Le Printemps de Bourges de Mister D.

Le Printemps de Bourges 2018 vient de se terminer et pourtant ce n’est que le début pour l’essentiel des artistes en développement qui viennent de se produire sur le festival. Au-delà des énormes têtes d’affiche qui viennent chaque année, le festival du Printemps de Bourges c’est avant tout une place de marché énorme pour tout le secteur des musiques actuelles et un terrain de découvertes artistiques grâce aux Inouïs du Printemps de Bourges – dispositif de repérage de jeunes talents émergents.

Tous les ans, chaque région du territoire vient présenter ses artistes émergents les plus porteurs, professionnels ou en voie de le devenir. Tous les styles ou presque y sont représentés : rock, éléctro, rap, des projets parfois ambitieux… D’autres sont simplement des ovnis qui peuvent laisser dubitatif quant aux raisons de leur sélection. Certains Inouïs peuvent aller loin dans leur carrière après leur sélection à Bourges. Souvenez-vous de Skip the Use par exemple. Ils faisaient parti des Découvertes du Printemps de Bourges (ancienne appellation des Inouïs).

PHOTO FRED TANNEAU / AFP

Cette année, il y a un autre exemple. Il fait parler de lui depuis plusieurs mois déjà dans les médias, en surfant sur une énorme couverture médiatique pour Eddy de Pretto. Figurez-vous qu’il était Inouïs du Printemps de Bourges l’année dernière. Cette année il est revenu au Palais d’Auron, comme les grandes stars ! Alors, sur le fond musical, j’avoue ne pas être sensible à sa musique. Néanmoins, bien qu’il sature l’espace médiatique, je ne peux que lui reconnaître un certain talent, ses textes étant intéressants. Le reste ne me touche pas plus que cela. Les Français rêvaient d’avoir leur Stromae à eux, ils l’ont découvert (perso, je préfère le vrai, le Belge !).

PHOTO MAXPPP / BERRY REPUBLICAIN

Faisons donc une petite liste de ce que je vous recommande de découvrir ou invite à éviter !

Les Inouïs Hip-hop

Si vous êtes amateur de sons électro modernes, très doux et d’un flow vraiment agréable à écouter, je vous recommande Lord Esperanza. A l’instar du groupe L’Ordre Du Périph, ce parisien propose vraiment un son bien loin des clichés, avec des textes plutôt agréables à écouter.

L’artiste féminine qui est particulièrement intéressante est Tracy de Sà. Cette artiste anglophone résidente à Lyon a un flow juste incroyable ! Danseuse hip-hop au départ, elle a fini par se lancer dans le « rap game ». Attention, elle met tout le monde à l’amende avec sa diction et sa rapidité époustouflante ! Au-delà de la rapidité de son élocution, son univers visuel rappellera aux trentenaires de mon genre les belles années du Prince de Bel Air ! #willsmith

PHOTO CHRISTOPHE CRENEL

Parmi toutes les découvertes souvent de qualité et techniques comme Tracy de Sà, il y a de temps en temps tout l’opposé ! C’est ce qu’il se passe avec Angle Mort & Clignotant, projet originaire de la région Centre Val de Loire. Je ne comprends absolument pas qu’un projet comme celui-là puisse être sélectionné. Le duo originaire d’Orléans et Paris à l’air très sympa, mais ils nous proposent un remake version hip-hop de  Salut c’est cool . Une vaste blague à mon sens. En live, j’ai trouvé ça particulièrement pénible. Néanmoins, cela n’empêche pas le duo d’enchaîner les rendez-vous au cours de la semaine avec différents producteurs de tournées. Comme quoi…

Côté hip-hop toujours, il y a eu la surprise Wilko & Ndy, originaire de la région Paca. Une surprise car je croise Ndy tous les ans sur le festival. Il s’avère que le jeune rappeur est aussi guitariste. Or son groupe venait à chaque édition du festival démarcher les professionnels ! Je n’ai pas pu assister au concert mais leur clip est plutôt sympa.  A surveiller !

Les Inouïs Rock

Pour une transition réussie du hip-hop vers le rock, je ne peux que vous parler de la Piéta, cette artiste de Montpellier. Elle est une touche-à-tout pratiquant un hip-hop punk pluridisciplinaire. Cette jeune femme masquée et libérée donne des frissons, des maux d’amour. Sa rage entoure ce personnage atypique loin d’être lisse qui n’est pas une poupée mais un punk qui te donne un coup de pied bien placé. Elle a clairement réussi son passage puisqu’elle a même fait partie des coups de cœur de Didier Varrod sur France Inter durant le festival !

Le problème du rock ces dernières années, c’est que cela ne se renouvelle pas beaucoup. Soit c’est très underground et seuls les initiés peuvent apprécier, soit c’est cheap. La Piéta est la seule cette année à proposer un renouvellement du genre ! Je vous invite vraiment à la suivre de près ! L

L’autre groupe qui a retenu mon attention, c’est le rock/pop mignonné de Tample. Les Bordelais proposent une musique plutôt sympa, avec des gimmicks qui peuvent accrocher, mais pas de quoi casser 3 pattes à un canard. Un comble pour des gens du sud !

