Cékidonk…pour Arno Strobl ?

PHOTO CYRIL MAZAK BEZE

En plus de l’interview accordée à Pré en Bulle dans le cadre de la sortie du premier album éponyme de FREITOT, Arno Strobl a accepté de se prêter au petit jeu du Cékidonk. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il en dépasse allègrement, du cadre. Une entrevue savoureusement drôle et tout simplement humaine. A son image.

Arno, je te propose d’évacuer immédiatement le sujet aussi inévitable que prévisible. Si je te dis Mike Patton (FAITH NO MORE, DEAD CROSS, FANTOMAS), que réponds-tu ?

Ma plus grosse influence depuis des années mais dont j’essaye au fil du temps de me détacher de plus en plus. Au niveau de FREITOT, il n’est pas du tout une influence pour l’album ! (rires)  Mais oui, bien-sûr qu’il m’a énormément influencé aussi bien vocalement qu’artistiquement. Passer du coq à l’âne et faire des choses très différentes, ça me parle beaucoup. C’est d’ailleurs ce que je m’efforce de faire car comme lui j’aime tellement de types de musique que je ne pourrai jamais me satisfaire d’un seul.

N’es-tu pas un peu lassé parfois de cette comparaison, aussi flatteuse soit-elle ?

Oui et non. Tout dépend de la manière dont c’est fait. Tant qu’à faire je préfère être comparé à Patton plutôt qu’à d’autres ! Enfin ce que je veux dire c’est que si je suis comparé à lui c’est que je l’ai bien voulu aussi. Sur certains de mes projets, il est évident que son esprit était bien influent, je pense notamment à l’album avec 6:33.  Cela étant dit, j’ai d’autres influences dont beaucoup de personnes seraient étonnées de savoir qui elles en  sont !

Arno (le chanteur belge)…

Je le respecte énormément en tant qu’artiste. Ayant passé de nombreuses années en Belgique (Ndr  Arno Strobl a passé son enfance et une grande partie de son adolescence dans le plat pays), j’ai surtout été élevé avec TC MATIC, le groupe originel dont il provient avant qu’il ne se lance en tant qu’artiste solo. Je l’ai donc beaucoup plus suivi à cette période jusqu’à son premier album en solitaire paru en 1986 que j’ai écouté en boucle à l’époque. Mais il n’est pas à proprement parler une influence. Je le mettrais bien plus volontiers sur le même plan qu’un Dutronc que j’écoute occasionnellement, que j’adore et que je respecte mais il n’a pas eu d’impact assez significatif sur moi.

The Rat Pack (Frank Sinatra, Dean Martin et Sammy Davis, Jr entre autres)…

Bah là…. ! (rires) Oui ! Je suis plus qu’ultra fan ! Qu’est-ce que tu veux que je te dise ?

Je ne sais pas, je t’écoute ! (rires)

Je suis en admiration totale. Les trois mecs quoi… Pour moi c’est la perfection à l’état pur, même si elle n’existe pas dans ce bas monde. En tout cas, on s’en approche au plus près. Je suis déjà un très grand fan de Frank Sinatra seul  mais les trois ensembles c’est… (silence) La fantaisie, la dérision avec en plus ce sentiment laissé que tout est hyper facile alors que ce qu’ils font est monstrueux. Et puis quelle élégance !

Tu te verrais faire un projet de la sorte, uniquement crooner ?

J’en rêve ! Il y a d’ailleurs un groupe français que j’adore, ELECTRO DELUXE, qui mélange la soul, le funk et le jazz et dont le chanteur se rapproche assez du type de charisme de crooner à l’ancienne que j’aime tant. C’est assez monstrueux comme projet et j’adorerais faire quelque chose dans cet esprit-là. Vraiment ça fait partie des choses qui me tiennent à cœur. On en a déjà parlé avec les mecs de 6 :33, composer un pur album de funk à l’ancienne, du type EARTH, WIND AND FIRE. Ça fait partie des choses à faire au même titre que l’album de FREITOT, avant qu’il ne soit réalisé lorsque je rêvais de faire un album entier de pur death metal old school. Encore faut-il trouver des musiciens pour réaliser ce genre de chose car j’évolue dans une sphère où tournent assez majoritairement des musiciens de metal. Ce n’est donc pas toujours évident de trouver quelqu’un qui aurait  éventuellement les mêmes aspirations artistiques que moi. Si demain je dis que je souhaite faire un projet du type RAMMSTEIN – Dieu m’en préserve ! (rires) – je pense qu’il y aura du monde pour participer à ce projet. En revanche, ce serait moins évident pour un projet du genre Rat Pack ! Ah si, je sais que je pourrais compter sur Renato Di Folco (FLAYED, TREPALIUM) pour faire le deuxième chant ou encore Florent Charlet (6 :33). Mais pour monter un big band, ça me parait bien plus compliqué !

