CAVE IN « Final Transmission »

28 mars 2018. Une de ces nouvelles qu’on aimerait « fake » dans le fil d’actualités Facebook. Caleb Scofield, le bassiste de Cave In, est mort dans un accident de voiture. Une déflagration dans ma tête.

Flashback. Nous sommes en 1998 et Cave In entre dans ma vie par la grande porte, direct dans le coeur avec la sortie de Until Your Heart Stops, premier vrai album du groupe. Un chef d’oeuvre qui s’encrera dans ma tête pour toujours, subtil mélange de finesse et de brutalité metal/noise, convoquant parfois la pop et des mélodies imparables. Un an plus tard paraît  Jupiter, l’album qui les enverra dans l’espace prog-rock. On a du mal à comprendre, mais on s’y fait. Et puis finalement, on comprend, on apprécie, on hallucine d’un tel changement musical. Cave In aura alors le « privilège » d’intéresser une major (RCA) : Antenna sera leur seul album « mainstream », leur ouvrant les portes du festival itinérant Lollapalooza, de même que la première partie de MUSE sur quelques dates. On trouve de belles pépites sur cet album, et toujours le talent de Caleb Scofield et sa bande pour écrire des chansons comme autant de petits joyaux qui restent scotchés dans le cerveau. S’en suivent deux albums rédempteurs, dont un White Silence (2011) qui sera le chant du cygne des Bostoniens. Un chef d’oeuvre du genre, avec son hymne « Sing My Loves», un des plus beaux morceaux du groupe.

Chacun vaque dorénavant à ses projets, Scofield en tête, puisqu’on le retrouve aussi bien dans le super groupe OLD MAN GLOOM aux côtés de Nate Newton (CONVERGE) et Aaron Turner (ISIS, SUMAC et surtout fondateur du mythique label Hydra Head Records), mais aussi ZOZOBRA, un power trio sludge metal qui nous gratifiera de trois albums essentiels.

Nous voila revenus au 28 mars 2018, et on a mal, tous. On se sent abandonnés. On a envie de se faire des câlins entre fans du monde entier, pour se réconforter. Et les membres de CAVE IN, entourés de nombreux amis, vont nous donner de quoi pleurer avec deux concerts à Boston et Los Angeles en octobre dernier,  retransmis en direct sur internet, comme pour communier tous ensemble autour de cet artiste de génie.

Et puis, on s’était à peine remis qu’un visuel publié par Hydra Head Records a chamboulé les esprits. Nous sommes en avril 2019. Un satellite. LE satellite. Il est blanc, il décolle d’une lune jaune dans un ciel gris métallisé. C’est une ultime transmission. La dernière de Caleb, celle que les membres de CAVE IN vont aller chercher au fond d’eux-mêmes, pour eux, pour nous…

Le label lâche une bombe, un premier morceau, « All Illusion » , ainsi que le lien vers les pré-commandes de l’album Final Transmission, dont la sortie est annoncée pour  le 7 juin.

J’avais acheté quelques mois auparavant des places pour aller voir le groupe à Londres, le 16 avril dernier. CAVE IN gratifiait le public européen de trois dates à Berlin, Londres et au Roadburn Festival néerlandais pour rendre hommage au défunt Caleb Scofield. A l’issue du concert berlinois, la nouvelle tombe : le groupe vend déjà le nouvel album à la merch table. Fébrilité de votre serviteur et des centaines d’autres fans présents le lendemain à Londres. On rentre dans l’Electric Ballroom, on se rend en silence devant la distro. On voit le disque, il est là, on l’achète. Hop ! dans le sac, sous le bras, et maintenant direction le devant de la scène pour le concert de ma vie. On a pleuré, beaucoup. Crié, chanté, headbangué jusqu’à en souffrir. C’est dur pour le groupe de chanter les deux nouveaux morceaux issus du dernier album.  On les regarde droit dans les yeux. On sent l’émotion après le concert en parlant avec les membres du groupe. Nous saluons Nate Newton qui a eu la lourde charge de « remplacer » admirablement Caleb à la basse et aux « cris » (il fournira sur scène une prestation proche de la perfection, tout en pudeur – quand on connait la présence sur scène du Riffblaster General pendant les concerts de CONVERGE, on ne peux que saluer son attitude)

