Natural High Temple

Issoudun, son musée de l’Hospice Saint-Roch, sa Basilique Notre-Dame du Sacré Cœur, sa Foire du tout et du rien, et surtout l’événement qui nous intéresse aujourd’hui, le Reggae Temple qui s’y tient une fois par an depuis 2013. Grand rassemblement des fidèles de la musique naturelle, de la terre et de l’eau, ce festival propose pour cette quatrième édition de nouvelles soirées spéciales en plus de la traditionnelle fête musicale, preuve que le festival s’agrandit un peu plus chaque année. En effet, ce ne sont pas un ni deux, mais bien trois jours de reggae qui nous sont proposés cette année à différents endroits de la ville accessibles à pieds les uns des autres, puisque ne se séparant que de quelques dizaines de mètres pour les plus proches les deux premiers soirs, cependant que la fin de week-end nécessite de prendre la voiture pour quelques kilomètres de bitume avalés en un rien de temps. Une grande fête dont nous sommes vraiment très fiers de pouvoir vous conter les aventures joyeuses et chaloupées commencées dès le vendredi soir.

DJ Vadim feat. Big Red, Reggae Temple, 18/11/16, Crédit photo : Hélène Drouot

Ce 18 novembre voit le début des festivités commencer dans La Boite à Musique, jolie petite salle toute accueillante avec son balcon en demi-lune surplombant une scène et un espace dédié aux danseurs de tous poils, pouvant couver environ 400 places. Facilité pour se garer et hôtels affichant complet dans tous les environs, on se sent bien d’un seul coup, entouré d’hommes et de femmes de bonne volonté se serrant les coudes quand il s’agit de braver le froid et la pluie, tandis que l’organisation de Tonnerre Productions et d’Horizons Croisés s’affaire en toute décontraction afin de proposer une réception des festivaliers à la hauteur de l’événement. Organisateurs adorables et accueil chaleureux, nous voici installés pour débuter cette soirée au balcon pendant la prestation de ROOTS’N’FUTURE qui permet aux festivaliers de rentrer dans la danse au son du batteur de HIGH TONE, Dominique Peter. Dub efficace, ambiance qui monte doucement aux sons de ce musicien talentueux et passionné. Rapide tour de l’endroit et ambiance familiale s’entremêlent pour un résultat très réussi malgré une météo capricieuse jouant des tours aux spectateurs désirant faire une pause cigarette avec les copains, se rassasier grâce à la présence d’un food truck des plus appréciables et des plus délicieux (quel accueil là aussi !). C’est maintenant au tour d’Ackboo de prendre possession de la scène pour un set tout en puissance sans pour autant mettre de côté les nuances qui lui sont propres lors de l’élaboration de ses titres. Epaulé par l’infatigable Tourangeau Green Cross, Ackboo s’aventure assez souvent aux frontières du hip-hop sans négliger ce pourquoi il est réputé : un selecta reggae/ragga de haut vol dont le deuxième album, Invincible, est disponible. Petite pause et voici maintenant venir le plus russe des habitants londoniens, DJ Vadim. L’homme n’est plus à présenter tant il a fait pour la cause et l’avancement de la scène. Funambule de haut vol, il est ce soir épaulé par rien de moins que Big Red, dont le talent hors normes trouve ici un écrin sans pareil pour habiller son flow hallucinant d’aisance et de générosité. Sur des ambiances tantôt franchement hip-hop ou des riddims chiadés au possible signés Vadim, la prestation est en tout point remarquable et le public en redemande. C’est donc ça le secret d’une soirée réussie ? Un lieu convivial, des gens adorables, une organisation sans faille et du son venu d’un autre monde. Yes, man !

