DISCONNECTED « White Colossus »

DISCONNECTED, formation française dont le point d’origine se situe dans la bonne ville de Troyes,  pratique ce que l’on appelle le  modern metal  – c’est de cette manière que le groupe est présenté sur sa page Facebook. Mené par le guitariste Adrian Martinot (MELTED SPACE) qui signe sur ce premier album « White Colossus » (Apathia  Records) l’intégralité des compositions de même que l’ensemble des lignes de basse dont il s’est acquittées, DISCONNECTED propose une musique riche et ambitieuse, sans omettre de jolies parties techniques dont le groupe a tout de même parfois un peu de mal à se défaire. Epaulé par le batteur Aurélien Ouzoulias (MÖRGLBL, SATAN JOKERS, Renaud Hantson) et le vocaliste Ivan Pavlakovic, Adrian Martinot affiche d’entrée de jeu ses ambitions. Le son de DISCONNECTED se veut compact, massif et clair ce qui rend l’ensemble parfaitement digeste. Les titres élaborés par Martinot, dont l’intégralité des paroles est l’œuvre du vocaliste Pavlakovic, se situent quelque part entre ALTER BRIDGE, DREAM THEATER – par extension LIQUID TENSION EXPERIMENT – ou PERIPHERY, parsemés çà et là d’une mélancolie digne d’un DEFTONES. Le premier titre « Living Incomplete » donne le ton. Une musique relativement sombre, extrêmement efficace et dont l’introduction très réussie renforce l’efficacité du propos, voici donc le reflet abyssal de DISCONNECTED. Si l’ensemble du disque ne souffre d’aucun mauvais moment, l’alternance voix claire / voix saturée d’Ivan Pavlakovic peut s’avérer parfois (souvent ?) trop convenue, voire ennuyeuse. L’impression, volontaire ou non, d’oppression sonore est donnée par ce chant ne laissant que bien trop peu de place aux silences, pourtant d’une importance capitale dans le style de musique proposé par DISCONNECTED. La superposition de pistes vocales aplatit l’écoute de « White Colossus », lui dont la richesse instrumentale demeure l’ossature des titres. Si DISCONNECTED en fait sans doute un peu trop dans le  moder metal  sus-nommé, un morceau tel que « Blind Faith », nettement plus conventionnel dans son architecture, rend l’écoute terriblement agréable, le magnifique solo de guitare dont nous gratifie Adrian Martinot chatouillant un peu davantage la feuille de chou. DISCONNECTED sait également se faire plus nuancé – entendez par là moins affolé – et touchant sur « Wounded Heart » sur lequel le groupe prend son temps et impose (enfin !) ses ambiances. Prendre  le temps aussi a son importance, comme le silence. La masse d’informations délivrées par le groupe oblige à une écoute attentive, l’oreille étant accaparée par d’innombrables détails et subtilités, notamment au niveau du jeu du batteur Aurélien Ouzoulias. A ce niveau-là aussi,  modern metal  à tous les étages. Que ce garçon soit un surdoué comme il y en a  peu dans le circuit, cela ne fait aucun doute. Ouzoulias maîtrise mieux que jamais son instrument, faisant montre d’une dextérité proprement hallucinatoire mais cette débauche de technique peine parfois à servir une musique déjà foncièrement opulente. On en revient encore et toujours à cet espace sonore bien trop saturé d’informations  desservant souvent la volonté réelle du groupe. Un argument qui n’engage que moi, cela va sans dire. La simplicité ne nuit pas gravement à la santé, bien au contraire. Elle a pour but, dans un contexte tel que celui-ci, de renforcer les passages ardus et empiriques lorsque il est nécessaire d’appuyer sur le disjoncteur. Etonnante est cette volonté – parfaitement assumée par le groupe du reste  – de complexifier une musique qui gagnerait probablement en efficacité ce qu’elle perd en audition libre. Pierre Le Pape, lui-aussi membre de MELTED SPACE,  s’étant chargé des claviers de cet album, il n’est pas impossible de mettre à son actif la magnifique orchestration de « Feodora », jolie chanson permettant de faire une pause bien méritée au milieu de ce déluge quasi ininterrompu de plans, de notes et de voix. Le pont reliant deux rives, l’oasis en plein centre de l’aridité. Ce titre fait un bien fou, offrant de fait une vraie bouffée d’oxygène à cet album qui laisse entrevoir par son prisme une empreinte progressive plus prononcée sur « Losing Yourself Again », excellent titre d’où peut-être se dégage une larme, un soupçon de LINKIN PARK. Vraiment très plaisant, d’autant que la bande à Chester Bennington n’est pas du tout ma tasse de thé. « Blame Shifter » fait parfaitement le boulot avec là encore un superbe solo de guitare , tandis que « For All Our Sakes » lorgne sans doute davantage vers le power metal ruisselant d’un PANTERA, surplombé d’une voix aérienne, au milieu duquel une accélération pas forcément adéquate mais sympathique est enquillée. L’album s’achève au son de « The Wish », avec toujours cette double pédale plus fatigante qu’efficace – même si admirablement jouée, et « Armageddon » qui clôt de fort belle manière ce premier album qui ne déçoit pas plus qu’il n’enchante. « White Colossus » est un album de metal tout à fait (trop ?) dans l’air du temps, avec ses bons et ses mauvais penchants. Un petit goût étrange reste en bouche à l’issue de l’écoute. DISCONNECTED affiche un line-up de rêves, les titres sont vraiment très bien écrits et construits, extrêmement bien interprétés, le registre d’Ivan Pavlakovic somme toute assez similaire à celui développé au sein de son ancien groupe HEAVY DUTY et la production est en béton armé. Alors pourquoi ce goût étrange sur le palais ? Plutôt que de digresser durant 30 lignes, permettez-moi une petite métaphore : de belles images seules  ne suffisent pas à faire un grand film. Le réalisateur peut faire autant de plans séquences magnifiques qu’il le souhaite, un travelling compensé de dingue, au timing parfait ou des fondus enchaînés de génie, si le film repose essentiellement là-dessus, pas certain que le spectateur aille jusqu’au bout. Il faut apporter autre chose. Un feeling, un frisson, une accroche pas trop grossière et une photographie réussie – entre autres. Le casting et les belles images ne peuvent contenter totalement. A vous de voir jusqu’à quel degré cette métaphore cinématographique vous parle. Pour ma part, j’en suis resté au dérushage de ce premier long-métrage auditif. Effectivement les images sont aussi magnifiques que le montage est dynamique mais le scénario semble un poil trop surjoué et demande à être approfondi pour affirmer durablement l’empreinte des acteurs et du metteur en scène. Un très bel album néanmoins. Sans doute en attendais-je trop ? Ou alors je suis trop vieux. Là encore, à vous de voir. Comment ça la corde ça va plus vite que le gaz ??

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Tracklisting

1 – Living Incomplete

2 – Blind Faith

3 – Wounded Heart

4 – White Colossus

5 – Feodora

6 – Losing Yourself Again

7 – Blame Shifter

8 – For All Our Sakes

9 – The Wish

10 – Armageddon

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