PERSISTENCE TOUR 2020 @ l’Ancienne Belgique, BRUXELLES, 19 janvier 2020 – par Alexis Cro-Mags

Mons, Nivelle, Halle… Aucun doute, nous sommes sur la bonne piste pour parvenir à l’Ancienne Belgique afin d’assister à l’édition 2020 du Persistence Tour, laquelle se déroule à Bruxelles, cité la moins éloignée de la capitale française. Le Menneken Pis nous y attend pour nous abreuver durant quelques heures d’un hardcore « made in USA ». L’affiche proposée cette année reste une fois de plus d’un sacré niveau, puisque ce ne sont pas moins de huit groupes qui vont se succéder toute l’après-midi et dans la soirée, parmi lesquels les légendaires GORILLA BISCUITS, assurant la tête d’affiche, mais aussi AGNOSTIC FRONT, WISDOM IN CHAINS ou bien encore H2O. Autant l’avouer d’emblée, les heures à suivre risquent de donner quelques sueurs froides aux agents de sécurité postés dos à la scène et face au crash barrières séparant cette dernière du public. Tiens, non ! Pas de barricade, juste un agent de sécurité posté sur scène côté jardin, lequel n’interviendra pas de la soirée, ou à peine. Quel plaisir d’assister à des concerts de hardcore sans crash barrière, à l’ancienne, avec tout ce que cela comporte ! Certains des groupes présents à l’affiche ce soir ne manqueront d’ailleurs pas de le souligner, non sans délectation. Après un rapide un coup d’oeil jeté au stand de merchandising, lequel met en vente un tee shirt à l’effigie d’Adam Blake, bassiste de H2O actuellement en lutte contre la maladie et dont les ventes lui sont exclusivement destinées pour vaincre le poison contre lequel il se bat – le hardcore et sa légendaire fraternité, il est déjà temps de se diriger dans l’enceinte même de l’Ancienne Belgique, jolie salle surplombée d’un balcon hélas fermé ce soir.

CREDIT PHOTO JURGEN BRUYNOOGHE

C’est dans une salle pour le moment extrêmement clairsemée que COUNTIME investi la scène. Il faut dire que l’heure franchement avancée (15h30) n’incite pas vraiment le public à pénétrer dans la salle, préférant se retrouver entre ami(e)s parfois venu(e)s de loin, voire des pays limitrophes de la Belgique. A leur décharge, signalons que le set des natifs de Los Angeles ne dure qu’une vingtaine de minutes et que le son, certes percussif, proposé par l’imposant leader Jr5150 et ses collègues ne brille pas par son originalité, quand bien même certains passages se laissent apprécier agréablement. Beaucoup de postures et l’obligation de jouer deux reprises dans un laps de temps de jeu aussi court laissent à penser que le groupe ne semble pas avoir véritablement trouvé sa place au sein de cette affiche. Car comment expliquer autrement les incursions du « Clobberin’ Time » de SICK OF IT ALL et du « Pride (Times Are Changing) » de MADBALL au milieu d’une setlist de vingt minutes, si ce n’est pour tenter de sauver les meubles en collant au plus près de cette affiche majoritairerment new-yorkaise, de faire bouger les spectateurs de la salle jusqu’ici presque amorphes, applaudissant poliment entre les titres ? Dommage d’être obligé de tomber dans une forme de facilité pour tenter de  sauver le set d’un quasi naufrage – pourtant pas annoncé du tout, tandis que la persévérance et l’abnégation aurait sans doute été saluées plus dignement par le public et la critique. A revoir néanmoins dans d’autres conditions et pour un set nettement plus long, cela va sans dire.

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Place maintenant à CUTHROAT, également originaire de Los Angeles. Forts de deux sorties plutôt agréables mixant un hardcore tendance old school avec des parties vocales assez proches d’un phrasé hip hop, le set des Américains semble indéniablement plus apprécié par le public, lequel désormais occupe une place bien plus conséquente dans le pit que lors du show de COUNTIME. Si la voix un tantinet agaçante sur la longueur du vocaliste Neil Roemer – lequel a également officié un termps au sein de DOWNSET – rappelle sous certains aspects celle de Fred Durst (LIMP BIZKIT) en nettement plus monocorde, le set n’est reste pas moins relativement agréable à suivre, le combo se démenant comme un beau diable pour tenter de faire participer le public. Vingt minutes assez plaisantes et compactes, sauvées, il faut bien le reconnaître, par le côté groovy et dansant de la musique délivrée par CUTTHROAT, davantage que par l’aspect parfois plus rapide de son hardcore. Un bon moment, néanmoins sans réelle surprise.

Assister à un show de WISDOM IN CHAINS reste toujours un grand moment, d’une part parce que le groupe, fort d’une vingtaine d’années d’existence, emporte dans sa poche une expérience scénique et un savoir-faire sans nul autre pareil, d’autre part parce que Mad Joe Black, imposant et surpuissant vocaliste du gang, dispose d’une aura singulière et suffisamment magnétique pour soulever une foule, même dans les moments difficiles. Contre toute attente, c’est un Mad Joe quelque peu sur la réserve qui va débouler sur scène, moins explosif qu’à l’accoutumée et semblant ménager ses efforts lors des premiers titres, pourtant acclamés par un public désormais bien présent dans le pit. Sans doute ces quelques minutes ont-elles été nécessaires et bénéfiques au frontman pour trouver ses marques, parce qu’ensuite Mad Joe Black a littéralement déroulé un set d’une puissance phénoménale, comme à son habitude. Ne disposant que d’une bien maigrichonne demi-heure, WISDOM IN CHAINS va asséner l’un des premiers et meilleurs coups de masse de la soirée. Porté par un pit désormais libéré de son expectative froideur, le groupe enchaîne maintenant les titres d’un best of de sa carrière face à un nuage humain, lequel investi désormais la scène pour une séance de stage diving sauvages, parfaitement encouragés par Joe et ses amis. Voici enfin venue l’ambiance tant attendue par tout le monde, celle des titres les plus chantants du groupe, repris à gorge déployée par ses nombreux fans venus ce samedi à Bruxelles, comme en témoigne le nombre conséquent de tee shirts à l’effigie du groupe visibles dans la salle. Entre deux torpilles de son hardcore/punk bleuglé autant que chanté énergiquement, Mad Joe prend le temps de remercier l’ensemble des groupes présents à l’affiche de même que l’organisation de cette tournée semblant avoir été à cet instant une parfaite réussite, à tout point de vue. Une des plus grosses ambiances de cette journée, sans aucun doute.

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BillyBio, fort d’un premier album solo paru il y a un peu plus d’un an et plutôt bien accueilli par les fans et la critique, dispose lui aussi d’une petite demi-heure pour s’imposer dans les règles de l’art. Après 30 ans d’activité au sein de BIOHAZARD, POWERFLO ou en remplaçant de luxe pour ses potes de BLOOD FOR BLOOD, le père Billy en a pourtant encore sous la semelle, en témoigne l’incroyable énergie qu’il déploie sur scène, étant désormais libéré d’un micro et de son pied puisque le garçon évolue depuis peu équipé d’un micro serre-tête sans fil lui permettant de se déplacer librement sur scène et d’enchaîner sauts et courses effrénées d’un bout à l’autre de celle-ci. La torpille BillyBio est donc en place pour assassiner le pit, lequel n’en demande pas moins. Si l’idée de ce nouveau micro s’avère excellente pour accaparer la scène sous tous ses angles – et l’accompli sportif que reste l’ami Billy ne s’en prive pas une seconde, le rendu sonore n’est, quant à lui, sans doute pas forcément à la hauteur des attentes, en tout cas côté façade. Obligé de chanter avec la bouche de côté afin d’être au plus près du micro, Billy semble avoir parfois du mal à restituer l’ensemble des paroles qu’il délivre pourtant à haut débit selon les titres. Probablement conscient que tout n’est pas parfait à ce niveau, le frontman ne se laisse pas abattre et délivre une prestation de haut vole, fort bien secondé par son groupe, très impliqué lui aussi, à l’image de cet imposant bassiste, lequel assure un show digne des plus grandes heures du genre. Piochant majoritairement dans les titres de son unique album, BillyBio n’en oublie pas pour autant le groupe qui a tant fait sa renommée, puisqu’il va par deux fois piocher dans le cultissime Urban Discipline (1992) de BIOHAZARD. « Shades Of Grey » et l’inévitable « Punishment » seront donc exécutés pour le plus grand bonheur de l’assistance, avec une invasion de la scène par une trentaine de téméraires moshers en transe sur ce dernier. Seule étrangeté que l’on pourra mettre sur un même plan ou presque que les reprises jouées pour COUNTIME durant son set, Billy et ses potes nous infligent une reprise absolument abominable du pourtant magnifique « Get Up, Stand Up » du grand Bob Marley. Déjà massacrée par POWERFLO sur album, cette merveille est de nouveau exécutée (au sens propre) ce soir par BillyBio. Vraiment pas indispensable, surtout lorsque l’on ne dispose que d’un temps de jeu très court. Chouette prestation du groupe malgré tout, avec une mention spéciale pour les covers de BIOHAZARD ayant littéralement transfiguré l’assistance, un peu au détriment de ses titres solo, par ailleurs forts recommandables également.

