GUNS N’ROSES @ Stade de France, 7 juillet 2017

Il est toujours étonnant de constater à quel point certaines formations suscitent la controverse, les opinions toujours tranchées, les avis favorables ou les repoussoirs définitivement dégurgités. Pour une œuvre ou pour un concert, certains groupes déchaînent les passions à tort ou à raison. Le concert de GUNS N’ROSES au Stade de France en juillet 2017 aura marqué les esprits et donné du grain à moudre à tous les fossoyeurs de bonnes nouvelles et autre carpe diem. Pas assez ci, trop de ça, pas assez rock, trop longue, pas claire, la prestation du combo des roses armées n’était en définitive rien d’autre qu’un concert de rock. A prendre ou à laisser, mais rien d’autre. Fascinant cette facilité de façonner des esprits de synthèse bien trop obtus pour pouvoir profiter du moment présent. D’évidence, beaucoup sont venus à ce show, non pas avec le besoin de retrouver un groupe pas vu dans nos contrées depuis 1993 sous cette forme, mais avec le téléphone portable à la main afin de s’en donner à cœur joie sur les réseaux sociaux, flinguant dès l’entrée en scène la Rose comme c’est toujours le cas lorsque l’on a rien à dire ou à penser. Les plus grands adeptes de la pensée unique n’ont vu, au travers de ces 3h20 de show, qu’un copier-coller du concert de GUNS N’ROSES donné en 1992 à l’Hippodrome de Vincennes par un groupe qui n’était déjà plus d’origine, Izzy Stradlin (guitare) et Steven Adler (batterie) étant, volontairement ou non, mis hors de portée. La date du 7 juillet 2017 était historique à plus d’un titre. Qu’on le veuille ou non, il s’agissait bien de GUNS N’ROSES et non d’un ersatz comme lu ou entendu ici et là. Slash, Duff McKagan et Axl Rose sur une même scène… Qui l’eut cru il y a encore cinq ans ? Les même acteurs qu’en 1992 (et en 1993 à Bercy) pour un scénario pas si identique que sous-entendu. « It’s So Easy » en ouverture comme à l’époque ? Qui a déjà critiqué AC/DC d’ouvrir leur show par le premier single de leur dernier album en date à chaque tournée ? Et « Start Me Up », un mauvais exemple sans doute ? Où sont les surprises mesdames et messieurs les censeurs ?

Crédit photo : AnneM

Oui, GUNS N’ROSES a joué huit des douze titres que compte Appetite For Destruction (1987) mais qui s’en plaindrait ? Le public qui comptait bon nombre de fans n’ayant pas eu la chance d’assister à pareil show n’en demandait sans doute pas tant. Alors pourquoi gâcher le plaisir de celui-ci ? Pour faire mousser l’égo de certains en s’auto-suggérant que « moi, je suis un pur, je suis un vrai, j’y étais et c’était pas comme ça à la grande époque ! » ? Quand allez-vous enfoncer dans votre crâne d’oiseau l’idée que votre avis n’intéresse pas les foules, que vos querelles de clocher pour savoir qui pisse le plus loin n’ont d’autre intérêt que celui que vous souhaitez y voir. Le son n’était pas à votre convenance ? Soit. Vous assistez à un show en stade avec ce que cela comporte comme risques auditifs. Tout le monde en est conscient, vous les premiers, amateurs de décibels et de grandes messes rock n’roll. Il y a toujours le risque que le son ne soit pas à l’avantage du groupe. Mais il faudrait malgré tout être de sacrée mauvaise foi pour ne pas reconnaître que la qualité du son, bien que fort mal gérée en début de show il est vrai, s’est considérablement améliorée assez rapidement (aux alentours de « Estranged » pour faire court) et que malgré quelques aléas, les retours en façade étaient plus que convaincants. Les plus sceptiques auront bien-sûr remarqué que les « frères ennemis » Slash et Axl Rose ne se croisent presque pas du regard et ne semblent pas franchement complices sur scène. « Oui c’est que pour le fric, c’est plus ce que c’était. Ce sont des vendus qui n’en veulent qu’à nos porte-monnaie ! » Est-il utile de rappeler que les groupes de rock, à ce stade de leur carrière et de leur renommée, sont quoiqu’il arrive gérés comme une entreprise ? Par pitié, cessez sur le champs de jouer les faux naïfs en la matière. Pensez-vous une seule seconde qu’un groupe tel que MÖTLEY CRÜE n’est qu’une affaire d’amitié et de bonne camaraderie entre copains d’enfance ? Et THE POLICE ? Imaginez-vous que la tournée réunion de 2007-2008 ne soit qu’une idée de potes décidée sur un coin de table autour d’un Perrier ? Tous les groupes un tant soit peu connus et d’autant plus reconnus et respectés ne sont solidaires qu’au travers de contrats des avocats respectifs de chacun des membres du groupe, avec clauses restrictives et assurances d’obtention de gains et/ou de situations avantageuses. Car oui, mesdames et messieurs, le rock n’roll n’est rien d’autre qu’un énorme business que les protagonistes espèrent voir grimper au CAC 40 des larsens monétaires. Il y a de toute évidence une question financière derrière tout ça, alors sachons profiter du moment que l’on nous offre sans bouder notre plaisir d’entendre des titres joués par des musiciens que nous avons jadis adulé mais auxquels il serait bien dommage de trouver désormais tous les défauts du monde. La bedaine de Slash ou la trogne liftée d’Axl Rose semblent plus importantes que ce pour quoi certains se sont déplacés au Stade de France : la musique. Et en ces termes, difficile de prendre en défaut le groupe de Los Angeles.

