VADER « Solitude In Madness », par Alexis Cro-Mags

Nouvelle offrande discographique printanière pour les Polonais de VADER et nouveau coup de grisou paraphé par son leader Piotr « Peter » Wiwczarek (guitare/chant). Après une ribambelle d’albums et autres EP’s pas toujours des plus réjouissants car bien souvent inégaux, VADER, que l’on croyait légèrement tombé dans une sorte de routine durant les 2000’s, revient depuis quelques albums à ce qu’il sait faire de plus fracassant, à savoir un death metal brutal, sans concession ni atermoiement, légèrement teinté de thrash de par certains de ses riffs et autres  élaborations architecturales. Sans doute l’arrivée de l’extraordinaire batteur James Stewart aura-t-elle reboosté un groupe s’étant, sans même s’en rendre compte, enfermé dans un schéma largement exploité, frisant parfois l’auto-plagiat, lequel avait entraîné, si ce n’est un déclin au sens propre du terme, une baisse de régime et une attention sans doute moins rigoureuse de la part de son public. Hasard ou coïncidence, cet orgueilleux soubresaut constaté depuis quelques sorties correspond à l’intégration de Stewart dans le groupe. Si les deux dernières parutions très réussies de VADER avaient déjà fort bien réveillé les fans s’étant sans doute un petit peu détournés du groupe polonais – en tout cas une partie d’entre eux, ce Solitude In Madness, tout frais tout neuf, pourrait bien sonner la charge d’un retour en grâce du père Peter et de sa troupe. Car disons-le tout net, ce nouvel album est une bombe atomique ! Depuis combien d’années (décennies ?) les Polonais n’avaient-ils plus retrouvé cette hargne et cette haine viscérale suintant de tous ses riffs ? VADER a, semble-t-il, décidé de replacer l’église au centre du village en s’astreignant à dégainer un album frontal, direct, sans aucun temps mort, tout en n’accordant pas une seconde de répit à l’auditeur. D’une violence inouïe, d’une sauvagerie inimitable, VADER privilégie la vélocité des riffs autant que la rapidité d’exécution des plans. C’est bien simple, il n’est pas rare sur certains passages d’avoir l’impression de se trouver face à un groupe de grindcore tant l’ami James Stewart donne l’impression de pousser ses collègues au tréfonds de leurs possibilités physiques. Si la vitesse supersonique est de mise sur ce nouvel album, l’autre marque de fabrique de VADER, le thrash, refait une apparition des plus efficaces. Pas que les albums précédents manquaient de plans similaires mais les Polonais parviennent à rendre ses passages vraiment ébouriffants et bluffants d’efficacité. Que dire également de ces morceaux mid-tempo écrasant de lourdeur desquels on ne ressort que sonnés par le tabassage en règle de ce Stewart décidément intenable – l’homme de l’album, sans aucun doute. L’arrivée de ce batteur d’exception reste probablement ce qui pouvait arriver de mieux à VADER tant la dynamique que ce dernier insuffle au groupe depuis près d’une dizaine d’années maintenant semble donner des ailes au reste des troupes. Un album vraiment remarquable que l’on pourrait sans peine rapprocher d’un Litany (2000) pour ses parties les plus véloces et affolantes, d’un Black To The Blind (1997) pour cette forme de candeur ici retrouvée et d’un Revelations (2002) pour cette capacité à maintenir la pression sur l’auditeur, quels qu’en soient le niveau et la soutenance. Seule légère ombre au tableau, la conception des soli, que l’on a déjà trouvés plus transcendants et inspirés sur les œuvres passées de VADER. Non pas qu’ils soient foncièrement médiocres, loin s’en faut, mais là où la bande à Wiwczarek semble s’être véritablement focalisée sur l’architecture des morceaux et l’écriture de riffs tous plus assassins les uns que les autres, l’impact habituellement furieux des soli s’en trouve quelque peu amoindri, sans pour autant crier à la trahison, soyez-en rassurés. La perfection ne trouvant pas sa place dans l’art, il est bien inutile de chercher matière à sous-estimer un album par ailleurs indubitablement réussi, lequel parviendra sans peine à faire revenir au bercail celles et ceux qui auraient déserté par mégarde l’oeuvre de VADER et ses albums si nombreux depuis presque 30 ans qu’il est bien difficile d’en accrocher tous les wagons sans s’y perdre quelque peu. Retour gagnant pour un VADER conquérant, lequel semble en avoir encore suffisamment sous le pied pour écorcher quelques tympans supplémentaires.

Facebook officiel VADER

Solitude In Madness disponible dès le 1er avril sur le shop de Nuclear Blast

Liste des titres

1 – Shock And Awe

2 – Into Oblivion

3 – Despair

4 – Incineration Of The Gods

5 – Sanctification Denied

6 – And Satan Wept

7 – Emptiness

8 – Final Declaration

9 – Dancing In The Slaughterhouse

10 – Sigma Of Divinity

11 – Bones

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HOOKS & BONES « Greetings From Rouen », par Alexis Cro-Mags