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Place nette désormais pour accueillir l’un des points forts de la soirée, H2O. Depuis plus de 25 ans, le groupe de Toby Morse détient l’une des réputations scéniques les plus enviables de la scène hardcore. Que l’on apprécie ou non sa musique, difficile de ne pas accrocher à un set de H2O, tant l’attitude et la passion aussi sincère que débordante de son leader Toby jaillissent de sa personne tout en illuminant l’assistance. Et ce soir, nous allons avoir droit à une véritable leçon de punk/hardcore mélodique, joyeux et extrêmement bien ficelé, quand bien même les New-yorkais ne disposant eux aussi que d’une trentaine de minutes. Inutile de bouder notre plaisir et sachons profiter de ce set de très haute performance, probablement le mieux accueilli de la soirée. C’est bien simple, le public va devenir totalement incontrôlable durant trente minutes. D’une énergie folle, il va pousser Toby Morse et ses potes dans ses retranchements et ne relâchera la pression qu’en toute fin de set avec l’imparable et désormais morceau de clôture « What Happened », tiré du référentiel et délicieux Nothing To Prove (2008), dont le pont central sera chanté par Civ de GORILLA BISCUITS himself, lequel n’aura pas manqué une miette du show de ses collègues du côté cour de la scène. Autre invité salué par la foule, Mike Gallo, bassiste d’AGNOSTIC FRONT, venu prêter main forte le temps d’un « Guilty By Association » tiré de F.F.T.W (1999). Etrangement, aucn titre extrait du dernier album en date de H2O n’est joué ce soir, le pourtant fort recommandable Use Your Voice de 2015, tandis que le groupe y va également de sa petite reprise, la terrible « Nazi Punks Fuck Off » de DEAD KENNEDYS, laquelle fut enregistrée en son temps à l’occasion d’un album paru en 1999, luttant de toutes ses forces contre toute forme de racisme. Enorme groupe, pit absolument intenable, foule en délire, vous l’aurez compris, il va être bien difficile pour les groupes suivants de s’assurer une place au soleil après une telle débauche d’énergie et d’ondes positives.

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Malheureusement pour lui, c’est sur STREET DOGS que cela va tomber ce soir. A lui la lourde tâche d’enchaîner après la tornade H2O. Toujours mené par l’infatigable ancien chanteur de DROPKICK MURPHYS, Mike McColgan, STREET DOGS, s’il ne démérite pas un instant, va devoir trouver les ressources nécessaires afin de rester en contact avec le public, lequel a légèrement déserté la salle pour se reposer un peu et s’abreuver après le show bouillant comme la braise de H2O. Mission quasiment impossible sur le papier, mais c’est sans compter sur une volonté dure comme l’acier et sans se laisser démonter que STREET DOGS va parvenir à inverser la tendance, non sans mal, reconnaissons-le. Disposant également d’une trentaine de minutes, le groupe va intelligemment piocher dans l’ensemble de sa discographie ou presque et par ce fait rameuter pas mal de monde face à lui, même si la jauge d’un pit qui se respecte en pareille circonstance ne sera pas atteinte. Toutefois, reconnaissons que le set des Bostoniens est bien agréable et que son punk rock/oi empruntant autant à COCK SPARRER qu’à SOCIAL DISTORTION ou aux CLASH, s’avère être des plus délectables. Concluant également son set par une reprise de BLACK FLAG, le légendaire « Rise Above » tiré du cultissime Damaged (1981), STREET DOGS sort de scène sur la pointe des pieds, probablement conscient de la difficulté qu’était le sienne ce soir, coincé entre un brasier et une légende new-yorkaise.

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AGNOSTIC FRONT. Pour être tout à fait honnête, ce live report dans sa globalité n’aurait pas dû voir le jour du simple fait d’évoquer une nouvelle fois la grosse légende de New-York. Il paraîssait en effet bien délicat de faire l’impasse sur Roger Miret et consort tandis que le groupe est une fois de plus à l’affiche du Persistence Tour. Seulement voilà, l’envie de traduire en mot le ressenti et la vision qu’ont été miennes ce soir de janvier 2020 à Bruxelles a manqué à votre serviteur durant de longues semaines. Le dépit a donc laissé place à la résignation de ne pas rédiger ce papier. Pas envie de tirer sur l’ambulance. Par respect, beaucoup ; par humilté, cela va sans dire ; par amertume, hélas ; par nostalgie, forcément ; par déconvenue, pas vraiment. Et puis dans le fond, pourquoi pas ? Ce qui va sans dire va encore mieux en le disant. Que retenir donc du set d’AGNOSTIC FRONT ? Il y aurait tant de choses à rédiger qu’il est préférable de concentrer le propos sur l’essentiel. Après une succession d’albums pour le moins similaires les uns aux autres, tant sur le fond que dans la forme – pour faire court, entre Another Voice (2004) et le petit dernier Get Loud! (2019) – le groupe de Roger Miret et Vinnie Stigma parcourt encore et toujours le globe, ce qui en soi reste on ne peut plus respectable et éminamment respecté. Partant de ce postulat, il est légitime de se poser la question de savoir s’il convient toujours de vouloir assister au show d’un groupe dont seuls deux membres du line-up originel deumeurent en place, l’un ayant allègrement dépassé la soixantaine, Stigma (64 ans), l’autre ne possédant plus un gramme de souffle, la faute hélas et sans doute à de récurrents problèmes de santé, notamment cardiaques. Si le second, du haut de ses 55 printemps parvient encore à donner l’illusion qu’il fait le job, du moins physiquement, le premier reste une énigme à bien des égarts. Soyons clairs et précis d’entrée de jeu, Vinnie Stigma ne doit sa présence au sein d’AGNOSTIC FRONT que par son nom, la sympathie évidente qui émane de sa personne et le charme presque pittoresque que lui confère son statut de légende vivante. S’agissant de ses prestations scéniques, il faut bien admettre que l’on est face à un clown qui ne semble même plus jouer ses parties – où est donc passée, par exemple, la relance punk de « The Eliminator », exécutée après la grosse accélération accompagnant le solo ? Craig Silverman désormais s’en charge sans sourciller – se singeant lui-même avec ses petit tourniquet qu’on ne compte plus et son poing droit lancé à la foule, geste qu’il exécute une bonne trentaine de fois, sourire jusqu’aux oreilles, plutôt que de se concentrer et jouer ses parties… par ailleurs inaudibles. D’ailleurs, est-il véritablement branché, Silverman assurant un travail colossal à sa place ? Son incursion au milieu du pit durant un titre ne sauve pas une prestation artistique aux abois. Quelle tristesse d’assister à un tel naufrage lorsque l’on voit cet homme en si grande forme physique ? Prisonnier (involontaire ?) de son image et de son statut de légende, Stigma n’est plus du tout à ce qu’il fait. En revanche, le guitariste respire la vie, la bonne humeur et la joie d’être présent, ce qui est déjà formidable, mais semble désormais irrémédiablement désintéressé par ses prestations scéniques et le rendu qu’elles dégagent au sein de son groupe de toujours. Puisqu’il est fait mention de « The Eliminator » quelques lignes au-dessus, signalons tout de même qu’il s’agit là du seul et unique titre de la première vie d’AGNOSTIC FRONT joué ce soir. Incroyable ! 0 titre de Victim In Pain (1984), 0 titre de One Voice (1991), 0 titre de United Blood (1983) – cela va sans dire… ! – et un malheureux titre de Liberty And Justice For… (1987), l’indéboulonnable reprise d’IRON CROSS « Crucified », bizaremment jouée sur un tempo plus rapide que de coutume, comme pour se débarasser de ce passage obligé en milieu de set. Comment peut-on se débarasser d’un revers de main de tout un pan de son histoire discographique, laquelle s’inscrit au papier calque avec la grande histoire du genre ? A n’y rien comprendre. Mike Gallo assure quant à lui un service tout à fait honorable, impliqué dans sa tâche, ce qui n’est pas le cas de Pokey Mo, son batteur et comparse rythmicien. Pour faire simple, Pokey Mo donne l’impression de pointer à l’usine, avec ses petits gants noirs pour les travaux salissants. Le batteur assure le service minimum, ne donnant plus l’impression d’être heureux de jouer et participe davantage encore à cette impression de malaise généralisé. Quant à Roger Miret, tout a été dit ou presque quant à ses prestations scéniques, chez Pré en Bulle ou ailleurs. S’il dispose d’un capital sympathie gigantesque et d’un respect absolu, le chanteur est à la peine vocalement depuis maintenant de très nombreuses années, la faute sans doute à des ennuis de santé comme évoqué plus haut. En partie, car l’homme n’a jamais brillé par sa puissance vocale, à l’exception notable des débuts très punk du groupe. Un sentiment extrêmement mitigé de ce set de 50 minutes, vous l’aurez sans doute compris, clôturées par la sempiternelle reprise des RAMONES, « Blitzkrieg Bop ». Peut-être serait-il temps de tirer des conclusions plutôt que des plans sur la comète…

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Tête d’affiche de ce Persistence Tour 2020, les vétérans de GORILLA BISCUITS, toujours menés par l’inénarable et ô combien respecté Anthony « Civ » Civorelli, s’apprêtent à clore cette remarquable soirée belge. Dire que le groupe a eu un impact gigantesque sur tout ce que la scène hardcore mondiale compte de groupes est un euphémisme. A l’instar d’un YOUTH OF TODAY, d’un CHAIN OF STRENGHT ou d’un JUDGE, GORILLA BISCUITS représente ce que la génération Youth Crew a pu produire de mieux, tant musicalement que textuellement. Il faut voir le monde sur les deux côtés de la scène durant la prestation de Civ et ses potes pour comprendre immédiatement à quel point ce groupe est adulé, à commencer par un Toby Morse (H2O) absolument intenable tout le long du show de GORILLA, chantant les paroles à tue-tête, harguant la foule autant que ses amis à ses côtés sur scène. C’est bien simple, une fois la traditionnelle et légendaire introduction de Start Today (1989) exécutée par deux trompettistes, Civ et les siens vont délivrer un show des plus énergiques et remarquables, comme dans les livres d’histoire. Walter Schreifels se démène comme un damné avec sa guitare, assure les choeurs, saute comme à la grande époque tout en harangant le public, lequel semble un peu fatigué en cette fin de soirée. Il faut dire qu’après six heures de show dans les pattes, la raideur des jambes commence à se faire sentir. Tous les classiques sont là, issus du Start Today précité, de même que ceux parus sur le légendaire Gorilla Biscuits paru en 1988. A tout cela s’ajoutent quelques surprises, telles que deux titres en provenance directe du répertoire solo de Civ, ainsi que deux reprises gargantuesques, « Minor Threat » du groupe du même nom, avec l’intervention du père Morse, toujours ingérable, et le définitif « As One » de WARZONE, durant lequel Mad Joe (WISDOM IN CHAINS) revient assurer une partie vocale saisissante d’intensité en plus de la traditionnelle reprise des BUZZCOCKS, « Sitting Around At Home », jouée depuis toujours par GORILLA BISCUITS. Un set admirable, mené de main de maître par Civ et Schreifels, malgré une ambiance ayant pris un peu de plomb dans l’aile au terme de cette journée éprouvante. Culte et euphorique.

