SICK OF IT ALL «Wake The Sleeping Dragon !»

SICK OF IT ALL ou la folle histoire du hardcore moderne. La dimension historique autant qu’artistique qu’imposent ces quatre petits mots accolés les uns aux autres dicte à celles et ceux qui en ont foi un immense respect et une reconnaissance de tous les instants. Combien de formations dites de l’âge d’or du hardcore – entendez par-là « de la deuxième moitié des années 80 » – peuvent-elles encore se targuer de présenter humblement un aussi joli minois, à un tel niveau de notoriété, face au public exigeant de la scène, tel le leader incontesté et incontestable du théâtre new yorkais qu’il demeure ? AGNOSTIC FRONT ? Vinnie Stigma ne semble plus qu’un pantin faisant le clown sur scène. On en vient presque à se demander si sa guitare est réellement branchée durant les shows, c’est dire. Roger Miret semble quant à lui bien essoufflé derrière son micro, parvenant même à manger une grosse moitié des paroles de ses propres chansons et ce dès l’essentiel « The Eliminator », perpétuellement joué en ouverture de set à un rythme pourtant bien en deçà de sa version d’origine. Imaginez le reste du concert pour le vocaliste, la langue pendante au bout de 10 minutes. BIOHAZARD ? Entre un des deux leaders capable de planter son groupe de cœur à peine la sortie d’un disque annoncé et les difficultés à maintenir en son sein durant des années un guitariste de la trempe de Bobby Hambel avant que celui-ci ne reviennent (enfin !) au bercail, le navire de Danny Schuler et Billy Graziadei semble prendre l’eau de toutes parts, à l’image d’un bateau ivre, à tel point que le guitariste/chanteur n’hésite plus à multiplier les projets, celui portant  son nom propre et dont un premier album sortant de façon imminente suffit à chatouiller votre serviteur de manière suggestive, paraissant de surcroît bien plus savoureuse que ses autres sorties. Cro-Mags ? Les sempiternelles crises d’ego ont depuis bien longtemps ravagé l’essence même de ce qui fut sans nul doute l’une des plus belles révolutions de la scène américaines, Harley Flanagan et John Joseph se livrant à une guéguerre aussi inutile que puérile quant à savoir lequel des deux à la plus longue – alors que tout le monde sait pertinemment depuis 1986 que c’est Mackie Jayson qui se trouve le mieux pourvu en matière de coup de trique. La scène du Youth Crew se complaît pour sa part à maintenir une nostalgie qui commence sérieusement à s’essouffler autant que Roger Miret derrière un micro, alternant reformations nauséabondes d’escroquerie ( qui a dit JUDGE et ses 30 minuscules minutes  de  show ? ), tournées reposant sur des acquis certes fantastiques mais sans nouveau matériel à proposer (qui a dit YOUTH OF TODAY ou GORILLA BISCUITS ? ) ou coups de bluffe plus ou moins bien articulés ( il est par exemple vaguement évoqué un éventuel retour de BOLD). Reste MADBALL qui continue contre vents et marées à produire de très belles choses tant sur scène que sur album – de qualité variable, alternant l’excellent avec le fort bon, sans devenir véritablement inquiétant. Mouais… Pas très folichon tout ça, convenons-en. Du coup, après ce rapide tour du propriétaire, les yeux se rivent inexorablement vers SICK OF IT ALL, fier étendard de la scène qui, après plus de 30 ans de carrière, représente presque à lui seul la fierté et la beauté du genre de la Big Apple. Un groupe intègre et loyal comme il n’en reste que très peu, humble, affable et délicieusement sympathique, n’hésitant jamais à parcourir le monde pour la bonne cause tout en réussissant l’incroyable tour de force de se poser en rassembleur des différentes chapelles musicales, imposant un respect total des amateurs de metal, hard rock, thrash ou death. Tel un MOTÖRHEAD du hardcore, Pete Koller et les siens sont parvenus à ce stade de leur carrière à marquer durablement les esprits autant par leur musique que par leur intégrité et leur attitude, sur scène et en dehors. Cette attitude dont on entend si souvent parler et dont on ne voit jamais la couleur nulle part. La fameuse PMA – pour Positive Mental Attitude – si chère à BAD BRAINS ou H2O, qui lui aussi fait un peu figure d’exception à son plus humble niveau. Depuis son année de création en 1986, SICK OF IT ALL n’a fait que se bonifier, restant fidèle à son instinct, se faisant tour à tour le porte-parole des sans voix, le conteur d’une bien cruelle mais néanmoins salvatrice colère à l’égard d’un système broyant les plus oppressés. Oh bien sûr, SICK OF IT ALL ne prétend pas défendre la veuve et l’orphelin. Bien trop humble pour cela. Mais il entend leur donner le mégaphone par l’entremise des cordes vocales de Lou Koller, diffuser leur rage au travers des cordes de guitare de son frère Pete, marteler l’urgence de la situation par l’intermédiaire des bras musclés d’Armand Majidi jusqu’à en faire trembler les murs de la cité au son de basse de Craig « Ahead » Setari. Ceci dit, SICK OF IT ALL sait aussi se faire plus léger, amusant ou respectueux des anciens de cette scène hardcore qui lui a tout donné et à laquelle il a tant apporté. Cette scène qui le lui rend si bien. Car ce groupe est, respire, transpire et suinte le hardcore jusqu’à lui rendre son essence parfois diluée par de parasites profiteurs, celle que beaucoup ont supplanté par le biais de basses raisons mercantiles, de perfides histoires d’ego, de comeback pas toujours convaincants. Pas de cela chez SICK OF IT ALL. D’abord parce que le groupe n’est jamais parti. Ensuite parce qu’il ne s’est jamais fourvoyé d’aucune sorte, ne s’est jamais montré très éloquent s’agissant de ses querelles internes, à grands coups de déclarations tapageuses – car il y a très certainement des désaccords, comme dans toutes les familles. En témoigne ce line-up inchangé depuis 1992 juste après la sortie du fabuleux album Just Look Around , dont le title track sera même prodigieusement remixé par HOUSE OF PAIN. Que dire encore de cet incroyable album paru en 2007 sous forme d’hommage,  Our Impact Will Be Felt, sur lequel des noms aussi prestigieux que SEPULTURA, HATEBREED, WALLS OF JERICHO, IGNITE, MADBALL ou NAPALM DEATH affichèrent leur absolu respect envers ce groupe hors du commun ? Qui peut se targuer de ce genre d’attention, au sein de la scène hardcore de surcroît ? Jugez par vous même.