Poursuivant sur sa très belle lancée, HOOKS & BONES propose ces jours-ci son second EP, Greetings From Rouen, presque un an après sa présentation bombastique. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le quatuor rouennais ne s’est pas calmé, bien au contraire. Calqués sur un modèle qu’il semble avoir fait sien, les cinq titres que composent ce (très) mini-album s’inscrivent dans la droite lignée de ce que HOOKS & BONES a pu proposer l’an dernier. Privilégiant la vélocité, l’attaque frontale ainsi qu’un certain sens du break assassin plutôt que les ambiances qui s’éternisent, les membres du combo originaire de Rouen pratiquent un hardcore efficace, certes classique dans son approche, mais affichent malgré tout une réelle volonté d’avancer, n’hésitant pas à incorporer çà et là quelques éléments plus « metal », toutes proportions gardées – notez les guillemets – le temps d’un riff particulièrement efficace, ou à accentuer quelque peu ses influences punk au détour de plans extrêmement bien sentis. Tout ceci va vite, très vite même, si bien qu’il est vraiment frustrant de ne disposer que d’un format cinq titres pour une demi-douzaine de minutes de musique. Ceci étant, impossible de se plaindre davantage tant la furie qui nous est balancée offre son lot de riffs qui défouraillent, de breaks décélérés prompts à écailler les mouches et de plans archi speedés, voire blastés. Les choeurs virils typiques sont également de sortie et la voix toujours un peu au bord de la rupture fait une fois de plus son petit effet. Doté d’une production sans doute un peu moins féroce que celle du (Presenting) The Hook de l’an passé, cet EP n’en perd pas pour autant sa hargne et sa volonté d’écraser la concurrence, tout en affichant une indécente facilité à composer des titres concis, d’une radicale efficacité, le tout baigné d’une bonne humeur contagieuse. Sans révolutionner sa marque de fabrique, HOOKS & BONES poursuit son évolution dans la continuité. La prochaine étape qu’il serait souhaitable de franchir, autant pour le challenge que s’imposerait le groupe que pour le plaisir du public, serait de proposer quelques minutes de musique supplémentaires, sans pour autant renier ce qui en fait sa spécificité et son impact, à savoir ce format très court et fulgurant des titres. Pour l’heure, sachons profiter de ces cinq chansons explosives au punch dévastateur. A très vite pour la suite !

Greetings From Rouen disponible à l’achat numérique via ce lien

Facebook Hooks & Bones

Liste des titres

1 – Guilty

2 – Hellion Records

3 – Commercial Break

4 – Chillin’ On Sunday

5 – Bonne Nouvelle

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ONE LIFE ALL-IN « Letter Of Forgiveness », par Alexis Cro-Mags

Semblant privilégier le format court, ONE LIFE ALL-IN revient près de trois ans après un premier EP 7 titres, fort remarqué dans les milieux autorisés, au son d’un second mini-album, Letter Of Forgiveness, lequel a une nouvelle fois été mis en espace sonore par Thibault Bernard à Lyon, entre la fin de l’an passé et le début de cette année pour le moins chaotique et instable. Entre ces deux sorties, le groupe américano-français, dont le camp de base est également à chercher du côté de Lyon, s’est produit sur scène une paire de fois lors d’une tournée européenne, voyant même celui-ci partager l’affiche avec la légende SICK OF IT ALL. Si la première offrande du gang affichait une musique audacieuse et surprenante, mêlant habilement dans sa forme un hardcore parfois brut de décoffrage à des prospections nettement plus mélodieuses, bien aidée par un Don Foose (chant) toujours hargneux mais privilégiant davantage l’impact mélodique que les vociférations typées SPUDMONSTERS, ce second EP semble s’affranchir un peu plus encore du passé de nos quatre gaillards. Letter Of Forgiveness affiche une réelle volonté de placer le curseur un peu plus loin que ne le fut celui de The A7 Session (2017). En un mot comme en cent, ONE LIFE ALL-IN a décidé de faire de sa musique un palliatif à la morosité ambiante. Une musique au cours de laquelle tout n’est que « plus ». Plus mélodique, plus travaillée, plus punk, plus rock, plus metal, plus hardcore. Le groupe semble vouloir, consciemment ou inconsciemment, s’affranchir des éléments du passé de chacun de ses membres afin d’offrir une musique réellement sienne, sans « fardeau » passéiste mais avec passion, bravoure et singularité d’aujourd’hui. Les compositions ont donc été élaborées et travaillées en ce sens, offrant une jolie écharpe de velours pour la voix de Foose, lequel n’a probablement jamais été aussi solennel et habité par son chant. Preuve de son assise et de sa confiance renforcée, ONE LIFE ALL-IN s’offre le luxe de reprendre le magnifique « 83rd Dream » de THE CULT, tiré du superbe autant que trop souvent oublié premier album de la paire Duffy/Astbury, Dreamtime (1984). Pas un choix des plus évidents mais le groupe s’approprie cette merveille en y insufflant son âme et son métabolisme. Absolument bluffant de réussite ! Difficile de ne pas mentionner le travail de Kevin Foley (batterie), lequel imprègne cet EP d’une empreinte plus personnelle que celle que l’on avait pu découvrir lors de The A7 Session, sans doute dû au fait que ce dernier avait été en très grande partie élaboré avant l’intégration officielle du jovial batteur. Quant à la paire Clément/Franco, issue des rangs de SEEKERS OF THE TRUTH, un seul sentiment illumine les oreilles tout en renforçant ce que l’on savait déjà : ces deux-là étaient vraiment faits pour se rencontrer et travailler ensemble, par-delà leur passé commun. Si Franco offre à ses camarades, avec l’aide de Kevin, une assise rythmique des plus profondes et veloutées, c’est tout simplement pour laisser le soin à Clément de s’exprimer davantage que par le passé avec sa six-corde. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Clément est bavard sur cet EP, sans toutefois en faire des caisses imbitables ou malvenues. Tout y est bien senti sans que rien ne dépasse. Un joli travail tout en discrétion et humilité. En définitive, il n’y a guère qu’un unique élément pouvant ternir ce joli tableau, c’est sa durée. Par essence, le principe du EP consiste à proposer un format court de son œuvre. Oui mais voilà, à l’écoute de celui-ci, nous ne demandons qu’à en prendre davantage dans les esgourdes, le temps d’un véritable album longue durée par exemple. Gageons que ONE LIFE ALL-IN saura offrir autre chose qu’un 6 ou 7 titres lors de sa prochaine sortie. En attendant, à lui de défendre son nouveau-né sur les planches et démontrer à toutes et tous la plus-value artistique incontestable de son œuvre autant que les valeurs intrinsèques que sont les siennes sur un plan plus personnel et spirituel, ainsi qu’en témoigne le patronyme du groupe : nous ne disposons que d’une seule vie, alors ne perdons pas de temps et sachons profiter pleinement de chaque instant comme s’il s’agissait du dernier, sans l’ombre d’un regret. Inspirant.

