Entrevue JaMorycaine

Crédit photo : Stevan Lebras

Au cœur du Berry, durant tout un week-end de festivités tenues au Reggae Temple, le froid fait une apparition remarquée sur Issoudun. Nous sommes le samedi 19 novembre et la nuit a été courte après avoir été cueillis comme un fruit trop mûr par DJ Vadim et Big Red hier soir. Ces derniers nous ont vus en train de lâcher la branche sur laquelle nos pauvres mains tentaient dans un dernier soubresaut d’orgueil de maintenir nos dernières forces après plusieurs heures de show. Big Red nous a mitraîllé l’arrière-train comme peu en sont capables, aidé en cela par un selecta proprement hallucinant ! Nous voilà donc un tantinet giflés par ce petit vent de travers et pas tout à fait encore remis de la secousse bombastique de la veille avant de nous rendre enfin à la Lion’s Gate, scène principale du festival, aux alentours de 18h00.
Un petit message reçu vers 16h30 nous avertit de l’annulation de la conférence de presse d’Alpha Blondy, décevante nouvelle, mais nous avons rendez-vous à 18h45 avec le binôme de la mitraillette citée un peu plus haut. Ce n’est rien de moins que Daddy Mory qui nous a accordé quelques minutes de son temps afin de répondre à nos questions, lui qui traverse les époques et les modes, faisant fi du qu’en dira-t-on, traçant sa route avec une bonne humeur communicative et perceptible dès l’entame de cette courte entrevue. « C’est la même école ! », répond d’entrée de jeu Mory avec un grand sourire lorsque nous lui glissons à l’oreille les ambitions de Pré en bulle de traiter autant du rock que du reggae, du jazz que du thrash-metal. Daddy Mory semble ravi de participer à ce court entretien et ne le cache pas, lui qui répond d’habitude à des médias plutôt orientés hip hop ou reggae. L’homme parait sincèrement heureux d’être là, invité au milieu d’une affiche impressionnante. « Je me sens super bien ! Je suis au taquet. Tout se passe super bien jusqu’à maintenant. L’accueil qui m’a été réservé  a été vraiment agréable. Mais j’attends de monter sur scène. Je suis impatient », nous lâche l’intéressé avec un petit regard qui en dit long sur sa motivation. Habitué aux grandes scènes autant qu’aux petites, Mory affiche néanmoins sa préférence pour les petits lieux au sein desquels possibilité lui est donnée de voir le public dans les yeux, ainsi qu’il nous l’a confié : « J’ai toujours préféré jouer devant 10 personnes que devant 200 000 personnes. Je suis un homme de challenge qui aime se donner à fond devant un public dont je peux voir les yeux écarquillés plutôt que devant une masse humaine. C’est mon esprit compétiteur qui parle sans doute. Mais je kiffe aussi jouer dans les grands festivals. C’est toujours super de voir une grande foule entière s’éclater sur ma performance. Les deux se complètent très bien. Dans tous les cas, je suis heureux ! » Et effectivement, l’artiste récupère ses yeux de bambin lorsque nous lui faisons remarquer sa présence à l’affiche au milieu d’autres légendes du reggae national et mondial : « C’est la famille tout ça ! », lâche l’intéressé avec un large sourire aux lèvres. « Biga Ranx, Taïro, Alpha Blondy. Que du lourd ! Tout ça c’est notre famille, Broussaï, Tonton David…qui d’ailleurs monte sur scène dans un instant. Il va nous falloir finir très vite du coup parce-que j’aimerais bien voir son show ! Non, t’inquiète. Je blague, c’est cool ! » . L’ami Mory semble être un homme apaisé et respectueux de son histoire, musicale ou autre, et profite de cet entretien pour rassurer ceux de ses amateurs qui pouvaient avoir un dernier doute. Il y aura bien un nouvel album de RAGGASONIC en 2017 « C’est déjà pas si mal ! », nous lâche-t-il dans un grand éclat de rire qui en dit long sur son envie d’en découdre de nouveau avec son alter-ego Big Red, histoire de remettre les pendules à l’heure au milieu d’une scène peut-être un peu sclérosée pour lui. Mais pour l’heure, Daddy Mory vient défendre son dernier bébé, « Travail d’Artiste », paru en indépendant en mars dernier. « C’est mon meilleur album solo, bien supérieur à « Ma Voix Résonne » sorti en 2003 qui, lui, était paru sur une major alors que ce dernier disque est une auto-production ». Un choix totalement assumé par l’artiste, qui poursuit : « J’étais parfaitement conscient du fait qu’en sortant ce disque de cette manière, il ne bénéficierait pas d’une promotion ultra importante et donc d’une visibilité adéquate. Mais j’assume mes choix. Tant