HELLFEST 2017 – 1/2 : Quand distinction rime avec passion

En 2017, le Hellfest est devenu une institution française autant qu’européenne et mondiale. A travers la décennie écoulée, la réputation attachée à l’association de loi 1901 n’a fait qu’accroître au point qu’un prétendant au trône a fait son apparition dès 2016, d’abord en proche banlieue parisienne avant d’atterrir sur une base militaire à peine plus éloignée de la première édition. Perçu comme un OVNI dès l’annonce de sa tenue l’an passé, cet outsider, bénéficiant d’un puits financier sans fond renforcé par des dirigeants probablement attirés par ce courant alternatif devenu plus fréquentable que par le passé, a tôt fait de construire son nid dans le paysage musical français, se permettant de bousculer sur son propre terrain le successeur du Furyfest en piquant ce dernier au vif au point de relever le challenge ainsi proposé. Certes, il y a de la place pour tout le monde mais l’arrivée de cet autre événement métallique en terres parisiennes a suscité un regain d’intérêt des professionnels comme des festivaliers forçant certains à en établir une comparaison hasardeuse avec son homologue de Clisson. Que ce soit en termes de programmation, d’approche artistique ou de fonctionnement interne, les deux festivals n’ont de points communs que quelques groupes en tournée au même moment dans un périmètre européen saturé d’événements estivaux en tout genre.

Crédit photo : Hélène Drouot

A bâbord, la programmation du Hellfest est à l’image du fondateur de ce dernier, Benjamin Barbaud. Punk un jour, punk toujours, le parti pris du fondateur clissonais et de ses équipes a toujours été de faire jouer un nombre conséquent de formations, de la plus importante ou culte (ou les deux comme ce fut le cas cette année avec AEROSMITH), à la plus modeste mais pas moins intéressante, comme c’est le cas chaque année depuis ses origines en 2002. Un sacerdoce artistique tout à l’honneur du Hellfest qui prévaut sur beaucoup d’autres aspects purement mercantiles dont la facilité à tirer les ficelles est maintenant coutumière. Lorsque les équipes de monsieur Barbaud offrent les scènes de leur festival aux groupes modestes ou nettement moins médiatisés afin d’en faire découvrir les saveurs au public, beaucoup de ses collègues européens sont souvent happés par la facilité des grands noms. Cette intégrité artistique est à saluer comme il se doit tant il devient de plus en plus aisé de glisser vers les abysses du profit à tout prix à l’heure du tout facile, tout prendre et tout jeter. A tribord, la programmation du Download, puisque c’est de lui qu’il s’agit, se veut un peu plus dans l’air du temps, notamment cette année. Lorsque le Hellfest accueille en son sein AEROSMITH, DEEP PURPLE, AGNOSTIC FRONT ou TRUST parmi ses têtes d’affiche, le Download attire dans son panier BLINK-182, LINKIN PARK, GREEN DAY ou SYSTEM OF A DOWN visant logiquement un public dont la tranche d’âge oscille probablement entre 35 et 40 ans. La variété d’une programmation est un plus indéniable pour tout amateur de découvertes musicales. Délicate est la mission du Download dans ces conditions puisqu’il n’achemine « que » 55 formations dont plus de la moitié est connue de tous ou presque – il est ici fait référence uniquement de popularité ; en aucun cas il n’est question de qualités artistiques ou musicales.

Crédit photo : Hélène Drouot

Avec ses 159 groupes à l’affiche sur une durée équivalente de 3 jours, le Hellfest est en mesure une nouvelle fois cette année de surprendre son auditoire avec de vraies découvertes pour une grande partie du public, appréciant cette diversité de l’offre proposée et mettant en lumière par là même le tremplin nécessaire à un nombre non négligeable de formations pour lesquelles il n’est pas forcément évident de se produire tous les week-ends devant tant de monde, ou même un quart dans certains cas. Deux visions différentes mais pas moins intéressantes pour tout amateur de rock en recherche d’adrénaline. La spécificité de chacun des deux événements promet à ceux qui y assistent de passer un excellent moment en suivant au fil des ans les changements, améliorations ou dégradations des conditions de vie commune du festival breton comme de son cousin parisien.

