SACRED REICH « Awakening »

SACRED REICH, ou le groupe culte disparu bien trop tôt par excellence. Depuis l’inégal mais néanmoins fort bon Heal paru en 1996, le groupe de Phoenix, Arizona, mené par le bassiste-chanteur Phil Rind, n’avait guère donné signe de vie, si ce n’est un album live quelque peu bancal paru en 1997, Still Ignorant (1987 – 1997) – Live, voyant le retour derrière les fûts du fabuleux batteur originel Greg Hall après la parenthèse Dave Mcclain, besogneux cogneur sur les albums Independent (1993) et le déjà mentionné Heal. S’en est suivi une séparation en bonne et due forme jusqu’en 2007, année d’une reformation attendue par nombre de fans de thrash old school, SACRED REICH ayant acquis depuis son départ précipité le statut de groupe idolâtré. Pas de nouveau matériel à se mettre sous la dent depuis cette reformation, si ce n’est un titre publié tout récemment sur un split-45 tours en compagnie d’un des plus sérieux représentants de la jeune garde du revival thrash, IRON REAGAN, sympathique morceau bien qu’il ne restera vraisemblablement pas dans les annales du groupe, ni dans ses setlists futures. Et puis stupeur. Greg Hall, batteur historique du groupe, est congédié par ses petits camarades et SACRED REICH annonce comme par enchantement le retour de Mcclain derrière les fûts, ce dernier ayant quitté le rafiot MACHINE HEAD dont il fit pourtant les belles heures durant plus de vingt ans. Hasard du calendrier, pressions exercées de toutes parts ou opportunisme mal déguisé, voici revenir un SACRED REICH qui avance en reculant, à l’instar d’une équipe de rugby. Effroi supplémentaire lorsque le guitariste rythmique Jason Rainey, pourtant présent depuis les origines du groupe et membre fort estimé des fans de longue date, se voit lui aussi remercié très peu de temps avant l’annonce de la sortie du nouvel album studio, le premier depuis vingt-trois ans. Avouons que cela fait beaucoup de nouvelles pour le moins inquiétantes en peu de temps pour un groupe dont le retour discographique semble attendu de pied ferme par un nombre conséquent de fans, lui que rien ne semblait laisser présager d’un tel renouvellement de personnel en douze années de live saluées par les observateurs. Voici donc venir à nous ce nouvel opus, Awakening, à paraître le 23 août prochain chez Metal Blade Records, avec un brin de scepticisme entre les oreilles. Composé de huit titres, Awakening est un album dont on ne sait pas trop de quelle manière il convient de l’appréhender, SACRED REICH soufflant sur celui-ci le chaud et le froid bien plus souvent qu’à son tour. Si le groupe semble avoir abandonné l’idée de publier des albums estampillés « pur thrash metal » depuis bien longtemps – pour faire court, depuis le splendide et premier album Ignorance (1987), le combo de Phil Rind a toujours su proposer une musique n’appartenant qu’à lui, avec des influences certes évidentes (BLACK SABBATH en tête), mais dont la griffe « made in Arizona » parvenait à prendre le dessus, si bien que la signature artistique de SACRED REICH n’en était que davantage griffonnée. Mais ça, c’était il y a 25 ou 30 ans. Nous sommes désormais en 2019 et le groupe semble s’être attaché les chevilles à son histoire pour y rester figé sans avancer, comme des fers écroués à un passé dont lui-même n’arrive pas à sortir pour transcender sa musique. Un déséquilibre artistique qui ressort assez rapidement dans l’agencement de ces huit chansons, tentant maladroitement d’alterner titres rapides insipides – nous y reviendrons, et morceaux mid-tempo pas désagréables mais tous sortis du même moule, celui des années 90. Voilà tout le problème de ce SACRED REICH du 21ème siècle. Le groupe reste persuadé que son propos musical est toujours pertinent malgré le changement de millénaire, si bien qu’il ne propose rien d’autres qu’une resucée de ce qu’il offrait déjà en mieux à l’époque de The American Way (1990) et sans doute davantage encore Independent, le panache en moins. Oublions par décence l’époque Ignorance dont la hargne viscérale a quasiment disparu de nos jours. En ce sens, le nombre de titres vraiment thrash ne se comptant que sur trois doigts d’une seule main, inutile de trop s’appesantir dessus. Tout juste est-il nécessaire de signaler que les riffs y sont quelconques, voire simplissimes pour ne pas dire amateurs. Mais plus grave encore, une très, très nette sensation de les avoir déjà entendus – en bien mieux  – point extrêmement rapidement dans un coin de la tête, au même titre que la structure des morceaux eux-mêmes. Bref. La déception est là, et bien là. S’agissant des cinq autres titres, nous avons affaire à des compositions heavy/vaguement thrash pas désagréables mais surtout sauvées par la voix de Phil Rind, le valeur refuge ultime de cet Awakening bien maladroit. Le père Rind a sensiblement étendu son registre vocal, n’hésitant pas à monter dans les aigus mais toujours avec cette volonté si caractéristique. Un vrai bon point, le deuxième étant la bien jolie partition livrée par Wiley Arnett dont les soli ont gagné en mélodie et en feeling ce qu’ils ont (un peu) perdu en vélocité. Il cueille son auditoire par ses interventions à de nombreuses reprises. Préparez-vous à la leçon Arnett ! En revanche, nous cherchons encore la valeur ajoutée s’agissant du très jeune et nouveau guitariste, Joey Radziwill. Il était possible d’imaginer qu’un peu de sang neuf apporterait quelques effluves de diversité rythmique. Que nenni. Radziwill ne fait que suivre fidèlement la voix de son maître Arnett, tâche dont s’acquittait déjà fort bien Jason Rainey. Pour la nouveauté, là aussi, on repassera. Quant à la prestation de Dave Mcclain, si elle n’éclabousse pas par son audace ni son inventivité – la musique elle-même ne s’y prête d’ailleurs pas vraiment, cette dernière permet de retrouver l’enthousiasme d’un batteur enfin sorti de l’emprise artistique et psychologique d’un Robb Flynn (MACHINE HEAD) n’ayant probablement jamais semblé autant opportuniste et putassier que durant ces deux dernières années, en témoigne ce « retour inespéré » d’anciens membres de la formation dite classique du gang de San Francisco pour une tournée puante de finasserie. Là encore, la question peut se poser de savoir ce que Greg Hall aurait proposé comme partition, d’autant que le batteur originel possède toujours cette aura particulièrement appréciée chez les fans de la première heure. Un album mi-figue mi-raisin, dont on attendait forcément beaucoup plus qu’un simple ersatz de ce que le groupe a déjà pu proposer lors de ses quatre premières sorties. Tout n’est pas forcément mauvais, loin de là, mais nous étions en droit d’attendre autre chose d’un groupe culte qui restera, quoi qu’il arrive avec ce nouvel album, dans le cercle très fermé des espoirs éternels. Après trente ans de carrière, il y a quelque chose d’étrange à employer de tels termes. Circonspection totale.

Awakening à paraître le 23 août 2019 sur le label Metal Blade Records

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Liste des titres

1 – Awakening

2 – Divide And Conquer

3 – Salvation

4 – Manifest Reality

5 – Killing Machine

6 – Death Valley

7 – Revolution

8 – Something To Believe

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