Crédit photo : AnneM

Comme précédemment écrit, à l’exception de quatre titres (mais pas des moindres), l’ensemble du chef d’oeuvre paru en 1987 a été joué. Que dire des extraits choisis par Slash and Co pour cette tournée s’agissant des deux volets de Use Your Illusion ? « Estranged », « You Could Be Mine », « Civil War », « Coma » sur lequel Rose semble un peu à la peine sur le final (vocalement fort exigeant) ou « Double Talkin’ Jive » joué sur un tempo un soupçon plus soutenu que sur l’album (comme l’ensemble des titres up-tempo de la soirée, le refrain de « My Michelle » en étant l’exemple parfait). Que dire de cet inespéré « Yesterday » joué avec juste ce qu’il faut de feeling pour en apprécier la substance ? Alors bien-sûr une durée de 3h20 peut paraître un peu longue. Cela étant, chacun a eu le temps d’avoir sa petite parcelle de lights auréolées. Duff McKagan, commençons par lui. L’homme du match ! Quand on pense que ce garçon buvait quotidiennement de la vodka au réveil jusqu’à s’en faire éclater le foie, ça laisse songeur. Quelle prestance, quelle classe ! Avec un chapeau et des lunettes ou vêtu d’un tee-shirt de MOTÖRHEAD, l’homme semble aujourd’hui incontournable, servant la musique du groupe de son mieux en assurant des choeurs outrageusement réussis (bien aidé en cela par la choriste Melissa Reese). Ses lignes de basse sont d’une redoutable efficacité. Quant à son passage au micro, Duff le Grand, après avoir murmuré un petit extrait de « You Can’t Put Your Arms Around A Memory » de Johnny Thunder, le voilà qui balance un « New Rose » (THE DAMNED) survitaminé, non dénué d’approximations vocales certes, mais l’essentiel n’est vraiment pas là. Quelle énergie ! Duff est un homme aussi discret qu’efficace sur une scène, haranguant la foule avec parcimonie, elle qui le lui rend si bien. Il est beau, il a la classe, il joue bien, a une présence magique et semble sympathique. What else ? Frank Ferrer assure un set qui dépasse de la tête et des épaules celui de ses prédécesseurs, aussi illustres soient-ils. Peut-on prétendre que ce garçon ne groove pas comme Steven Adler ou ne cogne pas comme un bûcheron façon Matt Sorum ? Cessons là ces simagrées, la mauvaise foi de certains commentateurs trahissant leur manque de discernement en la matière et la volonté réelle de se croire gardien du temple du vrai rock n’roll à l’ancienne, ceux à qui on ne la fait pas mais qui ne sont jamais que des usurpateurs sans fond. Richard Fortus n’est pas en reste. Déjà présent aux côtés de Rose depuis de nombreuses années, celui qui s’est offert une pause récréative de très très haute volée au sein de THE DEAD DAISIES, est époustouflant de décontraction. En témoigne ses interventions somptueuses sur le « Chinese Democracy » tellement décrié à sa sortie mais bizarrement fort bien réhabilité en 2017. « Better » et son intro menaçante est encore un très grand moment de ce show, décidément riche en émotions, et sur lequel Fortus gratifie l’assistance d’une toile d’araignée guitaristique dans laquelle on se laisse envelopper. A la fois technique et touchant, cet homme a bien trouvé sa place au sein du groupe, davantage encore que Gilby Clarke en son temps. Pour vous en convaincre, jetez une oreille attentive à ce pur moment de magie que représente l’extrait instrumental du « Wish You Were Here » de PINK FLOYD. Frisson garanti lorsque les deux guitaristes se retrouvent perchés au milieu des nuages que projette l’écran géant, Slash et Richard assurant tour à tour de sublimes parties de six-cordes. Emouvant pour le moins.

