ETRANGE « Etrange »

Depuis quelques semaines déjà, il est fort probable que le nom d’ETRANGE soit venu titiller votre esprit, vos yeux ou votre étrier, par le biais de quelques chroniques le plus souvent dithyrambiques ou le partage sur les réseaux sociaux de titres de son premier effort éponyme. En effet, rares sont les auditeurs de la musique d’ETRANGE à être sortis indemnes à l’issue de l’écoute de ce cette première oeuvre façonnée par un groupe français, une hydre à deux têtes parfaitement complémentaires, l’une parisienne, l’autre bordelaise. Difficile en effet de rester insensible à l’écoute de ce premier effort artistiquement triomphal, dont les pistes sont autant de couloirs à choix multiples intemporels et majestueux, que seuls le rêve et le voyage intérieur semblent être en mesure d’en transpercer les mystères. ETRANGE pratique une musique que l’on pourrait qualifier de « metal progressif instrumental » au sein de laquelle s’écoulent un certain nombre de subtilités bienheureuses, telles que des blast beats viscéralement inspirés du black metal, en aucun cas malvenus, ou quelques réminiscences ambiantes de certains artistes aussi progressifs qu’expérimentaux, le premier d’entre eux venant à l’esprit étant probablement LIQUID TENSION EXPERIMENT, dont la musique d’ETRANGE semble être un prolongement spirituel, précision étant apportée au fait que le duo français s’emploie à infuser  une vraie patte artistique inusitée et singulière dans son oeuvre. Tel est là son sceau, sa marque. Cette musique, d’une richesse plantureuse et foisonnante, n’en reste pas moins d’une accessibilité sensationnelle et désarmante d’évidence. Ici, pas de place pour la démonstration puérile ou malvenue, bien que le niveau de  technique pure soit placé sur l’une des marches les plus élevées de l’échelon instrumental. Tout ne respire qu’évolution progressive, évidence ou clarté, fulgurance et acrobaties volubiles retombant invariablement sur ses pattes. A mi-chemin entre les œuvres de Mike Portnoy au sein de son ancien groupe instrumental précité, KING CRIMSON, certaines sonorités du early Jean-Michel Jarre, et un sens maîtrisé de la théâtralité qui impressionne, la musique d’ETRANGE s’appréhende également par certains aspects comme une musique de film, et ce dès les premières notes de l’album. John Williams ou Hans Zimmer, entre autres, ne sont sans doute pas trop loin des influences de nos deux gaillards quant à l’approche souvent grandiloquente de leur œuvre. De même, il y a fort à parier qu’un artiste tel que le compositeur/guitariste Sithu Aye ne traîne pas trop loin ses guêtres en surface de la besace de nos deux amis, l’homme basé à Glasgow, en Ecosse, parvenant lui aussi à délivrer cette fraîcheur instrumentale non redondante par souvent trop balourde et dont bon nombre de congénères s’emploie hélas à surcharger sa musique. Pas de cela ici. Le livret de l’album ne mentionnant aucune trace de batteur à proprement parlé, déduction en découle que les parties rythmiques sont ici programmées, tant et si bien qu’il est à saluer une fois de plus l’immense travail de nos architectes, parvenant à faire oublier l’approche organique de l’instrument pour un rendu frisant malgré tout la perfection auditive, techniquement parlant bien sûr, mais surtout en insufflant à ses parties une chaleur presque « humaine ; un comble pour des machines. ETRANGE frappe donc vraiment très, très fort pour cette première sortie dans l’espace, les sept titres de cet album basé sur l’immensité et la passionnante connaissance interstellaire et son évolution ne pouvant s’écouter que d’une seule traite. Impossible de cisailler cette œuvre aboutie et architecturale sans commettre une énorme faute de goût. En tout état de cause, nous avons ici affaire à l’un des meilleurs albums parus cette année dans sa catégorie, loin devant la concurrence. Le référendum de fin d’année des différents confrères de la presse spécialisée devrait sans aucun doute donner raison à Pré en Bulle. Et même si ce dernier n’en établira probablement jamais, la musique n’étant, selon lui, en aucun cas source de compétition ou de classement mais bien d’émotion et de partage, cette magnifique création originale figurera parmi les plus écoutées de cette cuvée 2019. Magique, intemporel et d’une densité qui impressionne.

