PESTILENCE @ Le Gibus, 28 février 2019

Un bain de jouvence. Après TERRORIZER le mois dernier, retour dans la capitale pour un show du fabuleux groupe néerlandais PESTILENCE, toujours mené par l’infatigable Patrick Mameli. Une date unique dans l’Hexagone faisant figure d’événement puisque la tête pensante du groupe a décidé de fêter l’anniversaire de son second et cultissime album,  Consuming Impulse  (1989). Pour ce faire, PESTILENCE a eu l’idée d’embarquer avec lui ses compatriotes de BLEEDING GODS. Difficile de donner un avis objectif sur la prestation du groupe d’ouverture, votre humble serviteur découvrant pour la première fois de sa vie la musique et la performance de ce dernier. Tout juste notera-t-on que le groupe évolue dans un thrash/death teinté d’atmosphérique que semble apprécier une bonne partie du public tandis que pour ma part, je ne goûte que très moyennement à ce mélange de peintures faciales guerrières et macabres, à ces claviers rappelant certaines atmosphères dignes d’un black metal symphonique petits bras et à cette voix manquant quelque peu de relief tandis qu’une écrasante majorité des morceaux semble être calquée sur un modèle somme toute assez similaire, soit un mid-tempo le plus souvent écrasant, d’où surgit parfois une accélération bienvenue, voire quelques blast beats dissimulés çà et là. Moins de 40 minutes d’un show assez délicat à ingurgiter pour qui est venu assister à un déferlement de death metal « à l’ancienne », comme c’est le cas du scribouillard de ces quelques lignes. Ceci dit, et en toute objectivité, BLEEDING GODS fait le job et le fait bien. Les musiciens font montre d’un savoir-faire évident et semblent heureux d’être là, malgré leur apparence laissant imaginer le contraire. Mention spéciale à la demoiselle tenant la basse qui esquisse quelques sourires, tandis que le vocaliste brille par une prestance proche de 0, totalement immobile, voire figé sur scène. Sans doute est-ce l’effet recherché. Problème, rien ne se dégage de ce garçon lorsqu’il agrippe le micro, indifféremment de la qualité de ses vocaux. A l’inverse, difficile de ne pas mentionner le batteur, absolument époustouflant de puissance. Quelle frappe de mule ! Une régalade visuelle et sonore totale qui a sauvé – encore une fois, selon des critères loin d’être objectifs – un show relevant davantage d’un reportage sur la vie et la reproduction des mouches en milieu basique que d’un tabassage en règle. Un gros somnifère.

