FREITOT #nihilisme #amourdesautres #esperenza

La mort. Certains la craignent sans raisons apparentes, d’autres s’en amusent en la narguant outrageusement tandis que beaucoup la mystifient par doute, celui qui n’inspire que la crainte du pire et le néant de l’outre-tombe, ou par l’insolente assurance du trépas bienheureux. La mort est indissociable de la vie et de sa source, la naissance. La liberté, quant à elle, reste une notion bien terre-à-terre lorsque l’on y songe un instant. Elle suggère l’idée selon laquelle il nous est laissé la possibilité d’aller et venir au gré de nos envies. En parallèle à ce qui pourrait être un dogme, la liberté renvoie incontestablement à la notion d’enfermement, de prison. Elle est son contraire, son transversal antonyme. Pour prétendre être libre et le savoir, il est nécessaire d’apporter des nuances à un propos, une suggestion sans qu’aucun tiers ne vienne empiéter arbitrairement sur l’énoncé, tout en respectant la parole émise. Délicat équilibre, voire précaire. Toutefois, la liberté se doit d’être a minima compatible avec celle des autres, à défaut d’en être le parfait miroir, sans quoi elle n’en deviendrait que le perpétuel mouroir.

CREDIT PHOTO PAULINE SARTHOU – TALARN

Si l’entame de cette chronique du premier album de FREITOT semble débordante de questions aussi philosophiques qu’existentielles, c’est probablement parce que l’écoute de ce disque éponyme (Mystyk/Season Of Mist) suggère à l’auditeur de forcer un peu son intellect afin de saisir les clés subliminales qui lui sont tendues, un seul niveau d’appréciation ne suffisant pas. Née d’une farouche envie de proposer sa vision du death metal old school tendance scandinave, FREITOT apparaît comme un immense pied de nez au destin, une viscérale envie de démontrer, par le biais de ce que l’on nomme le métal de la mort,  la beauté de la vie, sa joie, ses rencontres et cette liberté qui nous est si chère. L’artwork, aussi magnifique que contrasté, évoque à merveille l’essence même de ce qu’est FREITOT. La noirceur du fond, le déséquilibre arbitraire, le questionnement incessant des dérives, de l’injustice et de la peine. Nos barrières intellectuelles et morales sont ici bousculées. L’avertissement de briser les barreaux d’une prison psychique et physique nous invite à soutenir la réflexion personnelle plutôt qu’à se noyer dans d’incommensurables peines. La peine capitale et maximale, la peine douloureusement perdue d’un vide abyssal, d’une absence brutale. Malgré tout, la lumière jaillit en arrière-plan dans ce désert aride, comme autant d’éjaculations non contrôlées donnant naissance à la vie. Cette vie qu’il faut chérir, cajoler, aimer et surtout faire aimer. Voici probablement le message subliminal de FREITOT. Après la mort renaît l’espoir, la vie et l’amour de celle-ci. Cette vie si fragile malgré les heurts de l’injustice, les colères, la haine ou le dégoût que peut parfois inspirer son prochain. Son incompréhension également. Quoi de mieux pour expier sa douleur, son chagrin ou sa peine que de donner la vie. Peu en importe sa nature – terrestre ou musicale – pourvu qu’elle soit ardemment désirée et choyée. FREITOT est tout cela à la fois. L’absurdité humaine dans ce qu’elle a de pire autant que la renaissance des plaisirs charnels, amicaux ou gustatifs. Ce groupe propose rien de moins qu’une réflexion sur la dualité des émotions, l’exacerbation des sentiments poussés dans leurs derniers retranchements. Et si ? Et si… Voilà, vous y êtes. Et si… ? Et si au hasard d’une introspection plus ou moins subie, vous étiez en mesure de vous affranchir de vos douleurs afin d’en faire une force, un combat mené de front, avec toute l’abnégation qu’elle induit ? La mort ou la vie ? Bonheur ou abysses ? Fromage ou dessert ? Toutes les questions trottant dans votre tête à différents niveaux trouveront probablement écho dans la musique et les paroles de ce premier album de FREITOT. Cette farouche volonté d’avancer quoiqu’il arrive, peu importe son degré d’importance. Il faut avancer. La vie n’est faite que d’embûches, de peaux de banane et de mandales. Mais coûte que coûte, l’avenir reste le seul horizon où parvenir et les rancoeurs passées ici conjurées soumettent l’inconscient à rude épreuve. Une sorte de psychanalyse, ou plutôt d’analyse. De celles que l’on sait inévitables mais salvatrices. Alors putain ça fait mal, oui. Mais elle est libératrice, cette foutue auto-analyse. Regarder dans le rétroviseur permet l’affranchissement absolu et le renouveau intime. Il faut parfois se faire souffrir pour subvenir à ses besoins vitaux. En revanche, de plaisir sous forme d’hommage à l’exutoire, il n’y a qu’un pas.

