BLOODCLOT « Up in Arms » : Voyage sang retour

Voici revenir BLOODCLOT dans nos contrées. Après un premier album paru en 2008 intitulé Burn Babylon Burn produit en self-made par le groupe, ce dernier nous envoie cet été 2017 son second méfait, Up In Arms sorti quant à lui sous l’égide de Metal Blade Records. Revenir sur l’origine du groupe demeure un brin fastidieux mais quelques notions historiques s’imposent d’elles-mêmes tant le leader de cette formation n’a eu de cesse que de baliser le hardcore de ses interventions parfois surprenantes mais toujours attendues comme saintes paroles.

A l’origine de BLOODCLOT, un homme, John Joseph, emblématique chanteur de CRO-MAGS, groupe dont l’influence sur le monde est tellement gigantesque au niveau du hardcore (et même au-delà) que c’en serait indécent et déloyal pour les autres formations du style d’évoquer plus avant la fascination dont il fait l’objet. Au sein du mythe new-yorkais, un autre héros du genre compose cette entité bicéphale. Son nom : Harley Flanagan, bassiste à l’aura débordante et à la précocité désarmante. Mettez ces deux-là dans une même pièce en 1986, agitez-les et vous obtiendrez l’un des plus grands chefs-d’oeuvre du hardcore, The Age Of Quarrel. S’en suivront des tournées mémorables, une reconnaissance mondiale, des passages en boucle sur MTV, des albums inégaux et un égocentrisme devenu montagne de part et d’autre. Plus rien ne sera jamais comme avant. L’un et l’autre des protagonistes deviendra l’ennemi juré de son homologue. Insultes, procès pour l’obtention du nom de groupe, re-insultes, re-procès et même bagarre. Rien n’y fait. Alors chacun vaquera à ses occupations. Nous voici désormais rendus en 2008 avec ce premier disque de BLOODCLOT auto-produit. Un album brûlant avec un casting de rêve comprenant des membres de BIOHAZARD, MERAUDER et THE SPUDMONSTERS qui démontrait de manière ô combien jouissive qu’il fallait encore compter avec John Joseph. Le dernier mot n’était pas dit. Un album particulièrement remarqué permettant au chanteur de se remettre sur les rails de la réussite artistique et puis plus rien ou à peine en provenance de cet espoir. Près de huit ans plus tard, une annonce fait l’effet d’une bombe : BLOODCLOT revient et il n’est pas content. John Joseph a rebâtit son groupe, est remonté comme jamais, et s’est entouré pour ce faire d’une formation inédite et de prime abord surprenante. Si le guitariste Todd « Youth » Schofield fait figure de valeur ajoutée plus qu’agréable dans une formation punk / hardcore, son passé au sein de MURPHY’S LAW et WARZONE en témoignant, l’annonce de l’arrivée de Joey Castillo à la batterie et Nick Oliveri à la basse a pu quelque peu surprendre les auditeurs. La section rythmique assurée par deux ex QUEENS OF THE STONE AGE (et KYUSS entre autre pour Oliveri) allait-elle tenir le choc avec le projet du chanteur pour cette cuvée 2017 ? La réponse est un énorme oui. Malgré la rapidité affichée de pratiquement toutes les compositions, les deux rythmiciens font montre d’un travail acharné de précision et de solidité. Probablement le travail effectué par Castillo chez TRASH TALK porte ses fruits, l’homme n’en étant que plus compétitif. Cependant, la grosse surprise du disque demeure Nick Oliveri. Invité de marque devenu membre permanent, le bassiste prend immédiatement ses dispositions et impose son style d’entrée de jeu. Il nous était possible d’apprécier son savoir distillé au sein de divers groupes depuis son départ de QOTSA, DWARVES et BL’AST en tête, mais dans ce registre typiquement hardcore / punk, l’homme excelle de façon indécente mais jouissive. Oliveri renforce cet aspect juvénile qui semblait nécessaire à ce projet pour le moins énervé.

Cette cuvée estivale de BLOODCLOT est donc particulièrement furibarde comme le démontre le premier titre du disque, éponyme. L’auditeur est pris à la gorge par ce hardcore des rues transpirant le punk de tous ses pores. Là où le premier album de 2008 étonnait par sa recherche de nouveauté stylistique, une sorte de changement dans la continuité, ce second album revient aux fondamentaux de Joseph. Ceux qui ont fait ce qu’il est aujourd’hui, en 2017. Sa ville d’origine, ses fréquentations, ses ressentis et ses souvenirs refont surface d’un coup d’un seul mais avec une seule volonté affichée, celle d’aller de l’avant. Les bases servent un propos résolument tourné vers l’avenir sans chercher à caricaturer le passé. Bien-sûr, les connaisseurs du genre reconnaîtront le style identifiable entre mille du chanteur Joseph. Peut-être même plus vite qu’à l’accoutumée car l’ami John retrouve ici tout le mordant de ses débuts qui, peut-être, pouvait faire un peu défaut sur Burn Babylon Burn. Attention, il n’est pas question de dénigrer ici le travail effectué en 2008, juste de préciser que l’on est fort heureux de retoucher du bout des ongles ce chant si particulier emprunté parfois (souvent ?) à H.R de BAD BRAINS mais auquel il s’est toujours efforcé d’y ajouter sa griffe. Ce disque est heureux car si la rapidité des compositions est à mettre en lumière, il s’agit aussi de souligner l’importance des interventions des acolytes du chanteur, comme sur le sinueux et transportant mid-tempo « Siva / Rudra » sur lequel Todd Youth nous rappelle à son bon souvenir en nous gratifiant d’une performance écrasante. Impossible de ne pas voir bien souvent l’empreinte du géant CRO-MAGS sur des titres comme « Soldiers Of The New Babylon » ou « Kali ». Mais ce serait là bien trop réducteur de ne voir en ce BLOODCLOT nouvelle version qu’un avatar de CRO-MAGS. Quelques touches de mélodies discrètes sont parfaitement à leur place (le refrain et le pont de « Slow Kill Genocide »). Le rythme est soutenu mais difficile de s’ennuyer avec une production aussi dantesque signée Christopher « Zeuss » Harris (HATEBREED, QUEENSRŸCHE, EARTH CRISIS, PRIMAL AGE), l’enregistrement s’étant déroulé quant à lui au NRG Studio de North Hollywood, Californie. En un mot comme en cent, ce disque est rafraîchissant, urgent, renouant avec un passé dont John Joseph n’a vraiment pas à rougir sans pour autant lorgner vers une quelconque nostalgie. Les membres sont là, actuels, volontaires mais avec ce petit supplément d’âme lié à leur parcours personnel et leur signature. Une très belle surprise !

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