Crédit photo : Hélène Drouot

Ce qui vaut pour le festivalier lambda vaut aussi pour le journaliste, le photographe ou le chroniqueur en herbe car en 2017 quelques changements ont été apportés au carré presse pour un meilleur équilibre et une fluidité accrue de tous. A l’inverse des éditions précédentes, la « Hellfest Press Area » est cette fois judicieusement placée dès l’entrée du site, facilitant ainsi l’accès des rédacteurs de tout poil aux cabines d’interviews, bornes wifi et autres points de rendez-vous. Un plus très appréciable pour votre serviteur du week-end tandis que le carré VIP est lui resté à sa place traditionnelle face aux Mainstages. Alors que ce dernier était surplombé l’an passé d’une tyrolienne qui fit le bonheur d’un nombre incalculable de courageux festivaliers, la surprise de constater qu’en 2017 l’attraction a disparu est de taille, la déception de certain(e)s n’en étant que plus cruelle. Peut-être est-ce dû à un souci de sécurité ou à une peur de se faire déborder par la demande, toujours est-il que le public se contentera de la traditionnelle grande roue qui, avouons-le d’emblée, n’a pas désempli un seul instant. Des surprises, il y en aura également s’agissant des espaces de ravitaillement vitaux. L’eau mise à disposition est prise d’assaut par le peuple du Hellfest, la canicule pourtant annoncée dans les médias n’ayant eu d’autre effet que de rallonger les longues files d’attente. Conséquence hélas prévisible et malheureuse, le troisième jour verra le rationnement du précieux liquide ; ce faisant les jets d’eau chargés de rafraîchir le public disparaîtront également. Après le feu, la boue, le vent et la pluie, les équipes de Benjamin Barbaud doivent désormais faire face à un nouvel invité potentiel dans les années à venir : la chaleur extrême. Nul doute que ces passionnés devenus professionnels sont déjà en train de travailler à ce « chantier » pour le moins vital à toutes et tous. Pas une mince affaire, quand on y pense. Peut-être cette idée lumineuse de « Hellfresh », enclos situé à l’ombre non loin de la Warzone dont les parois rejettent une pluie très fine et rafraîchissante, est-elle providentielle, disséminée à quelques endroits stratégiques du site ? A suivre…

Crédit photo : Hélène Drouot

Autre déception pour certain(e)s, la nourriture et sa qualité. Si des efforts ont été apportés à ce sujet au fur et à mesure des éditions successives, difficile d’y trouver son compte en terme de qualité gustative (si l’on pousse la comparaison avec le Download plus avant), d’innovation ou des sempiternelles heures de pointe voyant les pauvres restaurateurs totalement débordés devenant, et on veut bien les comprendre, parfois irritables. Si les éternels burgers et kebabs sont bien présents avec leur lot de tout ce qu’ils comportent comme qualités nutritionnelles ou gustatives (!), il est possible de déplorer (un peu) le manque d’audace (beaucoup). Après tout, ce que l’on vient chercher au Hellfest c’est du gras et du lourd !? Certes, mais un soupçon d’aplomb culinaire supplémentaire serait le bienvenu pour satisfaire davantage les végétariens par exemple (« Hellfood report » par notre envoyé spécial culinaire Sylvain ici 🙂 ) ou les amateurs de rosé pamplemousse qui ne se sont pas encore remis de la disparition aussi discrète que terrible de leur nectar favori. La goulasch oui, le rosé pamplemousse aussi ! Dans un même ordre d’idée, l’apparition d’un comptoir servant du thé glacé ou des jus de fruits frais élaborés sous les yeux serait un énorme plus, surtout en période de fortes chaleurs.

Autre motif de satisfaction, la plateforme PMR (personnes à mobilité réduite) montée cette année juste en dessous du carré VIP, face aux Mainstages, a semble-t-il été fortement appréciée par les personnes tributaires de ces espaces. A noter que les plateformes PMR, y compris face à la Valley, l’Altar et la Temple étaient munies de petites lumières judicieusement placées permettant une accessibilité sans faille pour toutes et tous. Ils ont décidément tout prévu cette année, et encore une fois bravo à eux, sauf… l’imprévu désolant d’une mauvaise blague à l’épilogue heureux. Explication :