Letter Of Forgiveness disponible dès le 24 avril via ce lien

Facebook One Life All-In

Liste des titres

1 – Letter Of Forgiveness

2 – Cold Hand Struggles

3 – Sacred Heart

4 – Hey Man !

5 – 83rd Dream

6 – Discharge

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BENIGHTED « Obscene Repressed », par Alexis Cro-Mags

A la seule force de ses compositions ravageuses associées à des prestations scéniques bluffantes de violence autant que de maîtrise, BENIGHTED, du haut de sa vingtaine d’années d’expérience, a su s’imposer comme le fer de lance de la musique extrême hexagonale. Malgré un cumul non négligeable de boulversements internes, Julien Truchan est toujours parvenu à maintenir le cap de son voilier, sachant invariablement s’entourer de ce que la France compte comme musiciens d’exception, techniquement parlant s’entend, mais aussi et surtout doués d’un talent hors pair en terme de composition. Pour son nouvel effort, force est de reconnaître que BENIGHTED, le long de cet Obscene Repressed, ne baisse pas d’un pouce le régime tendance « gras qui tâche, riche en protéines » qu’a fait sien le groupe depuis ses débuts. La viande musicale jetée en pature au public affâmé reste globalement du même niveau que celle proposée par le groupe sur ses albums précédents, mises à part quelques petites nouveautés bienvenues, lesquelles, sans révolutionner fondamentalement le style pratiqué par le gang stéphanois, permettent de relativiser l’envie irrépressible de foudroyer ses voisins d’une crise de tachycardie. D’une brutalité inouie, d’une sauvagerie inqualifiable et entièrement élaboré par le guitariste Emmanuel Dalle, déjà auteur du précédent album Necrobreed (2017), Obscene Repressed recelle pourtant quelques surprises, certes pas des plus évidentes de prime abord, mais malgré tout suffisamment significatives pour un groupe dont le style pratiqué s’en trouve par essence même extrêmement balisé. Si l’on sent poindre à quelques encablures, toutes plus « blastées » et « breakées » les unes que les autres, une envie de diversifier son propos musical, BENIGHTED laisse entrevoir sans doute davantage que précédemment sa volonté d’offrir une vision plus lourde et sombre de son œuvre. Ainsi, possibilité nous est offerte de découvrir un groupe plus vicieux, sans doute moins frontal qu’auparavant – toute proportion gardée, bien entendu – n’hésitant pas à s’engouffrer un peu plus dans ce hardcore tendance nihiliste et sépulcral qu’il fait sien avec beaucoup de maestria. C’est d’ailleurs vers le hardcore que l’on peut rapprocher le plus ce nouvel album, la présence de Jamey Jasta (HATEBREED) en invité spécial ne faisant que renforcer cet état de fait. Quelques (très) jolis arpèges disséminés au détour de ce titre d’une extrême folie musicale permettent également au combo de varier un peu plus encore sa malsaine tambouille. Un break bienheureux quasiment jazz (!) calfeutré au milieu d’une boucherie sonore indescriptible, auquel s’ajoutent çà et là des samples angoissants dans la grande tradition stéphanoise – mais dont le groupe use sans doute un peu à l’excès car déjà largement entendus en de nombreuses occasions précédemment, associés à des lyrics parfois beuglés dans la langue de Molière, font de cet album un complément alimentaire carnivore de premier choix et parachèvent cette œuvre insolente de férocité. A noter l’excellente reprise encore plus déjantée que le morceau d’origine de SLIPKNOT, « Get This », judicieusement placée en toute fin d’album. Vous l’aurez saisi, BENIGHTED a décidé de voir les choses en grand pour ce nouvel effort, de par ces légères innovations, les quelques percussions tout à fait bienvenues au détour du titre dont Jasta est justement l’invité permettant de souffler un peu, tout en accentuant davantage la sauvagerie musicale inimitable du groupe de Truchan. Si Obscene Repressed ne révolutionnera sans doute pas la musique pratiquée par BENIGHTED – d’ailleurs, le cherche-t-il réellement ? – ni les fondements d’un style basé sur l’outrance musicale à perdre haleine, il offrira de fait son lot de bestialité non contenue à son fidèle et conséquent public, lequel ne semble pas s’en lasser une seconde, bien au contraire. Pour les autres, il s’agira d’un très bon album de brutal death tendance grindcore de plus, à créditer au compte d’un groupe dont l’irrésistible ascension en direction des plus hautes sphères mondiales du genre paraît inéluctable. A chacun(e) désormais de trouver sa propre posologie afin de s’administrer sa dose mortifère de pulsions musicales putréfiées.

Obscene Repressed disponible à partir du 10 avril via le shop de Season Of Mist

Liste des titres

1 – Obscene Repressed

2 – Nails

3 – Brutus

4 – The Starving Beast

5 – Smoke Through The Skull

6 – Implore The Negative

7 – Muzzle

8 – Casual Piece Of Meat

9 – Scarecrow

10 – Mom, I Love You The Wrong Way

11 – Undivided Dismemberment

12 – Bound The Facial Plague

13 – The Rope

14 – Get This

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TESTAMENT « Titans Of Creation », par Alexis Cro-Mags

