Heart Sound Metal Fest 2017 : Un cri du coeur

« J’ai la rate, qui s’dilate / J’ai le foie, qu’est pas droit / J’ai le ventre, qui se rentre / J’ai l’pylore, qui s’colore […] Ah ! bon Dieu ! qu’c’est embêtant d’être toujours patraque, Ah ! bon Dieu ! qu’c’est embêtant je n’suis pas bien portant. »

Je n’suis pas bien portant – 1932, Gaston Ouvrard (1890 – 1981)

Crédit photo : Hélène Drouot

Sur une musique de Vincent Scotto, ce brave Gaston Ouvrard ne se doutait pas que sa chanson ininterprétable pour beaucoup serait à ce point d’actualité à Sucy-en-Brie en 2017. Lorsque musique, hardcore / métal de surcroit, et prévention cohabitent, le fait est suffisamment rare pour être souligné. A bien y réfléchir, il n’y a guère qu’un ou deux charlatans en circulation dans le microcosme musical français, confondant prévention thérapeutique et fonds de commerce, mais dans l’ensemble rien de tangible à signaler. Une démarche que nous saluons donc comme il se doit. Le Heart Sound Metal Fest se tenait le samedi 1er avril 2017 au sein de l’Espace Jean-Marie Poirier dans cette petite banlieue cossue du sud-est parisien. Idéalement situé en plein centre-ville, à quelques mètres du RER A et à quelques encablures seulement de la nationale 19, cet espace dédié pour un jour aux musiques dites extrêmes offre un visage des plus radieux aux spectateurs qui ont fait le déplacement. Affiche alléchante, équipe de bénévoles aux petits soins pour tout le monde, stand de prévention dédié à la sensibilisation à la lutte contre la leucémie, merchandising très correctement présenté pour chaque groupe à l’affiche, cette troisième édition du festival, après un an d’absence, se présente par la tête avec un accouchement sans péridurale en point de mire. Dans une très sympathique salle / amphithéâtre, les groupes vont enchaîner leur prestation sans temps mort et un discours sur lequel nous reviendrons s’y tiendra dans un bon état d’esprit. Pour l’heure (Ndr : 15h00), il s’agit de pénétrer dans la salle et de se diriger vers le bar pour détendre son gosier, son foie et son estomac. L’effet « milieu d’après-midi » a-t-il favorisé le fait mais nous ne sommes absolument pas fouillés à l’entrée de l’Espace Jean-Marie Poirier ce qui, par les temps qui courent, est peut-être un peu léger. Pas que le Pré soit déstabilisé ou paniqué, bien au contraire, mais un renforcement des mesures de sécurité aux entrées et sorties eut été un brin bénéfique dès l’entame de ce festival dont l’accessibilité ressemble pour l’instant à une passoire. Il fait très beau ce samedi, limite chaud, l’heure étant désormais à l’hydratation des cellules, place est prise dans la petite file d’attente du bar qui propose pour un prix assez modique boissons et sandwiches, y compris végétariens, au public déjà en nage après la prestation de EXCEPT ONE.

Except One – Crédit photo : Hélène Drouot

Le quintet parisien propose un métal très moderne qui, s’il n’est pas révolutionnaire, se tient parfaitement sur cette scène grâce notamment à cette chanteuse outrageusement maquillée, Estelle, qui propulse les titres de ses deux EP, O.M.N.I. #1, Objet Musical Non Identifié, et Haunted Humanity paru quant à lui l’an dernier. Jolie prestation pour débuter le festival et accueil des plus sympathiques de la part d’un public encore un peu mou à cette heure de l’après-midi.

