DAVID GILMOUR, Arènes de Nîmes, 20 Juillet 2016

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Me voici de nouveau au centre de ces Arènes de Nîmes que je commence à bien connaitre, trois jours seulement après le show défrisant la moustache que Muse a donné dans cet endroit prestigieux et dont le show-report est consultable sur votre nouveau site favori. David Gilmour, au même titre que les aMuseurs publics, se produit dans le cadre du splendide Festival de Nîmes organisé comme de coutume et de main de maître par Adam Concerts en partenariat avec la Mairie de la ville. Autant vous dire d’emblée que la perspective de croiser le fer avec l’ami Gilmour entre les vomitoires et les aqueducs pluviaux me réjouit au plus haut point, ajouté à cela que l’homme, dont le soixante-dixième anniversaire vient de passer en mars, est en grande forme parait-il.

C’est sous un ciel pourtant menaçant que je pénètre dans ce lieu mythique après avoir été des plus agréablement accueilli par le collectif en place, une constante remarquée à chacun de mes passages en terre nîmoise. La chaleur des gens du sud n’est pas une légende, mes amis ! Après avoir récupéré mon sésame et effectué une pause pétillante à l’un des stands de ravitaillement parsemés aux quatre coins de l’endroit (Nd moi : y a pas de coin dans une arène ! Je le note, ça pourra peut-être me servir plus tard…), je plante ma grosse lance pointue au centre de la reine, tel le gladiateur, jadis, fier de mourir comme le crocodile se présentant à la porte de la boutique Louis Vuitton, avenue Montaigne. Ah…un coup de pied sous la table à l’instant vient me signaler qu’il ne s’agit pas d’une reine mais bien d’un amphithéâtre romain datant de la fin du 1er siècle après Jesus Christos et la lance pointue n’est autre que mon stylographe décapuchonné. Je prends place, disais-je, et patiente en admirant ce superbe écran géant à cet instant totalement muet de lumières et d’effets spaciaux.

David Gilmour, Rattle That Lock, Arènes de Nîmes, le 20 juillet 2016, Crédit photo AnneM
David Gilmour, Rattle That Lock, Arènes de Nîmes, le 20 juillet 2016, Crédit photo AnneM

Après les dernières minutes d’attente semblant prendre une tournure de perpétuité, le noir se fait sur la nuit tombante du crépuscule nîmois. Et là, le murmure de la foule se fait plus insistant et se propage dans les travées et les entraves du Gardois Circus. Il est là. Il se dresse sous nos yeux ébahis par la simplicité de l’homme dans ce qu’il a de plus éblouissant, de son entrée sur la pointe des pieds (quand on sait ce que représente ce grand monsieur au travers des continents, ça laisse rêveur). Quelques nappes de clavier et voici que la légende entre dans…l’arène, mais réelle cette fois. « 5 AM » nous envoute de ses bras majestueux mais voilà maintenant le Roi David seul face à dix-mille Goliath pour un combat que l’on sait d’avance remporté par le frêle magicien de la six-cordes. Le son méga légendaire du virtuose me transperce à présent l’ouïe depuis quelques secondes et un frisson parcourt mon dos de bas en haut. La magie opère. Quiconque serait tenté d’aller voir Gilmour sur scène à reculons (ND vous, lecteurs : elle est idiote, cette phrase) ne résisterait pas longtemps après cette intro pour être conquis comme la Gaule par ce phrasé si particulier et ce son immaculé. Impossible, vous dis-je. Les quatre notes annonçant généralement un retard en voie B font ensuite leur entrée et le show trouve immédiatement sa vitesse de croisière. Nouveau choc : le son est BADASS de chez HUGE, mauvais-cul pour les moins anglophones d’entre nous. Tout est parfaitement équilibré, rien ne dépasse. On vise le sur-mesure auditif. Est-ce que je vous ai dit que le garçon chantait fort bien en ce début de show, même si sa voix montrera quelques signes de faiblesse sur la fin ? Bah ça y est. Ce sont maintenant quelques notes de piano qui introduisent « Faces of Stones », nouvel extrait du dernier album solo de Gilmour paru en 2015 « Rattle That Lock », qui font frissonner les auditeurs par le bon côté du manche. Le maestro nous gratifie encore d’une fournaise guitaristique gorgée de feeling et de décontraction. Premier morceau de choix de la soirée (comprenez Floydien), « What Do You Want From Me » tiré du mésestimé (à tort ?) « The Division Bell » (1994). Très joli moment qui voit les trois magnifiques choristes prendre un peu plus de place dans le show et un David toujours aussi impérial. Chouette accueil du public durant ce moment de bravoure.

