La musique et l’amitié ? Une question de feeling bien plus profond

Une question hante les méandres de mes pensées depuis très longtemps. Je vous la livre de manière un peu brute bien qu’elle suppose d’être complétée par chacun(e) afin d’y apporter une réponse suffisamment nuancée pour une lecture plus juste :

La passion qui nous anime (la musique) suffit-elle à faire de nous d’inévitables copains, voire dans certains cas d’inéluctables amis ?

En d’autres termes, et pour un peu plus de précision, le fait d’écouter du hard rock / metal nous force-t-il à nous considérer comme une « famille » au détriment de toute réflexion un tant soit peu pragmatique ? Pour tenter de répondre à cette question, je vais illustrer mon propos d’une expérience personnelle dont la scène se déroule, il y a quelques années, à l’aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle, alors que je me trouvais en zone de fret, plus précisément dans un bureau des Douanes françaises devant lequel deux agents de sécurité effectuaient un travail minutieux, avec toute la rigueur que leur incombe une pareille tâche : ils jouaient avec leur téléphone portable en riant à gorge déployée, attendant patiemment la relève de la fin d’après-midi. J’étais comme souvent à cette époque accompagné d’un second pour lequel j’avais une réelle sympathie et dont l’amitié réciproque ne souffrait d’aucune zone de turbulence, mises à part quelques rares petites montées d’adrénaline tout à fait naturelles qu’incombe un quotidien parfois moribond doublé d’une routine de plus en plus conséquente. Ce jour-là, nous patientions avec mon collègue depuis plus d’une heure dans l’espoir d’obtenir je ne sais quel document d’importation et, de fil en aiguille, nous avions entamé une conversation passionnante avec les deux agents de sécurité, de celle qui vous fait courber la nuque, les mains sur les tempes en priant un hypothétique dieu que tout cela se termine au plus vite. Etant d’un naturel plutôt réservé et peu avenant, je m’en allais bien vite retourner à mes occupations du moment, éloignant mes oreilles des échanges chaleureux de mes compagnons d’infortune. Je croisais les bras, le yeux froncés de mon regard tourné vers le ciel trahissant ma lassitude. Quelques instants plus tard, mon second s’en retourna s’asseoir à mes côtés, abandonnant par la même nos partenaires de galère, et me dit d’un aplomb désarmant : « Tu sais, l’un des deux agents de sécurité avec lesquels nous avons parlé, est Russe. C’est ton pote maintenant !». Je précise, pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas mon nom de famille que celui-ci trahit indéniablement mes origines. Bien-sûr j’avais remarqué le fort accent de ce garçon slave, roulant les « r » comme le faisaient mes vieilles tantes ou grand-mères issues de l’aristocratie russe. A cette affirmation pleine d’enthousiasme, je répondais à mon collègue que je ne connaissais pas ce garçon et que ma première impression ne me donnait pas envie de poursuivre un flirt amical plus poussé avec lui. « Mais il est Russe ! Comme toi… Vous allez vous entendre obligatoirement, voyons ! » M’apercevant qu’il ne semblait pas saisir le sens de mon propos, je développais un peu plus énergiquement mes arguments au milieu desquels j’insistais lourdement sur le fait que je ne savais rien de ce garçon, qu’il ne m’inspirait pas plus confiance que mon boulanger ou mon huile de vidange et que je le trouvais sympathique sans d’autre avantage supplémentaire que ceux que j’avais décelés quelques instants auparavant. « Ce n’est pas parce qu’il est Russe et que j’en suis d’origine que nous devons forcément nous entendre à merveille. Je ne connais pas ce garçon de près et à peine de loin. Si ça se trouve, c’est le roi des cons et le fait d’être Russe ne changera rien à l’affaire » glapis-je au sortir d’une tirade théâtrale accompagnée d’un air faussement détaché, sentant la moutarde me monter au nez aussi vite que la vodka descendait dans mon foie. Désaccord de fond et incompréhension totale de mon partenaire. A ses yeux, il était évident que je me devais d’être copain avec cet agent de sécurité au seul motif qu’il était Russe et moi aussi, en dépit de raisons adjacentes potentiellement sérieuses. Ce seul lien suffisait à nous « unir ». Etrange appréciation vous en conviendrez.

