STEEL PANTHER @ HELLFEST, 17 juin 2017

Le cas STEEL PANTHER.

Crédit photo : AnneM

Dire que le groupe était attendu est assez juste. Pour votre serviteur, la curiosité se mêlait au doute et à la suspicion. De la critique dithyrambique au rire graveleux et forcé, il n’y a qu’un pas qui ne sera pas ici franchi. En revanche, de la circonspection et de l’incompréhension baignée de malaise seront au programme. STEEL PANTHER propose depuis quatre albums (et même cinq si l’on décide de comptabiliser le premier méfait « Hole Patrol » paru en 2003, volontairement mis de côté par le groupe) dont il n’est pas question ici d’en faire l’étude, tout ayant été dit ou à peu près par tout le monde. Tout juste nous attarderons-nous sur deux ou trois points de leur discographie afin d’en comprendre les us et coutumes une fois celle-ci interprétée sur scène. Ce groupe californien, originaire de Los Angeles, pratique un hard rock fortement teinté de heavy metal, fort bien exécuté par de très talentueux musiciens et showmen accomplis. Quatre albums au compteur donc et une stagnation artistique, voire une régression inéluctable, depuis le premier album sont à mettre à leur compte. Ce qui pouvait surprendre ou amuser selon que vous ayez ou non franchi le cap du stade anal freudien sur un premier album (2009) frais et plutôt convaincant ne l’est plus du tout en 2017. Passé un second disque pouvant encore tenir la route via quelques titres assez accrocheurs, pour peu que l’on veuille bien adhérer au running gag redondant et balourd (nous y reviendrons) véhiculé par le groupe, le troisième album voyait cette brave panthère s’enfoncer un peu plus encore dans l’indélicat. Jetons volontairement, comme le groupe lui-même, un voile pudique sur le véritable premier album par décence et pure coquetterie. Premier semestre de cette année, l’animal en carton bouge encore le museau avec un quatrième album sous la patte, « Lower The Bar ». Difficile de changer d’avis à son écoute justifiant la présence de STEEL PANTHER à l’affiche du Hellfest. Tout est vu et revu, le groupe s’auto parodiant davantage dans cette fange musicale putassière trop convenue, établie dès sa fondation certes, mais à laquelle il était encore possible d’y trouver un je-ne-sais-quoi pour se faire plaisir, par facilité, par nostalgie ou par dépit il y a huit ans. Un riff à la VAN HALEN par ci, un chorus à la Richie Sambora par là ou des choeurs à mille voix comme chez DEF LEPPARD peinaient à faire illusion, amusant les plus sceptiques tandis que d’autres criaient au génie. La recette artistique et musicale est désormais éculée, épuisée, rincée, gerbée et cet été sera le coup de grâce pour votre serviteur. L’humour potache et graveleux a ses amateurs, même lorsque la musique ne suit plus, mais tout cela ne dure qu’un temps, désormais révolu.