 

CREDIT PHOTO JULIEN MASSON

 

Le lendemain, je rentre à Paris, sans voix, sans cou, vidé, fatigué, électrique. Catharsis parfaitement réussie. Communion totale. A chaud, je pose l’album sur la platine.

Il est là, il siffle, bien vivant, en grattant quelques jolis accords sur une guitare acoustique. « Final Transmission » et cette intro de Caleb, puis un riff à mi-chemin entre LED ZEPPELIN et JOAN OF ARC vient se jeter dans l’immensité du premier morceau, « All Illusion ». A ce stade, on a droit à du très grand CAVE IN, à une synthèse de 25 ans de recherches soniques. Le riff, joué à la guitare par Caleb et à la basse par le magnifique Steve Brodksy, procure une sensation de grande liberté. Il nous emmène vers de nouveaux espaces, comme le groupe a toujours su le faire. Le son est énorme. Brodksy chante comme un ange. Le morceau se termine par le fameux Sonic Death Wall caractéristique du groupe, avant de céder magnifiquement sa place à « Shake My Blood » qu’il m’est encore difficile d’écouter sans avoir les yeux mouillés. On sent que le groupe a donné les morceaux en l’état, ce qui fait leur beauté brute : il fallait que ça sorte. « Shake My Blood » tout particulièrement, avec son introduction ‘jupiterienne’ suivie de son couplet  parlant de « dire au revoir » et « d’attendre de mourir ». Gloups. On en chiale, pas de souci. On se plait aussi à y trouver une ressemblance avec « Innuendo And Out The Others » sur Jupiter (2000). On se dit aussi que JR Conners à la batterie est inégalable dans son style, accompagnant à merveille les mélodies et la basse toujours hyper présente. Un grand monsieur, un énorme batteur.

« Night Crawler » s’ouvre sur un riff lourd, puis s’envole pour offrir un moment que Chris Cornell (SOUNDGARDEN) n’aurait pas renié sur le refrain. Mur de son, vocaux légèrement saturés. Tout est là. C’est nerveux et délicat à la fois. On se repose quelques instants sur « Lunar Day » pour tripper le temps de cette suite d’accords barrés et saturés, limite shoegaze, venant clôturer en beauté cette première face.

C’est alors qu’à l’orée de la face B, on se prend « Winter Window » en pleine face : riff à l’unisson comme les aiment tant Steve Brodsky et Adam McGrath, l’iconique duo de gratteux, puis couplet mid tempo lourd et appuyé comme du MASTODON. A ce niveau, Brodsky est un ange qui pose sa voix sur un morceau d’anthologie. « Instant Classic » comme disent les américains. « Lanterna » est presque une suite directe avec son riff hyper lourd, son tempo martial et un  chant qui emporte tout sur son passage. « Strange Reflexion » vient conclure cet embryon d’album – ou plutôt cet album inachevé, avec une grâce certaine : accordage plus bas que bas, riff massif et guitare qui vrille, tempo délicat, chant  « cornellien » again. Emotion à tout bout de chant.

CREDIT PHOTO DEWI RHYS JONES

À ces huit morceaux enregistrés entre 2017 et 2018, le groupe a greffé une chute de studio de 2010, « Led To The Wolves », un morceau hyper nerveux au tempo breaké qui aurait parfaitement eu sa place sur le sublime White Silence de 2011.