A l’image de ses confrères SLAYER, MEGADETH, IRON MAIDEN ou KREATOR, pour n’en citer que quelques-uns, que peut-on décemment attendre d’un nouvel album de TESTAMENT à l’heure d’aujourd’hui ? Si le statut de groupe majeur de son style n’est plus à démontrer depuis des lustres, force est de constater que la bande à Skolnick a pris pour habitude, depuis au moins deux albums, de nous resservir son thrash « made in California », pas nécessairement déplaisant mais dénué de toute forme de surprise. La carrière de TESTAMENT a toujours évolué sur une route vallonnée, interrompue par de nombreux changements de personnel, d’arrêts maladie, de manque d’inspiration ou bien dénuée d’intérêt en cherchant à coller à la « hype » du moment. Il serait cependant bien injuste de n’observer la longue carrière du groupe qu’au travers de ses mésaventures. Capable de véritables coups de génie, de retours inespérés ou de fulgurances discographiques et scéniques, la formation américaine aura mené sa barque selon les circonstances du moment, notamment chapeautée par les deux têtes pensantes que restent Chuck Billy (chant) et Eric Peterson (guitare). Si l’hydre à deux têtes n’en fait qu’à la sienne, force est de contaster que le line-up réuni autour de lui depuis maintenant deux albums – en intégrant cette nouvelle cuvée 2020 – est probablement le plus féroce et le plus techniquement bien au-dessus du panier que TESTAMENT a connu depuis plus de 30 ans. Seulement voilà, il ne suffit pas d’avoir des monstres de technique au sein de son groupe pour parvenir à maintenir l’attention de l’auditeur sur l’ensemble d’un album. Au-delà de la production puissante et racée – mais est-ce vraiment une surprise de nos jours ? – de ce Titans Of Creation à l’artwork plutôt quelconque sans être foncièrement désagréable, ce qui taquine un peu le cerveau, c’est cette impression que TESTAMENT semble prendre plaisir à rallonger son propos. Certains morceaux sont longs, bien trop en tout cas pour ne pas avoir envie d’appuyer sur la touche « next » avant la fin de la chanson. Le groupe se perd à trop vouloir en faire et à chercher par tous les moyens à briller sur des séquences qui n’en finissent plus. Aucune surprise non plus n’est à signaler au niveau du « riffing ». Tous ont déjà été entendus sur des albums antérieurs d’un groupe devenu prisonnier de son propre style. Le chant aussi vindicatif que mélodique de Chuck Billy serait d’ailleurs à prospecter du côté d’un rond-point d’où surgiraient les routes nommées Low (1994), Souls Of Black (1990) et l’extraordinaire The Gathering (1999), ce qui en soi est plutôt un bon élément à mettre à l’actif des Californiens. Mais là où TESTAMENT semblait il n’y pas si longtemps encore dans le coup et prêt à en découdre, le sentiment que le groupe évolue désormais en roue libre prend très, très vite le pas sur les quelques aspects positifs évoqués. TESTAMENT fait du TESTAMENT, comme depuis toujours certes, mais sans surprise, presque sans conviction. Gene Hoglan ne brille pas spécialement de mille feux au travers de ses interventions, d’habitude si savoureuses, pas plus que Steve DiGiogio ne parvient à transcender réellement la globalité de cet album par les plans de basse lumineux auxquels le bougre nous avait tant habitués, que ce soit dans TESTAMENT, DEATH, CONTROL DENIED et bien entendu SADUS. Ceci étant précisé, il va sans dire que cet album est loin d’être mauvais ! Il renferme malgré tout de très bons titres, mais cette volonté de vouloir allonger certaines parties nuisent considérablement à l’homogénéité de l’ensemble du disque. On aurait souhaité entendre un TESTAMENT plus concis, plus instinctif ou plus brut – pour ne pas dire brutal – et sans superflu. TESTAMENT tomberait-il dans une forme de syndrôme « IRON MAIDEN », toute proportion gardée, cela va sans dire ? Car à l’exception de l’avant dernier titre qui culmine à 3’24, avant un instrumental sans réel intérêt clôturant ce disque, exceptés ces choeurs plutôt bien fignolés, l’ensemble des chansons pointe entre 4’50 et 6’40 ! Alex Skolnick et ses potes commenceraient-ils à avoir du mal à composer des titres immédiats et concis, furieusement thrash, à l’instar d’IRON MAIDEN, devenu complètement incapable de proposer des morceaux fulgurants de 3 à 4 minutes, mettant tout le monde d’accord, tout en proposant des chansons à rallonge qui, le plus souvent, tournent en rond en s’auto-plagiant ? Fort heureusement, TESTAMENT n’en est pas arrivé à ce stade mais le syndrôme guette dans l’ombre. Méfiance. Aux Califormiens de se préserver de toute forme de facilité paradoxale s’il ne veut pas voir sa fan base le déserter tout doucement et tourner pudiquement les talons pour puiser ses ressources dans la fontaine de jouvence que représente la nouvelle vague de groupes de thrash qui déferle sur le petit monde du metal depuis maintenant une bonne douzaine d’années. Attention, à trop vouloir en faire, TESTAMENT prend le risque d’ouvrir une porte qui pourrait le conduire vers l’antichambre d’un EPHAD. Mais nous n’en sommes pas là. A suivre donc.