Les Inouïs Pop/Electro

La pépite belge est bel et bien présente cette année, il s’agit du duo Juicy ! Ce duo féminin originaire de Bruxelles propose une musique hybride vraiment accrocheuse, avec un vrai propos. Franchement à ce stade, cela commençait vraiment à me manquer ! Je vous invite à découvrir leur clip d’animation qui est vraiment très intéressant.

Les Suisses Flèche Love font également partie de ces projets innovants avec une vraie esthétique. On sent clairement que c’est minutieusement travaillé tant sur le son que sur la forme ! Une voix intense, une atmosphère mystique que je vous recommande vivement !

Tous les ans, les Bretons Saro réussissent à nous faire rêver. Cette année encore, le groupe s’aquitte de sa tâche au son de son beatbox loopstation. Un projet étonnant et très qualitatif !

Globalement les Inouïs ont encore tenu leur promesse avec quelques bémols que j’ai pu évoquer plus haut. Malgré tout, le choix est difficile pour ne désigner qu’un seul groupe par région et par catégorie.

Pour palier à la catégorie rock quelque peu …[je n’ai pas de mots], Il y avait Unia qui jouait sur la scène Pression Live sur la Place Séraucourt ! C’est un groupe de rock/pop que j’aime bien. Ils viennent d’ailleurs de sortir un EP  extrêmement bien produit et qui peut rappeler les belles années du rock des années 90.

En dehors des sentiers battus !

En parallèle aux programmations des salles et des bars, il y avait aussi différents événements dont le Rock in loft ! Il s’agit d’un rendez-vous professionnel orienté vers la découverte et la rencontre entre les professionnels, les médias et les artistes en développement ! Rock in loft est un concept de showcase annuel et itinérant, une sorte de rendez-vous en terres inconnues. Cette année pour le Printemps de Bourges, le Rock in loft avait lieu au Prieuré St Martin, un lieu sacré comme pour symboliser ce qui est essentiel dans la musique.

Ce sont plus de 300 invités qui viennent découvrir et rencontrer les groupes ainsi que leur entourage pour faire des interviews, des sessions acoustiques ou des shootings photo, le tout accompagné de champagne et de produits du terroir !

Cette année au Rock in loft, on a assisté au passage remarqué de I Me Mine. Le trio vient de sortir son second album « Ellipsis » dont un titre voit General Elektriks en featuring. Vous avez forcément entendu parler d’eux, ils ont une promo très efficace pour la sortie de cet album disponible depuis le 30 mars !

Le coup de gueule

Parmi les  concerts des grosses scènes que je voulais absolument faire, pour ne pas dire le seul car je l’attendais avec impatience, celui d’Orelsan me faisait trépigner d’avance. Son album a su me toucher suffisamment pour que je l’écoute en boucle durant plusieurs mois. Loin de la polémique stérile qui l’entoure depuis maintenant 10 ans, cet artiste a pour une fois réussi à me convaincre avec « La fête est finie ». Ce n’était donc pas sans impatience que je me suis rendu au W pour voir son show que j’imaginais monstrueux (en espérant malgré tout ne pas voir apparaître Maitre Gims sur scène, le seul featuring que je trouve vraiment tâche sur cet album). Mais voilà, la technologie aidant, et n’étant pas particulièrement grand, j’ai dû abandonner à la fin du deuxième morceau car impossible de regarder le concert, ni même l’écran géant. Le seul moyen pour moi de voir quelque chose sur scène, c’était en matant sur le téléphone des gamins qui faisaient des snapchats. Relou, vraiment. J’en viens à me dire qu’il serait vraiment pas mal d’installer des brouilleurs pour couper les téléphones durant les concerts. Cela pollue vraiment les spectacles !

 

Cela me paraître être une évidence car un concert n’a pas besoin de snapchat pour être apprécié. C’est même surtout l’inverse. J’ai donc pu apprécier le titre « San », magistral,  dont voici un extrait lors des Victoires de La Musique.

Le Printemps de Bourges en quelques chiffres

C’est un nouveau record de fréquentation pour la 42eme édition du festival avec plus de 250 000 personnes cette année ! Même depuis le rachat par Morgan Production, cela reste un festival familial à faire et à découvrir. Il y a bien-sûr toujours les grosses têtes d’affiches car ce sont elles qui permettent à l’organisation d’assurer la faisabilité financière de tout l’événement et notamment des Inouïs.

Il serait souhaitable de relever aussi une volonté éditoriale et politique de travailler sur la parité concernant la programmation des festivals et dont le Printemps de Bourges prend sa part. Il est tout de même bien dommage qu’en 2018 cela ne soit pas naturel. Néanmoins la remise en question existe et des travaux sont en cours. Une initiative à saluer !

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