Résultat de recherche d'images pour "metal bière hellfest"

Le parallèle avec la musique vous saute probablement aux yeux après cette anecdote plutôt parlante. La musique, et plus précisément le metal dans le cas qui nous intéresse, suffit-elle à faire de nous des « amis pour la vie », dépassant toute critique objective et toute sensibilité personnelle ? Pour ma part, je ne le pense pas. La passion se doit de rester ce qu’elle est : intime, subtile et sans arrière- pensée nauséabonde. Je n’ai que rarement fréquenté des personnes dont j’estimais qu’elles ne m’apportaient pas ou peu en matière d’équilibre intime et amical. Selon moi, la seule passion musicale ne suffit pas. Il m’est absolument impossible de devenir ami avec un congénère du simple fait qu’il soit amateur de TOTO, TIMIDE ET SANS COMPLEXE ou TOTAL FUCKING DESTRUCTION à la hauteur qu’est la mienne. En revanche, je place les échanges humains au-dessus de toute autre considération. La fidélité, l’amitié, les joies, les peines,, la douleur, les rires et les pleurs partagés sont autant de preuves d’une solidité amicale sans faille, bien au delà d’une simple passion commune. Sans même parler d’empathie. Je n’ai jamais compris cette facilité qu’ont les metalleux  à devenir amis au bout de quelques bières, au prétexte bien désuet d’un fanatisme partagé pour SLAYER ou KISS. L’amitié, la vraie, me semble être une notion bien plus profonde et transversale qu’un style de musique. L’amour et l’amitié sont deux sentiments d’attachement que rien ne peut altérer ou modifier, ne devant jamais, selon moi bien-sûr, avoir comme autre ciment que la réciprocité inconditionnelle des échanges. La passion ne doit être qu’un plus et rien d’autre. Combien de fois ai-je été déçu par tel ou tel comportement qui, s’il me semblait anecdotique aussi bien qu’étrange sur le moment, ne s’apparentait au final qu’à une esbroufe sans fondement ? Sans parler des déceptions liées aux intérêts des un(e)s ou des autres pour d’obscures raisons que je ne développerais pas ici. Tu es Russe comme moi ? Tant mieux ! Tu ne l’es pas ? Tant mieux aussi. Tu adores ANGEL CREW comme moi ? Peu importe. Dans les trois cas, je m’en branle. Si tu es quelqu’un de bien, avec des valeurs, avec une éthique et même une déontologie dans certains cas, tu es et demeureras mon ami(e). Peu importe qui tu es, d’où tu viens, ce que tu écoutes ou avec qui tu baises. Tu es là pour moi et je suis là pour toi. Rien d’autre n’a d’importance. Inutile de s’inventer une famille de substitution, musicale ou artistique. La vérité est ailleurs mais à portée de tous. Elle n’est pas très difficile à déloger. Il suffit d’être clairvoyant et lucide, sans trop de naïveté. Faire tomber son propre masque et tenter de dissuader ses partenaires de maintenir le leur en place, voilà un objectif plus que passionnant. Je ne prétends pas être parfait et exempt de tout défaut, bien au contraire. Mais je travaille chaque jour un peu plus afin de m’améliorer. Les réseaux sociaux ont beaucoup de défauts il est vrai, mais permettent néanmoins d’approfondir certaines relations dont on ne sait en tirer la substance de prime abord. Cela nécessite parfois de déceler une double lecture de certains commentaires dont on pense en avoir saisi le sens initial sans y prêter plus d’attention. A contrario, les contresens sont nombreux et très (trop?) souvent glissants. A chacun de faire la part des choses en décelant le bon du moins bon. Pour ma part, plus le temps passe et moins je ressens l’envie d’effectuer de discernement objectif : plus d’envie, plus le temps, trop d’esbroufe pour pas grand chose. Et puis je me sens bien entouré. J’aime les miens de tout mon être et eux me le rendent bien. J’ai rencontré des gens formidables grâce à Facebook, de vraies personnalités, attachantes, drôles, sincères et aimantes. Je les garde précieusement avec moi en espérant qu’elles veuillent bien avoir la délicate gentillesse de me garder aussi à leurs côtés. S’agissant des autres, un jour viendra où ils s’apercevront de la supercherie, du mensonge et des trahisons qu’incombent les amitiés fabriquées sans solides fondations. Sans doute ce jour-là sera-t-il trop tard. Je leur souhaite cependant un tout autre destin. Pour ma part, je m’en retourne écouter de la musique tzigane russe, en sirotant un verre de bulles tout en dévorant des pancakes faits avec passion pour solidifier un peu plus encore une amitié qui m’est très chère.

Résultat de recherche d'images pour "balalaika"

Je suis d’origine russe et je n’en tire aucune fierté. Pas plus que du fait d’être Français. Je me sens juste extrêmement chanceux d’avoir ces deux cultures complémentaires qui me permettent de transmettre à mon fils un savoir et une histoire plus riche. J’écoute MSG, EAZY-E, KASSAV’ ou BRUTAL TRUTH.. Là encore, aucune fierté, juste le sentiment d’être libre, serein, en ayant en ligne de mire une perspective basée sur l’écoute, la tolérance et le respect. Sans doute est-ce ma réponse à la question initiale. Il suffit simplement d’avoir conscience d’être soi-même. Le reste n’a aucune espèce d’importance car la sincérité et l’intégrité feront venir les belles personnes au bon moment.

Share Button

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.