HELLFEST 2018, Clisson 22 – 23 – 24 juin

Inutile de tergiverser durant des heures : la 13ème édition du Hellfest a été comme de coutume une totale réussite à tout point de vue. La météo qui fut caniculaire l’an dernier, donc terriblement difficile à supporter pour les festivaliers, le staff et les artistes, affichait un soleil des jours heureux et une température digne d’un printemps désirable. L’organisation maîtrisant son sujet sur le bout des doigts a tôt fait de prendre soin de tout ce petit monde venu fêter la musique dite extrême – terme décidément galvaudé au vu de l’éclectisme stylistique apposé sur les affiches cette année encore. Les bénévoles se sont montrés d’une disponibilité et d’une gentillesse sans pareilles permettant à chacun de trouver sa place et son moment privilégié au milieu de ce magma sonore en fusion. Quelques aménagements ont été apportés afin de parfaire un peu plus le bien-être des festivaliers, à commencer par ces deux rideaux d’eau aussi bienvenus que rafraîchissants dont l’amusante particularité se trouve dans la forme que prend la douce pluie en tombant, reprenant le logo du festival (effet garanti le soir venu). Dans un autre registre, comment ne pas mentionner cette judicieuse idée d’avoir bétonné le devant des scènes, à commencer par celui de la Warzone devant laquelle, il faut bien le reconnaître, se retrouvent les plus sportifs des festivaliers ayant dû batailler durant une décennie au milieu de la poussière – voire des copeaux de bois dans les cas les plus extrêmes ? Initiative salutaire pour une ambiance généreuse. Aucun incident sérieux n’est à déplorer cette année encore, preuve une nouvelle fois de la bonhomie et de l’obligeance de ce public jugé par certains acariâtres arriérés comme ingérable et décérébré. Ils ne veulent pas du Hellfest ? Qu’ils se rassurent, le Hellfest n’espère rien d’eux, même si leur présence sera toujours la bienvenue pour démontrer à quiconque la bonne tenue d’un festival haut en couleur, bienveillant et audacieux. Dans un tout autre registre, signalons tout de même une nette amélioration de l’espace restauration, tant au niveau de la qualité gustative que de l’attente tout à fait satisfaisante avant de faire ripaille. Un bon point supplémentaire. Ajoutons à cela des sanitaires mis à disposition à des points névralgiques bien mieux étudiés et donc davantage apaisants pour les festivaliers, même si les festivalières sont encore un peu les malmenées de l’événement – comme partout ailleurs hélas. Dame nature n’ayant pas favorisé les femmes s’agissant de cet aspect-là dans les lieux publics, à ces derniers de s’adapter à nos compagnes en insistant sur le nombre de sanitaires pour ne plus voir ces dernières se tordre de douleur et d’impatience avant le miracle du soulagement. A méditer ! Pour le reste, rien à signaler. Trois jours de musique, de plaisir et d’amitié. Le bonheur donc…

CREDIT PHOTO : AFP

Arrivée prévue vendredi à 12h00 dans l’espoir de voir SPERMBIRDS la frustration. Une catastrophe oculaire intervenue la veille à 21h00 m’a empêché d’arriver à temps pour apprécier la prestation des légendaires punks allemands dont les albums Something To Prove (1986) et Nothing Is Easy (1987) ont bercé ma jeunesse. Vraiment rageant, d’autant que le set du groupe, selon les dires de certains, semble avoir été énergique et plaisant malgré l’heure peu avancée de la prestation. A peine arrivé sur le site, direction la scène Altar pour ne rien louper du set de BENIGHTED – le bulldozer. La mise en bouche de cette édition 2018 est plutôt du genre velue. Quiconque a déjà assisté à un show des Stéphanois d’origine n’a pu que rester médusé face au massacre des planches de l’Altar et des tympans de l’auditoire. Incroyable est l’énergie que déploie le groupe sur scène dans la prestance comme dans la volonté. Le vocaliste Julien Truchan, toujours pieds nus, assène au public venu remplir la tente jusqu’au goulot la puissance d’un char d’assaut