Mark « Barney » Greenway (NAPALM DEATH)… 

Un de mes chanteurs favoris ! Alors ça s’entend beaucoup en live dans CARNIVAL IN COAL parce que c’est vrai que j’ai tendance à chopper assez facilement des gimmicks « à la Barney » du type…[il se met à vocaliser de la sorte], alors que dans FREITOT pas du tout. Les influences sont autres, à chercher du côté de la scène death scandinave. Mais oui Barney, au-delà d’être un chanteur influent, est un type adorable. J’adore le personnage, j’adore sa voix, son engagement. C’est quelqu’un qui me tient vraiment à cœur. De plus, il est fondamentalement un artiste. J’ai la chance de par mon travail de côtoyer beaucoup de monde, en particulier des chanteurs, ce qui me permet de voir ce qu’ils ont dans la tête et pas uniquement dans les cordes vocales. Avec Barney, c’est toujours passionnant. C’est quelqu’un qui ne baisse jamais les bras, toujours à fond dans ce qu’il fait, au taquet autant artistiquement qu’humainement. Ultra respect total !

Henri Salvador… 

(Eclats de rires gargantuesques) Pas du tout ! Je n’aime pas du tout sa musique et le personnage ne me touche pas.

Tiens, j’aurais pensé que le côté un peu déjanté de certaines de ses chansons des années 60 et 70 t’aurait marqué…

En aucun cas. En revanche, et pour rester dans ce registre, j’adore des mecs comme Bourvil ou Fernandel, même si pour le coup on est plutôt dans les années 50. Mais Henri Salvador, non pas du tout.

Ok j’aurai peut-être plus de chance avec le suivant. Richard Gotainer…

Ah je suis ultra, ultra fan ! Ce type est un génie. En plus il a toujours su s’entourer de compositeurs exceptionnels qui lui ont déroulé un tapis rouge pour ses textes ciselés à l’or fin. Et même s’il n’a pas une technique vocale super impressionnante, il reste à mes yeux un magicien. Ses textes sont absolument sublimes, avec un vrai fond. C’est un poète. Là encore, respect total !

Les Claypool (PRIMUS)… 

Arf… Oui bien évidemment ! Je dirais néanmoins que Les Claypool me scotche davantage en tant que bassiste qu’en tant que chanteur. Je suis un très gros fan de PRIMUS et ce depuis le premier album. Ceci dit, il a une voix absolument unique. Impossible de le confondre avec qui que ce soit. A part un personnage de dessins animés, tu ne peux pas lui demander par qui il a été influencé pour le coup (rires) Et puis lui aussi écrit des textes absolument fabuleux. C’est un grand, oui ! D’ailleurs si Claypool a pu avoir une influence sur moi, c’est très certainement au niveau de l’écriture des textes.

Max Otero (MERCYLESS)… 

Mon compagnon de Fenwick ! (rires) [Ndr : … ?] Max n’est pas à proprement parler une influence pour moi, en revanche je suis en adoration devant sa voix et puis c’est vraiment un super pote. A chaque fois qu’on se voit, on se marre bien en imitant la marche arrière du Fenwick. (rires)

Peut-on en savoir davantage sur cette histoire de Fenwick qui semble te tenir à coeur autant qu’elle t’amuse ?

Lors de notre première rencontre nous avons commencé à déconner sur les Fenwick. Puis à marcher à reculons en faisant « bip… bip… bip… » Et ça a duré une plombe. Bref… (rires) De plus, c’est quelqu’un dont je respecte énormément la carrière parce que franchement, même si MERCYLESS a eu un gros passage à vide, là c’est reparti sur les chapeaux de roues. Et puis sur scène, ça ne plaisante pas du tout. Il est un des personnages principaux et incontournables de la scène française. Sans compter qu’il est d’une gentillesse remarquable.

Billy Joel… 

Rat Pack, Billy Joel… Si tu commences à m’attraper par les sentiments ! Je suis ultra, ultra, giga, méga fan de ce chanteur. Je l’ai découvert et écouté depuis tout jeune car j’ai eu la chance de grandir dans un pays où la majorité des variétés qu’on entendait à la radio ou qu’on voyait à la télévision était anglo-saxonne. Donc j’ai grandi avec « My Life », « Honesty » et tous ses tubes. « 52nd Street » est un album que j’écoute tous les mois depuis au moins 20 ans.