Jamais Final Transmission ne se présente comme la suite directe de Jupiter. Finie la naïveté, nous sommes dans l’émotion totale, la douleur, la noirceur convertie en beauté. Le groupe semblait avoir trouvé un équilibre sur l’écriture. Malgré leurs emplois du temps hyper chargés, les membres du groupe semblent avoir trouvé une vraie ligne directrice sur cet album, en intégrant toutes les différentes expérimentations essayées au gré de leurs albums des deux dernières décennies.

La voix si particulière de Caleb Scofield n’apparaît jamais sur le disque. Fauché en pleine gloire, il emporte avec lui ses fameux cris (écoutez « Trepanning » sur Perfect Pitch Black (2005) pour prendre la mesure de toute sa puissance) et laisse à Steve Brodksy le soin de chanter la douleur de l’ami perdu qui vient de trouver avec cet ultime album une place dans l’histoire… Une place dans l’espace, satellisée à tout jamais aux côtés des musiciens les plus inspirants de ces 25 dernières années.

Jetez-vous sur cet album, il est essentiel. Profitez-en pour redécouvrir une discographie inépuisable, évolutive, pleine de joyaux éternels.

Liste des titres

1 – Final Transmission

2 – All Illusion

3 – Shake My Blood

4 – Night Crawler

5 – Lunar Day

6 – Winter Window

7 – Lanterna

8 – Strange Reflexion

8 – Led To The Wolves

Album disponible dès le 7 juin sur le shop en ligne de Hydrahead Records

Premier extrait de Final Transmission, « All Illusion » :

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PESTILENCE @ Le Gibus, 28 février 2019

Un bain de jouvence. Après TERRORIZER le mois dernier, retour dans la capitale pour un show du fabuleux groupe néerlandais PESTILENCE, toujours mené par l’infatigable Patrick Mameli. Une date unique dans l’Hexagone faisant figure d’événement puisque la tête pensante du groupe a décidé de fêter l’anniversaire de son second et cultissime album,  Consuming Impulse  (1989). Pour ce faire, PESTILENCE a eu l’idée d’embarquer avec lui ses compatriotes de BLEEDING GODS. Difficile de donner un avis objectif sur la prestation du groupe d’ouverture, votre humble serviteur découvrant pour la première fois de sa vie la musique et la performance de ce dernier. Tout juste notera-t-on que le groupe évolue dans un thrash/death teinté d’atmosphérique que semble apprécier une bonne partie du public tandis que pour ma part, je ne goûte que très moyennement à ce mélange de peintures faciales guerrières et macabres, à ces claviers rappelant certaines atmosphères dignes d’un black metal symphonique petits bras et à cette voix manquant quelque peu de relief tandis qu’une écrasante majorité des morceaux semble être calquée sur un modèle somme toute assez similaire, soit un mid-tempo le plus souvent écrasant, d’où surgit parfois une accélération bienvenue, voire quelques blast beats dissimulés çà et là. Moins de 40 minutes d’un show assez délicat à ingurgiter pour qui est venu assister à un déferlement de death metal « à l’ancienne », comme c’est le cas du scribouillard de ces quelques lignes. Ceci dit, et en toute objectivité, BLEEDING GODS fait le job et le fait bien. Les musiciens font montre d’un savoir-faire évident et semblent heureux d’être là, malgré leur apparence laissant imaginer le contraire. Mention spéciale à la demoiselle tenant la basse qui esquisse quelques sourires, tandis que le vocaliste brille par une prestance proche de 0, totalement immobile, voire figé sur scène. Sans doute est-ce l’effet recherché. Problème, rien ne se dégage de ce garçon lorsqu’il agrippe le micro, indifféremment de la qualité de ses vocaux. A l’inverse, difficile de ne pas mentionner le batteur, absolument époustouflant de puissance. Quelle frappe de mule ! Une régalade visuelle et sonore totale qui a sauvé – encore une fois, selon des critères loin d’être objectifs – un show relevant davantage d’un reportage sur la vie et la reproduction des mouches en milieu basique que d’un tabassage en règle. Un gros somnifère.