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Une nouvelle fois, le Persistence Tour a tenu toutes ses promesses, offrant au public un plateau des plus alléchants malgré un temps de jeu un peu court pour chacun des participants. Parce qu’on en aurait bien repris une petite louche des H2O, GORILLA BISCUITS, WISDOM IN CHAINS ou BillyBio, avant la route de nuit pour le retour en France, laquelle semble désormais boudée par ce chouette festival itinérant. Dommage, vraiment.

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BLOODLET @ Le Petit Bain, Paris – 19 janvier 2020, par Julien Masson

concert darkest hour bloodlet fallujah pars le petit bain 19 janvier 2020

Tournée des 25 ans Darkest Hour + Fallujah + Bloodlet + Une Misère

Un froid glacial souffle sur les quais vides du 13e arrondissement parisien. Dans un Petit Bain relativement vide (ou à moitié plein), un événement à marquer d’une pierre blanche : BLOODLET va fouler le sol français. C’est une première qui vaut son pesant d’or. Le groupe, qui existe depuis presque 30 ans, n’a posé q’une seule fois le pied en Europe, à Berlin en 1998. Ce qui est amusant, c’est que BLOODLET n’est qu’une première partie pour accompagner cette tournée des 25 ans de DARKEST HOUR, laquelle n’a pas l’air de soulever les foules, en tout cas à Paris ce soir. Peu importe, on est là pour BLOODLET qui hante nos oreilles depuis notre jeunesse, fort de 3 albums dont le chef-d’œuvre The Seraphim Fall (1998), un album qui s’écoute de la première à la dernière note de façon quasi religieuse.

le groupe islandais UNE MISÈRE terminant son set, il est temps de passer aux choses sérieuses. BLOODLET se branche, pas de temps à perdre, le set s’annonce serré avant les têtes d’affiche. Placé au premier rang, on se dit qu’on hallucine : on va voir BLOODLET en live ! On a du mal à y croire, le sourire reste figé. On a besoin de le dire au bassiste qui finit de « plugger » son instrument. Il rigole. Lui aussi semble avoir du mal à y croire.

CREDIT PHOTO JULIEN MASSON

Lumière rouge, celle qui sied le mieux à la musique du groupe, et c’est parti. « Brainchild » et « Something Wicked » lancent l’assaut. Comme à son habitude, le groupe ouvre avec ses classiques de 1995, tirés de l’excellent Entheogen. On a l’impression d’être sur Youtube, seul moyen jusqu’à présent de voir le groupe en live pour nous, pauvres européens que nous sommes. C’est beau, c’est totalement maîtrisé, ça groove et ça réveille les morts. Scott Angelacos est comme un prêtre démoniaque, appuyé sur son micro. Il a une classe folle. On l’espérait, on l’a eu ce « Shoot The Pig », LE morceau obsessionnel pour tout fan du groupe – dont la vidéo issue du concert est à découvrir en pied d’article. 1’40 de pure haine avec son riff en boucle qui donne envie de prendre un mur et de le casser à coup de latte (remplacer « mur » par « les gens »). On ne va pas se mentir, on attendait ça depuis deux décennies. « Cherubim », « CPAI-75  » , la setlist à une classe folle et offre un panorama parfait de la carrière du groupe qui ensuite nous pousse dans le précipice avec « Whitney », morceau ouvrant The Seraphim Fall. C’est fort et démoniaque. On en met des coups de poing dans les retours du bord de scène parce qu’on n’a pas le choix : il faut que ça sorte ! « Holy Rollin Homicide », classique de chez classique issu de leur album de 2002, Three Humid Nights In The Cypress Trees  produit par Steve Albini, vient parachever ce best of total du groupe, avant d’envoyer un « Viper in Hand » cru 2019 en guise d’uppercut. Rideau.

La lumière se rallume, on est sonnés, on reste figés, on a l’impression qu’on vient de nous piquer à l’adrénaline. On vient vraiment de vivre ça ? Était-on plus de 10 dans la salle à comprendre l’importance de l’événement ? Je ne pense pas. Tant mieux : BLOODLET est un des secrets les mieux gardés de la musique. Cerise sur le gâteau, la gentillesse du groupe prendra le temps de se poser quelques instants après le set pour signer le disque fraîchement acheté. Evidemment, on a besoin de leur dire à quel point on les aime. On veut savoir des détails sur tel ou tel morceau, on exprime notre amour pour tel riff, tel album. Leurs sourires ne trompent pas : ça leur fait du bien. Grosses accolades, on les laisse tranquille et on rentre chez nous parce qu’après cette expérience quasi mystique, le reste nous paraît forcément très fade. Merci BLOODLET.

CREDIT PHOTO JULIEN MASSON

Du reste de l’affiche, on ne retiendra pas grand-chose. UNE MISÈRE, annoncé comme le groupe Nuclear Blast à suivre en ce moment, propose un metal beatdown de bonne facture en live, mais qui ne transcende pas sur album. FALLUJAH a offert un set brouillon niveau son. Les morceaux sont un peu pénibles à écouter, et les poses du groupe sont insupportables. Partis après, on « manque » DARKEST HOUR, sans regret après avoir écouté quelques albums le lendemain.

SETLIST BLOODLET

Brainchild
Something Wicked
Shoot the Pig
Cherubim
CPAI-75
Whitney
Holy Rollin Homicide
Viper in Hand

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MARK LANEGAN @Le Trianon, Paris – 8 décembre 2019, par Marina Zborowski

Le 8 décembre dernier, j’ai enfin réalisé l’un de mes rêves les plus chers : voir Marl Lanegan sur scène. Avant de revivre le souvenir de ce concert, un petit retour sur les origines de ce rêve s’impose. La grande fan des QUEENS OF THE STONE AGE que je deviens immédiatement en écoutant Songs for the Deaf à sa sortie en 2002 ( cet album tellement génial ) découvre Mark Lanegan avec ce titre fabuleux : « Hangin’ Tree ». Gros coup de foudre pour cette voix si magnifiquement et follement sombre. Je m’empresse de rechercher d’où vient cette voix que je n’ai jamais entendue jusqu’ici (ô scandale, même du haut de mes seize ans ! ). Je découvre alors que Mark Lanegan, c’est non seulement une immense voix et un songwriting exceptionnel, mais aussi une série de projets musicaux de folie : l’artiste excelle autant en solo que dans le grunge, avec les SCREAMING TREES, puis avec MAD SEASON et ce cher Layne Staley   ( une autre voix qui m’a attrapée pour toujours ), ou encore dans le stoner avec les QUEENS OF THE STONE AGE ( il accompagne le groupe sur Rated R également, et plus tard sur Lullabies To Paralyse et Era Vulgaris… et chacune de ses contributions est une perle ! )… Au fil des années, je découvre que son talent ne s’arrête évidemment pas là : parmi ses nombreux projets parallèles, notamment avec des voix féminines qui épousent à merveille son chant si unique, de Martina Topley-Bird à Melissa Auf Der Maur en passant par Alison Mosshart ou encore Nicole Atkins (cette reprise de « November Rain » des GUNS N’ ROSES, oh my…), je craque complètement pour son duo avec Isobel Campbell, qui donnera naissance à trois albums d’une rare délicatesse. Et en 2012, Mark Lanegan sort l’album Blues Funeral. L’album qui me rend définitivement addicte. Impossible de ne pas tomber folle amoureuse de « The Gravedigger’s Song », qui ouvre majestueusement cet album absolument parfait. 3’43 d’intensité. Cette chanson est sans doute l’une de celles qui ont le plus marqué ma vie jusqu’à présent. Fascination et tremblements à chaque fois que je l’écoute. La voix de Mark Lanegan qui te chante – en français dans le texte parce que c’est la classe ultime – « Tout est noir mon amour, tout est blanc / Je t’aime mon amour / Comme j’aime la nuit », c’est juste immense.

C’est donc remplie d’amour et d’admiration que je me dirige vers le Trianon pour accomplir ce vieux rêve. Je me doute que « The Gravedigger’s Song » ne fera pas partie de la setlist mais c’est peut-être mieux pour ma santé mentale et pour ma dignité… je me résous donc à m’en passer ! Et ce soir, toutes les conditions sont réunies pour vivre une merveilleuse soirée : le concert a lieu au Trianon, l’une de mes salles préférées, je suis au stade maximal de ma sensibilité, et pour couronner le tout, la salle est en mode orchestre, je verrai donc parfaitement bien la scène. Installée sur mon petit strapontin en bout de rangée, je m’apprête à vivre ce concert dans toute son intensité. Les musiciens entrent sur scène, suivis du grand Mark Lanegan. Les projecteurs virent au bleu et au rouge passion. On ne fait que deviner les traits du chanteur, les musiciens sont à peine plus éclairés. L’ambiance sera obscure et il faut accepter les règles du jeu : ce bleu-rouge sombre sera le décor de toute la soirée.