Liste des titres

1 – Children Of The Next Level

2 – WWW III

3 – Dream Deceiver

4 – Night Of The Witch

5 – City Of Angels

6 – Ishtars Gate

7 – Symptoms

8 – False Prophet

9 – The Healers

10 – Code Of Hammurabi

11 – Curse Of Osiris

12 – Catacombs

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TREPALIUM « From The Ground », par Alexis Cro-Mags

TREPALIUM revient à son public après quelques années de semi-disette discographique, et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce retour s’impose d’ores et déjà comme un événement majeur de l’année puisque, en plus d’offrir de nouveaux titres, le groupe présente son talentueux nouveau chanteur par le biais de ce From The Ground déjà disponible depuis quelques jours. Un nouveau vocaliste certes, mais pas un novice non plus, puisqu’il s’agit de Renato Di Folco, lequel fait également office de chanteur d’exception au sein des fabuleux FLAYED, dont le registre n’est cependant pas tout à fait similaire à celui de TREPALIUM. Fort d’une bonne vingtaine d’années d’existence, ce dernier, passé d’un metal tendance extrême de très haute tenue, technique sans jamais être redondant, a le plus souvent évolué dans un registre brutal, sans concession et radical, baigné d’une voix saturée mais dont se dégageait tout de même un élément que peu de formations sont à même de proposer, un groove inimitable. Ainsi, pour saluer l’arrivée de son nouveau chanteur, dont l’étendue vocale à 360° est ici sublimée, portée par une aisance rythmique et technique permettant une assise vocale des plus confortables, TREPALIUM a décidé de pousser son curseur plus avant en prospectant l’ensemble des éléments qu’il lui était possible de dénicher en matière de groove, délaissant quelque peu la brutalité pure de ses premières réalisations afin de recentrer son ouvrage sur Di Folco, lequel éblouit d’une classe folle cette musique renversante et semble désormais s’imposer en véritable épine dorsale du groupe. Cet album offre donc de très, très belles nouvelles compositions de metal, un peu death, pas mal jazz, complètement swing, semblant avoir été pensées avec comme ossature centrale cette extraordinaire polyvalence vocale, délicieusement jubilatoire. Tout y demeure bien réfléchi, extrêmement bien pesé, avec juste ce qu’il faut d’évolution pour ne pas froisser les fans de la première heure, sans pour autant s’imposer à lui-même un surplace technique et artistique dont il pourrait à terme se lasser. Viscéralement irrésistible, From The Ground étonne tout de même par sa courte durée, sept titres pour une vingtaine de minutes. C’est peu mais terriblement excitant et sacrément bien agencé, efficace, entêtant – dans le bon sens du terme – groovy, voire carrément dansant. C’en serait presque décourageant pour les autres groupes tant TREPALIUM maîtrise son sujet comme un impressionniste celui des ombres fugaces subrepticement esquissées au fusain. Combien de groupes sont à même d’offrir une telle évolution de leur oeuvre avec tant de maestria, sans jamais renier sa vision artistique d’aucune compromission, ne balayant pas ses fondamentaux d’un revers de la main, mais possédant cette capacité d’adaptation avec, par-dessus tout, cette volonté innée de ne surtout pas stagner ? Beaucoup s’y sont essayés, nombreux s’y sont cassés les dents. Certains ont carrément disparu corps et âme, tandis que d’autres ont collé à la « hype » du moment – ceux-là sont d’ailleurs les plus nombreux ; aucune dénonciation, chacun(e) élaborera son propre petit listing d’artistes. TREPALIUM, lui, n’a cure de toute forme de considération stérile. Il avance sereinement et s’octroie à la seule force de ses convictions autant qu’à celle de sa passion sacerdotale, le privilège de s’accorder une place rayonnante lui permettant d’intégrer la caste tant convoitée de groupe culte, et ce de son vivant. Ce qui n’est pas si fréquent, convenons-en. TREPALIUM reste unique et n’appartient à personne ; qu’il le reste pour le bonheur des petits et des grands. Un album bienheureux et totalement envoûtant.

From The Ground disponible à l’achat sur le label Season Of Mist

Liste des titres

1 – From The Ground

2 – Twins Brawl

3 – Secretly Depressed

4 – Aimless Path (Pt.1)

5 – …To The Sun

6 – Feelin’ Cold

7 – Everything Is Supposed To Be Ok

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ALCEST @La Machine du Moulin Rouge, Paris – 7 mars 2020, par Marina Zborowski

Revoir ALCEST au plus vite : l’accomplissement de ce désir est devenu l’un de mes objectifs de vie majeurs en sortant de La Machine du Moulin Rouge le samedi 7 mars 2020. Revoir ALCEST et faire de l’univers d’ALCEST mon principal refuge. Oui, rien que ça. Parce que ce qui s’est passé ce soir-là relève de la Beauté, la vraie, celle qui émeut dès la première seconde, celle qui ne connaît d’autre limite que sa propre infinitude, celle qui laisse sans voix… celle qui remplace instantanément et éternellement tout ce dont on estime avoir besoin. C’était la dernière date de la tournée du dernier album d’ALCEST, Spiritual Instinct, c’était à Paris et c’était tout simplement l’un de mes plus beaux concerts.

Avant de trouver les mots pour décrire ce moment hors du temps, revenons quelques instants sur l’heure qui a précédé l’entrée en scène d’ALCEST, accompagné sur cette tournée de deux groupes: Kaelan Mikla et Birds in Row. Impossible d’assister au concert de Kaelan Mikla à 19h, ce que je regrette déjà profondément car l’univers de ce trio féminin islandais a piqué ma curiosité. Heureusement, nous arrivons juste à temps pour le concert de Birds in Row, excellent groupe de post-hardcore français qui allie à la perfection riffs qui tachent, messages de paix et sauts de kangourous sur scène. Le groupe enchaîne sa setlist dans un élan d’énergie incroyable, l’adrénaline de la dernière date de la tournée injectée dans leurs instruments, l’excitation de jouer devant une salle pleine à craquer s’exprimant d’autant plus en cette période où les rassemblements sont réduits comme peau de chagrin au nom de la santé d’une humanité déjà bien malade avant que ce maudit virus ne joue son rôle tétanisant. Ces jeunes oiseaux lavallois donnent tout et partagent avec cette belle salle bien remplie son plaisir d’être là, sans toutefois bouder le réconfort du retour à la maison qui les attend à l’issue de cette tournée visiblement riche en émotions et en nouvelles amitiés. Ils incitent tout ce beau public à s’aimer, à se défouler, à s’entraider pour lutter contre toutes ces décisions qui sont prises à notre place, partout, tout le temps. Leur avant-dernier titre est en cela d’une force incommensurable : après une dernière prise de parole dénonçant cette violence inutile qui s’infiltre sans cesse entre les uns et les autres, le groupe dégaine un puissant « You, Me & The Violence » qui décoiffe. Combattre l’inutilité de la violence par une certaine esthétique de la violence, c’est un peu cela, au fond, que l’on vient chercher dans un concert comme celui-là quand on est fan de metal ! Le concert s’achève sur cette belle sensation mélangée de force et de douceur, la salle est chauffée à bloc et n’a plus qu’une minuscule demi-heure devant elle pour trépigner d’impatience avant le concert tant attendu.