CREDIT PHOTO FLORIAN DENIS

C’est après une pause d’une trentaine de minutes que les rois de la soirée entrent en scène, au son de l’instrumental « Proliferous Souls », neuvième et avant-dernière piste de Consuming Impulse. Ovation délirante à l’arrivée de Patrick Mameli, lequel, sentant tous les regards pointés sur lui, empoigne sa guitare et lance en compagnie de ses petits camarades le tuant « Dehydrated ». Et là, c’est la gifle à 200km/h. Le son est surpuissant et d’une clarté absolue. Il était fait mention du manque de prestance du vocaliste de BLEEDING GODS à l’instant, nous assistons face à Mameli à son extrême négatif. L’homme, d’une forme physique absolument ahurissante, dégage une aura et une assurance à vous faire baisser les yeux. Affûté comme jamais du haut de ses 52 ans, il est facile d’imaginer que le vocaliste fréquente assidûment les salles de sport et autres piscines ou pistes sportives. Incroyable ce que ce garçon peut dégager par son unique présence, y compris entre les titres au cours desquels l’impassibilité de son visage – lorsqu’il ne toise pas le public d’un air de dire :  « vous en prenez plein la poire et je le sais » – laisse pantois. Aucun signe, aucune faiblesse visible, rien. Il est hypnotique. A ses côtés, il faut bien reconnaître que Mameli a une nouvelle fois réussi le tour de force de s’entourer d’une équipe de fous furieux, à commencer par le batteur déjà présent sur l’excellent dernier album de PESTILENCEHadeon (2018), Septimiu Hărşan, véritable machine de guerre nucléaire dont le jeu en vaut vraiment la chandelle. Quel plaisir de voir un batteur aussi versatile pratiquer son art de la sorte, se mettant vraiment au service de titres jouissifs joués en leur temps par l’exceptionnel Marco Foddis, tout en y insufflant sa patte ! C’est bien simple, entre Patrick Mameli et lui, les yeux ne font que des vas et vient. A la droite du Père, le guitariste Calin Parashiv paraît plus en retrait mais n’en demeure pas moins un excellent complément guitaristique à la star de la soirée. A la gauche du Diable, le fort discret Edward Negrea assure une assise rythmique de premier ordre, caché derrière sa basse six cordes conjuguée à la frappe chirurgicale de Hărşan. Discret mais diablement efficace. Une équipe de bouchers ! La setlist quant à elle ne réserve que peu de surprises, le groupe jouant donc la totalité des titres du classique, dans l’ordre de celui-ci. Cependant, un élément reste frappant face à ce jouissif déferlement de death metal à l’ancienne. Prenant la parole entre chaque titre pour annoncer le suivant, Patrick Mameli ne tarit pas d’éloge face à un public lui mangeant dans la main et qu’il remercie à de nombreuses reprises, tout en invitant ce dernier à « keep the old school death metal alive ». Remarque pour le moins étonnante pour un musicien qui n’a eu de cesse durant une bonne partie de sa carrière que de repousser les limites du genre, passant en l’espace d’une paire d’années d’un death metal technique, rapide et brutal, Testimony Of The Ancients (1991), à un album exceptionnellement audacieux et d’une richesse musicale dont on continue 26 ans après sa sortie à décortiquer le raffinement et la luxuriance, Spheres (1993), voyant PESTILENCE abandonner la vélocité et la brutalité pures pour s’aventurer aux confins d’un jazz/death jubilatoire, innovant autant qu’avant-gardiste. Sans même faire allusion à la formation post-PESTILENCE de Mameli nommée C-187, laquelle proposait elle aussi une musique foncièrement éloignée de la brutalité old school d’antan, misant davantage sur le groove et renforçant l’aspect jazzy de sa musique. De quoi désarçonner ses fans ultimes. Seulement voilà, depuis le retour de Mameli dans le giron « metal de la mort » et la résurrection de PESTILENCE, le garçon semble avoir retrouvé un plaisir non feint à jouer ce type de musique. Au point d’annoncer, entre deux titres et après une énième ovation pour l’exécution de cette tournée anniversaire, la probable tenue d’un exercice similaire s’agissant du superbe album déjà cité,  Testimony Of The Ancients. Exultation de la salle et ce sont trois pépites directement extirpées du dit album qui sont offertes à l’audience en guise de final, « The Secrecies Of Horror », le rampant et sinueux « Twisted Truth » – quel magnifique solo central joué par un Mameli héroïque et majestueux – et enfin le définitif et infernal « Land Of Tears », réclamé à cor et à cri par l’assistance, entrecoupés du seul extrait tiré des plus récentes œuvres de PESTILENCE, l’efficace « Horror Detox » tiré de l’album du retour, Resurrection Macabre (2009). La foule est aux anges mais repue, elle qui a donné tout ce qu’elle pouvait au point de se faire sermonner par un Patrick Mameli quelque peu ennuyé par un slammeur ayant fait tomber son micro. Une mise au point ferme et nécessaire ayant eu un impact presque immédiat, les ardeurs de certains acharnés d’un pit absolument déchaîné étant quelque peu revues à la baisse.

CREDIT PHOTO FLORIAN DENIS

Un concert magique d’un groupe majeur pratiquant un style, le death metal, qui ne devrait être que ça et pas forcément une course de vitesse dont le but est d’aligner une ribambelle de plans techniques et riffs imbitables – à prendre au second degré bien sûr, la musique se doit d’évoluer, rien de plus normal. Quel bonheur de retrouver ses vingt ans durant une heure quarante ! Nous attendons donc ardemment la venue du groupe pour l’anniversaire suivant. Si la prestation est à ce point réussie, avec un line-up de ce calibre, nul doute qu’il vous faudra penser à réserver vos places relativement vite tandis que Garmonbozia Inc. serait bien avisé de réserver une salle plus grande tant la fête promet d’être belle. Dis donc Patrick… Tant qu’à fêter les anniversaires de tes albums, tu pourrais pas pousser jusqu’à Spheres, s’il te plait ? Merci d’avance de penser à moi. Une belle bande de petits Bataves.

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