CREDIT PHOTO FLORIAN DENIS

C’est après une pause d’une trentaine de minutes que les rois de la soirée entrent en scène, au son de l’instrumental « Proliferous Souls », neuvième et avant-dernière piste de Consuming Impulse. Ovation délirante à l’arrivée de Patrick Mameli, lequel, sentant tous les regards pointés sur lui, empoigne sa guitare et lance en compagnie de ses petits camarades le tuant « Dehydrated ». Et là, c’est la gifle à 200km/h. Le son est surpuissant et d’une clarté absolue. Il était fait mention du manque de prestance du vocaliste de BLEEDING GODS à l’instant, nous assistons face à Mameli à son extrême négatif. L’homme, d’une forme physique absolument ahurissante, dégage une aura et une assurance à vous faire baisser les yeux. Affûté comme jamais du haut de ses 52 ans, il est facile d’imaginer que le vocaliste fréquente assidûment les salles de sport et autres piscines ou pistes sportives. Incroyable ce que ce garçon peut dégager par son unique présence, y compris entre les titres au cours desquels l’impassibilité de son visage – lorsqu’il ne toise pas le public d’un air de dire :  « vous en prenez plein la poire et je le sais » – laisse pantois. Aucun signe, aucune faiblesse visible, rien. Il est hypnotique. A ses côtés, il faut bien reconnaître que Mameli a une nouvelle fois réussi le tour de force de s’entourer d’une équipe de fous furieux, à commencer par le batteur déjà présent sur l’excellent dernier album de PESTILENCEHadeon (2018), Septimiu Hărşan, véritable machine de guerre nucléaire dont le jeu en vaut vraiment la chandelle. Quel plaisir de voir un batteur aussi versatile pratiquer son art de la sorte, se mettant vraiment au service de titres jouissifs joués en leur temps par l’exceptionnel Marco Foddis, tout en y insufflant sa patte ! C’est bien simple, entre Patrick Mameli et lui, les yeux ne font que des vas et vient. A la droite du Père, le guitariste Calin Parashiv paraît plus en retrait mais n’en demeure pas moins un excellent complément guitaristique à la star de la soirée. A la gauche du Diable, le fort discret Edward Negrea assure une assise rythmique de premier ordre, caché derrière sa basse six cordes conjuguée à la frappe chirurgicale de Hărşan. Discret mais diablement efficace. Une équipe de bouchers ! La setlist quant à elle ne réserve que peu de surprises, le groupe jouant donc la totalité des titres du classique, dans l’ordre de celui-ci. Cependant, un élément reste frappant face à ce jouissif déferlement de death metal à l’ancienne. Prenant la parole entre chaque titre pour annoncer le suivant, Patrick Mameli ne tarit pas d’éloge face à un public lui mangeant dans la main et qu’il remercie à de nombreuses reprises, tout en invitant ce dernier à « keep the old school death metal alive ». Remarque pour le moins étonnante pour un musicien qui n’a eu de cesse durant une bonne partie de sa carrière que de repousser les limites du genre, passant en l’espace d’une paire d’années d’un death metal technique, rapide et brutal, Testimony Of The Ancients (1991), à un album exceptionnellement audacieux et d’une richesse musicale dont on continue 26 ans après sa sortie à décortiquer le raffinement et la luxuriance, Spheres (1993), voyant PESTILENCE abandonner la vélocité et la brutalité pures pour s’aventurer aux confins d’un jazz/death jubilatoire, innovant autant qu’avant-gardiste. Sans même faire allusion à la formation post-PESTILENCE de Mameli nommée C-187, laquelle proposait elle aussi une musique foncièrement éloignée de la brutalité old school d’antan, misant davantage sur le groove et renforçant l’aspect jazzy de sa musique. De quoi désarçonner ses fans ultimes. Seulement voilà, depuis le retour de Mameli dans le giron « metal de la mort » et la résurrection de PESTILENCE, le garçon semble avoir retrouvé un plaisir non feint à jouer ce type de musique. Au point d’annoncer, entre deux titres et après une énième ovation pour l’exécution de cette tournée anniversaire, la probable tenue d’un exercice similaire s’agissant du superbe album déjà cité,  Testimony Of The Ancients. Exultation de la salle et ce sont trois pépites directement extirpées du dit album qui sont offertes à l’audience en guise de final, « The Secrecies Of Horror », le rampant et sinueux « Twisted Truth » – quel magnifique solo central joué par un Mameli héroïque et majestueux – et enfin le définitif et infernal « Land Of Tears », réclamé à cor et à cri par l’assistance, entrecoupés du seul extrait tiré des plus récentes œuvres de PESTILENCE, l’efficace « Horror Detox » tiré de l’album du retour, Resurrection Macabre (2009). La foule est aux anges mais repue, elle qui a donné tout ce qu’elle pouvait au point de se faire sermonner par un Patrick Mameli quelque peu ennuyé par un slammeur ayant fait tomber son micro. Une mise au point ferme et nécessaire ayant eu un impact presque immédiat, les ardeurs de certains acharnés d’un pit absolument déchaîné étant quelque peu revues à la baisse.