Crédit photo : Hélène Drouot

Le samedi soir, durant le show d’AEROSMITH, une photographe un brin téméraire, venue sur son fauteuil roulant, s’est levée de ce dernier afin d’effectuer quelques clichés malgré la fatigue due à sa maladie. Prise dans l’ambiance par son envie de faire « THE » photo, la courageuse artiste prévient l’homme de sécurité de son retour imminent, sollicitant par là-même le monsieur à gilet de veiller sur son précieux fauteuil. Oui mais voilà. Entre le départ de la photographe et son retour, les équipes de sécurité ont effectué la relève, le collègue du premier n’étant pas prévenu de la lourde tâche que lui avait incombé notre amie photographe. Un petit malin se faisant passer pour le propriétaire du fauteuil décide d’aller faire du cross avec ses copains, laissant penser au malheureux agent de sécurité qu’il en était le propriétaire. La suite, vous la devinez déjà. Fauteuil disparu, sécurité totalement déconfite face à la détresse de la photographe pour qui ce satané fauteuil roulant est indispensable afin de poursuivre le plus sereinement possible SON festival, celui dont elle attend impatiemment le déroulé depuis des mois. C’est dans ce contexte particulièrement angoissant pour tout le monde qu’il faut saluer le travail admirable et le professionnalisme des équipes de sécurité du Hellfest ! Repartie bredouille le samedi soir tant bien que mal sans son fauteuil roulant, notre intrépide photographe de retour sur le site le dimanche après-midi eut à patienter à peine moins d’une heure avant que son sésame roulant ne lui fut restitué, l’information ayant tellement bien circulé depuis la veille au soir que tout un chacun au sein des équipes réparties, et ce dans tous les périmètres du site, s’est senti concerné et a pris cette mission de recherche très à cœur. Voilà pour l’anecdote (un peu longue je vous le concède) mais saluons ici l’organisation, la gentillesse et le professionnalisme de ces équipes dévouées corps et âme au bien-être de leur hôtes. D’aucun pourrait prétendre que c’est normal, c’est leur travail. Pour avoir été présent au moment des retrouvailles du fauteuil et de sa propriétaire, impossible de décrire les yeux de notre photographe dès réception de son bien. Un amalgame d’émotions si fortes qu’elle en a perdu presque la parole (elle qui d’habitude n’en manque pas !), les yeux embués car toute chamboulée d’avoir récupéré son bien qu’elle pensait disparu pour de bon, avec toutes les complications que cela engendrerait. C’est en vivant ce genre d’intensité émotionnelle que l’on se rappelle pourquoi nous sommes sur Terre. Le plus beau moment du Hellfest 2017 à n’en point douter. Que nous soyons musicien, chroniqueur, photographe, rockstar ou dame-pipi, nous ne sommes que des êtres humains, faits de chair, de sang et d’eau. Beaucoup d’eau même. Mais n’oublions pas d’où nous sommes, où l’on va et ce que nous valons. Tout s’achète, tout se vend mais le caractère humain n’a pas de prix. Aucun. Jamais… Améliorons notre capacité à voir, entendre et surtout comprendre l’autre pour en discerner les contours, d’abord un peu flous, mais tellement passionnants ensuite lorsque l’on se donne la peine de faire le point. Le point sur nous-même bien-sûr ; sachons nous connaître d’abord, puis nous apprivoiser. Changeons d’objectif si nécessaire, ajoutons-y un grand angle, les filtres nécessaires et enfin nous pourrons nous retourner sur la photographie de notre vie. D’une netteté et d’un caractère singulier, le réglage du diaphragme de ce Hellfest 2017 sera gravé dans notre mémoire pour l’éternité.

Crédit photo : Hélène Drouot

Par delà tous les ressentis, ce Hellfest 2017 a pris cette année des allures de test. Bien-sûr l’arrivée d’un nouvel événement de cette envergure met un sacré coup de pied à Benjamin Barbaud et ses amis mais cette compétition, aussi saine soit-elle car il ne faut jamais oublier qu’il y a de la place pour tout le monde, ne doit pas faire oublier une chose. Ce cru 2017 a rassemblé plusieurs têtes d’affiche similaires, ce que l’on peut comprendre au vu des tournées des groupes et des emplois du temps de chacun, mais là où réside une forme de danger pour le Hellfest, si danger il y a, serait de se laisser surprendre par la désaffection à plus ou moins long terme des formations majeures qui trustent le haut des affiches depuis plusieurs éditions. AEROSMITH et DEEP PURPLE cette année, TWISTED SISTER l’an passé, BLACK SABBATH un an auparavant… Les grosses machines à jauger vieillissent, prennent leur retraite avec plus ou moins de sérieux, ce qui entraînera tôt ou tard un net durcissement de la situation. En se projetant dans cinq ou six éditions, difficile d’imaginer le site archi bondé comme en 2015 par exemple avec des groupes de cette nouvelle génération, bien loin des capacités d’émeute en termes de réservation de pass 3 jours comme ce fut le cas une nouvelle fois pour celle-ci. La bande à Benjamin Barbaud se doit de pérenniser son festival en trouvant dès aujourd’hui la parade de demain sous peine de voir ce merveilleux événement ne devenir que l’ombre de lui-même à plus ou moins long terme, ce qui décevrait tellement de monde. SLAYER, ANTHRAX, MEGADETH, IRON MAIDEN, AGNOSTIC FRONT, SAXON et bien d’autres sont plutôt en fin de carrière. Au Hellfest de réussir le pari de renouveler son affiche pour aller toujours plus loin et toujours plus fort. Pas simple mais c’est bien là tout le mal que Pré en Bulle souhaite à Benjamin Barbaud, ses lieutenants et ses fidèles.


Un immense merci à Benjamin Barbaud de son accueil, de ses équipes adorables, aux bénévoles, à Sylvain de son aide précieuse, à Yoann, Franco et JP, à Claudia de son accueil à La Clef du Bonheur, à Anne d’être, à Sébastien, à Christophe Z de rester ce qu’il est, et enfin à Apolline ainsi qu’ Arno et son épouse (Félicitations !) de leur gentillesse.

Crédit photo : Hélène Drouot
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