Le groupe entame les premières notes du show et ça commence fort, avec un titre mega rock’n’roll, « Knuckles ». Happiness. Rock is definitely alive ! Toute la salle tremble de bonheur. Le son est superbe, enveloppant comme il faut. C’est électrique, puissant, efficace. On ne pouvait rêver mieux en ouverture d’un concert de Mark Lanegan. Je suis aux anges. Le concert continue dans la même veine avec « Disbelief Suspension », le premier titre du tout dernier album, Somebody’s Knocking, sorti en octobre 2019. Je commence à peine à réaliser la chance que j’ai d’être là, au Trianon, à quelques mètres de Mark Lanegan et de ses formidables musiciens, légendes du rock avant l’heure. L’harmonie entre les musiciens et l’énergie toute particulière du guitariste sont immédiatement et irrésistiblement contagieuses.

On enchaîne avec deux titres issus de deux périodes différentes : « Nocturne » (Gargoyle, 2017) puis « Hit The City » (Bubblegum, 2004). « Hit The City », ô merveille. Ce titre que je chéris tant… et pour cause : il réunit la voix de Mark Lanegan et celle de PJ Harvey, ma déesse pour l’éternité. L’interprétation est tellement belle sur la scène du Trianon que j’ai presque l’impression que Polly Jean est parmi nous (je n’ose imaginer mon état si ce rêve ultime de voir les deux artistes réunis sur scène venait à se concrétiser…!). Les titres se succèdent dans un élan d’élégance qu’il est désormais impossible de rompre. C’est impressionnant. L’excitation monte avec « Stitch it up« , qui donne définitivement envie de danser toute la nuit. Le public est électrisé. On entend crier « debout » entre chaque chanson, on sent une envie folle de tout le monde de se lever et de courir vers la scène pour se prosterner devant Mark Lanegan… The Man. Cette envie folle, je la ressens aussi, mais je ne suis pas mécontente d’être assise car je sens que je suis physiquement incapable de me lever : non seulement parce qu’en cette période de grève générale des transports, il a fallu réaliser un joli petit périple pour rejoindre le Trianon (qu’importe, un concert de Mark Lanegan, ça se mérite !) ; mais surtout parce que je suis ensorcelée par cette voix tellement unique, tellement profonde, tellement sublime… je suis tout simplement scotchée à mon strapontin.

Et là, le groupe joue les premières notes du sublime « Burning Jacob’s Ladder », face B du single « The Gravedigger’s Song » ! Hallelujah ! Je n’aurai sans doute pas le droit d’entendre mon titre chouchou ce soir, mais la surprise de la face B suffit largement à me combler de bonheur ! Je raffole de ce titre et de sa mélodie délicieusement proche de « Gray Goes Black » (l’un des plus beaux morceaux de Blues Funeral). La grande classe. Je suis subjuguée, et ce n’est que le début.

Deux titres du dernier album continuent de tisser ce rêve éveillé : les classieux « Penthouse High » et « Night Flight To Kabul« . On flirte avec des ambiances proches des plus beaux morceaux de Depeche Mode. Le public ne tient plus en place, beaucoup se lèvent et forment de jolis petits essaims de part et d’autre de la scène. Et ça tombe bien car le morceau suivant n’est autre que l’excellente “Ruche” de Gargoyle, « Beehive« . Non mais vraiment, trop de beauté. Je suis partagée entre une joie incommensurable et une envie irrépressible de pleurer. Je me dis que le concert est à son point culminant et qu’il s’agit là du meilleur moment pour ajouter un titre de Blues Funeral à cette superbe setlist. Le guitariste se lance dans un solo hypnotisant et j’ai soudain cette douce sensation de transmission de pensée. Bonheur absolu, j’ai vu juste : dans la foulée de ce solo impeccable, ce sont bien les premières notes de « Bleeding Muddy Water« , le deuxième titre de Blues Funeral, qui retentissent sur scène ! J’en suis raide dingue et je ne suis visiblement pas la seule dans la salle. La version live est sublime. On peut lire le refrain se dessiner presque religieusement sur les lèvres de plusieurs fans: « Oh baby don’t it feel so bad »… Don’t worry Mark, tonight it doesn’t feel bad at all !! Opération envoûtement plus que réussie.

On enchaîne avec le frissonnant « Deepest Shade », ce titre de The Twilight Singers magnifiquement interprété par Mark Lanegan sur Imitations, album de reprises sur lequel j’ai tremblé plus d’une fois. « This deepest shade of blue / My love I give to you » résonne éternellement en moi. Evidemment, en live, c’est exceptionnellement beau et je finis avec les yeux bien embués. Les surprises se succèdent et Blues Funeral n’a pas dit son dernier mot : le groupe offre à une salle déjà comblée la très belle « Ode To Sad Disco ». Oh my goodness. Je vais finalement peut-être bien la perdre, ma dignité!

« Gazing from the Shore » (Somebody’s Knocking) et « One Hundred Days » (Bubblegum) prennent délicatement le relais, achevant de plonger la salle dans un respect indissoluble. Le régal continue avec « Emperor » (Gargoyle). J’ai déjà dit que toute la salle avait envie de danser jusqu’au bout de la nuit ?! Eh bien c’est reparti ! D’autant plus que le refrain entraînant de « Emperor » laisse habilement place à « Dark Disco Jag » et « Name And Number », ces petits bijoux empreints de cold wave issus du dernier album. Alors que l’émotion ne cesse de grandir depuis le début de ce magnifique concert, « Death Trip to Tulsa » débarque avec toute sa splendeur, unique titre de Phantom Radio joué jusqu’ici. Mais pas n’importe lequel. Pour moi, c’est vraiment l’un des meilleurs de cet album. Le groupe atteint un tel niveau de perfection en interprétant ce titre sur scène que ce moment du concert ressemble dangereusement à un au revoir. Et en effet, à la fin de ce voyage de la mort au creux des émotions les plus puissantes qui soient, le groupe quitte la scène. Heureusement, on comprend très vite qu’il y aura un rappel…

Et quel rappel ! On commence avec une version étirée de « Bombed » (Bubblegum) et un deuxième et dernier titre de Phantom Radio, « Torn Red Heart ». C’est l’instant romantique du concert. Les couples présents dans la salle se rapprochent et s’enlacent doucement. Les autres convoquent l’esprit de leur âme sœur, réelle ou imaginaire, unique ou plurielle, qu’importe : tout le monde est happé par la beauté percutante des mots et de la voix de Mark Lanegan. La buée qui se cramponne aux yeux de certains depuis le début du concert vient de recevoir la permission de passer à l’étape supérieure. Ce sont en tout cas de chaudes larmes que je sens lentement glisser sur mes joues.

Mais on ne va tout de même pas finir ce concert en pleurs. Le groupe n’a pas fini d’électriser le Trianon et saute à pieds joints dans les années 90 pour nous interpréter « Gospel Plow » des SCREAMING TREES. Nous voilà rassurés, la période grunge a beau être derrière nous, elle est résolument indémodable et indétrônable ! Je me prépare psychologiquement à voir ce concert s’achever quand soudain, cherry on the precious cake, le groupe rempile avec « Hangin’ Tree ». Oui, « Hangin’ Tree », le titre des QUEENS OF THE STONE AGE qui m’a fait découvrir le sublime univers de Mark Lanegan ! Je ne réponds plus de moi. L’ivresse collective qui s’empare de la salle est minuscule vis-à-vis de l’hystérie intérieure que je ressens en cette fin de concert. « As we two are one / Swayin’… »: combien de fois ai-je rêvé d’entendre Mark Lanegan chanter en vrai ces paroles que j’aime d’amour ? Je savoure chaque précieuse seconde de ce final explosif. Car cette fois, c’est bien le dernier titre et c’est officiel, pas de « The Gravedigger’s Song » au menu. Peu importe, je crois que cette version de « Hangin’ Tree » vaut tout l’or de mon monde.

Les musiciens quittent la scène sur cet instant de bonheur maximal, à l’exception de Jeff Fielder, le guitariste, qui prend le micro pour remercier chaleureusement le public… et pour annoncer que Mark Lanegan sera dans un quart d’heure au stand merchandising pour une séance dédicace. WHAT ? Une deuxième cerise sur le gâteau, ai-je bien entendu? C’est vraiment Noël avant l’heure ! Je me dirige vers le fameux stand et j’y découvre un petit livre sur Mark Lanegan, Sleevenotes, publié chez Pomona. Il s’agit d’une interview dans laquelle l’artiste parle de ses influences, de son processus d’écriture et de ses différents projets musicaux. Magique ! Je l’achète, évidemment, puis je patiente jusqu’à l’arrivée promise et inespérée du chanteur. Tout va très vite : un quart d’heure et une trentaine de fans émus plus tard, je suis face à lui et je n’en reviens pas. Il m’accueille avec sa voix grave, quelque peu éclaircie par une gorgée de bière, et me lance un « Hi! » souriant. Intimidée, pour ne pas dire tétanisée, je lui tends le petit livre que j’ai déjà hâte de lire et je repars avec une dédicace et un deuxième sourire que j’emporterai dans ma tombe. De quoi patienter jusqu’à la publication en avril 2020 de Sing Backwards and Weep, les mémoires de Mark Lanegan, qui accompagneront la sortie de son prochain album, Straight Songs of Sorrow, quelques mois seulement après la sortie de Somebody’s Knocking. Vivement le printemps et la prochaine tournée!