Angelo Moore (FISHBONE)… 

Wow… Je suis fan de FISHBONE et d’Angelo Moore à en crever !

A-t-il joué un rôle sur ton approche de la scène ?

Non pas du tout car c’est un groupe très différent musicalement et je n’ai jamais eu l’occasion de jouer dans un groupe qui mélangeait ska, metal et punk de cette manière. Donc je ne peux pas vraiment faire un parallèle entre nous. Ceci dit, petite anecdote, nous avons la même date de naissance tous les deux. Pas de la même année car il est bien plus âgé que moi mais nous sommes nés le même jour. Voilà ! Juste pour me la péter un peu ! (rires) Plus sérieusement, j’adorerais jouer dans un groupe du style de FISHBONE. De toute façon, ce creuset de fusion, avec à sa tête des groupes tels que FISHBONE ou LIVING COLOUR – principalement  fin des années 80 / 90 – reste mon style de musique favori. C’est vraiment ce que j’écoute pour me faire plaisir ou pour me détendre. Ce sont souvent les mêmes qui reviennent et FISHBONE y figure en bonne place. Leur album « Truth And Soul » (1988) est vraiment le blueprint de la fusion ultime. Il y a tout dans ce disque. Tu peux oublier toute ta collection de disques pour partir sur une ile déserte, dans « Truth And Soul » tu trouveras tout ce que tu cherches.

Denis « Snake » Bélanger (VOIVOD)… 

J’adore Snake ! D’ailleurs je me suis rendu compte qu’il avait de plus en plus d’influence sur mon chant. C’est très récent. Pas tant au niveau des lignes vocales elles-mêmes, car nous n’avons pas du tout la même voix, mais c’est surtout son sens de la mélodie et son travail sur elle qui m’impactent, notamment sur mes travaux les plus récents au sein de mon autre groupe, THE LAMPEDUSA MAMBO CLUB. Les idées me viennent et j’me dis : « tiens, ça sent un peu le Snake quand-même ! » (rires) Et puis VOIVOD est vraiment un de mes groupes cultes.

Lars-Goran Petrov (ENTOMBED)… 

Très cool de boire des coups avec ! La salaud, qu’est-ce qu’il encaisse… (rires) Un super chanteur évidemment même si je ne me sens pas plus influencé que ça par son travail. En revanche, Etienne Sarthou (Ndr : batteur de AqME et compositeur de la musique de FREITOT) est un immense fan d’ENTOMBED et donc de Lars je suppose. Difficile de ne pas l’entendre à l’écoute du disque. D’ailleurs Etienne ne s’en cache pas du tout et si un deuxième album voit le jour, ce dont nous avons vraiment très envie, il y a de  fortes chances qu’il soit dans la même veine. Un truc roots !

Alice Cooper… 

J’adore Alice Cooper jusqu’à sa période plus F.M, c’est-à-dire toutes les années 70 avec le côté très Broadway, très théâtral et grandiloquent. Ceci dit, Alice Cooper ne m’a pas influencé du tout dans la mesure où j’ai découvert son œuvre sur le tard. Cela doit faire peut-être 7 ans que je l’écoute vraiment à fond mais je ne me concentre que sur les années 70. A partir de « Raise Your Fist And Yell » (1987) ça ne m’intéresse plus du tout. « Trash » (1989) ou « Hey Stoopid » (1991) encore moins. Les plus récents, je ne les ai même pas écoutés. J’écoute surtout « Welcome To My Nightmare » (1975) ou « Alice Cooper Goes To Hell » (1976). Pas vraiment une influence mais par contre j’adore ! Et puis sa musique est très riche, très variée avec un paysage différent à chaque fois. J’adore ça, vraiment ! Mais je crois que mon préféré reste « From the Inside » (1978).

Joey Belladonna (ANTHRAX)… 

ANTHRAX a changé ma vie. J’étais un dingue de ce groupe. A 17 ans, j’ai découvert « Among The Living » (1987) alors que j’étais davantage dans le hard fm ou le heavy mélodique. En fait, tout bien réfléchi, c’est plutôt « Spreading the Disease » (1985) qui a complètement changé la donne et lorsque « Among The Living » est sorti… C’est le seul groupe au monde dont j’ai vraiment été fan ! Attention quand je dis fan, ça veut dire… (il marque une pause) Tout collectionner, découper des photos de 1cm2 dans les news des magazines. J’étais vraiment accroc à ANTHRAX. Je pense que Belladonna fait ce qu’il fait parce que c’est son job pour manger. Si tu lui demandes ce qu’il aimerait vraiment faire, ce ne serait certainement pas chanter au sein d’ANTHRAX. C’est un dingue de JOURNEY et d’AOR plus globalement. Il n’était pas vraiment destiné à faire du thrash mais bon il l’a fait et bien fait en permettant à ANTHRAX d’avoir son propre style car il s’agissait du seul groupe à posséder un chanteur aussi mélodique. Il  a élevé le groupe à un niveau supérieur.

