de spleen ni d’amertume. Il n’était absolument pas question pour Laurent Bizet de se fourvoyer en proposant une musique passéiste, élaborée sur des bases trop convenues. Bien sûr, après tant d’années à graviter dans ce milieu, certains automatismes du garçon se retrouvent dans l’oeuvre musicale de STRONG, mais jamais au détriment d’une approche résolument moderne. Le tour de force du groupe réside en cet amalgame entre tradition punk-hardcore directement puisée dans l’énergie de groupes tels que DISCHARGE, SLAPSHOT, M.O.D, ou CRO-MAGS – voire NEGATIVE APPROACH – et la modernité d’une production cousue de fil blanc qui sied parfaitement à l’intensité musicale rageuse de STRONG. Mentionné à l’instant comme probable référence, signalons la prestation furibarde du vocaliste Jordan Glancer qui n’est pas sans rappeler celle de Billy Milano dans ses années METHOD OF DESTRUCTION, à l’exception notable d’une approche sans doute plus gutturale et un peu moins nuancée que celle du chanteur du cultissime Speak English Or Die. Il se dégage en effet de la prestation de Glancer une certaine linéarité vocale de laquelle il serait sans doute bien avisé de sortir quelque peu en modulant davantage sa performance pour parfaire une prestation par ailleurs remarquable. Il ne manque que quelques bribes de sorties autour de sa zone de confort pour apporter une valeur d’autant plus ajoutée que Jordan affirmerait là sa véritable signature vocale, personnelle et singulière. Pour rester dans le registre « made in America » de l’album, signalons également la présence de Scott Roberts (THE TAKE, THE SPUDMONSTERS, BIOHAZARD), venu prêter main forte à STRONG le temps d’un solo incendiaire sur le titre « Born In The 60’s » – dont la vidéo est à découvrir à l’issue de cet article. Loin d’être enfermé dans un schéma balisé, le groupe affiche avec ce premier coup de maître ses ambitions, celles de bousculer une scène hardcore hexagonale ayant sans doute un peu oublié ses racines punk, si importantes et fondatrices de tout ce qui s’est ensuite construit autour d’un style musical certes, mais avant tout d’un idéal de vie et d’une certaine manière d’envisager son for intérieur, autant que ce qui l’entoure. On fait les choses parce qu’elles doivent être faites, par pour faire plaisir à certain(e)s ou se faire encenser. Cet état d’esprit sincère et rigoureux ne semble toujours pas faire défaut à Laurent Bizet, même après toutes ces années, et c’est heureux. Gageons qu’il saura transmettre à ses plus jeunes compagnons de route cette même sagesse au travers de sa musique ou ses lyrics. C’est là tout le mal que l’on souhaite au guitariste et à STRONG dans son ensemble. Pour conclure cette humble chronique par une profession de foi si chère à l’ami Bizet : « SUPPORT YOUR LOCAL SCENE ! ». Revigorant.

Facebook officiel de STRONG

Hateful, Fucked up, Ugly, But Still Alive à découvrir sur DEEZER

Liste des titres

1 – Intro

2 – F.T.W

3 – Kings Of Nowhere

4 – Sick World

5 – My Life

6 – Go

7 – Black’n’White

8 – Born In The 60’s

9 – Scars Of Life

10 – Humans

11 – Fuck This Track

12 – The Price To Play

13 – This Is…

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THE PFK « Yeah »