CREDIT PHOTO ©Marina_Z

 

Setlist

Knuckles
Disbelief Suspension
Nocturne
Hit the City
Stitch It Up
Burning Jacob’s Ladder
Penthouse High
Night Flight to Kabul
Beehive
Bleeding Muddy Water
Deepest Shade (The Twilight Singers cover)
Ode to Sad Disco
Gazing from the Shore
One Hundred Days
Emperor
Dark Disco Jag
Name and Number
Death Trip to Tulsa

Rappel

Bombed
Torn Red Heart
Gospel Plow (Screaming Trees)
Hangin’ Tree (Queens of the Stone Age)

 

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SLEEP @ Le Bataclan, Paris – 08 octobre 2019

Le 8 octobre dernier, tout bon fumeur de weed aimant le metal se devait d’assister à la Grand-messe stoner doom orchestrée par SLEEP. En effet, le mythique groupe californien, reformé depuis quelques années, posait son backline de fou sur la scène du Bataclan, un an et demi après son dernier passage dans la capitale.

SLEEP, c’est pour beaucoup « Dragonaut« , ce clip improbable en noir et blanc sur la VHS publiée par Earache en 1994, intitulée Earplugged, au milieu des NAPALM DEATH, CATHEDRAL et autres BRUTAL TRUTH. Une petite claque stoner rock tirée de leur album « Sleep’s Holy Mountain » (1992), considéré depuis comme un acte fondateur du mouvement, bien qu’étant le deuxième album de la formation. Le groupe, en pleine bourre, signe alors un contrat très lucratif avec London Records, et se point avec un troisième album nommé Jerusalem, irrecevable pour le label, se composant d’une loooongue piste de 60 minutes qui s’articule autour de quatre notes maximum. Ce chef d’œuvre incompris par le label, sorti depuis sous l’appellation Dopesmoker en 2003, poussera le groupe à se séparer. Les membres du groupe s’affairent alors à de nouveaux projets. Le bassiste Al Cisneros s’occupe au sein d’OM, tandis que le guitariste Matt Pike occupe son temps avec HIGH ON FIRE.

CREDIT PHOTO JULIEN MASSON

Heureusement pour nous, sous l’impulsion d’une nouvelle génération fan du style, le groupe se reforme en 2009, et après quelques concerts, s’offre le luxe d’accueillir derrière les fûts l’immense Jason Roeder, marteleur en chef de NEUROSIS. Il faut cependant attendre 2018, après deux magnifiques singles, pour voir débouler sur nos platines l’énorme album The Sciences, lequel nous amène donc à ce concert du 8 octobre. Evidemment, pour un groupe dont les textes sont principalement tournés vers la fumette, la science-fiction et l’espace, on aperçoit bon nombre de mines réjouies devant la salle. Le temps de se rapprocher de la scène pour la Grand-messe, les enregistrements de conversations de spationautes crachent dans les enceintes. Se dresse devant nous, tel un monolithe, un mur d’amplis Orange, et deux amplis maousses Ampeg pour le grand Al Cisneros et sa Rickenbacker, tel un Lemmy enfumé.

CREDIT PHOTO JULIEN MASSON

Le groupe monte sur scène et vient confirmer les propos d’un fan qui les avait vus au Canada il y a quelques semaines, suite à quoi il avait témoigné : « C’est tellement fort que tu as l’impression que le son te pousse hors de la salle ! ». Effectivement, dès les premières notes de « Marijuanaut’s Theme », le son prend direct au ventre. On se demande même si la sono fonctionne tellement les amplis crachent du lourd. Un son chaud, énorme, presque organique. Al Cisneros est un gros « Jesus stoner » qui attaque les cordes de sa basse avec toute la main. Il lui faut au moins ça pour passer outre le mur de son propulsé par le cultissime Matt Pike et la batterie de Jason Roeder, le tout à un tempo proche de l’arrêt cardiaque. On est figés par ce spectacle. La cohésion et la perfection de la musique jouée aussi lentement demandent une sacrée entente ainsi qu’une technique irréprochable. On remarque d’ailleurs que Jason Roeder a l’air de prendre totalement son pied à jouer avec les deux géants. Ses bras se lèvent aussi haut que possible pour frapper la caisse claire ; c’est beau à voir. Les classiques s’enchaînent : « Holy Mountain », « The Clarity« , « Sonic Titan« , puis arrive un dantesque « Giza Butler« , hommage appuyé au bassiste de BLACK SABBATH. C’est carrément l’extase dans le public, et une bonne partie de la salle, embrumée par la fumée de ganja qui flotte dans l’air, se laisse aller, ferme les yeux et trippe. « Leagues Beneath », morceau fleuve sorti en single il y a 3 ans, puis « The Botanist« , viennent parachever ce moment hors du temps. Deux heures viennent de passer alors qu’on a l’impression d’être à peine d’arrivés. On pourrait écouter jouer SLEEP toute la nuit. Puis c’est le moment de conclure, et forcement, « Dragonaut » vient totalement électriser le public qui en devient hystérique. Le morceau, un véritable classique, vient emporter la foule qui se laisse aller à un pogo stoner magnifique. Alors oui, le groupe n’a pas joué d’extrait de Dopesmoker, comptant un des plus grands riffs de tous les temps, mais a fourni un set gonflé au plomb et magistralement interprété. Les membres du groupe méritent totalement le succès qui leur est dû, et on a déjà hâte de les revoir bientôt pour se délecter de leurs riffs majestueux et jamais fumeux !

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CRO-MAGS « 30th anniversary Best Wishes on tour », 30 septembre 2019 – Le Gibus

Petit événement hier soir, 30 septembre, au Gibus parisien. CRO-MAGS, légende vivante du hardcore new-yorkais, y donnait un concert dans la cadre de sa tournée célébrant les 30 ans de son album le plus populaire juste derrière l’ultra référentiel The Age Of Quarrel (1986), l’excellent Best Wishes, galette parue en 1989. Inutile de revenir une énième fois sur le pourquoi du comment le public se trouve face à deux entités « Cro-Mags » et « Cro-Mags JM », les coreux de la scène en savent déjà bien assez. Les autres, moins impliqués, n’y comprendraient de toute façon pas grand chose tant les histoires à rebondissements pullulent entre les deux faces d’une même pièce que sont Harley Flanagan et John Joseph. Puérilité, égocentrisme ou haine viscérale, peu importe. Ce soir, c’est bien le CRO-MAGS du père Flanagan qui nous sort le grand jeu, après deux formations chargées d’ouvrir les débats avec un léger retard sur le running order prévu.

RIXE se donne donc moins d’une demi-heure pour chauffer la salle, laquelle se remplit très correctement et relativement vite dès les premières notes de son set de street punk/oi. Le groupe est en place et extrêmement carré, bénéficiant d’un son on ne peut plus correct. Le trio balance donc ses titres avec une rage non feinte, n’omettant pas de propager une très bonne humeur entre ceux-ci grâce à une décontraction contagieuse et un bonheur d’être présent ce soir. La particularité de RIXE réside dans le fait que l’ensemble des vocaux est intégralement interprété à deux voix, celles du bassiste et du guitariste, renforçant ainsi l’impact sonore de la musique du groupe. Revers de la médaille, l’aspect visuel du trio s’en trouve quelque peu diminué par les deux leaders se retrouvant bien évidemment statiques face à leurs micros respectifs pour assurer les titres, vocalement parlant, si bien que le public peine un peu à entrer dans la danse alors qu’il semble apprécier la musique. Il manque un peu d’« explosivité » visuelle pour parfaire le show et entraîner le public, lequel ne semble attendre que ça. Peut-être un partage des parties chantées entre les deux vocalistes plutôt qu’un rendu à l’unisson rendrait le visuel scénique bien plus éruptif, entraînant par là même un pit davantage tempétueux auquel il ne manquait vraiment pas grand chose pour imploser et rendre justice à cette musique taillée pour la scène. Un bon moment néanmoins pour le public et un groupe paraissant lui aussi très heureux de sa prestation et de sa présence sur l’affiche.

RED DEATH. Pour être honnête, la musique du quintet originaire de Washington, D.C était totalement étrangère à votre serviteur avant leur set. Si bien que la surprise de découvrir un groupe mêlant habilement un hardcore fortement métallisé façon thrashcore a littéralement mis le feu à un pit enfin libéré de ses chaînes. Il faut bien reconnaître que les compositions taillées pour des explosions publiques incontrôlées s’avèrent assez jouissives pour celles et ceux qui ont aimé en leurs temps les déflagrations de NUCLEAR ASSAULT, D.R.I ou plus récemment MUNICIPAL WASTE et TOXIC HOLOCAUST en bien plus teigneux, à ceci près que la musique de RED DEATH plaira davantage aux farouches amateurs du CRO-MAGS période Best Wishes justement plutôt qu’à ceux de The Age Of Quarrel, typiquement hardcore. Avec un batteur absolument infernal, parfait enfant caché de Shane Embury (NAPALM DEATH), Benny Hill et Paul Baloff (ancien vocaliste décédé d’EXODUS), de deux guitaristes d’une belle complicité et d’un bassiste/chanteur totalement impliqué dans l’art de briser des nuques, lui-même parfaitement vindicatif, les 40 minutes du set de RED DEATH passent comme une lettre à la Poste et le public, extrêmement friand de la musique des Américains, semble rassasié de ce thrashcore dévastateur. Mais le meilleur arrive dans les quelques dizaines de minutes qui vont suivre. A revoir néanmoins de toute urgence !