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Crédit photo : Hélène Drouot

On n’est pas bien là !? On est là, décontractés du gland….Le seul problème c’est qu’on bande même quand on n’a pas envie d’bander. Le sublime « The Blue », premier des deux extraits de l’autre album individuel du monsieur défilant ce soir, « On An Island »(2006), achève de nous en convaincre à sa vitesse. Avec bon sens et chaleur, on entrevoit le bonheur qui envahit les yeux du fan le plus intransigeant ou du hardcoreux le plus teigneux. Quand vient le moment attendu par beaucoup comme l’un des points forts de la soirée, on ose à peine se mettre à la place de la malheureuse choriste qui va avoir la lourde tâche de faire oublier l’espace de quelques instants Clare Torry, interprète historique du bijou, mais peut-être plus encore Durga « Lady Pink Floyd » McBroom, capable de l’inimaginable depuis plusieurs années. Vous l’aurez compris, « The Great Gig In The Sky » est de sortie sur le boulevard du rhum, et sa plus belle robe se pare, non pas d’une choriste, mais des trois en même temps qui se relaient pour un résultat bluffant pour votre serviteur mais pas forcément du goût des die-hard fans qui préfèrent sans doute la performance à la qualité, les deux étant terriblement difficiles à mettre à niveau à de telles altitudes stratosphériques. Choisis ton camp ! Après un « Wish You Were Here » obligatoire mais toujours apprécié à sa juste valeur et un « Money » qui ne l’est pas moins, voici venir l’heure d’un moment de grâce absolue avant le retour au padoque du cheval et la révision de l’attelage par le charron. « High Hopes » propulse l’auditeur que je suis dans une autre dimension ; de celle qui suspend le temps et qui métamorphose la solennité de la cloche d’introduction en prière ésotérique au milieu de la rivière sans retour. « Un voyage, un seul aller au long court, d’où l’on ne revient jamais »…en tout cas, pas totalement indemne. Le final de cette Œuvre élaboré avec une telle maestria par la guitare classique de notre hôte est bouleversant de douceur et de sérénité. Quelques larmes perlent sur la joue de ma jolie voisine qui, les bras en croix sur sa poitrine, communie à genoux au milieu de la rivière pourpre, nue de toute malveillance. Jubilatoire !

David Gilmour, Rattle That Lock, Arènes de Nîmes, le 20 juillet 2016, Crédit photo AnneM
David Gilmour, Rattle That Lock, Arènes de Nîmes, le 20 juillet 2016, Crédit photo AnneM

Les roues du char sont désormais pourvues de leurs pneus été car après quelques minuscules gouttes de pluie, le temps du rythme marathonien de « One Of These Days » relance la machine, pourtant déjà fort bien huilée, sur les rails brûlants du désert Texan. « Shine On Your Crazy Diamond » suit la caravane du tour à la selle, aidé en cela par un refrain repris à l’unisson par un public en transe qui n’en demandait pas tant. A ce stade de l’extase, je vous fais un prix de gros sur « Fat Old Sun » issu du référentiel « Atom Heart Mother » (1970) incluant un nouveau solo dont on se demande comment une telle perfection peut être atteinte, et « Coming Back To Life » aussi entrainant que son introduction est belle à pleurer. « On An Island », et on se sent totalement perdu pour la cause animale, le prix de la baguette de pain et le réchauffement climatique…Un « Sorrow » extrait de « A Moment Lapse Of Reason » (1987) fait rugir de plaisir la guitare de David et nos oreilles dansent pendant ce mid-tempo classieux au possible. Lunettes noires vissées sur le nez de chaque musicien, « Run Like Hell » n’est pas loin de nous emmener au paradis. Ce titre est d’une puissance ahurissante et l’on implore David de nous laisser reprendre notre souffle au milieu de ce déluge de lumières, de lasers et de fumée blanche. Quelle introduction visuelle et sonore ! Quel titre ! Nous voici dix-mille âmes en joie, prêtes à courir les rues dans le but avoué de briser les vitres alentour, dévaliser les magasins et enfin crier à la face du monde notre amour pour « The Wall » (1979). Monsieur Gilmour se présente maintenant face à nos bras tendus, grand sourire affiché d’un homme comblé, et nous signifie sa gratitude en français, comme durant tout le concert à chaque fois qu’il a pris la parole. Mais la foule n’a cure de cette fin annoncée et acclame son gladiateur à cordes dans un brouhaha indescriptible. S’en suit un rappel passionnant composé de « Time », « Breathe » et l’indéboulonnable « Comfortably Numb », déroulé comme à la parade. Foule hors d’haleine, longue ovation, sourire, larme, poignée de mains, gobelets qui trinquent,…Tout y est. Et la magie disparait sous le chapeau de l’illusionniste, emportant avec lui nos derniers espoirs de vivre dans un monde rose bonbon.

David Gilmour, Rattle That Lock, Arènes de Nîmes, le 20 juillet 2016, Crédit photo AnneM
David Gilmour, Rattle That Lock, Arènes de Nîmes, le 20 juillet 2016, Crédit photo AnneM

Voilà, c’est fini. « Nos deux mains se desserrent de s’être trop serrées… ». Que dire de plus ? Que n’a-t-on jamais dit à propos de cet être qui n’ait jamais été écrit ? Que n’a-t-on pas disséqué dans son jeu de guitare que nous ne soyons pas en mesure de comprendre ? Pourtant, David Gilmour n’est pas Mark Knopfler. Il n’est pas Alex Skolnick, Edward Van Halen ou Patrick Verbeke. Mais il est unique et a influencé des générations de musiciens autour de la planète plus que de raison, de par son touché, son phrasé ou son timing parfait. Je vous fais grâce de son feeling et du reste, je perdrais mon temps à vous expliquer l’inexplicable. Mais surtout, surtout…Au-delà d’être unique, David Gilmour est à nous. Et à nous tous. Universal hom(m)e.

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