Trépigner d’impatience, c’est vraiment ça. Je me suis rendue à ce concert avec mon frère, immense fan d’ALCEST de la première heure. C’est la première fois que je vois ALCEST, mais mon frère les a déjà vus et en garde un souvenir précieusement ému. Il a à maintes reprises voulu me mettre sur le chemin de ce groupe, mais pour des raisons incompréhensibles (car mon frère savait précisément pourquoi j’allais adorer et admirer ce groupe), je suis trop longtemps passée à côté, appréciant les titres qu’il me faisait écouter sans pour autant passer au stade du voyage intérieur nécessaire à la compréhension de l’univers d’ALCEST. Et puis un jour, la magie a opéré. J’ai écouté « Kodama » et je me suis rendue compte que j’étais juste en train de refouler un très, très grand amour ! En effet, comment ne pas succomber à la beauté de ces sonorités si proches parfois de la musique de TOOL?!

Les dix minutes qui précèdent le concert plongent la salle dans une ambiance mystique : point de playlist rock pour patienter, ce seront des chœurs aux accents spirituels. Mon frère sourit : « voilà, c’est l’église ! ». La douceur qui se dégage de ces chœurs insuffle un immense respect dans les regards et l’attitude du public. Tout le monde sait que c’est le début d’un magnifique voyage intérieur collectif, dans lequel chacun pourra interpréter personnellement tel ou tel morceau, lâcher prise, pleurer, sourire, frémir, frissonner, trembler. Le concert n’a pas commencé mais toutes ces émotions se laissent déjà deviner et c’est un délice.

Les chœurs cessent, les lumières s’éteignent. Les musiciens Indria, Zero et Winterhalter entrent sur scène sous un tonnerre d’applaudissements, très rapidement rejoints par Neige, maître à penser de la musique d’ALCEST. Admiration absolue pour cet immense artiste touché par une grâce venue d’ailleurs, qui débarque sur scène en toute simplicité, vêtu d’un T-shirt de TYPE O NEGATIVE et affichant un sourire ému. Les premières notes du titre qui ouvre leur dernier album, « Les Jardins de Minuit » retentissent dans un nouvel élan mystique : les chœurs pré-concert ont divinement cédé la place à cette sublime union guitare-basse-batterie, suivie de chœurs différents mais tout aussi sublimes… Puis arrive le riff conducteur de ce titre, ce riff tellement génial qu’il élève immédiatement l’émotion à son plus haut degré. Le titre est parfaitement exécuté, le son est magnifique, le groupe est uni et ça se sent. La dernière minute du morceau, qui me transporte déjà complètement sur l’album, est vraiment dingue en live. C’est officiel : nous venons d’entrer dans le conte de fée éternel d’ALCEST. Le morceau s’achève, je me retourne vers mon frère : nos yeux brillent du même éclat, nous sommes déjà immergés dans une hallucination totale.

©Marina_Z

Visiblement ravi de fouler la scène de La Machine du Moulin Rouge pour la première fois, le groupe enchaîne avec « Protection » , le deuxième titre du dernier album. Là aussi, le riff conducteur relève du génie. Le son explose, l’émotion explose. La voix de Neige explose aussi, dans sa plus belle rage. Et la batterie, mon dieu la batterie…! J’ai une fâcheuse tendance à tomber amoureuse des batteurs et des batteuses. Winterhalter et son jeu majestueux n’échappent évidemment pas à la règle… Mes émotions les plus fortes vivent au rythme de ses cymbales si cristallines, si follement belles. Je suis subjuguée. La salle l’est aussi.

Puis vient le moment du concert qui va faire chavirer mon frère: ALCEST entame l’excellent « Oiseaux de Proie » , issu de l’album Kodama. C’est le titre préféré de mon frère et je le comprends: la beauté et la puissance s’y expriment dans toute leur pureté. Là encore, feu d’artifice de cymbales, rythmes à couper le souffle, lignes de basse à tomber par terre, guitares enchanteresses et voix déchirante s’unissent dans un niveau de perfection rarement atteint. En live, c’est tellement beau, tellement parfait, tellement grand que la salle en reste presque sans voix. Certains commencent déjà à verser toutes les larmes de leur corps. Mon frère est en train de mourir d’amour… et moi avec!

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Puis Neige annonce délicatement le prochain titre : « Autre temps » . Les larmes ne vont clairement pas sécher tout de suite ! Ce titre issu de l’album Les voyages de l’âme pourrait redéfinir à lui seul le mot « rêverie ». Et effectivement, on décolle complètement : cette musique est trop belle pour être de cette planète ! Oui, la musique d’ALCEST appartient définitivement à un autre monde et on peut en saisir les moindres détails au cours de ce concert: les lumières sont là pour rappeler l’univers propre à chaque album. Au même titre que le bleu sombre des deux premiers titres faisait référence à l’univers du dernier album, Spiritual Instinct, et de la même manière que les lueurs violettes qui ont accompagné « Oiseaux de Proie« , tel un clin d’œil à la pochette de Kodama, on est ici plongé dans la belle émeraude qui donne le ton à l’album Les voyages de l’âme. Le sens du détail, inévitablement, comme un symbole évident de la richesse des compositions d’ALCEST et de la belle et mystérieuse personnalité de Neige. Neige l’enchanteur, plus fort que Merlin, plus magique que tous les magiciens.

