On stage with… XAVIER, vocaliste de MALEMORT

CREDIT PHOTO « PICS ‘N’ HEAVY »

MALEMORT, auteur d’un somptueux second album intitulé Ball Trap (2016), est sans doute le groupe français qui monte exponentiellement ces dernières années, sur  disque autant que sur les planches. Un potentiel scénique énorme ayant poussé les organisateurs du HELLFEST à confier l’ouverture de l’édition 2018 du festival de Clisson au groupe de Xavier, chanteur de son état, sur l’une des Mainstages de surcroît. Une opportunité gravée dans la mémoire collective, mais aussi et surtout sur un album live paru en exclusivité ce mois-ci en complément du numéro estival anniversaire des confrères de ROCK HARD. L’occasion de revenir sur le rapport intime qu’entretient Xavier avec la scène, son histoire personnelle liée à celle-ci, ou bien encore les habitudes que sont les siennes autour de son terrain de jeu. Sans omettre quelques réflexions quant à cet incroyable événement  lié au Hellfest l’an passé.

Te souviens-tu de la première fois où tu t’es retrouvé face à une scène, que ce soit lors d’un concert, d’une pièce de théâtre ou lors d’un tout autre événement ? Ou peut-être un souvenir de spectacle de fin d’année étant enfant ?

Je m’en souviendrai toute ma vie. Il s’agissait du Messie (Ndr : oeuvre composée en 1741) de Georg Friedrich Haendel, dans la Cathédrale Notre-Dame de Senlis. Je devais avoir 7 ans. Ma mère en était choriste. Dans l’obscurité du lieu Sacré, j’ai ressenti toute la puissance que peut dégager la musique.

Penses-tu que ce moment face à la scène ce jour-là t’a donné inconsciemment envie d’y bondir et de t’emparer d’un micro ? Ou est-ce venu bien plus tard ?

Absolument pas ! Bien trop hors de portée. Pendant longtemps, ça ne m’a absolument pas effleuré. Il a fallu le miracle du début des 90’s et de l’adolescence, de même que les vhs visionnées avec les potes au prix de cours séchés et la fascinante complémentarité scénique des Guns N’Roses, la puissance de Metallica – le Live Shit (1993), notamment le concert de Seattle sur la tournée … And Justice For All (1988) qui a beaucoup tourné – la maestria de Steven Tyler (AEROSMITH) ou bien encore l’impériale présence scénique de Bruce Dickinson (IRON MAIDEN).

Enfant, étais-tu d’un naturel timide, réservé ou plutôt éloquent et désinhibé ?

J’ai assez vite aimé la discussion, la confrontation des points de vue, mais de là à se mettre en scène, à attirer les regards, il y a un pas que je ne franchissais qu’occasionnellement.

As-tu le souvenir de ta première scène en tant qu’artiste ?

Curieusement, j’ai fait beaucoup de scène, relativement jeune d’ailleurs, car je suivais un cursus scolaire particulier incluant une grosse formation musicale au conservatoire, mais sans ressentir le vrai grand frisson. J’appréciais la puissance ressentie au sein d’un orchestre symphonique, ou la prise de risque que représente une formation plus restreinte comme le quatuor, mais pas de vocation en vue.

Avec le recul, vois-tu la scène comme une évidence pour ton équilibre physique, mental et moral ? Certains artistes y voient comme une sorte de thérapie, d’introspection. Pierre Desproges en parlait même, dans un de ses sketchs, comme d’une thérapie de groupe, même si c’était déclamé sur le ton de l’humour.

Je ne pense pas que dans mon cas je parlerais d’équilibre. Je cherche même plutôt le lâcher prise, la perte de repère, et donc une forme de déséquilibre. Le concert doit permettre d’ouvrir une faille afin de te conduire au-delà du raisonnable, du quotidien. Et c’est ce pas de côté qui fera aussi voyager ton public.

Je crois savoir que tu es professeur de Lettres dans le « civil ». Transmettre son savoir est sans doute le plus beau métier du monde. Peux-tu dresser un parallèle entre cet « exercice scénique » quotidien – ou presque, selon ton emploi du temps ! – et ton rôle de frontman sur scène au sein de MALEMORT ? Y a-t-il des similitudes entre ces deux exercices, même à des degrés différents ?

Il y a effectivement de larges parallèles à tracer. Un bon professeur est un frontman. Il va chercher l’attention jusqu’au fond de la classe, la capte et ne relâche la pression que pour mieux rebondir et rythmer la séance. Son autorité est reconnue car chacun sent qu’il sait où il veut vous emmener. Et bien sûr, il sait théâtraliser son attitude, tout en exprimant une grande sincérité ! Mes deux métiers me donnent parfois l’impression de n’en former qu’un seul. Dans les deux cas, tu es en première ligne, tu fais le show et tu crois totalement en ta mission.

MALEMORT a eu l’opportunité d’ouvrir l’édition 2018 du Hellfest sur la Mainstage. J’imagine aisément que ce fut un moment très, très spécial pour toi, comme pour le groupe. Comment as-tu appréhendé ce show exceptionnel ? De quelle manière le groupe – et toi en particulier – a-t-il préparé cet événement si intense ?