CREDIT PHOTO FLORIAN DENIS

Un concert magique d’un groupe majeur pratiquant un style, le death metal, qui ne devrait être que ça et pas forcément une course de vitesse dont le but est d’aligner une ribambelle de plans techniques et riffs imbitables – à prendre au second degré bien sûr, la musique se doit d’évoluer, rien de plus normal. Quel bonheur de retrouver ses vingt ans durant une heure quarante ! Nous attendons donc ardemment la venue du groupe pour l’anniversaire suivant. Si la prestation est à ce point réussie, avec un line-up de ce calibre, nul doute qu’il vous faudra penser à réserver vos places relativement vite tandis que Garmonbozia Inc. serait bien avisé de réserver une salle plus grande tant la fête promet d’être belle. Dis donc Patrick… Tant qu’à fêter les anniversaires de tes albums, tu pourrais pas pousser jusqu’à Spheres, s’il te plait ? Merci d’avance de penser à moi. Une belle bande de petits Bataves.

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TERRORIZER @ Le Backstage, 22 janvier 2019

Quelques centimètres de neige, un bulletin météo des plus alarmants et un ciel menaçant, voilà de quoi rendre les routes totalement abandonnées par les automobilistes timorés, si bien qu’il ne me faut pas plus d’une heure pour rejoindre la salle du Backstage, aux pieds du Moulin Rouge à Paris. Un record absolu pour qui pratique les autoroutes d’Île de France aux heures de pointe. TERRORIZER est ce soir sur Paname accompagné des Californiens de SKELETAL REMAINS ainsi que du groupe londonien DE PROFUNDIS. En d’autres termes, amateurs de brocante, de tchaï et de biscuits bio, passez votre chemin. Ce soir, c’est du gras et de la viande qui sont affichés sur le menu.