Oubliez les lieux communs concernant la Suisse et notamment le canton de Genève. Genève, la ville, ne se résume pas forcément à son chocolat, au lac Léman et son jet d’eau, ou à ses banques fiscalement avantageuses. Genève, c’est aussi THE PFK, formation pratiquant un punk-rock fortement teinté de hardcore, dont le premier EP intitulé Yeah, paru il a quelques mois déjà, était passé bien discrètement sous les radars de Pré en Bulle. Erreur aujourd’hui réparée et c’est heureux car il eut été dommage de passer à côté d’un EP en tous points réussi. Né en 2016 sur autant de cendres de formations aux styles différents que de membres composant de THE PFK, le groupe genevois élabore et affine ses compositions au rythme des fluctuations de son line-up pour enfin stabiliser celui-ci autour des cinq garçons qui le composent. Très jolie carte de visite, Yeah annonce d’emblée la couleur au son de son title track sous forme d’introduction aux quatre titres suivants, soit un punk-rock teigneux, extrêmement bien interprété, tout en finesse, si bien que l’ensemble s’en trouve terriblement addictif grâce à des mélodies absolument lumineuses, bombardées au milieu de cette furie sonore maîtrisée. Le niveau général des compositions demeure vraiment très impressionnant, mêlant avantageusement puissance de feu punk-hardcore et harmonies mélodieuses de premier ordre. La mise en son, elle aussi, impressionne. Enregistrés chez Conatus Studios, ces cinq morceaux bénéficient d’une dynamique renversante, révélant un limpide travail sur l’ensemble de la production, notamment celui des parties de guitare dont l’effluve dégagée dans le sillon de leur passage impressionne par l’acidulée justesse de leur propos et la trivialité de leurs attaques. Attention, THE PFK ne se résume pas seulement à de chouettes mélodies, divinement interprétées. La vindicte musicale participe à égale hauteur à l’essence du propos artistique. En témoigne ce chant tour à tour éructé dans la plus pure tradition hardcore, ou beuglé plus mélodiquement par cette voix travaillée au papier de verre. Les choeurs, virils et volontaires, sont eux aussi emprunts de cette fougue typiquement hardcore, tandis que la batterie métronomique se permet d’appuyer davantage encore les pêches comme autant de coups de batte de baseball sur la nuque. Un remarquable premier EP qui ne demande qu’à donner naissance à son petit frère que l’on espère aussi enthousiasmant que son aîné. Cinq titres pour autant de réussites. Qui dit mieux ? Du côté de Pré en Bulle en tout cas, la suite des aventures de THE PFK est attendue de pied ferme. Un groupe à surveiller, assurément. Exquis !

EP Yeah disponible en format numérique ou physique via ce lien

Facebook Officiel THE PFK

Liste des titres

1 – Yeah

2 – Hourglass

3 – The Lost Pony

4 – Why

5 – Game Over

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CAVE IN « Final Transmission »

28 mars 2018. Une de ces nouvelles qu’on aimerait « fake » dans le fil d’actualités Facebook. Caleb Scofield, le bassiste de Cave In, est mort dans un accident de voiture. Une déflagration dans ma tête.

Flashback. Nous sommes en 1998 et Cave In entre dans ma vie par la grande porte, direct dans le coeur avec la sortie de Until Your Heart Stops, premier vrai album du groupe. Un chef d’oeuvre qui s’encrera dans ma tête pour toujours, subtil mélange de finesse et de brutalité metal/noise, convoquant parfois la pop et des mélodies imparables. Un an plus tard paraît  Jupiter, l’album qui les enverra dans l’espace prog-rock. On a du mal à comprendre, mais on s’y fait. Et puis finalement, on comprend, on apprécie, on hallucine d’un tel changement musical. Cave In aura alors le « privilège » d’intéresser une major (RCA) : Antenna sera leur seul album « mainstream », leur ouvrant les portes du festival itinérant Lollapalooza, de même que la première partie de MUSE sur quelques dates. On trouve de belles pépites sur cet album, et toujours le talent de Caleb Scofield et sa bande pour écrire des chansons comme autant de petits joyaux qui restent scotchés dans le cerveau. S’en suivent deux albums rédempteurs, dont un White Silence (2011) qui sera le chant du cygne des Bostoniens. Un chef d’oeuvre du genre, avec son hymne « Sing My Loves», un des plus beaux morceaux du groupe.

Chacun vaque dorénavant à ses projets, Scofield en tête, puisqu’on le retrouve aussi bien dans le super groupe OLD MAN GLOOM aux côtés de Nate Newton (CONVERGE) et Aaron Turner (ISIS, SUMAC et surtout fondateur du mythique label Hydra Head Records), mais aussi ZOZOBRA, un power trio sludge metal qui nous gratifiera de trois albums essentiels.

Nous voila revenus au 28 mars 2018, et on a mal, tous. On se sent abandonnés. On a envie de se faire des câlins entre fans du monde entier, pour se réconforter. Et les membres de CAVE IN, entourés de nombreux amis, vont nous donner de quoi pleurer avec deux concerts à Boston et Los Angeles en octobre dernier,  retransmis en direct sur internet, comme pour communier tous ensemble autour de cet artiste de génie.