Lyricaly & Selecta Ras, Reggae Temple, 19/11/16, Crédit photo : Hélène Drouot

Samedi 19 novembre. Comment dire !?! Ça gèle un peu ce matin. Vent difficilement supportable qui fait descendre la température ressentie dans cette bonne ville d’Issoudun. On patiente jusqu’au soir en se promenant aux alentours malgré ce froid polaire. 17h30, SMS annonçant l’annulation de la conférence de presse d’Alpha Blondy initialement prévue en fin de journée. Déception mais bon, c’est souvent ainsi que cela se passe dans le reggae. On fait un peu comme on aime et surtout comme on en a envie. C’est sur l’instant que tout se passe, ça se joue à l’humeur. C’est ce qui en fait tout son charme d’ailleurs. Après tout ce n’est pas grave, on a déjà largement de quoi s’occuper dès 18h00. Place est prise ce soir au P.E.P.S.I, où se trouve la plus grande scène du festival, la Lion’s Gate distante de quelques mètres seulement du chapiteau sous lequel se trouve la scène Almighty Temple. Immersion totale dans l’univers reggae dès réception (parfaite est-il encore besoin de le souligner) des festivaliers au beau milieu de stands divers de merchandising, de bijoux rastafariens, d’encens (cette odeur d’envie de… !) ou de produits de jardinage en tout genre. C’est bien simple, en franchissant les portes du P.E.P.S.I, le spectateur bascule dans un autre monde. Un monde à mille lieues de l’arrogance de celui du rock, où la testostérone parfois insupportable se dispute bien souvent à l’égocentrisme incarné par des musiciens avides de bombage de torse (tatoué), à deux-mille lieues de la prétention souvent ostentatoire du monde du jazz et encore plus loin de ce que la vie quotidienne peut proposer de plus rébarbatif et de moins agréable aux festivaliers. Ici, personne ne domine l’autre. Tout n’est qu’un. Seul et unique membre d’une même famille, votre serviteur ne peut s’empêcher de penser que beaucoup de monde devrait prendre exemple sur cette simplicité d’aborder la vie, ses difficultés récurrentes, ses joies et ses peines. Lorsque l’on est entouré de si bonnes vibes, la vie ne vaut la peine d’être vécue que par ce biais, celui de la générosité, de l’amour des oiseaux, des arbres et de l’eau. Celle par laquelle on se sent simplement homme, enfin respectable pour tous et surtout respecté pour ce que l’on est. Pas de dénigrement ou de regards sombres de côté ce soir à Issoudun. Que de l’échange, de l’amitié et de l’amour. Entre amis, on passe d’une scène à l’autre et on assiste à la prestation d’un fabuleux Lyricaly pour qui la notion de « vivre ensemble » prend tout son sens et qui incite le public à outrepasser ses différences et ses origines. Nul doute que l’homme a vu la pile de son CD 5 titres « Le Temps Passe Vite » diminuer d’un coup d’un seul après cette superbe prestation. Inutile de revenir sur la performance de BROUSSAÏ qui a bluffé absolument tout le monde, au son d’un reggae entrainant et festif. Après la sortie de son dernier album, « In The Street », ce fer de lance de la scène reggae hexagonale vient à Issoudun pour mettre tout le monde d’accord en faisant jumper la foule comme un STEEL PULSE pourrait le faire. Incroyable moment de communion entre des artistes complets et un public qui lui mange dans la main. Ne ratez pas cette formation si elle fait halte par chez vous. Hélas, impossible pour le rédacteur de ces lignes d’assister à la prestation très attendue de Tonton David pour cause d’interview de l’immense Daddy Mory (en ligne très prochainement), mais le chapiteau a dû s’en souvenir tant l’attente du public pour faire la fête à cette figure incontournable du reggae/ragga français est palpable. Nouvelle petite promenade dans les petits chemins de terre des attractions ou stands du festival et découverte de taille. Une exposition retraçant l’histoire du dub, de sa création à nos jours, se trouve à l’abri des regards dans un petit coin non loin de la Lion’s Gate. En espérant que les festivaliers ont eu la même bonne idée d’être curieux, cette petite remise à niveau, toute simple dans sa forme, permet de s’instruire en toute quiétude en savourant la musique qui se joue en parallèle. Nous vous joignons d’ailleurs en portfolio quelques-unes des affiches de ce sympathique petit musée du dub. Sur la scène de l’Almighty Temple, Papet J s’apprête à mettre tout le chapiteau à genou. Irrésistible show de l’ancien MASSILIA SOUND SYSTEM, énergie débordante de bonne humeur marseillaise communicative. L’homme a froid, le fait savoir, et se promet de faire voyager le public jusqu’à cette Canebière qu’il affectionne tant. Mission réussie, le public se poste massivement devant la scène du chapiteau-temple. Merci Papet ! Clinton Fearon. Comment dire ? Le reggae « roots de chez roots » est ce soir invité à participer à la fête de la musique chaloupée. L’homme au parcours de gladiateur transcende la soirée au son de sa guitare et de son reggae tout droit sorti des années 70. Un très grand moment, paradoxalement d’une fraicheur et d’une douceur qui ne trompe pas le public qui se laisse bercer par cet immense artiste. We love you Clinton ! Il est maintenant minuit et Daddy Mory prend possession de la scène pour un moment intense. En très grande forme et ravi d’être là, associé à cette belle affiche, Mory offre une prestation haute en couleur a ce public un peu fatigué à cette heure mais qui donne tout ce qu’il a dans le ventre, répondant à chaque sollicitation de l’artiste. Daddy Mory balance ses lyrics avec un savoir-faire peu commun qui n’est plus à démentir depuis plus de 25 ans. Ses messages ultra positifs et plein de bon sens raisonnent (comme sa voix) dans la tête des spectateurs. Un badass sound et une ambiance de faya !! Well done Mory ! Enfin Alpha Blondy fait honneur à son rang de tête d’affiche avec un set festif et joyeux. Un son maousse costaud dans sa besace, le père Alpha danse, chante tout en haranguant la foule. « Jerusalem », « Brigadier Sabadi », « Sweet Fanta Diallo » ou « Rainbow In The Sky », autant de classiques qui font réagir et bondir les spectateurs dont on pensait pourtant qu’ils avaient tout donné. Erreur d’appréciation majeure, de la ressource le public en a encore sous la semelle. Bravo à lui et fin de ce second jour dans le sanctuaire du Reggae Temple.