pis pour l’exposition médiatique car dès lors que l’on voit inscrit la mention auto-production, les médias mettent l’artiste et son disque de côté. En parallèle à ça, j’ai pu faire enfin ce que je voulais faire, travailler avec des gens qui me faisaient envie, avoir des sons qui me correspondent. En un mot, me faire plaisir et laisser une trace dans le monde de la musique. Ma trace à moi, produite de A à Z ». En s’associant avec des noms tels que Stephen Mac Gregor, Demolisha ou le retour de Frenchie, Daddy Mory reste pourtant fort lucide quant à la visibilité réduite de sa musique, ou de celle des autres artistes du reste : « On peut se demander pourquoi mon album a moins percuté le public en auto-production malgré l’émergence toujours grandissante des réseaux sociaux. On pourrait penser qu’il y aurait un effet boule de neige, mais ce n’est pas aussi évident que cela. Au-delà des réseaux sociaux, et même si tu te donnes à fond dessus, si le street-marketing ne suit pas derrière en temps et en heure, l’information ne passera pas bien, Facebook activé à mort ou non. C’est toujours la même façon de procéder, affichage sauvage, stickers balancés aux endroits propices. Si tu n’as pas ça au bon moment, tu pars avec un handicap ». Aucune rancœur, l’homme est bien conscient que certains événements musicaux ont mis son nom de côté pour privilégier d’autres artistes signés sur de plus gros labels ou même sur des majors. « Moi je ne suis pas du tout déçu. J’ai fait ce que je voulais faire, mon album me satisfaisant pleinement. Les retours critiques et artistiques ont été unanimes, tant dans les choix de mes instrus que sur le travail de mes lyrics. Le public semble beaucoup apprécier ce nouvel album et c’est bien ça qui me satisfait le plus en définitive. C’est important de défendre sur scène, et devant un public qui apprécie ma musique, un disque dont je suis fier à 100% et dont je pourrai encore chanter les titres dans quinze ou vingt ans. Il n’y a pas de recettes pour ça, je le dois à mon travail acharné avec mon acolyte Big Red et à tout le travail fourni depuis tant d’années ». Car Daddy Mory aime à penser que les messages qu’il véhicule dans sa musique, et même avec RAGGASONIC, sont au moins aussi importants que la musique elle-même. « J’ai bien conscience que les jeunes d’aujourd’hui sont saoulés par les messages qu’on peut leur balancer. Le plus souvent, ils racontent n’importe quoi dans leurs lyrics, y compris des choses pas très saines. Nous, et j’englobe volontairement Big Red là-dedans, nous ne sommes pas de cette école du tout. Bien-sûr, nous ne sommes pas parfaits. On a eu une adolescence comme tout le monde, on a fait des conneries comme tout un chacun, plus ou moins graves. Mais jamais nous ne l’avons chanté dans nos chansons. Jamais. Pas une seule fois nous avons écrit ou fanfaronné concernant nos histoires. Aucune apologie, rien de tout ça. Ça va pas ou quoi !? Si j’ai pu un jour foncer dans le mur, je ne vais pas chanter une chanson avec des lyrics reprenant ça et fanfaronner devant les jeunes afin qu’ils fassent comme moi. Tel n’est pas mon but. D’autant que je suis papa, mes enfants sont adolescents, ma plus grande fille va avoir 21 ans, je suis grand-père… (Ndr : Félicitations Mory !) A un moment donné, il faut être réaliste, on ne va pas raconter n’importe quoi dans nos chansons. Je préfère raconter des conneries et me marrer avec mes potes. C’est bien plus amusant ! », conclut l’homme que l’on nomme Daddy Mory sur ce point très important à ses yeux et dans un nouvel éclat de rire. Un tantinet déçu lorsqu’on lui fait remarquer que sa prestation se déroulera durant le show d’Alpha Blondy, Mory termine cet entretien en avouant être quand-même très heureux de pouvoir jeter un œil à la prestation de Clinton Fearon malgré son absence lors du set de Blondy, « un grand frère pour nous tous ».

Crédit photo : Stevan Lebras

Quelque chose nous dit que, nous aussi, on a un grand frère en France. Un grand frère originaire du Mali et de la Martinique qui laisse une trace dans le reggae national et planétaire. Mais qu’il se rassure. La trace n’est rien d’autre qu’une énorme empreinte, profonde et généreuse, dans la tête et le cœur du public qui boue d’impatience de l’entendre sur disque, sur scène, en solo ou avec Big Red. Rendez-vous est d’ailleurs déjà pris dans les bacs en 2017. R-Sonic is back very soon !

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