Et puis, on s’était à peine remis qu’un visuel publié par Hydra Head Records a chamboulé les esprits. Nous sommes en avril 2019. Un satellite. LE satellite. Il est blanc, il décolle d’une lune jaune dans un ciel gris métallisé. C’est une ultime transmission. La dernière de Caleb, celle que les membres de CAVE IN vont aller chercher au fond d’eux-mêmes, pour eux, pour nous…

Le label lâche une bombe, un premier morceau, « All Illusion » , ainsi que le lien vers les pré-commandes de l’album Final Transmission, dont la sortie est annoncée pour  le 7 juin.

J’avais acheté quelques mois auparavant des places pour aller voir le groupe à Londres, le 16 avril dernier. CAVE IN gratifiait le public européen de trois dates à Berlin, Londres et au Roadburn Festival néerlandais pour rendre hommage au défunt Caleb Scofield. A l’issue du concert berlinois, la nouvelle tombe : le groupe vend déjà le nouvel album à la merch table. Fébrilité de votre serviteur et des centaines d’autres fans présents le lendemain à Londres. On rentre dans l’Electric Ballroom, on se rend en silence devant la distro. On voit le disque, il est là, on l’achète. Hop ! dans le sac, sous le bras, et maintenant direction le devant de la scène pour le concert de ma vie. On a pleuré, beaucoup. Crié, chanté, headbangué jusqu’à en souffrir. C’est dur pour le groupe de chanter les deux nouveaux morceaux issus du dernier album.  On les regarde droit dans les yeux. On sent l’émotion après le concert en parlant avec les membres du groupe. Nous saluons Nate Newton qui a eu la lourde charge de « remplacer » admirablement Caleb à la basse et aux « cris » (il fournira sur scène une prestation proche de la perfection, tout en pudeur – quand on connait la présence sur scène du Riffblaster General pendant les concerts de CONVERGE, on ne peux que saluer son attitude)

 

CREDIT PHOTO JULIEN MASSON

 

Le lendemain, je rentre à Paris, sans voix, sans cou, vidé, fatigué, électrique. Catharsis parfaitement réussie. Communion totale. A chaud, je pose l’album sur la platine.

Il est là, il siffle, bien vivant, en grattant quelques jolis accords sur une guitare acoustique. « Final Transmission » et cette intro de Caleb, puis un riff à mi-chemin entre LED ZEPPELIN et JOAN OF ARC vient se jeter dans l’immensité du premier morceau, « All Illusion ». A ce stade, on a droit à du très grand CAVE IN, à une synthèse de 25 ans de recherches soniques. Le riff, joué à la guitare par Caleb et à la basse par le magnifique Steve Brodksy, procure une sensation de grande liberté. Il nous emmène vers de nouveaux espaces, comme le groupe a toujours su le faire. Le son est énorme. Brodksy chante comme un ange. Le morceau se termine par le fameux Sonic Death Wall caractéristique du groupe, avant de céder magnifiquement sa place à « Shake My Blood » qu’il m’est encore difficile d’écouter sans avoir les yeux mouillés. On sent que le groupe a donné les morceaux en l’état, ce qui fait leur beauté brute : il fallait que ça sorte. « Shake My Blood » tout particulièrement, avec son introduction ‘jupiterienne’ suivie de son couplet  parlant de « dire au revoir » et « d’attendre de mourir ». Gloups. On en chiale, pas de souci. On se plait aussi à y trouver une ressemblance avec « Innuendo And Out The Others » sur Jupiter (2000). On se dit aussi que JR Conners à la batterie est inégalable dans son style, accompagnant à merveille les mélodies et la basse toujours hyper présente. Un grand monsieur, un énorme batteur.

« Night Crawler » s’ouvre sur un riff lourd, puis s’envole pour offrir un moment que Chris Cornell (SOUNDGARDEN) n’aurait pas renié sur le refrain. Mur de son, vocaux légèrement saturés. Tout est là. C’est nerveux et délicat à la fois. On se repose quelques instants sur « Lunar Day » pour tripper le temps de cette suite d’accords barrés et saturés, limite shoegaze, venant clôturer en beauté cette première face.

C’est alors qu’à l’orée de la face B, on se prend « Winter Window » en pleine face : riff à l’unisson comme les aiment tant Steve Brodsky et Adam McGrath, l’iconique duo de gratteux, puis couplet mid tempo lourd et appuyé comme du MASTODON. A ce niveau, Brodsky est un ange qui pose sa voix sur un morceau d’anthologie. « Instant Classic » comme disent les américains. « Lanterna » est presque une suite directe avec son riff hyper lourd, son tempo martial et un  chant qui emporte tout sur son passage. « Strange Reflexion » vient conclure cet embryon d’album – ou plutôt cet album inachevé, avec une grâce certaine : accordage plus bas que bas, riff massif et guitare qui vrille, tempo délicat, chant  « cornellien » again. Emotion à tout bout de chant.