C’est dans une salle encore bien clairsemée que DE PROFUNDIS prend possession de la scène bien réduite du Backstage, d’autant qu’elle se trouve considérablement rabotée par le kit de batterie de la star de la soirée. Le groupe britannique propose un death metal frisant parfois le black tout en restant très abordable pour celui qui ne se sait pas forcément attiré par ce style. Forts d’un excellent dernier album paru l’an dernier, The Blinding Light Of Faith,  les Londoniens ne font pas de quartier et assènent un sérieux coup de matraque entre les oreilles des spectateurs déjà présents, la salle se voyant remplir au fur et à mesure de la prestation. Mention spéciale au bassiste Arran McSporran qui délivre une prestation ébouriffante, muni d’une fretless six cordes lui conférant un son véritablement délicieux, n’étant pas sans rappeler celui d’un Steve DiGiogio (TESTAMENT/SADUS/DEATH/AUTOPSY) du temps de Individual Throught Patterns (1993) de DEATH. Un bonbon au miel ! Jolie entrée en matière avec DE PROFUNDIS qui ne laisse que peu de temps mort entre les titres et qui achève ses 40 minutes de prestation sous les applaudissements nourris de l’assistance, elle qui fonce désormais vers le stand de merchandising ou le bar-fumoir jouxtant la salle. A noter la présence d’un Pete Sandoval (TERRORIZER) au premier rang, emmitouflé sous son bonnet, le temps de quelques minutes pour profiter (et participer activement à grands coups de air drumming) à la prestation des Anglais jusqu’à ce qu’un jeune importun viennent lui parler dans le creux de l’oreille, probablement en mode groupie, le faisant fuir quasi instantanément. Pas grave, on attend fébrilement l’arrivée des Américains de SKELETAL REMAINS pour un set qui va afficher un autre visage que celui des Britanniques. D’abord parce que le groupe est un trio, tandis que DE PROFUNDIS est un quintet, ce qui laisse plus de place sur scène. Ensuite parce que l’attitude du groupe est bien différente de celle bien plus austère de ses prédécesseurs. Le trio californien est là pour balancer la purée en prenant du bon temps, sourire aux lèvres entre les titres, verres à la main et trinquant avec le public, notamment les premiers rangs. Une bonne humeur communicative qui n’enlève absolument rien à la violence de leur death metal absolument ravageur. On est jovial et de bonne humeur mais dès que la musique reprend ses droits, on n’est pas là pour enfiler des perles. Après trois albums très bien accueillis par la critique autant que par le public, le groupe fait montre d’un savoir-faire certain pour débourrer des betteraves, lui dont la musique ne repose pas uniquement sur la vitesse supersonique mais alterne habilement entre lourdeur à la OBITUARY – la voix du guitariste/chanteur Chris Monroy n’étant d’ailleurs pas sans rappeler quelque peu l’organe inhumain de John Tardy accouplé à celui de Martin van Drunen (ASPHYX/PESTILENCE) – et des vitesses raisonnables pour un résultat forcément destructeur, satisfaisant l’ensemble du public d’une salle désormais très correctement jaugée. En témoignent l’accueil reçu et l’appréciation fortement applaudie en fin de set pour SKELETAL REMAINS dont la prestation a elle aussi été suivie de près par Sandoval, maintenant sans son bonnet mais en tenue de combat, balles de musculation aux mains. Un très bon set.

