L’ogre Napalm sort les crocs @ L’Empreinte, 19 Septembre 2016

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C’est dans le Temple de Savigny que NAPALM DEATH a décidé de laisser son empreinte sous forme d’uppercut de sauvageons irrécupérables depuis plus de trente ans. Les Anglais, menés par l’infatigable Mark « Barney » Greenway, s’apprêtent à dévisser les écrous d’une cage bien trop inadéquate pour THE DISTANCE qui ne la tiendra pas longtemps face à un public venu chercher son lot de blast beats et autres hurlements d’écorchés vifs. Son rock, mêlant grunge façon NIRVANA pour la voix, à des ambiances plus noisy issues de différents groupes recrachés par la vague pleine d’amertume des nineties avec un zest de stoner, peine un peu à convaincre les spectateurs qui assistent plutôt poliment à ce set. En voulant multiplier les appels du pied aux nombreuses influences du quatuor, ce dernier ne parvient pas à transmettre l’essence de ce qui semble être une musique d’adolescents sur le retour, façon acné juvénile mal assumé et t-shirt Sub Pop tout fraichement acheté chez Gifi par maman. Du reste, ce n’est pas avec les pitreries du batteur et l’explosion du matériel en fin de parcours que l’on se dira que l’on vient de trouver la perle rare du rock français. Peut-être SUBLIME CADAVERIC DECOMPOSITION eut été un choix plus judicieux par les organisateurs de la soirée pour faire la différence. The loneliness of the long distance runner….

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Crédit photo : Hélène Drouot

Le temps de s’envoyer une cancérette dans la cour du presbytère et le Temple ouvre enfin ses portes sur la litanie de « Apex Predator-Easy Meat », introduction tirée du dernier et superbe album des Grands Bretons NAPALM DEATH. Barney, en maître de cérémonie de cette messe pragmatique et humaniste, se positionne dos au public sous les cris des fidèles qui entrent bientôt en transe dès l’entame d’un « Instinct Of Survival » de 1987 propulsé comme il se doit. En mode grindcore qui n’attend pas. Le groupe semble en pleine forme à en juger par les décharges épileptiques du jeu de scène de Barney qui accompagnent chaque titre. Incroyable de voir une telle intensité dans ses parties vocales qui contrebalancent tellement avec le calme qui est le sien lors de ses prises de paroles souvent sujettes à réflexion sur nous-mêmes ou sur le monde qui nous entoure. Avec son accent so british, on imagine celui-ci s’apprêtant à nous inviter chez sa Grand-Ma prendre a delicious cup of tea mais il n’en est rien. Le gang de Birmingham est là ce soir pour arracher ce qu’il nous reste d’ouïe à grand coup de « Smash A Single Digit », « Metaphorically Screw You » et autres « Cesspits » tous tirés du dernier album. Le son peine à s’équilibrer en début de concert mais parvient tout de même à se stabiliser. A la décharge du responsable de la console, arriver à inclure dans le mixe la basse vrombissante de Shane Embury relève de l’exploit tant cette dernière prend souvent le pas sur la guitare du dreadlocké John Cooke, intérimaire de Mitch Harris depuis quelques années déjà (un retour est-il prévu ?). Le jeu de Danny Herrera est, quant à lui, aussi disgracieux qu’efficace et l’on se demande comment le bougre arrive à jouer aussi vite avec des baguettes tenues en leur milieu. Mystère et boule de grind….

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Crédit photo : Hélène Drouot

Chaque album est équitablement représenté, en tout cas ceux sortis depuis le début du siècle, cependant que ceux parus au cours des nineties sont presque totalement ignorés ce soir. Seul l’exceptionnel « Diatribes » (1996) se voit défendu via la sublime chanson « Greed Killing » avec son refrain saccadé repris en chœur par le public. Mais comment diable peuvent-ils faire l’impasse sur des bijoux tels que « Inside The Torn Apart » (1997) ou « Words From The Exit Wound » (1998) ? Ces deux disques montraient à l’auditeur toute l’ouverture musicale dont le groupe est capable bien au-delà de la vélocité des tempi et sa capacité à figurer dans le champ des possibles. Des formations comme CONVERGE ou THE DILINGER ESCAPE PLAN doivent penser la même chose au sujet de ces disques. Etrange, sans compter l’inexplicable absence de titres du furibond « Utopia Banished » (1992). Mais c’est bien là chipoter car pour le reste, c’est l’orgie sonore qui est au rendez-vous des bons copains. « Enemy Of The Music Business » (2000) est bien représenté à deux reprises, « Next On The List » et « Taste The Poison », tandis que « Utilitarian » (2012) se voit récompensé par la présence de « Everyday Pox ». « On The Brink Of Extinction » reçoit également un accueil des plus fervents. Mais le public est bien évidemment impatient de se prendre des rafales de grindcore en provenance des jeunes années du combo. Les missiles que sont « Scum », « Life ? » et « The Kill » sont exécutées aussi vite que possible tandis qu’un « Siege Of Power » accéléré une nouvelle fois nous retourne la cervelle aidé en cela, il est vrai, par la partie centrale speedée et son riff ultra death-metal. Mais que ça fait du bien tout ça ! Un « Mass Appeal Madness » joué en début de set et un « Suffer The Children » obligatoire introduit par Barney sous forme d’explication de texte sans équivoque achèvent de nous convaincre que NAPALM DEATH reste une machine de guerre scénique inoxydable et ses concerts de véritables expériences sonores et humaines. La reprise des DEAD KENNEDYS, devenue hymne officiel de tout concert des Anglais, est jouée à vitesse grand V et celle des cultissimes CRYPTIC SLAUGHTER « Lowlife » (quelle jolie surprise !) est une démonstration du côté hardcore de la Force.

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Crédit photo : Hélène Drouot

Que n’a-t-on pas dit de NAPALM DEATH ? Un immonde bruit pour les uns, les sauveurs de l’Humanité pour les autres, une vaste fumisterie à leurs débuts…Rien de tout cela. Ce groupe, et qu’elle qu’en soit son incarnation, reste un phare dans la nuit, une étoile à suivre. En témoignent les visages présents dans le public ce soir : de jeunes thrashers, de vieux punks, des métalleux ou autres tronches ravagées par les excès en tout genre. Autant de différences mais toutes ont un point commun. Celui de la véracité d’un discours universel de bon sens et d’une musique sans concession et sans complaisance. Chapeau bas messieurs les musiciens pour votre générosité, bravo à vous messieurs dames de l’assistance pour votre état d’esprit ouvert à l’Autre. Et merci….

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