PARAD1GM « Parad1gm »

Fondé en 2015 en région parisienne, PARAD1GM présente son premier album éponyme – à paraître le 8 mars 2019 – aux yeux et à la face du pays avec la ferme intention de laisser une empreinte aussi profonde que possible dans le paysage musical français. Le trio Julien Derivière (batterie)/AlukardX (guitares)/Farès Tamzini (chant), issu du groupe SPIRITED, est le ciment de la formation à laquelle s’est rapidement joint Matthieu Marchand, en charge des claviers et de la programmation. Un équation qui va se révéler prometteuse lorsque le groupe étoffera ses compositions purement metal d’ambiances plus fouillées, nuancées, aussi sombres que parfois suaves, bien aidées par l’apport des nombreux samples orchestrés par Matthieu et son background électro. Récemment rejoint par Betov à la basse, dont on vient d’apprendre le frais départ des vétérans d’ADX au sein desquels il tenait la guitare depuis les origines du groupe, PARAD1GM propose ainsi ce premier album finement enregistré et mixé par Alexandre Beucler tandis que le mastering s’est vu confié à Brett Caldas-Lima. Si le groupe propose une musique fortement imprégnée de l’essence d’un PARADISE LOST des grands jours, il serait bien injuste de cantonner PARAD1GM à cet enclos. Certes, la musique du groupe originaire de Halifax (Royaume-Uni) a fort probablement tourné longuement dans le lecteur cd de chacun des membres du groupe – notamment celle de la glorieuse période des 90’s, soit une fourchette comprise entre les albums Icon (1993) et Host (1999) inclus – mais il n’en oublie pas d’imposer sa griffe au travers de quelques subtilités bien senties. Certains arrangements, en plus d’être atmosphériques, n’en restent pas moins globalement chiadés et profonds tandis que certaines chansons font montre d’une approche (un peu) plus industrielle, ces derniers ajoutant une touche robotique parfois proche d’un MINISTRY vraiment très plaisante (« Reason », et son magnifique refrain). Le chanteur du groupe Farès, s’il n’est pas sans rappeler lui non plus le Nick Holmes (PARADISE LOST) de la période Draconian Times (1995) et peut-être davantage encore One Second (1997), impose par sa maîtrise vocale du désarroi et de l’exaltation du sinistre, une osmose entre obscurité insurmontable et persiennes émotionnelles aveuglantes. Un juste équilibre d’où s’extirpe délicatement le temps d’un titre (« Qalbik ») quelques mots d’arabe dont il est bien difficile de ne pas y voir un vecteur d’ouverture vers une nouvelle exploration tant musicale que culturelle, PARAD1GM semblant enrichir son metal, pourtant dénué d’optimisme, de nouveaux horizons. Du travail d’orfèvre qui, s’il est exécuté de bien belle manière, ne souffre d’aucun réel temps mort malgré quelques petites longueurs sans gravité. Certains titres gagneraient sans doute en intensité et dramaturgie s’ils n’étaient pas étirés jusqu’à la satiété – même si le mot « satiété » paraît un brin trop prononcé, convenons-en. La concision a parfois du bon. Autre aspect, la musique de PARAD1GM n’enfonce peut-être pas suffisamment la pédale de ses intentions. La linéarité des tempi devient parfois source de frustration, à tel point que l’on se surprend en tant qu’auditeur à souhaiter un ralentissement presque doom qui accentuerait une sensation de suffocation ou au contraire quelques passages au tempo plus enlevé, seul le sus-nommé « Qalbik » bénéficiant partiellement d’un tel traitement, sauf en quelques rares exceptions. L’impression est donnée que le groupe semble ne pas aller au bout de ses idées, dont on devine pourtant la riche source, bien loin d’être tarie. PARAD1GM gagnerait en noirceur à chasser toute velléité de son discours artistique en parvenant à dépasser réellement ses propres doutes, quitte à déstabiliser l’auditeur, à l’extraire de sa zone de confort.

Malgré ces quelques remarques loin d’être inhospitalières – bien au contraire, nous voici face à un premier album vraiment très plaisant, plein de candeur et d’envie, au sein duquel se mêlent passages progressifs, voix parfois doublées pour un rendu du plus bel effet et de fort belles parties de guitares (« From the other side » doté d’un solo archi mélodique divinement exécuté) et un son de basse rondement mené. Non, vraiment très agréable. Seule la plage instrumentale et bien nommée « Host » (un clin d’oeil ?) tombe un peu comme un cheveux sur la soupe à mi-parcours, bien qu’elle se doit d’être considérée comme introduction au titre suivant, le captivant « Haunted » et ses 7’52 de mystère sonore, envoûtant, duquel les parois semi-perméables des instruments et des machines finissent par laisser échapper leur fluide respectif pour une fusion toute en symbiose appelée « orgasme auditif ». « Host » et « Haunted » sont d’ailleurs immédiatement suivis de « Haven », lequel complète ce triptyque nommé « Trip ». Le triple « h » d’un refuge aussi paradisiaque que fantomatique. L’ombre du DEPECHE MODE des jours glorieux plane parfois au-dessus de la musique de PARAD1GM, de même que celle de BABYLON ZOO, notamment dans le placement de certaines parties vocales entremêlées aux samples. Ceci étant précisé, ne vous méprenez pas. Malgré le nombre de références musicales que cette bien modeste chronique énumère telle une litanie, PARAD1GM dispose d’une vraie personnalité, attachante, doublée d’une aura singulière. Le fait d’être face à un premier album permet simplement de situer de manière plus éloquente la musique du groupe mais il n’est point question de l’enfermer dans le pré carré d’un ersatz des groupes sus-nommés. PARAD1GM mérite bien plus que de l’intérêt ou de la curiosité. Il est doué d’un savoir-faire propre et surprenant. Affaire à suivre dès le 8 mars dans les bacs et l’on espère sur scène en promotion de cet album réussi.

Liste des titres

1 – Scars of life

2 – Reason

3 – Qalbik

4 – Buried

5 – From the other side

6 – Black Feather

7 – Host

8 – Haunted

9 – Haven

10 – Burden

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