CREDIT PHOTO SERGIO ZULUAGA

Dire que le concert de TERRORIZER était attendu relève d’un euphémisme le plus doux. Après une prestation vraiment décevante au HELLFEST en 2016, qui avait vu un trio – le même que ce soir – scéniquement bien fébrile doublé d’un son catastrophique en façade, les pires craintes étaient légitimement ancrées au fond de la tête. TERRORIZER ne semblait plus être que l’ombre de lui-même, jouant sur la nostalgie la moins reluisante. Lui dont l’ultra référentiel World Downfall (1989) a suscité tant de vocation chez les batteurs en herbe, subjugués par la dextérité de Pete « Commando » Sandoval, les riffs proprement hallucinants exécutés par feu Jesse Pintado habillant des compositions venues de nulle part, ressemblait alors davantage à une bête traquée dont on sentait la fin toute proche. Après un Darker Days Ahead (2006) vraiment pas terrible, suivi six ans plus tard d’un Hordes Of Zombies qui lui non plus ne restera pas dans les annales, c’est surtout un récurent problème de line-up qui pénalisera le groupe dont le seul membre originel reste le batteur susnommé. Des problèmes de santé obligeant ce dernier à se tenir éloigné de son instrument enfonçaient l’ultime clou du cercueil TERRORIZER. Seulement voilà, le groupe est revenu des pompes funèbres en signifiant énergiquement qu’il n’était pas question pour lui de monter dans le corbillard. Et pour se faire bien comprendre, il est retourné en studio et a publié au cours du quatrième trimestre 2018 un excellent dernier album, le surpuissant Caustic Attack. Une inspiration retrouvée, un son à décorner les taureaux et la niaque des beaux jours, voilà de quoi attendre impatiemment l’arrivée du groupe sur scène. Première surprise, c’est au son du fabuleux « Need To Live » que le combo entame son set en lieu et place de « After World Obliteration », traditionnellement exécuté en ouverture. Le son est surpuissant, clair (!) et déjà Pete Sandoval impressionne par la vélocité des roulements qui ont tant fait sa renommée. Incroyable de voir ce petit bonhomme déployer une énergie aussi dévastatrice. Bien sûr, la batterie est triggée à mort mais le rendu visuel se suffit à lui-même. Il est un batteur « à l’ancienne », un cogneur, un vrai. Nombre de batteurs de death metal ou grindcore actuels seraient bien inspirés de prendre exemple sur un musicien de la trempe de Sandoval – d’un Dave Lombardo ou d’un Gene Hoglan dans d’autres registres. La vitesse surréelle est une chose, l’intention mise dans la frappe en est une autre. Il n’est pas nécessaire de « passer des plans » absolument terrifiants de difficulté, encore faut-il être capable d’appuyer ses frappes, d’être créatif ou de faire chanter les cymbales. Trigger sa batterie ne devrait être qu’un moyen d’obtenir un son homogène pour un rendu décent, pas une nécessité absolue. Ce sont les membres inférieurs et supérieurs conjointement liés au cerveau qui font un vrai bon batteur, pas les capteurs astucieusement placés çà et là autour d’un kit. TERRORIZER se « débarrasse » d’entrée de jeu de son encombrant avant-dernier album en dégainant, dans la foulée de « Need To Live », « State Of Mind » et « Hordes Of Zombies ». De Darker Days Ahead, seul l’efficace « Crematorium » sera sauvé. Ce titre sera également joué en tout début de set comme pour pouvoir enfin se consacrer à l’essentiel. Le public ne s’y trompe pas puisqu’il réserve à la suite de ce dernier titre une ovation délirante à l’entame de « After World Obliteration ». Et là attention ! Ce ne sont rien de moins que les six premiers titres de World Downfall qui sont alignés, dans l’ordre et jusqu’à « Strategic Warheads ». Le bonheur presque total. Sans doute suis-je un brin pointilleux mais il apparaît que le jeu de guitare de Lee Harrison, par ailleurs batteur de MONSTROSITY, semble un brin automatique. En effet, si l’homme s’en sort extrêmement bien sur les parties les plus grind et les plus techniques, les riffs plus punk sont exécutés de manière un poil trop propre, presque trop mécanique. C’en est particulièrement flagrant sur un morceau tel que « Corporation Pull-In » réclamant un feeling nettement plus punky dans l’esprit. Rien de grave en soi, juste une (très) légère frustration. Pour le reste, c’est du tout bon. C’en est même absolument jouissif ! En tout, pas moins de treize des seize titres que compte le cultissime premier album de TERRORIZER seront joués, contre cinq seulement du dernier album. Une setlist absolument incendiaire qui ravira le public décidément à fond derrière le « Commando » Sandoval, sollicitant le batteur plus souvent qu’à son tour, tandis que le bassiste/chanteur Sam Molina, également membre (honoraire) de MONSTROSITY à ses heures perdues, n’est pas en reste. Le garçon s’en sort avec plus que les honneurs, tant vocalement qu’en termes de présence, n’hésitant pas à haranguer la foule tout en secouant sa longue tignasse lorsqu’il n’est pas occupé à beugler derrière le micro. Un final apocalyptique voyant « Dead Shall Rise » suivi du morceau-titre « World Downfall » et c’est déjà la fin d’un show dantesque et savoureux à plus d’un titre. Monsieur Sandoval prend le temps de saluer ses fans en distribuant quelques baguettes tandis que la salle se vide tranquillement.