Etrange disponible à l’achat physique ou numérique via ce lien

Liste des titres

1 – Exile

2 – Titan

3 – Reloader

4 – Astralis

5 – Nebula

6 – Gateway

7 – Exoplanet

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VLTIMAS « Something Wicked Marches In »

Annoncé dans le courant du dernier trimestre de l’an dernier, voici donc qu’arrive sur nos platines le premier album de VLTIMAS, projet élaboré autour du batteur Flo Mounier (CRYPTOPSY), du guitariste Rune Blasphemer Eriksen (AURA NOIR, ex-MAYHEM) et de David Vincent (ex-MORBID ANGEL). Le moins que l’on puisse dire, c’est que cet album est attendu comme le messie, si l’on en juge par le nombre toujours croissant de commentaires impatients glanés sur les réseaux sociaux. En effet, si l’association de ces trois sommités dans leur genre provoque une excitation non feinte, c’est probablement et avant tout l’idée de réentendre Vincent s’emparer du micro au sein d’un groupe de pur death metal, brutal et racé, qui titille l’oreille des fans. Pas que MORBID ANGEL n’en soit pas un, mais l’aventure liant le frontman à son ancienne formation s’étant terminée d’une manière bien abrupte et si peu convaincante aux yeux de la majorité des fans, avec un album semant la zizanie par son approche electro-death « Illud Divinum Insanus » (2011), et son amour grandissante pour la country music, sans compter son incorporation au sein de HEADCAT à la place du défunt Kilmister, laissaient à penser qu’un retour dans le giron du metal de la mort n’apparaissait pas des plus évidentes dans la tête de Vincent. Seulement voilà, lorsque l’on est sollicité par Blasphemer en personne et que l’on se sait rythmiquement soutenu par Mounier, difficile de résister à l’appel du growl. D’autant que la matière première, entièrement écrite par le guitariste, a semblé particulièrement appétissante pour le vocaliste pour qu’il s’investisse au mieux tout en délaissant sa basse – laquelle est tenue sur ce disque par Blasphemer lui-même –  pour se concentrer sur le chant. Fort de ce constat, l’écoute de cet album ne laisse aucun doute sur la nature de l’oeuvre ainsi proposée. N’y allons pas par quatre chemins : Something Wicked Marches In est un album passionnant. VLTIMAS offre aux amateurs du genre ce qu’ils sont en droit d’attendre d’un tel plumage, soit un ramage d’une violence extrême, grandiose, formidablement agencée, alternant les passages telluriques et les breaks assassins. Magistralement enregistré sous la houlette de Jaime Gomez Arellano en Grande-Bretagne, aux Orgone Studios, cet album impose sans forcer ses ambiances, blastées ou non, mais toujours majestueusement pensées. Rien ne semble avoir été laissé au hasard, sans doute le visionnaire Blasphemer ayant depuis le départ de l’aventure un objectif vraiment tangible duquel rien, ni personne ou presque, ne parvenant à l’en dévier. Même si Vincent et Mounier ont su apporter leurs idées au guitariste pour l’élaboration des chansons, l’empreinte Blasphemer reste la plus évidente. Les riffs sont d’ailleurs emprunts d’une ambiance black metal plus souvent qu’à leur tour, mais cette touche noire ne perturbe en rien l’écoute de cette œuvre pour un non-initié au style comme peut l’être votre serviteur. Bien au contraire, l’amalgame des ambiances permet aux novices de faire la jointure entre le death et le black metal. Il s’agit probablement du tour de force de ce disque. Parvenir à concentrer sous une même chapelle l’ensemble des amateurs de musiques extrêmes. Chapeau bas. L’album jouit d’une osmose quasi parfaite en matière de riffing, de rythmes furieux ou plus posés – quel travail absolument époustouflant de Flo Mounier ! – et d’une voix démoniaque au possible. On peut penser ce que l’on veut de David Vincent, de sa réputation, de ses choix artistiques parfois discutables ou de ses mauvaises manières, il reste un chanteur d’exception, sans doute le meilleur de sa catégorie. Délesté de son instrument, Vincent assure une prestation proprement hallucinante tout au long des 9 titres composant Something Wicked Marches In. Impossible de prendre le monsieur en défaut, lequel se permet même quelques incursions dans le domaine du chant clair, avec parcimonie mais surtout avec aisance et réussite. Vous l’aurez sans doute compris depuis quelques instants, nous tenons avec ce premier album véritablement jouissif de VLTIMAS un potentiel futur très, très grand des musiques extrêmes. Si par hasard tel n’était pas le cas, ce disque se rangera parmi les meilleurs albums du genre de votre discothèque. Quand on pense qu’un deuxième album pointe déjà en ligne de mire du sieur Blasphemer, on est en droit de se demander jusqu’où s’arrêtera-t-il. Impatience totale et dégustation sans modération de l’instant présent. Album de l’année ? Allez savoir.