Après cette parenthèse émeraude, retour au bleu profond, celui des océans cette fois, avec l’impressionnant « Écailles de lune, Pt. 2  » . Écailles de lune, éclats de rage. Ce titre est d’une puissance incroyable en live. C’est déchirant et presque terrifiant de perfection. La voix de Neige me transperce. Elle me laisse sans voix.

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Neige reprend ensuite sa discrète voix pour annoncer le titre suivant : « Sapphire » , l’un de mes préférés du dernier album (dont le génial remix par Perturbator est d’ailleurs sorti la veille du concert). Je suis surexcitée de pouvoir voir ce merveilleux titre prendre vie sur scène! Ce sens absolu de la mélodie, entrecoupé de sommets rythmiques plus hauts que tout, c’est fascinant. Encore une fois, c’est la perfection, la plus-que-perfection même. Plus le concert avance, plus les yeux pétillent dans la salle.

« Le miroir » et son extrême délicatesse prennent merveilleusement le relais. Inutile de chercher plus longtemps où se trouvent les derniers reliquats de poésie sur terre: ils sont dans cette mise en musique des mots du poète Charles Van Lerberghe. La douceur de la guitare enveloppe le public dans une pluie étoilée d’émotions gravée à jamais dans les entrailles de La Machine du Moulin Rouge. Et comme à la fin de chaque titre depuis le début du concert, les applaudissements sont si forts et si admiratifs que l’on sent vibrer à travers ces mains qui claquent la crainte de voir le concert s’achever trop vite.

Nous avons à peine le temps de nous remettre de cette nouvelle couche d’émotion que le groupe entame « Kodama« . Et là c’est la folie absolue. Le public lâche tout: les larmes s’emballent, les sourires se figent sur tous ces beaux visages illuminés par la grâce d’ALCEST, les bras se lèvent et dansent au gré des coups de baguette extrêmement précis du batteur, toute la salle chante avec Neige. Quelle émotion de faire partie de ce public si immensément respectueux et chaleureux ! Retour des applaudissements admiratifs. Le groupe quitte la scène mais n’en a objectivement aucune envie. Le public ne lâche rien et reprend à l’unisson le fameux “Oh oh oh oh oh oh” qui rythme « Kodama ». Puissant. Le groupe ne tarde pas à revenir sur scène, l’émotion des musiciens est aussi palpable et communicative que la nôtre. Neige n’en revient pas : « C’est la première fois qu’on nous fait ce coup-là… et je crois qu’on ne nous avait jamais autant applaudi avant, merci » , lance-t-il dans sa cuteness la plus absolue. Neige, we definitely love you!!

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La fin du concert approche, donc, mais tout le monde sait que la beauté a une bonne vingtaine de minutes devant elle pour achever de s’exprimer. Deuxième plongeon dans Les voyages de l’âme avec « Là où naissent les couleurs nouvelles ». Le guitariste est à l’honneur, livrant un solo brillant sur toute la dernière partie du morceau, qui n’est pas sans rappeler la lumineuse guitare de Billy Howerdel sur les plus beaux titres de A PERFECT CIRCLE. Donc forcément, je tremble comme une feuille… Jusqu’à ce que Neige annonce le dernier morceau du concert. Pas n’importe lequel, évidemment : c’est le sublime « Délivrance » qui ponctuera cette soirée et il ne peut en être autrement. L’un des plus beaux titres d’ALCEST, si ce n’est le plus beau, tout simplement. Dix minutes d’envoûtement irrésistible. La grâce, encore et encore. La salle se laisse envoûter par cette infinie douceur, frissonnant à l’unisson. Je suis littéralement scotchée et je ne veux pas que cette chanson s’arrête. Jamais. Dans ma tête, elle ne s’arrêtera plus jamais, mais le concert est bel et bien fini, cette fois. Neige finit seul sur scène, incliné sur sa guitare, plongé dans cette lumière bleue inoubliable. L’image d’un génie dans sa plus grande humilité. Beau et émouvant jusqu’à la dernière seconde.

Les lumières se rallument après son départ. La salle reste presque immobile pendant une longue minute, essayant de comprendre la claque de beauté qu’elle vient de se prendre. Je détourne enfin le regard de la scène pour retrouver le regard de mon frère, qui a l’air aussi sonné que moi. Nous suivons le lent et silencieux mouvement vers la sortie. Nous avons envie de pleurer. Très fort. Et nous quittons la salle en pleurant. Moment de partage pur et unique, effroi de retrouver la vraie vie à l’extérieur. Et cette révélation: le règne de la mélodie, au cœur de la philosophie de Neige, définit aussi ma perception de la vie, pour toujours. Merci Neige, merci ALCEST, du fond du cœur !

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SETLIST

Les Jardins de Minuit
Protection
Oiseaux de proie
Autre temps
Écailles de lune, Pt. 2
Sapphire
Le miroir
Kodama

ENCORE

Là où naissent les couleurs nouvelles
Délivrance

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OZZY OSBOURNE « Ordinary Man », par Alexis Cro-Mags