Make Me a Donut – Crédit photo : Hélène Drouot

Petite promenade et découverte plus avant des lieux. Une terrasse avec vue imprenable sur le splendide Parc Montaleau sous ce ciel bleu azur donne un petit air de vacances aux festivaliers qui multiplient les allers-retours entre le bar et cet endroit idyllique parsemé de transats dont chacun a pu profiter à sa guise au moins une fois durant la durée des festivités. Retour aux affaires dans une salle où les boissons sont interdites excepté les bouteilles d’eau pour une découverte assez redoutable en la présence de MAKE ME A DONUT. N’ayant jamais entendu une seule note de ce groupe suisse, difficile de se faire une idée globale de l’œuvre du groupe mais à première vue, les guitares à sept et les basses à six cordes sont de sortie, ce qui laisse à penser que l’on a affaire à un groupe qui joue plutôt bien. Et c’est le cas ! Soyons très clair, ils avoinent pendant la demi-heure qui leur est accordée, sans complexe et en toute décontraction. Le son puissant et clair, bien qu’un poil clinique, permet de découvrir un groupe aux influences aussi variées qu’intéressantes provenant du jazz, du gros deathcore et probablement un peu de neo-metal aux entournures. Avec quelques mélodies certes un peu sur-entendues mais toujours efficaces, le set des Suisses s’avère passionnant d’un bout à l’autre et la découverte donne envie d’en savoir un peu plus sur cette formation dont le batteur fait forte impression. Un très bon moment.

Kadinja – Crédit photo : Hélène Drouot

Place nette est désormais faite pour accueillir KADINJA, formation parisienne proposant une musique directement dans l’air du temps, ce qui laisse l’auditeur que le Pré demeure un peu sur le bord de la route. Rythmiques saccadées, double pédale propulsée en guise de fond sonore quasi permanente, KADINJA ne fait pas frémir votre serviteur, probable faute à imputer à la musique, la personnalité et la voix du chanteur paraissant interchangeable avec une bonne dizaine d’autres formations. Dommage, car ça joue bien, cependant le manque de personnalité dans ce son aseptisé et ces compositions par moment évidentes laissent l’auditeur sur Terre. Impossible d’être embarqué pour un Pré peut-être un peu trop vieux.

Retour en promenade devant les différents stands de merchandising sympathiquement proposés lorsque soudainement l’attention est captée par un enclos drapé de noir en son fond et infranchissable de par une étrange grille. Après une tentative désespérée d’en savoir plus sans aide aucune, la question est timidement posée à la jolie demoiselle qui seconde son fiancé à l’entrée de cet étrange cirque à ciel presqu’ouvert. Moment rigolo et bonne action sont les mots-clés de cette initiative bienheureuse. Le but en est fort simple : le fiancé, photographe, vous tire le portrait pour une somme dérisoire pour certains (mais pas tant que ça pour d’autres), avec vos amis, votre concubin(e) ou votre honte, le cliché faisant office de chouette souvenir du festival et votre don s’ajoutant à la cagnotte généreusement récoltée au bénéfice de l’association « Ensemble contre les leucémies », partenaire évident de ce beau combat dont les difficultés quotidiennes à sensibiliser la population nous seront commentées un peu plus tard par le président de l’association lui-même, Roland Rab, épaulé par le témoignage émouvant d’un généreux donneur de moelle osseuse. Petite parenthèse d’un vieux monsieur qui ne fait que tourner en rond dans son pré mais dont le sang n’en a fait qu’un à la vue de certain(e)s festivaliers se lever, par grappes entières dans certains cas, sans aucune honte, accompagné d’un mépris déplacé durant l’intervention du président Rab. Corroborant un manque d’éducation sévère doublé d’une effrayante immaturité, nous vous prions d’avoir l’extrême obligeance de garder en mémoire que le respect du discours d’un homme combatif et généreux aura bien plus de valeur que toutes vos bières, vos cris, votre désintérêt pour autre chose que vos selfies et votre satanée page Facebook. Vous pouvez multiplier vos déguisements en cuir noir et rouge tout en changeant la couleur de vos cheveux tous les quatre matins, vous ne serez toujours que d’égoïstes mortels sans foie, ni cœur, ni moelle osseuse apparemment. Il ne restera de vous que des mots pour des hommes sans parole. Ce qui va sans dire va encore mieux en le disant ! Parenthèse fermée.