Parution le 29 mars 2019, disponible via ce lien

Titres de l’album

1 – Something Wicked Marches In

2 – Praevalidus

3 – Total Destroy

4 – Monolilith

5 – Truth And Consequence

6 – Last Ones Alive Win Nothing

7 – Everlasting

8 – Diabolus Est Sanguis

9 – Marching On

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ABDUCTION Guillaume Fleury fait son introspec-view (2/2)

PHOTO PAULINE ROYO

Seconde et dernière partie de notre entretien avec Guillaume Fleury, guitariste et principal compositeur de la musique d’ABDUCTION, qui s’est de bonne grâce prêté à la première « introspec-view » de Pré en Bulle. Un immense merci à lui.

Guillaume, tout d’abord merci d’essuyer les plâtres de cette nouvelle formule d’interview, l’introspec-view. Peux-tu, dans un premier temps, nous dire d’où tu viens, dans quel environnement tu as grandi ?

J’ai grandi en banlieue parisienne. J’ai commencé ma vie dans des tours HLM, puis dans un second temps dans des cités résidentielles truffées de petites maisons, plutôt entrée de gamme, dans un quartier populaire. (sourire) J’étais ce qu’on appelle un petit garçon assez énergique, pas du tout introverti comme c’est le cas aujourd’hui. Je le suis devenu par la force des choses, par l’expérience de la vie. J’étais un enfant très enthousiaste, très bavard, affable et ouvert. C’est ensuite que les choses plus ou moins délicates de la vie m’ont amené à m’endurcir. En fait, tout bien considéré, je n’ai pas forcément grandi dans un environnement « rêvé » puisque j’étais au milieu d’une banlieue parisienne pleine de béton mais lorsque j’ai eu 12 ans, mes parents ont décidé de partir vivre à la campagne, ce qui a changé certains paramètres. Continuer la lecture de ABDUCTION Guillaume Fleury fait son introspec-view (2/2)

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ABDUCTION, une musique sombre et empirique, au discours Fleury – Entretien (1/2)

PHOTO PAULINE ROYO

Fort d’un nouvel album, A L’heure Du Crépuscule, paru en mars dernier via le label Finisterian Dead End, que les amateurs de black metal qualifient de totale réussite, ABDUCTION se pose en fervent défenseur d’une certaine idée de l’art qu’il pratique. Amoureux fou de la langue de Molière et doté d’un savoir-faire singulier, le groupe français se plait à progresser jour après jour davantage, tel un artisan soucieux du travail bien fait. Rencontre avec Guillaume Fleury, guitariste et principal compositeur d’ABDUCTION, un garçon aussi humble que talentueux et visionnaire.

Bonjour Guillaume ! Pour les lecteurs qui ne connaissent pas ABDUCTION, peux-tu revenir succinctement sur la genèse du groupe s’il te plait ?

Bien sûr ! La formation du groupe remonte à 2006. Cela faisait déjà plusieurs années que je souhaitais mettre en pratique cette passion, à savoir concrétiser la chose et ne plus seulement rester passif, uniquement dans l’écoute. A titre personnel, il y a eu un élément déterminant qui m’a poussé davantage encore. Il s’agit de la mort de Jon Nödtveidt, le leader et fondateur de DISSECTION (Ndr : DISSECTION fut un groupe suédois de black/death metal extrêmement populaire, en particulier durant les années 90, et respecté malgré les démêlés judiciaires de son leader. Nödtveidt a mis fin à ses jours le 13 août 2006). C’est à cette période que j’ai basculé véritablement dans le black metal. DISSECTION a été une véritable révélation pour moi. Continuer la lecture de ABDUCTION, une musique sombre et empirique, au discours Fleury – Entretien (1/2)

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Dix visions et même plus !

En 2012, Jean-François Copé (à son âme) jouait une fois de plus dans la cour de la provocation en affirmant que certains petits écoliers se faisaient voler leur pain au chocolat en période de Ramadan par leurs camarades de confession musulmane (assimilés par lui-même à des voyous), dénonçant au passage « un racisme anti-blanc » supposé, pratiqué par ces jeunes Français. Continuer la lecture de Dix visions et même plus !

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