sous amphétamine. Totalement habité par les morceaux, le vocaliste incarne le propos ultra violent de la musique de son groupe, bien aidé par ses compères de scène, eux-mêmes d’une précision métronomique. Kévin Paradis, de retour dans la tribu de façon permanente, n’a rien à envier à ses prédécesseurs derrière ses fûts. Il se fond à merveille dans la bande de copains – car c’est de cela qu’il s’agit avant tout. C’est probablement ce qui fait la différence entre BENIGHTED et beaucoup de formations. Nous avons d’abord affaire à une belle histoire d’amitié avant d’être une boucherie musicale. Le secret de la réussite sans aucun doute et l’un des grands moments de cette édition. A peine remis de ce déluge de flammes, direction la Warzone non sans faire un petit tour devant la MainstageROSE TATTOO – l’enterrement tente tant bien que mal d’assurer un set assez dérangeant pour celui ou celle qui aime un tant soit peu le rock n’roll des Australiens. Le légendaire Angry Anderson semble vraiment à la peine derrière son micro, usé jusqu’à la corde par le décalage horaire, le trajet en lui-même et très certainement l’abus d’alcool dont il apparaît assez vite que le chanteur semble avoir abusé quelque peu. Tout juste ai-je cru reconnaître Mark Evans, ancien bassiste d’AC/DC (à vérifier), au milieu de cette zone sinistrée, dénuée d’énergie – un comble ! – et de fraîcheur. Malaise. Arrive ensuite le moment qui titillait mon impatience sur l’autre Mainstage, la prestation de CONVERGE – l’interrogation. Les Bostoniens, menés par le chanteur Jacob Bannon et l’ultra talentueux guitariste Kurt Ballou, se retrouvent catapultés sur une scène bien grande, eux qui sont plutôt habitués à se produire dans des espaces plus intimistes. L’impatience mêlée à la crainte du pire étaient donc de mise si bien que ce fut bien vite la déception qui frappa sur mon épaule. La musique apocalyptique du hardcore de CONVERGE n’est déjà pas simple d’accès mais lorsque celle-ci est de surcroît noyée au centre d’un son plus qu’approximatif où la basse écrase tout sur son passage, cela devient très vite cauchemardesque. Incroyable est cette programmation de CONVERGE sur une Mainstage. Le groupe a du mal à occuper l’espace et semble compenser ces conditions de jeu particulières pour lui par une débauche d’énergie pas forcément adéquate, sans succès auprès du public, là où SICK OF IT ALL, en 2016 et sur cette même scène, avait littéralement semé la terreur. Etrange pour ne pas dire énigmatique. Place maintenant au recueillement de votre serviteur. Il est temps d’assister au set de BURNING HEADS – l’émotion sur la Warzone. Plus vus sur scène depuis la sortie de l’excellent album Escape (1999), il me faut avouer que j’attendais fébrilement la prestation des Orléanais. Et je n’ai pas été déçu. Du tout ! Remplaçant les mythiques Américains de 7SECONDS ayant eu la mauvaise idée de splitter en mars dernier, le public n’a rien perdu au change. BURNING HEADS est au punk rock français ce que le CLASH est au punk rock britannique : indémodable, insurpassable et totalement jubilatoire. Superbe accueil, magnifique setlist et membres du combo heureux d’être là. La prestation du groupe m’a transpercé de part en part, m’invitant à revivre au travers de ses chansons une énorme partie de ma vie de jeune homme. Bouleversant, euphorisant, amour, joie, peine, alcool, famille, spleen, deuil et spliff. Merci du fond du cœur de ce joli moment. Discussions animées entre ami(e)s, retrouvailles, rigolades, verres enchaînés et il est déjà l’heure de l’ablation des poumons. SUFFOCATION – le médicament est dans la place et s’apprête à le faire savoir avec virulence. Une puissance phénoménale se dégage de la scène durant la prestation des New Yorkais, toujours menés par l’indéboulonnable Terrance Hobbs à la guitare. Si Mike Smith n’est plus à la manœuvre à la batterie depuis quelques années, il faut bien reconnaître que le tentaculaire et discipliné Eric Morotti parvient à insuffler une démence à la musique écrasante du groupe. Sa précision diabolique conjuguée à l’incroyable et chirurgicale dextérité des autres musiciens laissent pantois. La main droite de Hobbs est toujours aussi hallucinante à regarder, autant qu’à écouter. Le public ne s’y trompe d’ailleurs pas en réservant à SUFFOCATION l’un des plus beaux accueils de cette édition 2018. Une vraie gifle. Allez, un p’tit Suffo et au lit !? Tiens, non. Il reste encore une toute petite chose à voir sur scène. Trois fois rien, juste… NAPALM DEATH – la déception ! Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, impossible d’aller au bout du show des natifs de Birmingham. Une première que j’espère être la dernière. En premier lieu, le son abominablement saturés des overheads de batterie gâche de manière conséquente l’ensemble de la prestation de Shane Embury et les siens. Incroyable de constater que personne ne s’aperçoive de ce genre de « futilité » à la régie ! Si l’on ajoute à cela le jeu vraiment très « sale » du guitariste John Cooke, qui convient fort bien sur les parties les plus punks de NAPALM DEATH mais nettement moins sur les morceaux techniquement exigeants, la sauce devient très, très vite indigeste. Le manque de précision dû à l’absence du guitariste Mitch Harris se fait sentir sur les morceaux les plus ardus du répertoire des Britanniques qui parviennent à me faire partir au bout d’une petite demi-heure. Il a tout récemment été question d’un retour de Mitch au sein du groupe, puis plus aucune nouvelle. Si quelqu’un en sait davantage, qu’il se manifeste sur le champs. Il en sera remercié. Pour l’heure, un peu de repos avant d’attaquer une longue et belle journée du samedi.

CREDIT PHOTO : TAS TOUX

C’est avec les yeux encore collés par la courte nuit et la truffe gratinée par le soleil que je réinvestis le site le lendemain matin pour le premier show d’une nouvelle journée placée sous le signe du hardcore. C’est en effet au pas de course – je crois que c’était celui-là, je ne me souviens plus très bien ; j’avais un guide bien plus téméraire et réveillé que moi – que nous convergeons une nouvelle fois face à la Warzone afin de profiter pleinement du petit groupe qui monte et dont tout le monde parle depuis quelques temps, INCENDIARY – la révélation. Il n’est que 11h00 du matin mais la foule se presse déjà et réserve un accueil des plus chaleureux à un groupe visiblement lui aussi au taquet. C’est bien simple, la demi-heure qui lui est allouée va faire des ravages auprès des convertis et va surtout permettre aux derniers récalcitrants de se laisser cueillir par un set en béton armé. Le vocaliste Brendan Garrone est intenable, scande ses textes avec une conviction non feinte et réveille tout ce beau monde au moyen de titres explosifs, notamment tirés de leur dernière sortie en date, le fabuleux Thousand Mile Stare (2017). INCENDIARY était visiblement très attendu. Le groupe a semble-t-il répondu présent puisque quelques oreilles indiscrètes laissées traînées à droite, à gauche dans la journée ont bien souvent reçu l’information suivante : INCENDIARY est vraiment l’un des groupes dont on va entendre parler dans les années qui viennent et risque bien de marquer durablement les esprits de son empreinte musicale. Petite pause et retour à la même place pour assister à la prestation de GET THE SHOT – la confirmation. Le groupe québécois, mené pour le frontman et bondissant J-P, met un feu de dingue sur la Warzone face à un public désormais totalement réveillé et en alerte. Haranguant la foule et n’hésitant pas à venir se frotter aux premiers rangs pour des sing along ultra puissants, le chanteur n’y va pas à l’économie. Secondé par une formation aux aguets, impossible de résister aux ravages sonores du groupe dont les extraits de l’excellent dernier album en date Infinite Punishement, paru l’an dernier, sont autant de missiles balistiques. Superbe accueil et énorme groupe, quoiqu’en pensent