Péché d’abondance…

wacken2017– Tu vas où cette année ?
– Ben au Hellfest comme d’hab !!
– Sérieux ?
– Grave, c’est la teuf, 250 groupes, j’y vais avec les fistons, c’est leur dépucelage, ils vont s’éclater avec toutes les attractions et avec un peu de chance ils pourront voir les glissades dans la boue et tout…et toi ?
– Moi je vais au Wacken cette année. 450 groupes mec…Je vais pas dormir pendant 4 jours, de la boue à gogo, ça va être de la furie totale, et dans le genre fête à dudule c’est la foire du trône puissance 10…Il y a qui au Hellfest au fait ?
– Aerosmith, Purple, après je sais pas trop mais on trouvera bien des trucs cool. Et toi ?
– A peu près les mêmes…haha

Voilà à peu près à quoi peut ressembler un dialogue, fort sympathique au demeurant, entre deux aficionados métallistiques dans nos chères années chéries.

original-woodstock-poster-1969Nous sommes depuis une décennie environ entrés dans l’ère de la surabondance festivalière.
Bien sûr les festoches en tant que tels n’ont rien de nouveau, Woodstock a ouvert la voix des rassemblements géants et nous n’étions qu’en 1969. Puis l’Isle de Wight, quelques Texas Jam, Knebworth dans les seventies, pour enfin arriver à ce qui constitue le nouvel âge d’or des festivals ; les années 80. Les mythiques US Festival et surtout Monsters of Rock marqueront à jamais une génération de headbangers de tout poil.
Les années 90 verront la démultiplication d’événements de ce type et la naissance de la surenchère festivalière. Surenchère tout autant en terme de nombre d’événement que de gigantisme.

Les Woodstock 94 et 99, et les débuts du Lolapalooza marquent un cap, la grosseur de l’affiche autrefois réservée à une seule journée de Monsters devient désormais l’apanage de chaque jour festivalier, les Ozzfest des années Neo Metal enfoncent le clou, vieilles gloires toujours sous les feux de la rampe et stars du moment se côtoient sur des scènes pendant parfois une semaine pour le plus grand bonheur de tous les percés, tatoués de la planète.
Le Hellfest est l’un des derniers avatars de cette époque moderne faite de consommation de masse.

visuel-hf2017Car c’est bien là l’un des aspects symboliques évidents de cette surabondance.
L’explosion de ce type de festival commence dans les années 90, les débuts de la mondialisation et de l’internet vont accentuer ce phénomène.
Je pourrais développer longtemps sur le pourquoi de cette évolution toujours plus monstrueuse des festivals, envie d’avoir la plus grosse peut-être, promoteurs voulant montrer leur supériorité sur la concurrence etc…Le fait est que ces festoches affichent bien souvent complet avant même que l’affiche ne soit dévoilée, ce que je ne comprends toujours pas pour de la musique.
Tu payes 250 € / 3 jours pour ne pas savoir qui tu vas aller voir et écouter.
Mais ce comportement explique tout en fait. La musique devient le cadet des soucis de ces festivals, on y va pour « l’expérience », il faut avoir fait le Hellfest ou le Wacken pour ne pas mourir idiot. En ce sens, cela revient à s’acheter un week-end chez Mickey, il y aura la musique pour fond sonore mais les à côté sont bien plus trippant encore, à coups de grande roue, de concours divers et variés, de villages et attractions intégrés, le festivalier en a pour son argent et peut emmener sa famille, bienvenue dans le parc d’attraction des années 2010, exit Disney et Asterix, on vient plutôt voir la statue de Lemmy et tirer la queue du diable pour gagner une poupée géante d’Ozzy…
Ou comment le metal devient une parodie de lui-même.

Quel est le sens de tout ça ? Quelle différence d’une édition à l’autre ? Les attractions évoluent, c’est sûrement cela. L’affiche également, fort heureusement, mais quelle substance ressortir sur une affiche à 60 groupes par jour sur 5 scènes ? Que retenir d’une telle journée ? La tête d’affiche sûrement, un ou deux autres groupes éventuellement…
Le sens des choses se perd et comment analyser ce phénomène si on ne peut comparer avec les périodes précédentes ? Est-ce que ça fait vieux con ? Non juste que l’on sait de quoi on parle car pour pouvoir analyser le présent il faut savoir d’où on vient.

mor91Je le dis souvent, je préfère de mille fois une journée unique sur un Monsters Of Rock comme en 90 ou 91 qu’un Wacken ou autre Hellfest sur 3 jours où on se gave à ne plus savoir quoi écouter.
Le sens…et la rareté, ce sont ces deux ingrédients qui forgent une histoire, l’histoire.
Parfois les astres s’alignent dans le bon sens pour proposer une affiche unique qui n’aurait pas eu la même saveur sur plusieurs jours, ni même trois ans avant ou après.
Monsters 91, quand le hasard se mêle à la rareté. L’édition 90 était de belle facture avec un Aerosmith sur le retour et un Whitesnake au sommet de sa popularité, à défaut d’artistique.
L’édition 91 sera un moment historique, Metallica sortant le mythique Black Album joue avant AC/DC de retour au sommet comme jamais et tournant pour The Razor’s Edge. Cette même affiche trois ans plus tard n’aurait pas eu le même écho, il fallait que ce soit en 91 exactement.

Plus aucun festival n’aura la même excitation d’affiche par la suite, la rareté d’une seule journée et de très peu de groupes les accompagnant ajoutent à ce moment légendaire. Pas besoin de 60 groupes et 5 scènes ici, une seule et bien remplie de 6 groupes seulement suffisent à emplir 60 000 metalheads de bonheur. Demandez à n’importe quel metalleux s’il préfère encore aujourd’hui aller dans un de ces festivals actuels comme on en voit plétore ou s’il veut assister à ce Monsters de 91, et je pourrais facilement dire la même chose sur les Monsters historiques de Donington en 85, 86 ou 88. Chacun de ces festivals a été un moment unique de l’histoire du rock, ce que ne sera jamais le Hellfest…Allez, bim, je vais me prendre une salve de vacheries je sens !
Ce n’est pas contre le festival en lui-même, il part d’une bonne intention d’ailleurs, il faut se rappeler du Fury Fest d’origine en ce sens, c’est plutôt contre l’archétype même de ce type d’événement gigantesque aujourd’hui.

download2017Perversion de notre monde de surconsommation, les Download, Hellfest, Wacken, Rock in Rio et autres Werchter sont les avatars d’une époque globalisée et de contacts numériques où y être devient plus important que de le vivre et d’en ressentir le sens et la puissance.

Je milite donc pour un retour au bon vieux Monsters of Rock, sur un jour, voire deux,  8 groupes par jour sur une seule scène, avec deux têtes d’affiche se faisant suite pour la postérité du moment. La communion parfaite d’un public face à ses idoles.

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