Atlantis Chronicles – Crédit photo : Hélène Drouot

Retour à la musique avec la prestation d’ATLANTIS CHRONICLES et son death metal technique aux fières allures progressives. Muni d’un dernier opus paru l’an dernier chez Apathia Records, « Barton’s Odyssey », le quintette parisien actuellement en pleine tournée de promotion de cette torpille fait une halte ce soir à Sucy-en-Brie pour venir en goûter les bonnes vibes. Bénéficiant d’un son puissant et clair, ATLANTIS CHRONICLES propose un set énergique et homogène quand-bien même cette double pédale survitaminée, aussi bien exécutée soit-elle, mériterait peut-être de (très ?) légères simplifications qui permettraient probablement d’apprécier davantage l’excellence de ces riffs ciselés. C’est un aspect de la musique extrême actuelle qui pose une vraie question : doit-on obligatoirement alterner les blast beats et la double pédale (lorsque les deux ne sont pas purement et simplement joués simultanément) ? On assiste de nos jours à une surenchère en la matière qui, peut-être, ne joue pas en la faveur de certains groupes très talentueux, notamment ATLANTIS CHRONICLES qui, par ailleurs, délivre une fort belle performance, soyez-en assurés !

Sithu Aye – Crédit photo : Hélène Drouot

Voici venir le moment de LA découverte pour le Pré qui se fait cueillir comme une pomme trop mûre gorgée de soleil au milieu du verger sucycien. Un homme semblant plutôt timide entre en scène entouré de ses musiciens (qu’il remerciera de l’aider à rendre sa musique vivante) et entame son set devant un parterre plutôt clairsemé, le soleil et les transats faisant désormais le bonheur de la buvette. Sithu Aye, c’est son nom, est guitariste et propose une musique d’une immense richesse, pourvue d’émotions et de moments de magie pure au milieu d’un océan de frissons. Ce garçon est tout bonnement prodigieux. Natif de Glasgow, en Ecosse, l’homme de bientôt 27 ans développe un concept qu’il qualifie lui-même de « happy progressive metal », totalement instrumental, subjuguant et assez loin des traditionnels albums de guitar hero, consistant bien trop souvent à utiliser les musiciens comme de vulgaires faire-valoir de leur ambition personnelle. Ici l’affaire est toute autre, les ambiances créées par l’ensemble des artistes unissant leurs forces et leur générosité afin de renforcer le voyage céleste assène un coup de masse orgasmique à votre serviteur. Mélodique, puissant, calme, ambiancé, on devine Sithu Aye extrêmement amateur de Steve Vai, John Petrucci ou Paul Gilbert pour son côté rock n’roll. Car oui, il est possible de faire de la musique instrumentale avec une approche foncièrement rock, malgré une timidité touchante et une complexité d’exécution proche dans ses parties les plus ardues d’un marathon lunaire. C’est pourtant bel et bien là, sur le satellite de la Terre que Sithu Aye vous emmènera faire une promenade si vous lui laissez le temps de vous convaincre de monter dans son carrosse V8. Ne passez pas à côté de ce bel artiste !

The Arrs – Crédit photo : Hélène Drouot

Place désormais à THE ARRS qui effectue sa tournée d’adieu, baptisée Crepuscule Tour, après douze ans de bons et loyaux services à la solde d’un métal hardcore ultra puissant et moderne. Au milieu de son chant en français et ses rythmiques en béton surnagent parfois de chouettes mélodies, hélas bien trop écrasées par cette fameuse double pédale évoquée plus haut. Un peu dommage une nouvelle fois mais le public semble y trouver son compte. C’est bien là l’essentiel, l’avis d’un vieux croûton tel que votre serviteur ne valant que le crédit qu’on voudra bien lui accorder. Le groove est bien là, les muscles saillants et tatoués aussi, les parties speed, les mosh parts…Mais alors qu’a-t-il manqué à ce groupe pour faire tomber les oreilles du rédacteur de ces lignes ? A vrai dire pas grand-chose et tout à la fois. Tout y est, mais l’impression d’écouter toujours les mêmes plans se fait vite sentir malgré la qualité indéniable des titres et l’exécution de ceux-ci. Le style pratiqué par THE ARRS est par essence vraiment balisé et l’envie de penser que tout a été dit ou fait depuis quelques années maintenant, pas seulement par le groupe mais par une scène s’auto pompant sans vergogne, pointe rapidement le bout de son nez. On ne peut que souhaiter plein de belles choses aux membres du groupe dans ses différents projets après cette tournée qui se conclura par une date parisienne en octobre prochain. So long…