certains. TURNSTILE – l’accomplissement investit la scène en milieu d’après-midi et va délivrer un show d’une rare puissance. Durant presque 50 minutes, le gang de Baltimore va s’employer à faire chavirer le public dans une douce folie, grâce à un Brendan Yates absolument in-te-na-ble derrière son micro, descendant de scène pour se mêler aux premiers rangs du pit, n’hésitant pas à se jeter dedans ou à escalader un des pylônes métalliques de la scène, se retrouvant par la même à plusieurs mètres du sol, sous les yeux quelques peu hagards du staff de sécurité qui se demande très certainement comment gérer un tel énergumène. Un show gigantesque comme l’est le groupe, énergique à l’image de son bassiste « Freaky » Franz Lyons et indomptable comme l’est Brendan Yates. Savoureux ! Lorsque que l’on a vu sur le running order du Hellfest la durée de jeu allouée à TERROR – l’inquiétude, la crainte fut de mise. Car s’il est une très mauvaise habitude prise par les natifs de Los Angeles, c’est de presque systématiquement écourter le temps de jeu qui leur est imparti selon le bon vouloir du frontman Scott Vogel, quelques couacs plus ou moins récents ayant parfois calmé les ardeurs de leurs fans. 50 minutes de jeu leur sont réservées. L’hallucination totale ! Comment TERROR va-t-il gérer ce temps de jeu pour lui délirant ? Tandis que la sono n’en fini pas de faire patienter le public qui, on s’en doutait un peu, commence à bouillir et à siffler, le groupe se présente sur scène côté cœur et attend. Les minutes s’égrènent. Vogel n’hésite pas à rester planter comme tel, tout en regardant la montre sur le poignet de son voisin. Ambiance. Au bout d’un petit quart d’heure d’attente, le show démarre enfin et là, c’est la claque. Certes, TERROR insupporte par ses mauvaises manières affichées ostensiblement mais niveau boucherie, il fait le job. Et même plus que ça ! C’est à un ravage total de la Warzone auquel le public va assister. De One Of The Underdogs (2004) à The 25th Hour (2015), TERROR va surchauffer un pit déjà en feu et en furie. Martijn, vocaliste de NO TURNING BACK, fera même une petite apparition durant « Keep your mouth shut ». Un excellentissime concert de TERROR qui partira sous les acclamations amplement méritées du public… avec 5 minutes d’avance ! 15 + 5 = 20 minutes de moins. 50 – 20 = 30 minutes de jeu réel. « Le compte est bon, mon cher Bertrand !  Nous passons à un petit coup de lettres. Elles sont au nombre de 4 : N-Y-H-C… ». MADBALL – la force tranquille prend possession des lieux pour une prestation à l’image de sa stature : directe et précise. Forts d’un nouvel album tout fraîchement sorti, For The Cause, les légendaires New Yorkais, drivés par l’infatigable Freddy Cricien et l’incontournable Hoya Roc, assènent uppercuts sur crochets du gauche à un pit qui les lui rend coups pour coups. MADBALL a mitonné pour ses fans une setlist aux petits oignons, alternant des titres issus de presque toute sa discographie, seul l’album Empire (2010) ne se voyant pas représenté. Difficile dans ces conditions de faire la fine bouche, d’autant que l’ami Cricien y va également de ses petites retrouvailles au plus près de ce public qui l’accueille à bras ouverts. Derrière lui, ça joue bien et c’est valeureux. Le guitariste Brian « Mitts » Daniels ayant quitté le groupe récemment, c’est Dominik Stammen – transfuge de BORN FROM PAIN – qui assure le boulot, très correctement du reste, même si l’on sent une pointe de timidité toute compréhensible. Gageons que l’avenir lui donnera le poids nécessaire pour s’affirmer davantage. La soirée est déjà bien lancée lorsque déboule sur scène HATEBREED – la kermesse. Entendons-nous bien : la performance musicale du groupe n’est absolument pas à remettre en cause, loin s’en faut, mais quelque chose semble épuisé dans ce groupe. Difficile dès le départ de mettre des mots sur ce qui se déroule sur scène mais la même sensation que lors du show vu l’an passé en région parisienne