CREDIT PHOTO MRS. SPOOKYBELLA

Un concert de CRO-MAGS version Harley Flanagan reste toujours un grand moment, quoi qu’il puisse s’y passer, le frontman étant toujours aussi imprévisible et captivant après tant d’années. Des années semblant n’avoir aucune prise sur la forme éblouissante autant qu’olympique de Flanagan. Arrivant en terrain conquis avant même que le set ne débute réellement, le frontman lève ses deux basses face à un public l’acclamant et c’est au son de James Brown accompagné de quelques pas de danse de Harley que la terrible intro de « Death Camps » retentit dans un Gibus désormais copieusement garni. Le groupe évolue bien évidemment sous forme de quatuor bien que le fulgurant Rocky George (ex- SUICIDAL TENDENCIES/FISHBONE) soit le grand absent de la tournée européenne. Ceci étant précisé, son remplaçant, Joseph Affe (M.O.D/MAXIMUM PENALTY) s’acquitte d’un travail plus que satisfaisant, sans toutefois faire oublier son illustre alter-ego manquant. Affe s’en tire néanmoins avec les honneurs et gratifie l’audience de quelques envolées guitaristiques bien senties. Monsieur Flanagan est quant à lui fidèle à sa légende. Invitant à plusieurs reprises les « motherfuckers » de l’assistance à former un océan de bras et de jambes dans le pit, et ce dès l’entame du fédérateur « We Gotta Know », judicieusement placé en seconde position du set, l’homme débite ses parties de chant telle une mitraillette, quand bien même il n’est pas toujours face à son micro, lequel étant malmené plus souvent qu’à son tour par les mouvements de foule ou autres stage diving, autant que par Flanagan lui-même, toujours aussi impliqué dans son chant vindicatif et habité. Manifestement gêné par un nez semblant avoir oublié d’être mouché, les premiers rangs en seront pour leurs frais pendant l’ensemble de la prestation de CRO-MAGS, le chanteur ne cessant de tenter des évacuations plus ou moins hasardeuses de celui-ci en de nombreuses reprises. Le set s’articule donc autour de la pépite de hardcore thrashisant de 1989, sans omettre toutefois de placer un extrait de la dernière sortie en date, un 45T intitulé Don’t Give In récemment paru et dont le troisième titre « No One’s Victim » est exécuté ce soir. Sans être totalement révolutionnaire, admettons que le morceau passe très bien sur scène. Deux choses sont d’ailleurs à signaler dans la continuité de ce propos. La première, il n’y guère que ledit 45T qui soit disponible au merchandising de CRO-MAGS. Aucun tee shirt n’est à proposer. Incroyable ! Comment un groupe partant en tournée européenne se voit-il contraint d’annoncer sur scène, tout en s’excusant, l’absence de tee shirts ? Comment arrive-t-on à aussi mal gérer la logistique et la fabrication de son merchandising, fantomatique dès la quatrième date de la tournée ? Sherlock Holmes est sur le coup. La seconde remarque s’inscrivant dans la continuité de la récente parution du 45T est annoncée par Flanagan en milieu de set : un nouvel album est en préparation, si bien qu’une sortie serait envisagée durant la première moitié de 2020. Tiens, prends ça dans les dents John Joseph, son CRO-MAGS « JM » étant d’ailleurs qualifié par Harley Flanagan lui-même, affublé d’un sourire narquois barrant son visage plus qu’expressif, de cover band. Ambiance. Si Best Wishes se taille évidemment une belle part de la setlist de ce soir, difficile de passer outre The Age Of Quarrel, pépite parmi les trésors. Ainsi, « Street Justice », « Life Of My Own », « Show You No Mercy », un « Malfunction » absolument dantesque ou l’inévitable « Hard Times » chargé de clore les débats sont à l’honneur. A signaler l’absence incompréhensible et décevante de « World Peace » et de « Seekers Of The Truth ». Sans doute pour compenser un peu, CRO-MAGS nous sert un « Apocalypse Now » plutôt inattendu, tout droit tiré du Alpha Omega de 1992 dont on aimerait bien entendre un jour le terrifiant « Eyes Of Tomorrow ». Peut-être sera-t-il joué lors de la tournée suivant la sortie du prochain album dont le nom n’a pas été dévoilé ce soir, pas plus que sur les réseaux sociaux.

Un excellent concert de CRO-MAGS, en de nombreux points nettement supérieur au show de CRO-MAGS « JM » vu l’an dernier au Hellfest, pourtant avantageusement assuré par Mackie Jayson aux fûts mais dont la prestation scénique en demi-teinte de Joseph avait laissé un goût de trop peu dans la glotte, même si le bougre en avait encore sous la semelle, vocalement parlant. Si seulement ces deux imbéciles de Flanagan et Joseph parvenaient enfin à refouler une même scène durant 75 minutes, un soir sur deux, le temps d’une tournée mondiale qui serait à n’en point douter un triomphe absolu à tous points de vue, les fans du globe terrestre seraient tellement heureux d’assister à de telles retrouvailles, quand bien même elles ne seraient que scéniques. S’agissant d’un nouvel album commun et du retour de la fibre artistique « real CRO-MAGS », inutile de rêver. Cela n’arrivera sans doute jamais. Quel gâchis ! L’égocentrisme est le pire ennemi de l’artiste. Avec l’argent, cela va sans dire. Vraiment très, très triste.

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CONVERGE + TERROR + SECT + FANGE @La Machine du Moulin Rouge – 3 juillet 2019

681 jours. C’est le temps qu’il a fallu attendre pour voir CONVERGE retourner une salle de concert parisienne. Un an et dix mois depuis le concert du Trabendo, à l’occasion de la tournée de promotionnelle de The Dusk In Us (2017), dernier album en date du groupe qui ne sortait pourtant que trois mois plus tard. Cette fois ci, c’est à la Machine du Moulin Rouge que les hostilités ont lieu. Compte-rendu d’une soirée intense.

Si le dernier concert de CONVERGE à Paris proposait une affiche vraiment extrême en compagnie de GORGUTS, HAVOK et REVOCATION, le cru 2019 s’est montré plus éclectique. C’est le groupe Français FANGE, remplaçant CANDY initialement prévu, qui a la tâche d’ouvrir les débats dans une salle relativement vide, mais qui accrochera vite au style sludge rageur du quartet. Le chanteur et le bassiste passeront la demi-heure du concert à se taper, se cracher dessus… et à s’étrangler. Une prestation puissante, mais un son vraiment dégueulasse qui ne les a pas servis. Le groupe a quand-même suffisamment aiguisé ma curiosité pour que j’aille jeter une oreille sur l’album de ce groupe.

On découvre ensuite SECT, un groupe US produit par Kurt Ballou (CONVERGE). « Super groupe » composé d’anciens membres d’EARTH CRISIS, FALL OUT BOY et CURSED, les Américains perpétuent la tradition du hardcore straight edge avec des morceaux rapides et nerveux, entrecoupés de grosses mosh part qui retourneraient n’importe quel pit surchauffé.

Scott Vogel terror live 3 juillet 2019
CREDIT PHOTO JULIEN MASSON

L’ambiance monte carrément d’un cran quant Scott Vogel, le charismatique chanteur de TERROR débarque sur scène. Autant sur album je ne suis pas fan, mais sur scène, quelle efficacité ! Les tubes s’enchaînent. C’est compact, efficace et ça va droit au but. Vogel fait monter la pression, invite le public à tout donner, et la réponse est immédiate. Un festival de slams, d’open mic, de circle pit. L’abécédaire du hardcore comme on l’aime : généreux et efficace. Un grand bravo à eux car j’ai vraiment pris une claque.

Terror live 3 juillet 2019
CREDIT PHOTO JULIEN MASSON

Maintenant que les 800 personnes entassées dans la Machine sont bien chauffées à blanc, il est temps pour les vétérans du Massachusetts de monter sur scène. Jane Doe fait son apparition en fond de scène sur l’énorme backdrop. Votre serviteur – dont CONVERGE reste le groupe préféré – vient se poster « front row » pour profiter au maximum de la grande messe.

Nate Newton converge 3 juillet 2019
CREDIT PHOTO JULIEN MASSON

CONVERGE entame son set avec « A Single Tear », le morceau qui ouvre son dernier album. Le ton est donné : son excellent, énergie décuplée… On sent bien qu’on va vivre un grand moment. Surtout, on ne veut pas en perdre une miette. « Dark Horse » déboule, puis « Aimless Arrow ». Les hymnes s’enchaînent, si bien que des montagnes humaines se forment pour hurler à l’unisson dans le micro de Jake, toujours prompt à faire participer le public. Le chanteur affiche un sourire démoniaque et baptise le premier rang de sa sueur. Nate Newton est déchaîné sur sa basse. Le « Riffblaster » en chef est comme possédé quand il prend le micro pour le refrain d’« Under Duress ». Les fans de la première heure exultent quand le groupe balance « Forsaken » – tiré de son premier album – et c’est carrément la folie quand tombe « Locust Reign », tiré du split de 1999 avec AGORAPHOBIC NOSEBLEED. Les morceaux s’enchaînent à une vitesse folle, puis vient LE moment du concert où les poils se hérissent et les larmes montent aux yeux : « All We Love We Leave Behind », véritable hymne aux lyrics très personnels qu’une bonne partie de la salle reprend en coeur. Les fans sont galvanisés, cuits à point dans l’étuve de la Machine, et prêts à recevoir l’ultime assaut avec la trilogie de morceaux issus du sublime album You Fail Me (2004) : « Black Cloud », « Drop Out » (l’un de leur meilleurs morceaux selon moi) et « Eagles Become Vulture », qu’ils enchaînent avec le barré « I Can Tell You About The Pain », un des tous meilleurs morceaux du dernier album. A ce stade, il n’en faudrait pas plus pour nous laisser sur la meilleure des impressions quand le groupe sort de scène. Et pourtant, une petite minute après, CONVERGE revient pour le coup de grâce : « The Broken Vow » et « Concubine », deux morceaux du cultissime album Jane Doe (2001). Finir le concert par « Concubine », c’est aussi violent que si SLAYER terminait ses concerts avec Reign in Blood (1986) dans son intégralité.