Cet événement est effectivement capital pour tout groupe qui le vit, pour la bonne raison que le Hellfest est le plus beau festival metal du monde. C’est quasiment un lieu de pèlerinage. Jouer là bas, notamment pour un groupe français, c’est recevoir la médaille du travail ! Et cet instant de reconnaissance est d’autant plus important lorsque tu connais les conditions de vie d’un groupe indépendant de metal en France. Avec MALEMORT, nous avons décidé de préparer ce show comme une performance. Nous avons combiné préparation au millimètre en salle de répétition et lors de différents concerts pour la vibration. La seule chose à laquelle nous ne pouvions nous entraîner, c’était l’occupation d’une scène aussi vaste que la Mainstage. Nous aimons remuer, mais nous le faisons souvent sur des espaces très restreints. Certains excellents groupes de club semblent parfois moins efficaces sur des grandes scènes. A mon grand soulagement, nous nous sommes tout de suite sentis à l’aise sur cette grande plaine et nous avons même pris plaisir à la fouler de long en large, nos réflexes habituels de scène fonctionnant finalement très bien à plus grande échelle.

CREDIT PHOTO « PICS ‘N’HEAVY »

Pour rester dans une métaphore scolaire, ton taux d’adrénaline en ce jour de juin 2018 était-il aussi élevé que celui qui est le tien lors d’une rentrée des classes ?

Oh, je suis un vieux briscard, j’ai fait un paquet de rentrées, et à vrai dire, j’aime cette petite montée d’adrénaline. Il en est de même pour la scène. La seule chose qui m’angoisse est la peur de ne pas être en voix. Mais derrière la scène de la Mainstage, une fois que j’ai su que le public était massivement au rendez-vous malgré l’horaire matinal, j’ai senti que nous allions faire un beau concert.

Sans trahir un secret inavouable, as-tu une préparation spécifique avant de monter sur scène ? Des habitudes à ne jamais changer ? Es-tu superstitieux ? As-tu un porte-bonheur ? Es-tu plutôt décontracté ou extrêmement tendu et concentré ?

J’ajuste ma cravate, mes bretelles et je me retrouve dans ma tenue de super-héros frenchie  ! Isolation du monde extérieur grâce à mes in-ear vissés dans les oreilles, chewing-gum mâché à m’en décrocher la mâchoire, un coup d’œil sur le public, un autre sur la setlist, et je bascule…

A part le fait de te souvenir des paroles, à quoi penses-tu sur scène ?

Tu ne crois pas si bien dire ! C’est le pépin qui m’arrive le plus souvent ! Au théâtre, je serais catastrophique… Et comme je chante en français, baragouiner du yaourt est assez vite détectable ! Certaines personnes vivent assez fortement les textes de MALEMORT, et je me dois de ne pas casser leur voyage, même si en réalité, en concert, c’est parfois assez imbitable ! Sur scène, toute mon attention va au public et à l’énergie que je peux lui envoyer. Je fais volontairement abstraction du reste.

Dirais-tu que tu es dans un état second lors d’un concert ?

Une part de moi reste parfaitement consciente, analytique, mais au fil des ans, je suis parvenu à la réduire au tiers, ce qui me paraît un bon ratio. Je contrains l’autre part à la déraison, à la transe.

Y-a-t-il des améliorations qui te semblent nécessaires d’apporter s’agissant de tes prestations scéniques ?

Oh, bien sûr, je suis probablement mon juge le plus sévère, et dans MALEMORT, nous visionnons régulièrement nos concerts pour retravailler ce qui nous paraît mauvais ou perfectible. Un concert est un show, et pas seulement une représentation musicale. Mais ne compte pas sur moi pour t’indiquer les défauts de cuirasse ! Les musiciens sont des soldats, et ils doivent aussi savoir se protéger…

Comment entretiens-tu ta voix ? La travailles-tu régulièrement pour la garder au maximum de ses capacités sur scène ?

Ma voix est à l’opposé de ce dont j’ai toujours rêvé et elle est limitée. Je me suis rêvé en Axl Rose ou en Bruce Dickinson, et je me fais quasiment l’effet d’un Gainsbourg. Attention, j’admire tout le premier versant de l’oeuvre de ce génie. Nous portons tous notre croix ! Mais en même temps, elle dit assez fidèlement qui je suis. Je chante très régulièrement, je m’échauffe avant de monter sur scène, mais à vrai dire, ma voix est aussi têtue que moi, elle fait comme bon lui semble !

Si tu en avais la possibilité, que penserais-tu de Xavier, chanteur du groupe MALEMORT, en le voyant sur les planches tandis que tu serais au milieu du public ? Qu’aurais-tu envie de lui dire ?

Le p’tit gars envoie le pâté comme si sa vie en dépendait, il aime les gens qui sont devant lui, et c’est tout ce qui compte.

Comment gères-tu les imprévus techniques pouvant hélas parfois arriver lors d’un concert ? As-tu un souvenir douloureux ou savoureux à nous conter ?

Depuis que j’ai vu une année au Hellfest le frontman de AIRBOURNE meubler une coupure générale de courant en communiquant avec le public par gestes pendant dix minutes, je considère que peu de choses peuvent nous empêcher de donner un concert. Le public a fait des bornes pour te voir, il n’a pas à pâtir de problèmes secondaires. Les chutes, les vomis en bord de scène, les coups de jus, ça fait partie des inconvénients du métier !

Quelle actualité pour MALEMORT ? Quels projets dans un futur à plus ou moins long terme ?

Nous travaillons maintenant à la composition du troisième album, qui sera assurément audacieux.

Merci infiniment Xavier de t’être prêté à cet exercice. Bon vent à toi et  bonne route à MALEMORT !

Merci à toi pour cette sortie des sentiers battus.

Ball Trap toujours disponible à l’achat numérique ou physique via ce lien

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