Alors voilà, SICK OF IT ALL publie en novembre 2018 Wake The Sleeping Dragon ! via Century Media, soit l’équivalent de 17 titres estampillés 100% pure hardcore made in SOIA. Démarrage en trombe avec « Inner Vision », dévoilé il y a quelques semaines, un up tempo dans la grande tradition du combo avec un petit filtre sur la voix pas désagréable pour un sou. S’en suit immédiatement un autre titre au tempo sensiblement identique, « The Crazy White Boy Shit », bien que sa fin soit plus propice aux moulinets et autres sing along, emprunte de ces choeurs extatiques ! Il est d’ailleurs à noter que plusieurs pistes de ce nouvel album proposent un tempo somme toute assez similaire aux deux premiers titres, ceux-ci n’étant pas sans rappeler certains de ceux d’albums comme Scratch The Surface (1994) ou Built To Last (1997), avec un soupçon de Call To Arms (1999). N’en déduisez pas hâtivement que SICK OF IT ALL est tourné vers le passé, loin s’en faut. Même s’il ne prétend pas révolutionner ses acquis historiques, le groupe a su faire évoluer sa musique en piochant çà et là les ingrédients justes et nécessaires permettant la fraîcheur bienvenue. En témoigne cette toute petite intro de « Robert Moses Was a Racist », un titre plein de rancoeur et fort à propos pour les New Yorkais qu’ils sont. Le titre fédérateur devenu institutionnel depuis 25 ans est bien sûr présent, « Always With Us », sans doute moins réussi qu’un « Step Down » ou « Us vs. Them » car moins immédiat. Ceci dit, laissez-vous convaincre le temps de deux ou trois écoutes ; il s’incruste dans la tête très subtilement. Le title track risque de démolir des bouches en concert avec ses grosses pêches tandis que le déjà fameux « Beef Between Vegans », avec ses nombreux changements de plans, rappelle une nouvelle fois ce qu’a pu proposer SICK OF IT ALL en 1994. Vous l’aurez sans doute déjà compris, il s’agit là encore d’un très bon album du gang américain quand bien même il lui manque sans doute quelques titres au tempo vraiment relevé. J’entends par là des morceaux de la trempes de « Shut Me Out », « Bullshit Justice », « Pete’s Sake » ou « Good Lookin’ Out ». Il y en a certes, et de très bons, tels « Hardcore Horseshoe » ou « Work The System » mais c’est un peu court pour les amateurs de furies old school rapides comme peut l’être votre humble serviteur. Ceci dit, des titres endiablés tels que « Mental Furlough » et son break à tout casser avant une belle relance, le bien furibard « The New Slavery » (avec une petite surprise au micro) ou encore «  2+2 » (avec une autre surprise au micro) font parfaitement le travail ! Doté d’une production absolument limpide signée une fois encore par l’incontournable Tue Madsen (THE HAUNTED, MADBALL, DAGOBA), Wake The Sleeping Dragon ! se pose en parfait successeur à Last Act Of Defiance (2014) bien qu’il lui soit sans doute un peu moins direct, rapide et tapageur – quoique… ! Nous sommes là en présence d’un album nettement plus nuancé, assez mélodique par de nombreux aspects, mais qui ne rechigne pas pour autant à donner le change lors de morceaux particulièrement colériques. Il s’agit d’un parfait compromis entre les albums précités accouplé à la volonté d’un groupe n’ayant plus rien à prouver à personne d’avancer à son rythme, comme il l’entend. Du bien bel ouvrage.

Sortie le 02 novembre 2018 en suivant ce lien

SICK OF IT ALL “Wake The Sleeping Dragon!” (33:06)

1. Inner Vision 01:54

2. That Crazy White Boy Shit 02:05

3. The Snake (Break Free) 01:57

4. Bull’s Anthem 02:02

5. Robert Moses Was A Racist 01:28

6. Self Important Shithead 00:58

7. To The Wolves 01:39

8. Always With Us 02:26

9. Wake The Sleeping Dragon 02:02

10. 2+2 01:49

11. Beef Between Vegans 02:12

12. Hardcore Horseshoe 01:52

13. Mental Furlough 02:16

14. Deep State 01:53

15. Bad Hombres 02:01

16. Work The System 01:46

17. The New Slavery 02:38

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