Retour dans les allées du festival où le stand de ravitaillement semble avoir conquis les festivaliers, les bénévoles derrière le bar étant contraints d’annoncer la tête basse qu’il ne reste que des sandwiches végétariens aux carnivores présents dans la salle. Petit saut au stand de merchandising de Sithu Aye mais impossible de rencontrer qui que ce soit, sauf le principal intéressé qui prend une photo avec un fan et s’éclipse dans les backstages, laissant sa table avec quelques-uns de ses albums abandonnés de toute surveillance. Etrange situation. Impossible donc de se procurer un disque du monsieur à moins d’être cleptomane, ce qui n’est pas le cas. Tant pis. Pendant ce temps, à hauteur du « photom-Heart-on », les poses incongrues entres amis s’enchaînent aussi vite que les bières sont descendues et le résultat est visible par ceux qui le veulent sur un mural duquel les photographiés arrachent leur précieux souvenir dans un grand éclat de rires ou rouge pivoine à la découverte de leur visage plus très frais, mais avec l’idée du devoir accompli et du don nécessaire. Bravo à eux et bravo aux initiateurs de cette idée décidément bien sympathique.

Uneven Structure – Crédit photo : Hélène Drouot

Retour en salle avec le set de l’avant-dernière formation au programme du jour, UNEVEN STRUCTURE. A l’aube de la sortie de son album La Partition dont le titre « Incube » a été vu plus de 58 000 fois sur YouTube à ce jour (très joli score !), le sextet messin propose un set riche en superpositions sonores et ambiances presque sacrées pour un rendu auditif de très haute volée, jouant à quitte ou double avec notre folie cathartique et nos tripes du cervelas. On sent que ça joue bien, très bien même et que la formation à douze bras maîtrise ce métal lourd et entêtant, digne d’un croisement entre des parties que ne renierait pas Devin Townsend, et des plans bien plus alambiqués comme un MESHUGGAH pourrait en proposer. Une musique d’adulte, pas forcément facile d’accès pour le novice mais diablement percutante pour qui veut bien se donner la peine de franchir le seuil du vide. Donnez-vous tous la main et jetez-vous d’en haut, la falaise progressive de UNEVEN STRUCTURE est faite pour vous.

Betraying the Martyrs – Crédit photo : Hélène Drouot

La nuit est maintenant tombée et le dernier groupe de la journée s’apprête à bondir sur scène. En effet, ce n’est rien de moins que BETRAYING THE MARTYRS qui clôture la journée avec un set carré et ébouriffant. Avec déjà deux albums sous le bras, BTM soulève la foule armée de son nouvel album, le bien-nommé The Resilient paru depuis peu. Après un début d’altercation dans le public dont la salle (et le Pré de là où il se trouve) ne semble pas connaitre l’origine, Victor Guillet (claviers / chant) insulte le fauteur de trouble, l’individu sera finalement évacué (était-ce vraiment nécessaire, un simple remerciement au service d’ordre qui a calmé les esprits aurait sans doute suffit ?), le set pouvant se poursuivre sereinement et dans la bonne humeur. L’alternance entre chant guttural et chant clair fait plaisir aux amateurs de ce deathcore bien actuel et les rythmiques empruntant souvent au métal progressif appuient cette sensation d’écrasement permanent. Ajoutez quelques cuillères de claviers afin d’apporter un soupçon de métal symphonique et vous obtenez à ce moment-là une pâte homogène à plonger dans le four de l’Espace Jean-Marie Poirier. Sympathique moment.

Voilà, cette troisième édition du Heart Sound Metal Fest se termine dans la bonne humeur et le sentiment d’avoir fait avancer la prise de conscience sur un sujet délicat et ô combien important. Il est vraiment très agréable de constater que le monde de l’Art, de la musique rock et du métal en particulier est capable de soutenir de bien belles causes quand cela s’avère nécessaire (pour peu que tout le monde se sente concerné, cela va sans dire). Le Pré place tous ses espoirs dans une nouvelle édition de ce festival au grand cœur, réussi, chaleureux et à taille humaine. Et la taille du cœur humain, c’est important. Aussi important que le don de moelle osseuse qui nous a uni ce samedi d’avril 2017. A l’année prochaine !

Crédit photo : Hélène Drouot

Nous vous joignons ci-après le lien vers le site sur lequel vous pouvez retrouver toutes les informations dont vous avez besoin pour franchir le cap. Foncez ! http://www.dondemoelleosseuse.fr/

 

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