Deux options s’offrent au public pour appréhender la sortie de ce nouvel épisode discographique d’Ozzy Osbourne, probable ultime album du Madman. La première consiste à n’y voir qu’un album supplémentaire, niché au milieu d’une riche discographie, bâtie d’albums incontournablement touchés par la grâce divine, autant que de disques franchement dispensables. Dans ce cas, la chronique d’une telle sortie tournerait assez court. La seconde option repose sur l’idée même de concevoir Ordinary Man tel qu’il apparaît après plus de 50 ans de carrière, le probable testament artistique d’un homme au bout d’une vie invraisemblable, connue de toutes et tous, revenu d’à peu près tout et n’ayant plus grand chose à prouver à qui que ce soit. Ozzy Osbourne, c’est d’abord et avant tout une marque de fabrique ; les mauvaises langues, et elles sont nombreuses, ajouteront « une multinationale ». Cette voix nasillarde et plaintive a su attirer à elle la sympathie et l’adhésion du plus grand nombre, à coups de provocations, de déboires, mais aussi et surtout de titres inscrits dans la mémoire collective, qu’ils soient parus sous son nom propre ou au sein de la formation qui a tant fait sa renommée, BLACK SABBATH. Si le personnage Ozzy a longtemps pris la quasi intégralité de l’espace médiatique – rien de plus normal en somme, il serait bien inopportun de passer sous silence le capital sympathie dont dispose John, son autre soi, outrageusement attachant, le mari aimant quoique souvent instable, le père de famille inquiet, souvent déconcertant de franchise dans ses réflexions sur ce qui l’entourne autant que sur lui-même, terriblement drôle car doté d’une autodérision sans limite. Les amateurs de metal, autant que les fans de rock au sens le plus large du terme, vivent avec Ozzy Osbourne depuis 50 ans. Alors voilà, le père Osbourne a 71 ans et annonce être atteint d’une malade dégénérative. Depuis une sacrée paire d’années, semble-t-il. Ozzy qui semblait insubmersible malgré les excès, les fractures à répétitions et autres aléas de la vie d’une rockstar toujours au bord de la rupture, a récemment laissé place à la réapparition de John, l’homme, à la télévision, tellement loin de l’encombrant siamois Ozzy, assis comme un petit garçon apeuré aux côtés de sa femme et manageuse Sharon, annonçant, non sans une émotion certaine, être dans l’incapacité momentanée (définitive?) d’assurer et de poursuivre sereinement ce que représente sa vie de musicien, la scène et tout ce qui l’enjole. Malgré tout, le plus emblématique des chanteurs de BLACK SABBATH a su prendre sur lui afin d’accoucher d’un album que l’on suppose avoir été élaboré en grande partie par de nombreux intervenants extérieurs et supplémentaires à sa Seigneurie de Birmingham. Doté d’un line-up inédit et plutôt prestigieux sur le papier, les rangs semblent s’être resserrés autour du Madman pour faire corps avec lui. Il nous est donc offert l’album d’un artiste à l’hiver de sa carrière artistique autant que celui d’un homme à la santé déclinante, cette fois-ci de manière officielle. Sans doute faut-il appréhender cet Ordinary Man tel qu’il se présente à nous. Un album crépusculaire, presque testamentaire, dont les émotions prenantes le temps des ballades sont palpables et touchantes. Si la musique d’Ozzy Osbourne n’a jamais brillé par sa jovialité mais plutôt par une euphorie contagieuse, il se dégage de cet album une forme de dramaturgie parfaitement incarnée par le maladif chanteur, alternant moments de spleen mélodieux pur avec des parties miraculeusement lourdes, voire rapides, et sacrément boostées par une section rythmique de premier ordre. Certains réactionnaires argueront que les ballades sont bien trop nombreuses et que manque à l’appel bon nombre de riffs « eighties-like » ou « Wylde-like ». Sans doute n’auront-ils pas forcément tort mais là où le nouvel album éclipse quelque peu une manière de composer passéiste, il est en revanche à chercher l’essence des compositions dans la légende antédiluvienne du bonhomme, inscrite dans le marbre entre 1970 et 1975. Comment ne pas retrouver avec plaisir cette alternance ballade astronomique / riffs plombés au sein d’un même titre, doté d’une production puissante et raffinée. Les clins d’oeil au glorieux passé d’Osbourne sont nombreux, que ce soit en solitaire ou au sein de BLACK SABBATH. « Rien de neuf ! », diront certains. Pas faux. Ceci dit, IRON MAIDEN fait-il du neuf depuis 1988 ? JUDAS PRIEST fait-il autre chose que du PRIEST ? Depuis combien d’années ACCEPT n’a plus bougé d’un iota ? Et AC/DC, on en parle ? Les exemples sont nombreux, avouons-le, pour ne pas dire inépuisables. Là où les précédents albums du Madman souffraient d’un sérieux manque d’inspiration, de recul et, dans certains cas, d’une production satisfaisante, Ordinary Man offre une mise en son à la fois moderne tout en s’inscrivant dans la tradition de ses meilleures productions, loin de certains effets peu désirables et flatteurs utilisés il y a encore 10 ou 15 ans. Certes, l’album n’est pas parfait, loin s’en faut – le dernier titre de l’album et le bonus track en témoignent médiocrement, mais il a le mérite de renouer avec un format classique de composition, sans autre considération que celle d’une homme âgé, affecté moralement, psychologiquement et bien sûr physiquement, vocalement poignant et conscient d’être arrivé à la fin d’un voyage tentaculaire dont lui-même ne parvient toujours pas à croire qu’il fut sien. Restera le dernier, de voyage. Le grand. Ce jour-là, le monde de la musique aura perdu une autre de ses figures tutélaires, sauf qu’en plus de dire au revoir à cette voix unique et captivante, nous perdrons un homme bouleversant de sincérité et si attendrissant qu’aucun être dyslexique à la démarche chaloupeuse, drogué et alcoolique, ne parviendra à incarner mieux qu’Ozzy Osbourne ne l’a jamais fait. Parce qu’il convient de rester simplement humain et conserver son âme d’enfant pour espérer, peut-être, atteindre le firmament des très grands. Et Ozzy l’est assurément, humain, espiègle et enfantin.

Liste des titres

1 – Straight To Hell

2 – All My Life

3 – Goodbye

4 – Ordinary Man

5 – Under The Graveyard

6 – Eat Me

7 – Today Is The End

8 – Scary Little Green Men

9 – Holy For Tonight

10 – It’s Raid

11 – Take What You Want (titre bonus)

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