Crédit photo : AnneM

Pour une première, ce sera la dernière. Comment réussir à expliquer le spectacle navrant, d’une grossièreté et d’une vulgarité sans nom, tout en restant objectif ? Drôle de mission. Il est d’ailleurs temps maintenant de révéler aux derniers ingénus ce que cachent les concerts de STEEL PANTHER : du nichon, de la chatte, du foutre, de la grosse bite bien congestionnée, de la salope, de la pute et du trou du cul. Oui, nous sommes d’accord c’est un peu court comme dissertation. Le concept est un brin réducteur, vous en conviendrez aisément, mais bon. On est là pour rire paraît-il, alors rions. Il faut prendre tout ça au sixième degré, nous avait-on glissé à l’oreille. Soit. Allons-y ! Mieux qu’un samedi soir chez Patrick Sébastien avec sa traditionnelle course en palmes autour des tables du bistrot affublé de son costume de canard le plus seyant, le concert de STEEL PANTHER est à l’image d’un concours de miss tee-shirt mouillé au camping du Farfadet à Trois Couilles (inutile de préciser que Pré en Bulle n’a rien contre les campings, les farfadets ni les couilles). La petite participante attend sa demi-minute de gloire sur écran géant face aux yeux de ses concurrentes d’un soir avec pour seule ambition de montrer ses attributs mammaires tandis que la gent masculine lorgne d’un air vicelard (mais toujours souriant), la bave aux lèvres, le bout de téton qui l’autorisera à glisser la main dans sa poche discrètement pour voir si tout est bien en place. D’une beauferie absolument répugnante, le show autorise (presque) tout. Bon nombre de spectateurs semble prendre un malin plaisir à regarder ces joutes mammaires au son des titres du groupe qui, lui, harangue les messieurs de l’assistance, trop content d’avoir enfin trouvé le créneau idéal pour niveler ces « mecs qui ont des couilles et de la bite » par le bas, les invitant à vociférer comme des porcs imbibés de bière pour inciter les « malheureuses » participantes du samedi soir à en faire toujours davantage. C’est là que le bât blesse. Le complaisance des messieurs, parfois de leur dame même si l’on perçoit quelques gènes dissimulées derrière un sourire de façade un peu forcé, n’a d’égal que la saisissante et consternante contribution de chacune des demoiselles avides d’une consécration éphémère. Un nouveau genre de télé-réalité sur écran géant. Un spectacle véritablement consternant qu’un certain nombre de commentateurs trouvent assurément génial, au point de demander à la gent féminine avant ce non-événement de « montrer vos nichons, on en veut plein, on compte sur vous les filles ! ». Chez Pré en Bulle, il n’est point question de pudibonderie ni de puritanisme, bien au contraire, mais les blagues les plus courtes sont probablement les meilleures. Comment peut-on baser tout le concept scénique et musical de son groupe, composé par ailleurs d’excellents musiciens répétons-le, sans lasser l’auditeur autant que le spectateur. Un peu, pourquoi pas après tout. Mais tous les concerts, tous les albums, tout le temps, depuis huit ans ? Tommy Lee (MÖTLEY CRÜE) utilisait la Tit-E cam dans un registre assez similaire mais pas pendant TOUT le show du CRÜE. Et pas durant TOUTES les tournées depuis les débuts de son groupe. A n’y rien comprendre ! Peut-être serait-il temps d’inverser les rôles en demandant à tous ces messieurs si forts en gueule de monter sur scène au prochain concert de GIRLSCHOOL ou BUTCHER BABIES, de montrer leurs couilles en se roulant des galoches entre eux sous les vivats des femmes, histoire de voir si ça amuserait la galerie, à défaut de les amuser eux-mêmes ? Tant qu’à en avoir de la bien dure super virile, vérifions si l’audace d’exhiber leur attribut sera aussi saisissante que celle de permuter les troupes. Mesdames, mesdemoiselles, la balle (les boules plutôt !?) est dans votre camps. A vos pétitions !

Crédit photo : AnneM

Et la musique dans tout ça ? Pas grand chose à en retenir qui n’ait déjà été dit en préambule à ce report. Quatre musiciens qui jouent bien (très bien même !) mais qu’on aimerait voir faire autre chose qu’une supercherie de haut vol. Quelle frustration d’entendre de si bons musiciens céder à la facilité du langage musical en proposant pour ce faire des titres principalement tirés de leur deux premiers albums, preuve suffisante qu’eux-mêmes demeurent probablement bien conscients des limites artistiques de leur oeuvre complète. Alors ça parle entre les chansons. Oui ça parle beaucoup même, avec des blagues d’un niveau que l’on vous laisse deviner, des private jokes pleines de sous-entendus, des gestes de fellation, de levrette et autres drôleries du même acabit. Tout juste retiendra-t-on le fort bon « Just Like Tiger Woods » avec son intro rudement bien agencée et sa montée toute en puissance avant un refrain véritablement accrocheur et fédérateur. Pour le reste, inutile de s’appesantir plus avant sur cette blague de potache qui n’a que trop duré. STEEL PANTHER ou la résurgence du stade anal chez les adolescents boutonneux de 45 ans. 

Crédit Photo : AnneM

Un grand merci à notre chère Anne pour les photos. We miss you. ❤️

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