CREDIT PHOTO SERGIO ZULUAGA

Une soirée vraiment très, très appréciable qui remet certaines pendules à l’heure. Après des années d’errance en tout genre, TERRORIZER semble être revenu à un niveau d’excellence, reprenant la place de cador du grindcore old school qu’il n’aurait jamais dû quitter. Un vrai bain de jouvence que cette soirée au Backstage parisien. Garmonbozia a encore frappé très fort en programmant cette soirée infernale. Grâce lui en soit rendue.

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ISSOUDUN REGGAE TEMPLE 19, 20 et 21 octobre 2018 à Issoudun (36)

L’automne voit les feuilles des arbres succomber aux gelures matinales, emportées par le tarissement de la sève irriguée au travers de leurs branches respectives et par ce vent bien malicieux, tournoyant jour après jour davantage au rythme solaire raccourci de nos montres à aiguilles. Malgré tout, en plein cœur du Berry, une commune résiste encore et toujours à l’envahissante et inexorable épreuve du temps maussade. Issoudun – puisque c’est de cette commune qu’il s’agit, parvient à elle seule à conserver un joli brin de soleil, une envie irrépressible et mutuelle de se tenir chaud, tout en prenant soin de la verdure ambiante. Continuer la lecture de ISSOUDUN REGGAE TEMPLE 19, 20 et 21 octobre 2018 à Issoudun (36)

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HELLFEST 2018, Clisson 22 – 23 – 24 juin

Inutile de tergiverser durant des heures : la 13ème édition du Hellfest a été comme de coutume une totale réussite à tout point de vue. La météo qui fut caniculaire l’an dernier, donc terriblement difficile à supporter pour les festivaliers, le staff et les artistes, affichait un soleil des jours heureux et une température digne d’un printemps désirable. L’organisation maîtrisant son sujet sur le bout des doigts a tôt fait de prendre soin de tout ce petit monde venu fêter la musique dite extrême – terme décidément galvaudé au vu de l’éclectisme stylistique apposé sur les affiches cette année encore. Les bénévoles se sont montrés d’une disponibilité et d’une gentillesse sans pareilles permettant à chacun de trouver sa place et son moment privilégié au milieu de ce magma sonore en fusion. Continuer la lecture de HELLFEST 2018, Clisson 22 – 23 – 24 juin

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SLIM PAUL @ Le Hasard Ludique, 12 avril 2018

Slim Paul  était au Hasard Ludique pour présenter son premier album solo, « Dead Already »  (Red Line / PIAS), qui paraissait dès le lendemain, vendredi 13 avril. Un signe ? Espérons-le de tout cœur tant cet artiste impose le respect de l’homme autant que le repos de l’âme. Continuer la lecture de SLIM PAUL @ Le Hasard Ludique, 12 avril 2018

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NTM est encore là, tout le monde est d’ACCOR !

On a tous quelque chose en nous de SUPREME NTM

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Extrait de l’affiche des concerts des 8, 9 et 10 mars 2018

Peut-on être et avoir été ? Et surtout pour quel avenir ? A l’heure où les spéculations vont bon train quant à la possible publication de nouveau matériel en provenance du SUPREME, le Tout-Paris s’est empressé d’emboiter le pas des (déjà) suiveurs de 1995. Continuer la lecture de NTM est encore là, tout le monde est d’ACCOR !

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AEROSMITH @ HELLFEST, 17 juin 2017

Voici une affaire délicate. AEROSMITH en 2017, plus particulièrement au Hellfest. Difficile besogne que de débuter ce report comme n’importe quel autre et ce pour deux raisons. La première est l’immense respect qu’impose un groupe comme celui des Toxic Twins dont la carrière émaillée de zones de turbulences et de fulgurances n’aura cependant jamais endommagé l’amour sans faille que le public a su porter aux Bostoniens. Continuer la lecture de AEROSMITH @ HELLFEST, 17 juin 2017

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