CREDIT PHOTO PAULINE SARTHOU – TALARN

FREITOT pratique un death metal gras, à l’ancienne, dans la tradition scandinave.  Irrigué au travers des vaisseaux capillaires et sanguins du batteur Etienne Sarthou (AqME), ce trinôme – incluant au micro le surdoué Arno Strobl (CARNIVAL IN COAL, WE ALL DIE (LAUGHING), 6 :33) ainsi que l’excellent Fabien « Fack » Desgardins (DECLINE OF HUMANITY, INFECTED SOCIETY, CARNIVAL IN COAL et récemment intégré dans les rangs de BENIGHTED) – a décidé de présenter sa propre vision de ce qu’il aime viscéralement. Ce son épais comme de la cancoillotte tartinée sur du cassoulet, cette profondeur insondable qui fait froid dans le dos. La force de la musique de FREITOT repose sur une parfaite adéquation entre lourdeur pachydermique et accélération raisonnablement maîtrisée, même si le disque est parsemé sporadiquement d’excès de vitesse. Entièrement composé par Etienne Sarthou, qui en signe également toutes les lignes de basse et guitare rythmique – en plus de son exceptionnel travail de batteur,  cet album s’inscrit dans la droite lignée de groupes tels que ENTOMBED, EDGE OF SANITY ou DISMEMBER, même s’il est possible d’y trouver quelques relents de ASPHYX ou BOLT THROWER par des effets de lourdeur incroyablement pesants. Toutefois, l’ensemble des chansons n’est pas dépourvu de mid-tempi absolument gigantesques et de parties mélodieusement  subtiles où surnagent au milieu de ce marasme apocalyptique les interventions lumineuses de Fabien Desgardins. Pour être concis, signalons simplement que « Fack » irradie ce disque de son talent de soliste à un point qui frise l’indécence. Remarquablement servi par des compositions basées sur des riffs titanesques, celui qui fut un jour guitariste de DROWNING sert admirablement le propos, avec une justesse et une pertinence pleine de panache. Attention cependant amis lecteurs, FREITOT ne prétend pas avoir réinventé la roue à couper l’eau chaude. Il reste humble et préfère laisser ce type d’aveux d’impuissance  quelque peu saugrenus et/ou autocentrés aux combos n’ayant pas le dixième du quart de son talent. Après bien des atermoiements entre son enregistrement et sa sortie, vous voici à l’avant-garde du renouveau d’un death metal que l’on croyait à jamais perdu. Celui au sein duquel la course de vitesse musicale n’est pas une priorité, préférant se lancer dans une course de fond lui permettant de flâner çà et là en se parant de ses plus beaux atours, le plus brillant d’entre eux demeurant cette voix incandescente. Arno Strobl livre ici une prestation toute en nuance – on y revient encore et toujours à cette notion de nuance et de liberté – un peu éloignée de sa voix death habituelle, que l’on pourrait hâtivement comparer à Mark « Barney » Greenway (NAPALM DEATH). Pour FREITOT, Strobl semble avoir puisé ses ressources chez des vocalistes du calibre de Dan Swanö (EDGE OF SANITY, BLOODBATH) ou Ludovic Loez (SUPURATION, S.U.P) pour un résultat ébouriffant. Le caméléon vocal fait montre une nouvelle fois de ses prouesses et de son inventivité, sans jamais chercher à singer qui que ce soit. Il ne tente pas, il fait. Il n’impose rien, ça coule de source. Il ne suggère plus, c’est lui le sujet. L’alchimie entre les compositions jubilatoires de Sarthou et les vocaux de Strobl est indécente de facilité et de justesse. A croire que ces deux-là étaient faits pour se rencontrer. C’eut été dommage de passer à côté d’un tel duo dans un paysage métallique français surpeuplé de groupes pas toujours très inspirés, pour ne pas dire insipides. FREITOT fait du death metal old school, n’aspire à rien d’autre qu’au plaisir de proposer sa manière de le pratiquer, sans autre but que celui de le partager. Si l’on ajoute à cette fusée thermonucléaire  enregistrée et mixée par Sarthou lui-même – décidément ce garçon sait tout faire ! – un mastering exécuté par Magnus Lindberg (ENTOMBED, THE ARRS, ROTTEN SOUND), vous obtenez rien de moins que le coup de maître de ce premier semestre de l’année, sans doute plus. De même que le huitième et ultime titre du disque semble le suggérer sans forcer, à chacun de  trouver sa liberté, que ce soit dans ses choix de vie, de mort ou de fréquentation. Les pages se tournent,  la mémoire reste et la vie recommence.

CREDIT PHOTO PAULINE SARTHOU – TALARN

« Si la vie est un bien, la mort est son fruit ; si la vie est un mal, la mort est son terme »

Louis Philippe, Comte de Ségur (1753 – 1830)

Tracklisting

1 – The Human Drawer

2 – Mission

3 – …And Your Enemies Closer

4 – Father

5 – Love Is All Around

6 – Lost In Meaning

7 – The Last Room On The Left

8 – Yoko

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