Jacob Bannon converge 3 juillet 2019
CREDIT PHOTO JULIEN MASSON

Les lumières se rallument. On voit les corps dégoulinants, les sourires greffés sur des visages fatigués mais heureux. Que dire de plus si ce n’est que CONVERGE est certainement l’un des tous meilleurs groupes de scène dans sa catégorie, que son batteur Ben Koller vient de livrer une prestation rare alors qu’il se remet à peine d’une fracture du bras l’ayant tenu loin des fûts pendant plusieurs mois, que Kurt Ballou fait le taf de trois guitaristes à lui seul, mais aussi que Jacob Bannon est un monstre de scène, se nourrissant de l’énergie de la foule, de même que Nate Newton reste certainement l’un des meilleurs bassistes metal hardcore en activité.

Dans la chaleur de la nuit parisienne, votre serviteur vient alors se poster devant le bus pour voir ses idoles (n’ayons pas peur des mots), humbles et abordables, comme toujours. Les mecs sont épuisés par toutes ces tournées (rappelons que Newton vient de boucler un euro tour avec CAVE IN et que Bannon tourne aussi avec WEAR YOUR WOUNDS) mais prennent le temps de discuter, de signer des trucs, de faire des photos. C’est certainement ça aussi le secret de leur longévité. Bref, un gros 11/10 pour CONVERGE, en espérant qu’il ne faille pas attendre 681 jours de plus pour les voir fouler à nouveau le bitume parisien.

Setlist

A Single Tear
Dark Horse
Aimless Arrow
Under Duress
Forsaken
Melancholia
Reap What You Sow
Cutter
Locust Reign
Glacial Pace
Sadness Comes Home
Runaway
Predatory Glow
All We Love We Leave Behind
Black Cloud
Drop Out
Eagles Become Vultures
I Can Tell You About the Pain

Rappel
The Broken Vow
Concubine

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CAVE IN « Final Transmission »

28 mars 2018. Une de ces nouvelles qu’on aimerait « fake » dans le fil d’actualités Facebook. Caleb Scofield, le bassiste de Cave In, est mort dans un accident de voiture. Une déflagration dans ma tête.

Flashback. Nous sommes en 1998 et Cave In entre dans ma vie par la grande porte, direct dans le coeur avec la sortie de Until Your Heart Stops, premier vrai album du groupe. Un chef d’oeuvre qui s’encrera dans ma tête pour toujours, subtil mélange de finesse et de brutalité metal/noise, convoquant parfois la pop et des mélodies imparables. Un an plus tard paraît  Jupiter, l’album qui les enverra dans l’espace prog-rock. On a du mal à comprendre, mais on s’y fait. Et puis finalement, on comprend, on apprécie, on hallucine d’un tel changement musical. Cave In aura alors le « privilège » d’intéresser une major (RCA) : Antenna sera leur seul album « mainstream », leur ouvrant les portes du festival itinérant Lollapalooza, de même que la première partie de MUSE sur quelques dates. On trouve de belles pépites sur cet album, et toujours le talent de Caleb Scofield et sa bande pour écrire des chansons comme autant de petits joyaux qui restent scotchés dans le cerveau. S’en suivent deux albums rédempteurs, dont un White Silence (2011) qui sera le chant du cygne des Bostoniens. Un chef d’oeuvre du genre, avec son hymne « Sing My Loves», un des plus beaux morceaux du groupe.

Chacun vaque dorénavant à ses projets, Scofield en tête, puisqu’on le retrouve aussi bien dans le super groupe OLD MAN GLOOM aux côtés de Nate Newton (CONVERGE) et Aaron Turner (ISIS, SUMAC et surtout fondateur du mythique label Hydra Head Records), mais aussi ZOZOBRA, un power trio sludge metal qui nous gratifiera de trois albums essentiels.

Nous voila revenus au 28 mars 2018, et on a mal, tous. On se sent abandonnés. On a envie de se faire des câlins entre fans du monde entier, pour se réconforter. Et les membres de CAVE IN, entourés de nombreux amis, vont nous donner de quoi pleurer avec deux concerts à Boston et Los Angeles en octobre dernier,  retransmis en direct sur internet, comme pour communier tous ensemble autour de cet artiste de génie.

Et puis, on s’était à peine remis qu’un visuel publié par Hydra Head Records a chamboulé les esprits. Nous sommes en avril 2019. Un satellite. LE satellite. Il est blanc, il décolle d’une lune jaune dans un ciel gris métallisé. C’est une ultime transmission. La dernière de Caleb, celle que les membres de CAVE IN vont aller chercher au fond d’eux-mêmes, pour eux, pour nous…

Le label lâche une bombe, un premier morceau, « All Illusion » , ainsi que le lien vers les pré-commandes de l’album Final Transmission, dont la sortie est annoncée pour  le 7 juin.

J’avais acheté quelques mois auparavant des places pour aller voir le groupe à Londres, le 16 avril dernier. CAVE IN gratifiait le public européen de trois dates à Berlin, Londres et au Roadburn Festival néerlandais pour rendre hommage au défunt Caleb Scofield. A l’issue du concert berlinois, la nouvelle tombe : le groupe vend déjà le nouvel album à la merch table. Fébrilité de votre serviteur et des centaines d’autres fans présents le lendemain à Londres. On rentre dans l’Electric Ballroom, on se rend en silence devant la distro. On voit le disque, il est là, on l’achète. Hop ! dans le sac, sous le bras, et maintenant direction le devant de la scène pour le concert de ma vie. On a pleuré, beaucoup. Crié, chanté, headbangué jusqu’à en souffrir. C’est dur pour le groupe de chanter les deux nouveaux morceaux issus du dernier album.  On les regarde droit dans les yeux. On sent l’émotion après le concert en parlant avec les membres du groupe. Nous saluons Nate Newton qui a eu la lourde charge de « remplacer » admirablement Caleb à la basse et aux « cris » (il fournira sur scène une prestation proche de la perfection, tout en pudeur – quand on connait la présence sur scène du Riffblaster General pendant les concerts de CONVERGE, on ne peux que saluer son attitude)

 

CREDIT PHOTO JULIEN MASSON

 

Le lendemain, je rentre à Paris, sans voix, sans cou, vidé, fatigué, électrique. Catharsis parfaitement réussie. Communion totale. A chaud, je pose l’album sur la platine.

Il est là, il siffle, bien vivant, en grattant quelques jolis accords sur une guitare acoustique. « Final Transmission » et cette intro de Caleb, puis un riff à mi-chemin entre LED ZEPPELIN et JOAN OF ARC vient se jeter dans l’immensité du premier morceau, « All Illusion ». A ce stade, on a droit à du très grand CAVE IN, à une synthèse de 25 ans de recherches soniques. Le riff, joué à la guitare par Caleb et à la basse par le magnifique Steve Brodksy, procure une sensation de grande liberté. Il nous emmène vers de nouveaux espaces, comme le groupe a toujours su le faire. Le son est énorme. Brodksy chante comme un ange. Le morceau se termine par le fameux Sonic Death Wall caractéristique du groupe, avant de céder magnifiquement sa place à « Shake My Blood » qu’il m’est encore difficile d’écouter sans avoir les yeux mouillés. On sent que le groupe a donné les morceaux en l’état, ce qui fait leur beauté brute : il fallait que ça sorte. « Shake My Blood » tout particulièrement, avec son introduction ‘jupiterienne’ suivie de son couplet  parlant de « dire au revoir » et « d’attendre de mourir ». Gloups. On en chiale, pas de souci. On se plait aussi à y trouver une ressemblance avec « Innuendo And Out The Others » sur Jupiter (2000). On se dit aussi que JR Conners à la batterie est inégalable dans son style, accompagnant à merveille les mélodies et la basse toujours hyper présente. Un grand monsieur, un énorme batteur.

« Night Crawler » s’ouvre sur un riff lourd, puis s’envole pour offrir un moment que Chris Cornell (SOUNDGARDEN) n’aurait pas renié sur le refrain. Mur de son, vocaux légèrement saturés. Tout est là. C’est nerveux et délicat à la fois. On se repose quelques instants sur « Lunar Day » pour tripper le temps de cette suite d’accords barrés et saturés, limite shoegaze, venant clôturer en beauté cette première face.

C’est alors qu’à l’orée de la face B, on se prend « Winter Window » en pleine face : riff à l’unisson comme les aiment tant Steve Brodsky et Adam McGrath, l’iconique duo de gratteux, puis couplet mid tempo lourd et appuyé comme du MASTODON. A ce niveau, Brodsky est un ange qui pose sa voix sur un morceau d’anthologie. « Instant Classic » comme disent les américains. « Lanterna » est presque une suite directe avec son riff hyper lourd, son tempo martial et un  chant qui emporte tout sur son passage. « Strange Reflexion » vient conclure cet embryon d’album – ou plutôt cet album inachevé, avec une grâce certaine : accordage plus bas que bas, riff massif et guitare qui vrille, tempo délicat, chant  « cornellien » again. Emotion à tout bout de chant.

CREDIT PHOTO DEWI RHYS JONES

À ces huit morceaux enregistrés entre 2017 et 2018, le groupe a greffé une chute de studio de 2010, « Led To The Wolves », un morceau hyper nerveux au tempo breaké qui aurait parfaitement eu sa place sur le sublime White Silence de 2011.

Jamais Final Transmission ne se présente comme la suite directe de Jupiter. Finie la naïveté, nous sommes dans l’émotion totale, la douleur, la noirceur convertie en beauté. Le groupe semblait avoir trouvé un équilibre sur l’écriture. Malgré leurs emplois du temps hyper chargés, les membres du groupe semblent avoir trouvé une vraie ligne directrice sur cet album, en intégrant toutes les différentes expérimentations essayées au gré de leurs albums des deux dernières décennies.