Ce dimanche 20 novembre voit donc la clôture de ce festival avoir lieu à encablures de voiture, à Ambrault, au Sésame pour être plus précis. Ambiance nettement plus intimiste ce dimanche puisque c’est peut-être une cinquantaine de personnes qui fait la fête au son des SUNVIZORS, formation menée de mains de maitre par une chanteuse à la gouaille rocailleuse mais néanmoins délicate, et Ofee, jeune femme très talentueuse mêlant habilement un chant en anglais ou français (parfois pas si éloigné que ça du hip-hop), sur une musique composée par ses soins et dont l’album vient de paraitre. A suivre de près.

Papet J, Reggae Temple, 19/11/16, Crédit photo : Hélène Drouot

Voilà donc ce quatrième Reggae Temple Festival qui se termine sur une très bonne note artistique attribuée par l’ensemble des festivaliers présents pour célébrer une musique intemporelle et à l’univers d’une richesse inestimable. Ces trois jours ont parfaitement rempli le contrat des amateurs de reggae cependant que d’autres ont attribué une note un peu trop technique à l’encontre des forces de sécurité présentes sur le site dont Joffrey Dériaud, Directeur du festival, n’a pas hésité à demander quelques comptes au travers d’une missive adressée à monsieur le Préfet de l’Indre. Peu à même d’établir un constat à l’amiable dans ce qui ressemble à une politique du zèle de la part de monsieur le Pré-fait-exprès, le Pré en Bulle a bien sa petite idée mais préfère la garder pour lui et ne retenir que les aspects artistiques de ce week-end. Que l’on espère revivre l’an prochain si ce sympathique représentant de l’Etat consent enfin à admettre que le nombre de cerveaux réunis sous képi dans un trop petit périmètre n’allumera pas les lumières de sa connaissance et qu’il n’en sortira pas grandi, lui, mais aussi les élites dans leur ensemble qui n’ont évidemment pas bonne presse, preuve en est faite encore une fois. Pas certain que l’événement s’en relèvera mais il peut compter sur Pré en bulle dont le soutien dans ce guet-apens autoritaire sera sans faille et la présence l’an prochain à une éventuelle édition 2017 lui est d’ores et déjà acquise.

Remerciements à Denis Adam, Noémie Baudin, Manon L’Huillier, Jeanne Bedu, Nathanael « Berrybox » Clement et Gabriel Beunard. Quel accueil !

Big up to Daddy Mory (my first interview !) et Big Red pour l’amical salut du vendredi soir.

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