va assez rapidement poindre dans mon esprit. HATEBREED ne semble plus avoir la flamme. Le groupe déroule son set, le fait d’ailleurs fort bien, mais tout ceci sent le réchauffé, la passion paraît lointaine. On ressent une forme de posture, d’obligation. L’urgence n’y est plus. La faute à quoi ? A qui ? Délicate réflexion. Probablement un peu de routine pour un groupe qui a largement perdu de sa superbe sur album, peu voire pas de prise de risque au vu de sa notoriété mais surtout un Jamey Jasta qui semble s’éparpiller depuis de longues années maintenant à droite, à gauche. Entre ses activités de producteur, ses nombreux projets parallèles, sa carrière solo, son podcast « Jasta Show », ses featuring permanents, Jasta semble s’être reconverti en véritable v.r.p du hardcore. Le frontman est en « mode représentation » de HATEBREED ; il ne vit plus son groupe, n’en étant désormais que la vitrine. Le seul problème est qu’une vitrine ne sert à rien d’autre qu’à séparer le travail minutieux de l’artisan du passionné. Dommage, surtout après des prestations aussi tuantes que celles auxquelles il a été donné d’assister depuis le début de la journée. L’écart se creuse indéniablement. D’autant que CRO-MAGS – la madeleine de Proust est à suivre et va asseoir votre serviteur comme l’a fait BURNING HEADS la veille. Difficile de ne pas se sentir concerné par un nom aussi prestigieux que celui du gang de John Joseph. Alors bien-sûr Harley Flanagan n’est plus là, Parris Mayhew et Doug Holland non plus, mais nous avons rien de moins que l’immense Mackie Jayson à la batterie sous le nez. Et rien que pour ça, la soirée est une jubilation totale. Car il faut voir une fois dans sa vie Mackie jouer de son instrument pour se sentir immédiatement pousser des ailes. Le gaillard possède l’une des frappes les plus puissantes du circuit à n’en pas douter ! Il suffit de le regarder attaquer l’intro de « We Gotta Know » pour en rester bouche bée, Jayson jouant quasiment debout pour bien appuyer ses pêches grosse caisse/cymbales. Quelle mule ! C’est absolument titanesque. Mackie Jayson fait partie de la catégorie des batteurs en voie d’extinction. Hélas… Pour le reste, c’est aussi du tout bon même si la setlist pourrait davantage s’ouvrir sur le reste de la discographie du groupe. Nous aussi on adore BAD BRAINS mais peut-être ne jouer qu’une seule des deux reprises – « Attitude » par exemple – et remplacer l’autre par « Eyes Of Tomorrow »… totalement au hasard ! Une fin de set bien abrupte puisqu’elle verra le groupe partir immédiatement après « Hard Times » et un simple « thank you, goodnight ! ». Et sinon John, BLOODCLOT sur scène, c’est pour quand ? Il est maintenant plus de 02h00 du matin, direction le torchon pour y mettre la viande. « MACKIE M’A TUER… »

CREDIT PHOTO : ImmortalizR

Une dernière journée placée sous le signe de la douceur puisque le premier groupe du jour qui m’attire joue aux alentours de 16h40 et se nomme ACCEPT – la rigueur. Autant l’avouer d’entrée de jeu, je ne connais rien du tout d’ACCEPT depuis l’album Russian Roulette (1986) et le double album live qui a suivi en 1990, Staying A Life. Dans ces conditions, je ne m’attends pas à grand chose de la part des Allemands et viens me placer pas trop mal face à la Mainstage sur laquelle les musiciens prennent place. Rien à signaler chez les Teutons. Tout est en place, très carré et l’interprétation des nouveaux titres – que je ne connais pas – semble satisfaire un public paraissant avoir un peu de mal à se réveiller en ce dernier jour de festival. Le vocaliste Mark Tornillo fait le job, ni plus ni mois, ne dénaturant pas plus que cela les classiques de l’ère Dirkschneider tout en parvenant à maintenir un niveau d’attention relativement satisfaisant lors de ses propres compositions – qui m’ont par ailleurs plutôt donné envie de me replonger dans Metal Heart (1985),  Balls To The Wall  (1983) ou Restless And Wild (1982). Un show sympathique pour lequel on