La voix si particulière de Caleb Scofield n’apparaît jamais sur le disque. Fauché en pleine gloire, il emporte avec lui ses fameux cris (écoutez « Trepanning » sur Perfect Pitch Black (2005) pour prendre la mesure de toute sa puissance) et laisse à Steve Brodksy le soin de chanter la douleur de l’ami perdu qui vient de trouver avec cet ultime album une place dans l’histoire… Une place dans l’espace, satellisée à tout jamais aux côtés des musiciens les plus inspirants de ces 25 dernières années.

Jetez-vous sur cet album, il est essentiel. Profitez-en pour redécouvrir une discographie inépuisable, évolutive, pleine de joyaux éternels.

Liste des titres

1 – Final Transmission

2 – All Illusion

3 – Shake My Blood

4 – Night Crawler

5 – Lunar Day

6 – Winter Window

7 – Lanterna

8 – Strange Reflexion

8 – Led To The Wolves

Album disponible dès le 7 juin sur le shop en ligne de Hydrahead Records

Premier extrait de Final Transmission, « All Illusion » :

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PESTILENCE @ Le Gibus, 28 février 2019

Un bain de jouvence. Après TERRORIZER le mois dernier, retour dans la capitale pour un show du fabuleux groupe néerlandais PESTILENCE, toujours mené par l’infatigable Patrick Mameli. Une date unique dans l’Hexagone faisant figure d’événement puisque la tête pensante du groupe a décidé de fêter l’anniversaire de son second et cultissime album,  Consuming Impulse  (1989). Pour ce faire, PESTILENCE a eu l’idée d’embarquer avec lui ses compatriotes de BLEEDING GODS. Difficile de donner un avis objectif sur la prestation du groupe d’ouverture, votre humble serviteur découvrant pour la première fois de sa vie la musique et la performance de ce dernier. Tout juste notera-t-on que le groupe évolue dans un thrash/death teinté d’atmosphérique que semble apprécier une bonne partie du public tandis que pour ma part, je ne goûte que très moyennement à ce mélange de peintures faciales guerrières et macabres, à ces claviers rappelant certaines atmosphères dignes d’un black metal symphonique petits bras et à cette voix manquant quelque peu de relief tandis qu’une écrasante majorité des morceaux semble être calquée sur un modèle somme toute assez similaire, soit un mid-tempo le plus souvent écrasant, d’où surgit parfois une accélération bienvenue, voire quelques blast beats dissimulés çà et là. Moins de 40 minutes d’un show assez délicat à ingurgiter pour qui est venu assister à un déferlement de death metal « à l’ancienne », comme c’est le cas du scribouillard de ces quelques lignes. Ceci dit, et en toute objectivité, BLEEDING GODS fait le job et le fait bien. Les musiciens font montre d’un savoir-faire évident et semblent heureux d’être là, malgré leur apparence laissant imaginer le contraire. Mention spéciale à la demoiselle tenant la basse qui esquisse quelques sourires, tandis que le vocaliste brille par une prestance proche de 0, totalement immobile, voire figé sur scène. Sans doute est-ce l’effet recherché. Problème, rien ne se dégage de ce garçon lorsqu’il agrippe le micro, indifféremment de la qualité de ses vocaux. A l’inverse, difficile de ne pas mentionner le batteur, absolument époustouflant de puissance. Quelle frappe de mule ! Une régalade visuelle et sonore totale qui a sauvé – encore une fois, selon des critères loin d’être objectifs – un show relevant davantage d’un reportage sur la vie et la reproduction des mouches en milieu basique que d’un tabassage en règle. Un gros somnifère.

CREDIT PHOTO FLORIAN DENIS

C’est après une pause d’une trentaine de minutes que les rois de la soirée entrent en scène, au son de l’instrumental « Proliferous Souls », neuvième et avant-dernière piste de Consuming Impulse. Ovation délirante à l’arrivée de Patrick Mameli, lequel, sentant tous les regards pointés sur lui, empoigne sa guitare et lance en compagnie de ses petits camarades le tuant « Dehydrated ». Et là, c’est la gifle à 200km/h. Le son est surpuissant et d’une clarté absolue. Il était fait mention du manque de prestance du vocaliste de BLEEDING GODS à l’instant, nous assistons face à Mameli à son extrême négatif. L’homme, d’une forme physique absolument ahurissante, dégage une aura et une assurance à vous faire baisser les yeux. Affûté comme jamais du haut de ses 52 ans, il est facile d’imaginer que le vocaliste fréquente assidûment les salles de sport et autres piscines ou pistes sportives. Incroyable ce que ce garçon peut dégager par son unique présence, y compris entre les titres au cours desquels l’impassibilité de son visage – lorsqu’il ne toise pas le public d’un air de dire :  « vous en prenez plein la poire et je le sais » – laisse pantois. Aucun signe, aucune faiblesse visible, rien. Il est hypnotique. A ses côtés, il faut bien reconnaître que Mameli a une nouvelle fois réussi le tour de force de s’entourer d’une équipe de fous furieux, à commencer par le batteur déjà présent sur l’excellent dernier album de PESTILENCEHadeon (2018), Septimiu Hărşan, véritable machine de guerre nucléaire dont le jeu en vaut vraiment la chandelle. Quel plaisir de voir un batteur aussi versatile pratiquer son art de la sorte, se mettant vraiment au service de titres jouissifs joués en leur temps par l’exceptionnel Marco Foddis, tout en y insufflant sa patte ! C’est bien simple, entre Patrick Mameli et lui, les yeux ne font que des vas et vient. A la droite du Père, le guitariste Calin Parashiv paraît plus en retrait mais n’en demeure pas moins un excellent complément guitaristique à la star de la soirée. A la gauche du Diable, le fort discret Edward Negrea assure une assise rythmique de premier ordre, caché derrière sa basse six cordes conjuguée à la frappe chirurgicale de Hărşan. Discret mais diablement efficace. Une équipe de bouchers ! La setlist quant à elle ne réserve que peu de surprises, le groupe jouant donc la totalité des titres du classique, dans l’ordre de celui-ci. Cependant, un élément reste frappant face à ce jouissif déferlement de death metal à l’ancienne. Prenant la parole entre chaque titre pour annoncer le suivant, Patrick Mameli ne tarit pas d’éloge face à un public lui mangeant dans la main et qu’il remercie à de nombreuses reprises, tout en invitant ce dernier à « keep the old school death metal alive ». Remarque pour le moins étonnante pour un musicien qui n’a eu de cesse durant une bonne partie de sa carrière que de repousser les limites du genre, passant en l’espace d’une paire d’années d’un death metal technique, rapide et brutal, Testimony Of The Ancients (1991), à un album exceptionnellement audacieux et d’une richesse musicale dont on continue 26 ans après sa sortie à décortiquer le raffinement et la luxuriance, Spheres (1993), voyant PESTILENCE abandonner la vélocité et la brutalité pures pour s’aventurer aux confins d’un jazz/death jubilatoire, innovant autant qu’avant-gardiste. Sans même faire allusion à la formation post-PESTILENCE de Mameli nommée C-187, laquelle proposait elle aussi une musique foncièrement éloignée de la brutalité old school d’antan, misant davantage sur le groove et renforçant l’aspect jazzy de sa musique. De quoi désarçonner ses fans ultimes. Seulement voilà, depuis le retour de Mameli dans le giron « metal de la mort » et la résurrection de PESTILENCE, le garçon semble avoir retrouvé un plaisir non feint à jouer ce type de musique. Au point d’annoncer, entre deux titres et après une énième ovation pour l’exécution de cette tournée anniversaire, la probable tenue d’un exercice similaire s’agissant du superbe album déjà cité,  Testimony Of The Ancients. Exultation de la salle et ce sont trois pépites directement extirpées du dit album qui sont offertes à l’audience en guise de final, « The Secrecies Of Horror », le rampant et sinueux « Twisted Truth » – quel magnifique solo central joué par un Mameli héroïque et majestueux – et enfin le définitif et infernal « Land Of Tears », réclamé à cor et à cri par l’assistance, entrecoupés du seul extrait tiré des plus récentes œuvres de PESTILENCE, l’efficace « Horror Detox » tiré de l’album du retour, Resurrection Macabre (2009). La foule est aux anges mais repue, elle qui a donné tout ce qu’elle pouvait au point de se faire sermonner par un Patrick Mameli quelque peu ennuyé par un slammeur ayant fait tomber son micro. Une mise au point ferme et nécessaire ayant eu un impact presque immédiat, les ardeurs de certains acharnés d’un pit absolument déchaîné étant quelque peu revues à la baisse.

CREDIT PHOTO FLORIAN DENIS

Un concert magique d’un groupe majeur pratiquant un style, le death metal, qui ne devrait être que ça et pas forcément une course de vitesse dont le but est d’aligner une ribambelle de plans techniques et riffs imbitables – à prendre au second degré bien sûr, la musique se doit d’évoluer, rien de plus normal. Quel bonheur de retrouver ses vingt ans durant une heure quarante ! Nous attendons donc ardemment la venue du groupe pour l’anniversaire suivant. Si la prestation est à ce point réussie, avec un line-up de ce calibre, nul doute qu’il vous faudra penser à réserver vos places relativement vite tandis que Garmonbozia Inc. serait bien avisé de réserver une salle plus grande tant la fête promet d’être belle. Dis donc Patrick… Tant qu’à fêter les anniversaires de tes albums, tu pourrais pas pousser jusqu’à Spheres, s’il te plait ? Merci d’avance de penser à moi. Une belle bande de petits Bataves.

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