DEPECHE MODE @ Stade de France, 1er Juillet 2017

Circonspection. La prestation de DEPECHE MODE au Stade de France samedi 1er juillet laisse un « taste » qui ne devrait plus en être un depuis très longtemps. Ou qu’attendre d’un groupe dépourvu de toute surprise musicale depuis des lustres sur disque en parvenant à sauver les meubles tant bien que mal sur l’immense scène d’un stade prestigieux ?

Crédit photo : Manu Wino

Les déboires successifs des icônes de Basildon, en particulier Dave Gahan, étant devenus aussi mythiques que malheureux durant la délicate période du changement de millénaire, on est en droit de se demander quelle copie scénique peuvent rendre Martin L. Gore et les siens en 2017. D’ albums pas forcément toujours à la hauteur des attentes de leurs fans en passant par diverses participations en extra plus ou moins aventureuses de ses membres, DEPECHE MODE se doit de tenir son rang de chef de file scénique de la Perfide Albion. Pas une mince affaire. Débarquer au son du « Revolution » des Beatles lorsque son nouveau-né de single se prénomme « Where’s the Revolution », voici une entrée en matière des plus hasardeuses mais bon, il n’est pas temps de chipoter. Le Stade de France n’est finalement pas loin d’afficher complet lors de ce début de set mais les trous sur  les hauteurs des gradins et la déconcertante facilité avec laquelle le fan peut se déplacer au milieu de la pelouse or laisse à penser que la recette commence, peut-être, à s’essouffler pour DEPECHE MODE.

Crédit photo : Manu Wino

Les membres arrivent sur scène un à un avec en point d’orgue l’acclamation délirante réservée au chanteur Dave Gahan, totalement méritée du reste, tant le frontman s’en donne à cœur joie pour haranguer la foule, lui qui porte encore très joliment ses 55 printemps. Avec une petite moustache de dandy de mauvais goût surplombant sa lèvre supérieure, Gahan livre pourtant une prestation époustouflante de puissance et de justesse. Toujours élégant et heureux d’être là, il crie, hurle et vocifère pour pousser le public dans ses premiers retranchements. Oui premiers car pour cette première partie du show, DEPECHE MODE nous impose des titres de son dernier album « Spirit », paru en début d’année, mélangés à des titre de « Playing The Angel », de « Ultra » et de « Sounds of The Universe ». Autant dire pas les meilleurs crus selon l’avis des experts, bien que chacun d’entre eux s’accordent également à souligner que ces albums ont marqué à leur manière la carrière du groupe. Mais comment peut-on infliger près d’une heure et quart sur un peu plus de deux heures de show un répertoire aussi glaçant, mou et lisse lorsque l’on dispose de tubes, en plus d’être d’excellentes chansons (ce qui n’est pas toujours le cas des hits) dans son catalogue ? Bien-sûr les jolies chansons sont bien présentes, en témoignent ce « Home » pourtant chanté par un Gore pas aussi impérial qu’à son habitude et qui verra le public étonner les membres du groupe en chantant à l’unisson la fin du titre sous les bravo et les bras levés de son chanteur.

Crédit photo : Manu Wino

Un beau moment au milieu de ce quasi naufrage niveau ambiance du public dont on ne sait s’il parvient à capturer l’essence du moment présent ou s’il patiente fébrilement en attendant enfin quelque chose de vraiment plaisant afin de se mettre à véritablement danser sur la musique présentée ce soir. Le groupe à cet instant semble tellement apprécier ses dernières œuvres que les fans en restent transits et sur la réserve. Y aurait-il un brin d’assurance mal placée en offrant plus d’un tiers de son show sans « vieux » titres ? Où sont passés les « Shake The Disease », « Just Can’t Get Enough » et « A Question Of Time » ? A la poubelle les « Master And Servant », « Strangelove » et autres « A Question Of Lust ». Incroyable de balayer d’un revers de main presqu’une décennie entière d’une carrière qui lui doit tant, elle qui les a vu naître avec leur mèches blondes et leurs costumes mal fagotés. Ces jeunes garçons au sons révolutionnaires (vraiment pour le coup !) ont-ils tellement honte de cette partie de leur carrière au point de n’en sortir qu’un « Everything Counts » de 1983 et un « Stripped » du référentiel et cultissime Black Celebration de 1986 ? Vraiment étrange comme façon de procéder, d’autant que la setlist, à défaut de couvrir à peu près l’ensemble de leur carrière, s’en trouve mal agencée et qu’à partir du moment où l’explosion finale se doit de vriller la tête du spectateur (soit plus d’une heure et quart après le début pour mémoire), le mal s’est déjà propagé dans le public qui peine à enfin entrer dans la danse. « Enjoy The Silence » assure le boulot comme il se doit mais sans folie, « Never Let Me Down Again » est joué sans puissance et de façon mollassonne (un comble !), la faute sans doute à un son manquant cruellement de mordant et une guitare bien trop en retrait. A l’image de son propriétaire, Martin Gore ne contrebalance plus du tout avec la frénésie et l’éruption volcanique de son chanteur, lui qui savait se faire discret mais essentiel, ajoutant avec parcimonie dans ses incursion scénique aux côtés de Gahan une nonchalance juste et non superflue comme ce soir.

Crédit photo : Manu Wino

Du côté d’Andrew Fletcher, rien à signaler. L’homme tape très bien dans ses mains lorsque cela s’avère nécessaire et se cache sans surprise (et sans sourire) derrière ses lunettes noires. Pas réputé pour être un fin musicien, Fletcher devrait rendre grâce au ciel d’être encore au sein du groupe qu’il a pourtant cofondé il y a bientôt 40 ans, tant son apport artistique et musical semble minime aussi bien sur scène qu’en studio à l’inverse d’Alan Wilder parti avant la relative déroute de son groupe. Un rappel composé de « Somebody » chanté par un Martin Gore au bord de la rupture et a deux doigt de la justesse à plusieurs reprises, « Walking In My Shoes »  et, comble de l’horreur, une affreuse reprise de « Heroes » de David Bowie. Comment ont-ils pu oser l’impensable ? Ces arrangements dignes d’un U2 du pauvre des années 1982-1983 sont absolument consternants de pauvreté musicale. Incroyable moment de torpeur, « I Feel You » juste à peine plus et « Personal Jesus » pour conclure le show la tête baissée sur son écran en échangeant avec les amis présents au Stade, eux aussi déçus de la soirée semble-t-il. Ouf, je ne suis pas le seul ! J’avais peur de me retrouver bien isolé à l’écriture de ce show report. Un show visuel par ailleurs bien maigrelet, composé de trois écrans géants et de quelques animations rappelant vaguement les morceaux joués au moment de leur diffusion. Pas de quoi casser cinq pattes à un Maine Coon donc.

Crédit photo : Manu Wino

Circonspect avant, déçu après. Remercions tout de même le batteur de son efficacité sans laquelle le concert aurait semblé mou davantage encore. DEPECHE MODE n’est définitivement pas un groupe de stade et le choix des titres dans cette configuration n’est pas anodin. Peut-être les mêmes titres dans une configuration différente auraient tôt fait de changer la donne. Les derniers albums, aussi bons peuvent-ils l’être, ne justifient pas à eux seuls la mise au rancard d’une immense partie de leur phénoménal répertoire et une interprétation parfois approximative ne fait qu’enfoncer un peu davantage le clou. Rendez-vous est déjà pris vendredi 7 juillet, même endroit et même heure pour le concert de GUNS N’ ROSES afin de constater si l’agencement et le choix des titres dans un stade joue ou non sur le ressenti morose d’une mode dépassée par votre serviteur.

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