MONOLYTH « A Bitter End / A Brave New World »

MONOLYTH, fondé en 2006 à Beauvais, propose après quelques démos, un EP 3 titres et un premier album « Catch The Sun » (2007) voyant le groupe évoluer dans un death mélodique façon scandinave, un second opus nommé « A Bitter End / A Brave New World », élaboré au Damage Room Studio de Philadelphie dont la sortie annoncée est le 25 septembre 2018. MONOLYTH n’est pas à proprement parlé un novice en matière de vie musicale autant qu’extra-musicale puisque le groupe a vu défiler quelques musiciens avant de se stabiliser aux alentours de 2015 / 2016 pour enfin parvenir à asseoir cinq individualités fortes autour d’une même table. En parallèle à tous ces turn over acrobatiques, le groupe s’est bâti une solide réputation live, ne refusant jamais d’assurer toutes les dates qui lui furent proposées. Citons pêle-mêle, et dans un désordre chronologique, des shows en compagnie de T.A.N.K., ABSURDITY, ONSLAUGHT, GOJIRA, NO RETURN ou bien encore ACYL. Habitué des tournées et incidents diplomatiques à gérer en son sein, MONOLYTH n’en revient que plus fort avec ce second album dont il convient d’emblée de souligner le magnifique artwork futuriste à propos duquel nous sommes encore en train de chercher le nom de l’auteur à l’heure de rédiger ces lignes. Si il/elle lit cette chronique, qu’il/elle se manifeste ; il/elle en sera grandement remercié(e).

Une fois ces digressions historiques déclamées, passons directement au contenu de cet album. Ce qui frappe d’entrée, c’est le plat de la main que l’on prend sur la joue par un premier titre, « The Ego Disaster », semblant donner le ton global du disque : une musique agressive, gorgée de guitares extrêmement soignées, un batteur chevronné, quelques nappes de clavier et un chanteur alternant avec une aisance certaine les beuglements d’un chimpanzé en rut au décollage d’un avion avec une voix plus claire, parfois même à l’orée du susurrement, le tout se mélangeant assez joliment avec ces choeurs presque suaves en arrière-plan et de superbes parties mélodiques. Un petit bémol qui n’engage que votre serviteur, la production manque d’un soupçon de relief bien que le son global soit assez énorme, il faut bien le reconnaître. Un peu de profondeur et de contraste auraient griffé la marque MONOLYTH sur la peau pour de bon, si bien que sur la longueur du disque, même s’il demeure d’excellente facture, on ressent un léger sentiment d’étouffement, comme une envie d’ouvrir la fenêtre. D’autant que le second titre vous prend à la gorge sans plaisanter du tout. Le groupe a décidé de nous faire la peau et il s’y prend de la manière la plus convaincante qui soit, en accélérant le tempo de fort belle manière. Thrash à tous les étages, dans une vision assez old school de celui-ci mais sans renier sa modernité. En effet, MONOLYTH s’inscrit, à l’instar d’un DISCONNECTED, dans ce que l’on appelle un peu hâtivement le modern metal. Bien qu’évoluant dans un style bien plus percutant et nettement moins mélodieux vocalement parlant que ce dernier, on perçoit au détour de quelques chemins de traverse de probables influences communes. Un  goût supposé pour le djent, un soupçon de neo metal par-ci, une larme de thrash par-là, quelques décilitres de double pédale intempestive, plusieurs quartiers de mélodies envoûtantes parsemées de pétales de death. Tout cela sonne très moderne. Ce que propose MONOLYTH est parfaitement exécuté, avec son lot de riffs qui tuent, comme sur ce deuxième titre « This Pale Imitation Of Guilt » dont il était fait référence à l’instant, cependant que la mélodie n’est jamais très loin malgré un espace sonore véritablement saturé d’informations. C’est là toute la subtilité de MONOLYTH. Parvenir à capturer l’attention de l’auditeur sans la relâcher sur la longueur du disque, tout en annonçant un renouveau sur presque chacun des titres proposés. Il faut reconnaître que les guitares, se taillant la part du lion, font un job exemplaire tandis que le clavier ajoute une petite touche de délicatesse à l’ensemble, notamment sur le refrain de « Insipide And Shallow » efficace bien que souffrant malgré tout d’une certaine facilité, presque prévisible. L’écoute de l’album se déroule de manière très agréable, on est bien. Le single « Betrayed Again », dont la vidéo se trouve à l’issue de cette chronique, passe fort agréablement, bien aidé en cela par un refrain assez jubilatoire tandis que « Nothing Left Nothing Right » se veut un peu plus nuancé, avec son intro glissante avant d’embrayer une nouvelle fois sur un gros thrash/death mélodique au sein duquel on distingue même une petite pointe de mélancolie surnageant au milieu de ce magma sonore en fusion. Une vraie réussite ! Non vraiment, rien n’est laissé au hasard sur l’ensemble du disque bien que celui-ci tombe le temps d’une plage dans l’anecdotique, voire le dispensable, à savoir la ballade « A Bitter End ». Manifestement, MONOLYTH ne semble pas en maîtriser le savoir-faire, tombant dans un registre bien trop convenu, balisé des codes les plus grossiers du genre. Arpèges en intro accompagnant une voix montrant instantanément ses propres limites – celles de la justesse, il n’en reste pas moins qu’il résulte de cette déception le seul point négatif de cet album par ailleurs remarquablement écrit et interprété. Gageons que le groupe s’affranchira de cet échec et saura se ressaisir en proposant pour son troisième album une ballade digne de ce nom, imprégnée d’une véritable personnalité. Pour le reste, et jusqu’à la fin de l’album, on assiste à un déferlement de riffs acérés  comme sur « A Brave New World » ou  « The After-Vultures » dont la partie centrale et la toute fin planante sont une totale régalade. Pour être complet, il est à noter la fraîcheur d’un titre tel que « Ataraxia », bercé d’une ambiance quasi progressive démontrant par là même que le groupe sait aussi proposer autre chose que du pied au plancher en continu. Sans doute MONOLYTH gagnerait-il à explorer davantage cette voie qui sied peut-être mieux à son chemin artistique que celui de la ballade. A voir pour la suite. Difficile en revanche d’imaginer le groupe se défaire de ses morceaux les plus furieux, comme ce « Devoid Of Compromise » final qui tartine l’auditeur pour la bonne cause. Tout y passe : speed, thrash, blast beat, voix claire, choeurs, chant hurlé, double pédale… Un tantinet trop long d’ailleurs ce final, s’étirant jusqu’à épuisement total des batteries.

Nous disposons là d’un second album studio très solide, sérieux dans ses affaires, même si non exempt de défauts, que MONOLYTH se fera un plaisir de défendre sur scène, fort d’un line-up enfin stable et conquérant. Cependant, une question demeure. Un troisième album davantage progressif, puisque l’on pressent des dispositions balbutiantes de bon augure ? Une débauche d’hystérie collective frisant le death metal ? Un travail accentué des mélodies – qui sont déjà fort bien agencées ? Ou bien la composition d’une ballade qui tue ? Impatience…

Album disponible le 25 septembre 2018 et en précommande en suivant ce lien

Liste des titres « A Bitter End / A Brave New World »

1 – The Ego Disaster

2 – This Pale Imitation Of Guilt

3 – Insipid And Shallow

4 – Betrayed Again

5 – Nothing Left Nothing Right

6 – A Bitter End

7 – A Brave New World

8 – The After-Vultures

9 – Like A Poison

10 – Re-awake

11 – Ataraxia

12 – Devoid Of Compromise

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