CREDIT PHOTO DEWI RHYS JONES

À ces huit morceaux enregistrés entre 2017 et 2018, le groupe a greffé une chute de studio de 2010, « Led To The Wolves », un morceau hyper nerveux au tempo breaké qui aurait parfaitement eu sa place sur le sublime White Silence de 2011.

Jamais Final Transmission ne se présente comme la suite directe de Jupiter. Finie la naïveté, nous sommes dans l’émotion totale, la douleur, la noirceur convertie en beauté. Le groupe semblait avoir trouvé un équilibre sur l’écriture. Malgré leurs emplois du temps hyper chargés, les membres du groupe semblent avoir trouvé une vraie ligne directrice sur cet album, en intégrant toutes les différentes expérimentations essayées au gré de leurs albums des deux dernières décennies.

La voix si particulière de Caleb Scofield n’apparaît jamais sur le disque. Fauché en pleine gloire, il emporte avec lui ses fameux cris (écoutez « Trepanning » sur Perfect Pitch Black (2005) pour prendre la mesure de toute sa puissance) et laisse à Steve Brodksy le soin de chanter la douleur de l’ami perdu qui vient de trouver avec cet ultime album une place dans l’histoire… Une place dans l’espace, satellisée à tout jamais aux côtés des musiciens les plus inspirants de ces 25 dernières années.

Jetez-vous sur cet album, il est essentiel. Profitez-en pour redécouvrir une discographie inépuisable, évolutive, pleine de joyaux éternels.

Liste des titres

1 – Final Transmission

2 – All Illusion

3 – Shake My Blood

4 – Night Crawler

5 – Lunar Day

6 – Winter Window

7 – Lanterna

8 – Strange Reflexion

8 – Led To The Wolves

Album disponible dès le 7 juin sur le shop en ligne de Hydrahead Records

Premier extrait de Final Transmission, « All Illusion » :

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NUISIBLE « Slaves & Snakes »