Billy Milano (M.O.D / S.O.D)… 

J’aime beaucoup !  Il a une belle énergie. Je trouve ses textes très drôles, ils me font beaucoup rire à part quand il verse trop du côté politique. Les premiers M.O.D sont des tueries et puis j’adore S.O.D bien évidemment. Qu’est-ce que tu veux faire contre cet album !? Imparable ! C’est un raz de marée, un tsunami. Je pense que le mot « tsunami » a été inventé pour « Speak English Or Die » (1985)

Je n’ai plus de nom de vocaliste à te soumettre. Merci beaucoup Arno. As-tu quelque chose à ajouter ?

Oui.  Bravo à toi, tu as réussi à contourner très habilement toutes mes influences ! (rires) il y en a une notamment qui me tient à cœur et qui sans doute n’est pas flagrante au premier abord, c’est Joe Jackson. Au niveau du chant clair, son écriture et ses mélodies m’influencent vraiment beaucoup. Concernant mon chant death, je me dois de citer Ludovic Loez de SUPURATION, Mikael Akerfeldt d’OPETH et Dan Swanö (EDGE OF SANITY, NIGHTINGALE, BLOODBATH), ce dernier se révélant d’ailleurs une influence majeure en chant clair comme en chant saturé car le bougre maîtrise les deux de manière odieuse. Et pour conclure, impossible de ne pas mentionner Gene Simmons. Je suis un immense fan de KISS et de lui en particulier. C’est un grand mélodiste et les chansons qu’il a chantées, ses placements rythmiques, ont eu un fort impact sur moi. C’est aussi un peu ça que je recherche. Avoir un texte peut-être parfois moins intéressant mais qui contient des mots percutants dans un souci d’efficacité. Simmons fait ça très bien même si de mon côté j’essaye toujours d’avoir un minimum de fond dans l’écriture de mes textes. A ce propos, ma plus grande inspiration reste Tommy Christ (Ndr : vocaliste des cultissimes LUDICHRIST et de SCATTERBRAIN). Je trouve ses textes extrêmement drôles et magnifiquement bien écrits. Je pense que si je devais un jour écrire les dialogues d’un film, ma référence serait sans aucun doute Woody Allen mais comme je suis chanteur dans un groupe de metal, ma référence s’appelle Tommy Christ.

Comment travailles-tu ta voix ? (il boit une énorme gorgée de bière à l’instant même où je pose cette question)

Comme ça ! (rires caverneux) J’vais même m’allumer une clope ! (re-rires) Je ne la travaille pas énormément, c’est pas bien. Je constate juste que ma voix a considérablement évolué dans le bon sens depuis que j’ai mon groupe dans le coin, THE LAMPEDUSA MAMBO CLUB. Même si on ne fait pas beaucoup de scène, le simple fait de répéter toutes les semaines, avec de vraies possibilités de bosser à des volumes conséquents me fait un bien fou. Sinon je ne fais rien. Je n’ai par exemple jamais pris de cours de chant. Même avant une tournée ou un simple concert, je ne fais rien du tout. J’écrase ma clope, je termine ma bière et je monte sur scène.

Arno, tu es toujours plein de projets, avec des musiciens différents, dans des styles différents. Vu de l’extérieur, tu sembles y mettre à chaque fois toute ton énergie et ta ferveur. Rien ne semble te faire renoncer à quoi que ce soit. La question est simple : qu’est-ce qui pourrait te faire reculer ou renoncer à un projet ?

(Il marque un long moment de réflexion) Tant que ça n’implique pas de sport et qu’on n’est pas obligé de chanter la gloire de Dieu, tout est faisable. Je pense sincèrement qu’il n’y a pas grand-chose qui m’arrête. Il s’agit avant tout de rapports humains. Si je tombe sur un ramassis de connards, pas cools, sans humour, malhonnêtes ou qui ne m’acceptent pas tel que je suis, il n’y a pas moyen. Même s’ils font la meilleure musique du monde, ça me paraît impossible. Pour le reste, je suis ouvert à toute forme de musique, avec la même délectation. Mais je place les rapports humains avant tout.

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