SLIM PAUL @ Le Hasard Ludique, 12 avril 2018

Slim Paul  était au Hasard Ludique pour présenter son premier album solo, « Dead Already »  (Red Line / PIAS), qui paraissait dès le lendemain, vendredi 13 avril. Un signe ? Espérons-le de tout cœur tant cet artiste impose le respect de l’homme autant que le repos de l’âme. L’ancienne voix de l’excellent groupe de blues-hip hop SCARECROW propose une redéfinition des standards parfois éculés du blues, dont il dépasse d’ailleurs allègrement le cadre. Ce premier disque semble être un reflet de ce qu’est cet artiste, un instantané du moment. Après cette prestation parisienne hallucinante de maîtrise, il ne fait aucun doute que ce garçon en a encore beaucoup sous la pédale. Sa marge de manœuvre est telle qu’il devient difficile d’évaluer un pronostic qui s’avérerait bien hasardeux, de peur de passer pour un Nostradamus de pacotille dans un an tant la progression de cet artiste à fleur de peau semble inéluctable. Parce que croyez-moi, parvenir à faire danser un public, jouir d’une telle interaction avec ce dernier sans pour cela user et abuser de la parole, préférant donner libre cours à ses doigts de fée, en arpège léger ou en rythmique bien plus subtile que la simple grille de blues, c’est un tour de force, un miracle auquel Slim Paul nous a donné l’occasion d’assister. Vous ne croiserez pas si souvent des artistes de ce calibre. Tour à tour extrêmement touchant, cintré dans son costume d’une élégance rare, replaçant son chapeau sur son front, cachant parfois ses yeux derrière celui-ci sans doute par timidité et drôle par ses interventions pleines de générosité, Slim Paul émerveille plus qu’il ne joue, envoûte plus qu’il ne chante – merveilleusement bien de surcroît ! – nous submerge plus qu’il nous touche, pauvre public qui n’en demandions pas tant. Il y a chez ce garçon l’évidente facilité à gérer les planches due à son expérience avec SCARECROW. Sa manière d’occuper l’espace scénique  instaure un climat de haute tenue et ses quelques réminiscences gestuelles propres au hip-hop – probablement un réflexe de son « ancienne vie » – n’en sont que davantage émouvantes. Cette manière de remercier le public en se tapotant le cœur avec le poing, quelques pas de danse en rythme rappelant furieusement un morceau de linoléum posé à même le sol ou ces grands gestes durant des morceaux véritablement habités par Paul amènent subrepticement le public à voir évoluer face à lui un être façonné à la terre glaise par l’éloquence de Jacques Brel, la fragilité de Ben Harper et la virtuosité d’un Keziah Jones première période. En outre, la force de Slim Paul réside dans ce refus quasi systématique d’en venir au déballage technique aussi insipide à l’oreille qu’infertile en émotion. Paul joue les notes telles qu’il les ressent, LA note qui va tout changer, qui va nous bouleverser. Ce qui ne l’empêche nullement de défourailler la grosse artillerie lorsque le besoin s’en fait sentir, prenant alors les guitaristes – comme les autres – à la gorge ! Doué d’un touché absolument magique (cette guitare dobro, quelle merveille !) et capable de vous percher très haut dans les cieux par la seule intervention de cette voix atypique d’une chaleur incandescente, Slim Paul possède en son for intérieur ce qu’il offre à son public par-delà son fort extérieur : tout ! De cette vie de saltimbanque unie à cet amour des mots et de la musique transpirant de tous ses pores, cet artiste malicieux est devenu le troubadour de nos âmes, le charbon ardent de notre locomotive interne. Il serait par ailleurs bien injuste de passer sous silence ceux sans lesquels la soirée est passée de grandiose à magique. Il faut les voir les deux sagouins derrière le grand Paul, Manu Panier à la basse, à la contrebasse et Jamo à la batterie. Quel bonheur de les regarder jouer ensemble, tous les deux, l’un taquinant l’autre du regard, Jamo passant à peu près tout (!) le concert avec un immense sourire sous le nez, aussi large que ses épaules sont musclées ! Cette complicité datant de 15 ans brûle les yeux par son exceptionnelle connivence et son naturel désarmant. Manu trépigne en rythme avec ses doigts ou un archet, aussi humble dans sa présence scénique que son assise rythmique est chaude, tandis que Jamo fait partie de ces batteurs, à l’instar d’un Chad Smith, d’un Steve Ferrone ou d’un Charlie Benante, que l’on trouve magnifique à voir pratiquer leur instrument. Quelle maîtrise des cymbales ! Pour faire court, disons simplement qu’avec Jamo elles chantent, ces cymbales. Elles rient ou elles pleurent mais elles vivent. Au final, ne serait-ce pas ça l’essence du blues ? La petite lumière du fond de l’âme, ces petites sécrétions de spiritualité propre à chacun, quelle qu’en soit la nature. Nous sommes tous semblables, sensibles et fragiles. La beauté intérieure en quelque sorte. De tout ceci  le triangle du feu « Slim Paul – Jamo – Manu Panier » a désormais chasse gardée. C’est une belle mission que lui voilà confiée. Nul doute qu’il sera s’en acquitter avec joie, chaleur et douceur. Parce qu’au fond, elle vient de là, elle vient du blues. Et sûrement d’ailleurs…

Slim Paul fait incontestablement partie des Artistes sains, vrais, suant sang et eau pour offrir, ne comptant jamais les kilomètres de bitume engloutis pour quelques instants de bonheur scénique partagés, pour un remerciement ou une poignée de main. Elle est là, la vraie vie. Souhaitons-la lui longue et paisible, lui qui doit s’envoler le mois prochain pour Toronto puis à la rentrée pour New-York, avec espérons-le un accueil aussi chaleureux que celui reçu du public panaméen, amplement mérité, comme partout ailleurs lors des autres shows de sa tournée, le grand Lucky Peterson lui-même ayant été soufflé par la prestation du triangle du feu.

Hope to see you very soon Slim Paul ! LOVE

Interview de Slim Paul prochainement sur Pré en Bulle…

Album « Dead Already » (Red Line / PIAS) déjà disponible

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