Oubliez Diogène, sa lampe et son tonneau. Chassez de votre esprit Diderot, Rameau et son neveu. Les quatre membres de NUISIBLE leur pissent à la raie sans retenue, comme à la notre, en vous offrant cette pantomime dégueu’ des plus indécentes. Oubliez également tout ce qui vous fait honte et vous dérange dans votre vie minable et ratée. NUISIBLE se charge de décortiquer votre misère de névrosé soumis à l’échec de votre existence. Fondé sur les cendres du groupe de hardcore ébroïcien AS WE BLEED, NUISIBLE revient après un ep, Inter Feces Et Urinam Nascimur paru en 2016 chez Deadlight Entertainment, avec ce premier album, Slaves & Snakes, lui aussi paru sous le label dont l’épicentre se trouve à Foix, en Ariège. Les choses étant ce qu’elles sont, de même qu’il est bien illusoire de vouloir y changer quoi que ce soit, le groupe poursuit son œuvre de nihilisme musical, à grands coups de boutoir rythmique et de décharnement distordu. NUISIBLE vous invite à vivre un mauvais rêve : le vôtre. Le groupe semble prendre un malin plaisir à gratter là où la corde sensible survit tant bien que mal en mode ultra obscène. Celle qui vous ronge, dont vous n’êtes pas fier et qu’il serait souhaitable de ne pas dévoiler en public. Cette micro-seconde où vous avez éprouvé un début de fantasme en regardant par le trou de la serrure votre maman sous la douche ; celui qui vous a forcé à ouvrir les yeux tout en pivotant la tête d’un quart de tour à hauteur de l’accident impliquant quatre voitures et dont l’issue mortelle de tous les occupants ne fait aucun doute, tandis que vous vous promettiez intérieurement quelques instants auparavant que vous baisseriez le regard pour ne pas voir cela. Par pudeur sans doute. NUISIBLE flatte vos instincts refoulés les plus bas, les moins moraux, desquels semblent surgir parfois une once de misère. Ce plaisir aussi malsain qu’inqualifiable d’avoir assisté au spectacle d’un viol collectif dans une cave insalubre est à portée de vos entrailles et hante votre subconscient, non parce que vous en avez été témoin, mais bien parce que vous n’avez pas participé à la tournante. Cette idée vous révulse autant qu’elle vous obsède. Vous êtes répugnant mais dans la fond, ça vous plaît. La complaisance de l’ordurerie, en quelque sorte. Vous préméditez secrètement d’assouvir votre désir de vengeance d’avoir dû subir la main protéiforme du curé de la paroisse à l’intérieur de votre culotte, cette saloperie libidineuse qui vous crache à la gueule sa fausse morale comme il crache sa purée dans votre gorge d’enfant en maintenant fermement de sa main droite et moite votre menton, tout en bouchant votre nez avec les doigts parfumés d’odeur anale de son autre main. NUISIBLE, c’est un peu tout cela à la fois. L’arôme repoussant des charniers de l’Holocauste, mêlée à la putréfaction nauséabonde d’une carcasse en décomposition avancée de nonagénaire. Les agressions sonore de cet album n’ont d’autre effet que celui de vous sentir minable, paumé, empli de haine à l’encontre de vos prochains, votre descendance et leurs cercueils. Le soubassement d’une décharge à ordure est encore bien trop douillet pour écouter Slaves & Snakes. Votre seule échappatoire, c’est la came, l’alcool frelaté et les bas-fonds d’un caniveau. Alors, à quoi bon lutter ? Autant en finir au plus vite, n’est-ce pas ? Autant vider ses couilles et son sang du haut de la cime du monde, en ordonnant à ces êtres insipides imbibés de merde d’aller baiser leurs morts. Quel intérêt de poursuivre cette existence sur une voie que vous savez par avance condamnée? Pour vous aider à en finir une bonne fois pour toutes, NUISIBLE se propose de vous accompagner au bal des morts-vivants et de terminer le travail, non en crachant sur votre tombe, mais en déféquant en son sommet avec un jubilatoire dédain. L’enfer vous paraîtra soudain plus paisible que votre vie manquée, vos amours contrariées et votre quotidien imprégné de frustration et de rage. Le dégoût de vous-même et de votre existence sera porté à son paroxysme en écoutant cet album. Vous n’en sortirez pas indemne, c’est certain. Il n’est que le reflet de vos souffrances, de vos doutes et balaie en l’espace de 33 minutes toute volonté de bien faire, de participer à la vie en y trouvant le bonheur. Du grand art.

Album disponible via ce LIEN

Facebook NUISIBLE

Liste des titres

1- Slaves…

2 – … And Snakes

3 – Evil Still

4 – Death Legacy

5 – Vengeful Blood

6 – Pervert Biggot

7 – Swarm As king

8 – Two Sided Integrity

9 – Burning Embers

10 – Blind Paradox

11 – Blur The Light

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SICK OF IT ALL «Wake The Sleeping Dragon !»

SICK OF IT ALL ou la folle histoire du hardcore moderne. La dimension historique autant qu’artistique qu’imposent ces quatre petits mots accolés les uns aux autres dicte à celles et ceux qui en ont foi un immense respect et une reconnaissance de tous les instants. Combien de formations dites de l’âge d’or du hardcore – entendez par-là « de la deuxième moitié des années 80 » – peuvent-elles encore se targuer de présenter humblement un aussi joli minois, à un tel niveau de notoriété, face au public exigeant de la scène, tel le leader incontesté et incontestable du théâtre new yorkais qu’il demeure ? Continuer la lecture de SICK OF IT ALL «Wake The Sleeping Dragon !»

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MADBALL « For The Cause »

MADBALL est de retour avec un nouvel album, « For The Cause »,  à paraître sur le label Nuclear Blast Records le 15 juin prochain. Un disque un peu particulier dans la carrière du groupe toujours mené par Freddy Cricien (chant), celui-ci ayant vu le retrait du guitariste Brian « Mitts » Daniels à l’automne 2017. Continuer la lecture de MADBALL « For The Cause »

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NTM est encore là, tout le monde est d’ACCOR !

On a tous quelque chose en nous de SUPREME NTM

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Extrait de l’affiche des concerts des 8, 9 et 10 mars 2018

Peut-on être et avoir été ? Et surtout pour quel avenir ? A l’heure où les spéculations vont bon train quant à la possible publication de nouveau matériel en provenance du SUPREME, le Tout-Paris s’est empressé d’emboiter le pas des (déjà) suiveurs de 1995. Continuer la lecture de NTM est encore là, tout le monde est d’ACCOR !

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