aurait préféré davantage de panache et un peu moins de pilotage automatique. Nouvelle pause rafraîchissante en attendant MEGADETH – la circonspection. Avec une setlist des plus intéressantes, la bande à Mustaine parvient malgré tout, à l’instar d’ACCEPT quelques minutes plus tôt, à plonger votre serviteur dans un sentiment mitigé. Certes les énormes problèmes de son en début de set – sur l’inespéré « Rattlehead », en ouverture de surcroît ! – n’ont pas aidé le groupe à agripper totalement le public d’entrée de jeu mais il est aussi nécessaire de reconnaître que le groupe commence sérieusement à faire son âge et que le guitariste Kiko Loureiro, seul, ne parvient pas à occuper l’espace scénique de manière satisfaisante. Dave Mustaine reste arc-bouté sur son pied de micro, derrière ses cheveux masquant plus que jamais son blafard visage d’où provient une voix très légèrement capricieuse. David Ellefson fait ce qu’il peut pour sauver les meubles en terme de présence mais rien n’y fait. Tout ceci manque un peu de volonté et affiche même un soupçon de désinvolture. Pourtant, ça joue très bien – heureusement du reste ! Mais l’image d’un groupe vieillissant subsiste dans un coin de tête malgré quelques jolis brûlots sortis de derrière les fagots tels que « My Last Words » et « The Conjuring ». MEGADETH sur scène en 2018 et l’on comprend immédiatement mieux pourquoi SLAYER décide d’en rester là à l’issue de la tournée à venir. Par curiosité, je décide de me diriger une nouvelle fois vers la Warzone afin d’assister à la prestation de BACKYARD BABIES – la surprise. Voilà un groupe que je connais assez mal, ne possédant qu’un seul album Making Enemies Is Good (2001), et c’est à un excellent groupe de scène auquel je fais face. Avec zéro prise de tête et une belle volonté affichée de s’amuser, le groupe n’est là que pour une chose : partager son rock n’roll savamment étudié avec le public qui d’ailleurs ne s’y trompe pas, réservant un très bel accueil aux Suédois. Un peu surlookés mais pas plus que certains de leurs confrères, les membres de BACKYARD BABIES laissent tranquillement les coreux de la Warzone venir à eux, sans précipiter les choses, avec patience et sûrs de leur affaire. En 50 minutes, l’affaire est entendue et le set semble avoir remballé la machine. Bravo à eux ! Reste le gros du gros pour terminer cette édition 2018, la tête d’affiche que tout le monde veut voir : IRON MAIDEN – le cirque Pinder. Comment résumer en quelques mots l’impression que le groupe m’a laissé ? IRON MAIDEN est (re)devenue une énorme machine sur scène, sans doute plus encore que durant ce que les plus amateurs du groupe surnomment « l’âge d’or » du groupe – pour faire simple, la période 1980-1988. En ces temps bénis, IRON MAIDEN offrait à son public un savoir-faire unique, élaboré sur la base de disques imparables, de tournées incendiaires, de titres épiques dont lui seul semblait posséder la potion magique ou de morceaux directs et sans limites. Durant cette (presque) décennie, IRON MAIDEN était sur le toit du monde. D’aucun aurait pu dire que c’était trop. Non, de mémoire de vieux croûton, le cas MAIDEN et les discussions relatives au groupe allaient presque systématiquement dans le même sens : gigantesque, insurpassable et tellement singulier. C’est bien simple, il y avait le heavy metal et il y avait IRON MAIDEN. Il y avait le thrash, le glam, le hard rock et il y avait IRON MAIDEN. Le groupe ne proposait que de l’exceptionnel ou au pire du pire de l’excellent. Chaque illustration de Derek Riggs était un chef d’oeuvre que le fan lambda prenait des heures à admirer. Peu ou pas de produits dérivés, d’ignobles poupées à l’effigie de ce pauvre Eddie The Head qui n’a d’ailleurs plus jamais retrouvé de sa superbe depuis Seventh Son Of A Seventh Son (1988), de statuettes ridicules ou de tee shirts immondes à profusion pour faire casquer le fan. IRON MAIDEN était unique, ne sortait qu’un seul live en 1985 – et quel live ! 