Crédit photo : AnneM

Trop de reprises dites-vous ? Sans doute. Mais bon sang, nous sommes amateurs de musique ou de pêche à la ligne ? L’un n’empêche pas l’autre bien-sûr, mais essayez d’attraper un beau gardon au Stade de France. Affaire délicate convenons-en tandis qu’écouter « Sweet Child O’Mine » en surveillant le bouchon semble bien plus réalisable. Certains d’entre nous proclament leur amour immodéré de la musique tout en se plaignant d’en entendre plus que de coutume durant un show. Sensation de crispation pour le moins étrange, n’est-ce pas ? Certaines reprises se sont avérées délectables lorsque d’autres, même si elles ne manquaient pas de panache et de grâce, ont tôt fait de franchir la ligne du « trop évident », à la limite du pathos au vu de certaines circonstances récentes, référence est ici faite au « Black Hole Sun » de SOUNDGARDEN, voyant Axl Rose particulièrement impliqué et visiblement touché. Comment ne pas tomber dans l’écuelle du politiquement correct en pareil drame ? Peut-être qu’un simple moment de silence particulièrement éloquent de Rose, une énorme acclamation du Stade de France ou bien encore quelques proses cornelliennes déclamées simplement auraient davantage fait office d’hommage plus délicat. Qui sait ? Reste évidemment la prestation du frontman que tout le monde semblait attendre de pied ferme. Disons le d’entrée de jeu : Axl Rose s’est assagi du haut de ses 55 printemps mais paraît toujours capable de hausser le ton lorsque cela s’avère nécessaire mais sans échauffer les esprits. L’homme est à l’heure (probablement son passage chez AC/DC a-t-il remis les pendules en état), vocalise fort bien y compris lors de quelques séances de jogging le long des côtés de scène ou de l’avancée, paraît heureux d’être là, esquisse même quelques sourires et nous offre un moment terriblement attachant juste avant « November Rain ». Assis droit comme un i sur le tabouret faisant face à son piano à queue, le chanteur joue consciencieusement ses notes du célèbrissime « Layla » de Derek and the Dominos (les cinéphiles se souviendront probablement de son apparition sonore au générique du film de Martin Scorsese The Goodfellas en 1990) prenant soin de tourner la tête très régulièrement vers le public, regard malicieux et sourire narquois comme un petit garçon fier de montrer à son papa qu’il fait désormais du vélo sans les roulettes. Un moment savoureux comme il y en eu d’autres avec Rose ce soir de juillet, ses différentes tenues de scène ajoutant à sa verve légendaire et son imposante présence. Un chanteur de rock dans sa plus simple expression. Slash, quant à lui, assure ce qu’il sait faire de mieux au monde, le guitar hero dans toute sa splendeur. Alternant les pose éculées jusqu’à outrance, l’homme au chapeau est d’une classe folle, enchaînant les moments de génie effleurés du Divin et les pentatoniques de base mais toujours avec ce touché et ce feeling qui lui sont propres. Certes, le soliste est apparu peut-être un rien effacé mais n’a pas pour autant démérité de son statut de nouvel ambassadeur de Gibson. Une petite cabriole sur les mains en toute fin de show démontre une fois de plus son plaisir viscéral d’avoir effectué son grand retour sous la bannière armée de roses qui a tant fait pour sa gloire méritée. Un beau moment.

Crédit photo : AnneM

Le retour de GUNS N’ROSES sous ce format en France s’est donc soldé par une victoire pour le groupe américain malgré ce que certains grincheux ont pu parfois prétendre de-ci de-là. Certes tout ne fut pas parfait mais l’essence de ce qu’est GUNS N’ROSES sur scène s’est écoulée dans nos veines durant 3h20. Les quarantenaires et leurs aînés semblaient très heureux, leurs enfants également. C’est bien tout le mal que l’on souhaite à des fans en définitive. Repartir d’un concert avec le sourire aux lèvres, des souvenirs plein les yeux et le sentiment d’avoir assisté à un événement majeur de ces dix dernières années. Reste une question en suspens : est-ce le fait d’avoir avancé les horaires de passage de chaque groupe, privant au passage une très grande partie du public de la prestation de TYLER BRYANT & THE SHAKEDOWN et dans une moindre mesure BIFFY CLYRO, qui a occasionné la fermeture des bars en carré or au tout début de la prestation de GUNS N’ROSES ? L’enquête démarre tout juste… 😉

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