30 ans plus tard, IRON MAIDEN est devenu une attraction, une énorme machine à cash sans queue ni tête (sans doute la plus lucrative avec celle de KISS). Plus de souvenirs réels, que du virtuel. Un disque studio – pas toujours très bon, une tournée, un DVD, une réédition abusive. Puis rebelote. Une compilation opportuniste – pas toujours utile, une tournée puante de facilité artistique car jouant sur la nostalgie de bas étage, un DVD, une réédition encore plus abusive. Et ainsi de suite jusqu’à l’écoeurement. Ce qui faisait tout le charme d’IRON MAIDEN a totalement disparu depuis bien longtemps, sa singularité avec. Aussi, lorsque le nom de la tournée fut dévoilé, « Legacy Of The Beast », conjointement à la sortie d’un nouveau jeu vidéo du même nom – tiens, un énième produit dérivé, l’idée de revoir le groupe refourguer une nouvelle fois ses vieilles recettes ne m’inspira pas plus que cela. Pourtant je suis face à la Mainstage à 20h30, devant laquelle la foule maintenant se (com)presse durant « Doctor, Doctor » de UFO. Et puis voilà que déboulent sur scène les musiciens avec en point d’orgue l’arrivée de Bruce Dickinson flanqué d’un bonnet d’aviateur. Pourquoi pas ? « Aces High » est joué un tantinet en sous-régime tandis que Steve Harris semble désormais de plus en plus statique. Jannick Gers n’a semble-t-il toujours pas trouvé sa place au sein du groupe pendant que Dave Murray, jovial comme de coutume, n’est pas non plus devenu une bête de scène. Le kit de Nicko McBrain est pour le moment invisible, caché par des bâches aux couleurs militaires. Et puis il y a Dickinson. Le cas Dickinson. L’homme n’a probablement jamais aussi bien chanté sur les planches ce qui, compte tenu du mal qui le rongeait il n’y a pas si longtemps encore, relève de l’exploit total. Incroyable ce que ce garçon peut encore envoyer, c’en est ahurissant. Mais à vouloir en faire trop scéniquement parlant, on frise parfois le ridicule lorsque l’on ne rie pas à gorge déployée. A ce titre, prenez le temps de visionner « The Trooper » sur une plateforme en ligne – ou attendez sereinement la sortie probable (!) du 129ème et « tout nouveau » DVD retraçant la tournée. Benny Hill n’aurait pas mieux fait. Les stratagèmes utilisés par le vocaliste pour illustrer les chansons semblent n’être qu’un palliatif au manque de présence scénique de ses compères, auxquels rien ne peut être reproché, mais la ficelle paraît un peu grossière. Le lance-flammes sur « Flight Of Icarus », les accessoires et la prestation quelque peu « habitée » – avec accoutrement de rigueur – sur « Fear Of The Dark » ou la croix lumineuse sur « Sign Of The Cross » avec un Dickinson au summum de l’exagération, autant d’artifices camouflant assez mal une prestation qui a tout du best of mais dont les exécutants, eux aussi malheureusement, ont pris de l’âge et ne parviennent plus à faire illusion dès lors que l’on détourne les yeux des gadgets mis en place. Alors bien-sûr, tout le monde y trouvera son/ses moment(s) de surdose de plaisir mais pour ma part, je préfère garder mes magnifiques souvenirs scéniques intacts, en me repassant Killers (1981) ou Somewhere In Time (1986) et en laissant le groupe que j’ai tant aimé dans ma jeunesse se loger dans le tiroir douillet de mes tendres années.

CREDIT PHOTO : NICKO GUIHAL

Une nouvelle fois le Hellfest a tenu toutes ses promesse et l’on en vient à se demander ce qui pourrait enrayer la machine pour sa 14ème édition. D’autant que quelques noms ont déjà été divulgués tels que ceux de CARCASS, MASS HYSTERIA ou encore MANOWAR et SLAYER. Ces deux derniers effectueront probablement la dernière date française de leur carrière. Un immense merci à l’organisation qui s’est une fois de plus montrée à la hauteur des attentes du public, aux bénévoles sans lesquels rien n’aurait été possible, à tout le staff présent et aux coordinateurs de tous poils de ce moment unique dans l’année.

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