ETRANGE « Etrange »

Depuis quelques semaines déjà, il est fort probable que le nom d’ETRANGE soit venu titiller votre esprit, vos yeux ou votre étrier, par le biais de quelques chroniques le plus souvent dithyrambiques ou le partage sur les réseaux sociaux de titres de son premier effort éponyme. En effet, rares sont les auditeurs de la musique d’ETRANGE à être sortis indemnes à l’issue de l’écoute de ce cette première oeuvre façonnée par un groupe français, une hydre à deux têtes parfaitement complémentaires, l’une parisienne, l’autre bordelaise. Difficile en effet de rester insensible à l’écoute de ce premier effort artistiquement triomphal, dont les pistes sont autant de couloirs à choix multiples intemporels et majestueux, que seuls le rêve et le voyage intérieur semblent être en mesure d’en transpercer les mystères. ETRANGE pratique une musique que l’on pourrait qualifier de « metal progressif instrumental » au sein de laquelle s’écoulent un certain nombre de subtilités bienheureuses, telles que des blast beats viscéralement inspirés du black metal, en aucun cas malvenus, ou quelques réminiscences ambiantes de certains artistes aussi progressifs qu’expérimentaux, le premier d’entre eux venant à l’esprit étant probablement LIQUID TENSION EXPERIMENT, dont la musique d’ETRANGE semble être un prolongement spirituel, précision étant apportée au fait que le duo français s’emploie à infuser  une vraie patte artistique inusitée et singulière dans son oeuvre. Tel est là son sceau, sa marque. Cette musique, d’une richesse plantureuse et foisonnante, n’en reste pas moins d’une accessibilité sensationnelle et désarmante d’évidence. Ici, pas de place pour la démonstration puérile ou malvenue, bien que le niveau de  technique pure soit placé sur l’une des marches les plus élevées de l’échelon instrumental. Tout ne respire qu’évolution progressive, évidence ou clarté, fulgurance et acrobaties volubiles retombant invariablement sur ses pattes. A mi-chemin entre les œuvres de Mike Portnoy au sein de son ancien groupe instrumental précité, KING CRIMSON, certaines sonorités du early Jean-Michel Jarre, et un sens maîtrisé de la théâtralité qui impressionne, la musique d’ETRANGE s’appréhende également par certains aspects comme une musique de film, et ce dès les premières notes de l’album. John Williams ou Hans Zimmer, entre autres, ne sont sans doute pas trop loin des influences de nos deux gaillards quant à l’approche souvent grandiloquente de leur œuvre. De même, il y a fort à parier qu’un artiste tel que le compositeur/guitariste Sithu Aye ne traîne pas trop loin ses guêtres en surface de la besace de nos deux amis, l’homme basé à Glasgow, en Ecosse, parvenant lui aussi à délivrer cette fraîcheur instrumentale non redondante par souvent trop balourde et dont bon nombre de congénères s’emploie hélas à surcharger sa musique. Pas de cela ici. Le livret de l’album ne mentionnant aucune trace de batteur à proprement parlé, déduction en découle que les parties rythmiques sont ici programmées, tant et si bien qu’il est à saluer une fois de plus l’immense travail de nos architectes, parvenant à faire oublier l’approche organique de l’instrument pour un rendu frisant malgré tout la perfection auditive, techniquement parlant bien sûr, mais surtout en insufflant à ses parties une chaleur presque « humaine ; un comble pour des machines. ETRANGE frappe donc vraiment très, très fort pour cette première sortie dans l’espace, les sept titres de cet album basé sur l’immensité et la passionnante connaissance interstellaire et son évolution ne pouvant s’écouter que d’une seule traite. Impossible de cisailler cette œuvre aboutie et architecturale sans commettre une énorme faute de goût. En tout état de cause, nous avons ici affaire à l’un des meilleurs albums parus cette année dans sa catégorie, loin devant la concurrence. Le référendum de fin d’année des différents confrères de la presse spécialisée devrait sans aucun doute donner raison à Pré en Bulle. Et même si ce dernier n’en établira probablement jamais, la musique n’étant, selon lui, en aucun cas source de compétition ou de classement mais bien d’émotion et de partage, cette magnifique création originale figurera parmi les plus écoutées de cette cuvée 2019. Magique, intemporel et d’une densité qui impressionne.

Etrange disponible à l’achat physique ou numérique via ce lien

Liste des titres

1 – Exile

2 – Titan

3 – Reloader

4 – Astralis

5 – Nebula

6 – Gateway

7 – Exoplanet

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PARPAING PAPIER « Tester Des Casques »

La ville de Nantes n’abrite pas uniquement la ferveur supportrice des Canaris ou la douceur avinée des Pays de la Loire nommée Muscadet. Au-delà des lieux communs relatifs à la région si chère à André Breton, le chef-lieu du département de la Loire-Atlantique renferme une petite bombe musicale nommée PARPAING PAPIER, un étrange et singulier patronyme reflétant à merveille l’essence de sa musique. Lâché en tout début d’été, ce mini album 5 titres intitulé Tester Des Casques se révèle être d’une fraîcheur salvatrice et une fabuleuse déflagration sonore au milieu d’une scène hexagonale frisant parfois l’auto-plagiat ou la redondance indigeste. Mêlant tour à tour gros rock (très) énervé, aux frontières du hard rock, à des passages nettement plus calmes non dénués de jolies parties plus mélodiques – pour ne pas dire mélancoliques – qu’il vous sera extrêmement difficile d’extirper de votre cervelas jusqu’à la fin de la journée, la musique de l’oxymore nantais affiche un étonnant savoir-faire pour une formation si jeune, l’acte de naissance de PARPAING PAPIER étant horodaté du tout début de l’année en cours. Le plus souvent up-tempo, l’ensemble des chansons tient du petit miracle sonore en partie dû au fait d’une extrême bonne humeur communicative, à la limite de la contagion foudroyante, d’une exécution instrumentale et vocale de premier ordre, de textes élaborés en français, incarnés en mode  « non prise de tête » fleurant bon le positivisme, mais aussi et surtout grâce à des compositions proprement irrésistibles. A ce titre, jetez une oreille attentive au morceau-titre ci-dessous. Impérieux, qu’on vous dit ! Une sucrerie auditive, scénique – si l’on en croit les échos unanimes glanés de-ci de-là – et un EP à vous procurer de toute urgence pour les longues soirées d’hiver. A propos de longueur, 5 titres, c’est bien. 12 titres, c’est mieux. Impatience totale. Ami(e)s du Pré, foncez tête baissée contre le parpaing ; vous ne serez pas déçu(e)s du voyage en pays nantais. Idéal pour un réveillon du nouvel an mémorable.

Tester Des Casques disponible au format digital  via ce lien

Liste des titres

1 – Tester Des Casques

2 – Robinet d’eau Tiède

3 – Premières Neiges

4 – Champions Du Patin

5 – Tempête Je T’aime

Facebook officiel

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CRO-MAGS « 30th anniversary Best Wishes on tour », 30 septembre 2019 – Le Gibus

Petit événement hier soir, 30 septembre, au Gibus parisien. CRO-MAGS, légende vivante du hardcore new-yorkais, y donnait un concert dans la cadre de sa tournée célébrant les 30 ans de son album le plus populaire juste derrière l’ultra référentiel The Age Of Quarrel (1986), l’excellent Best Wishes, galette parue en 1989. Inutile de revenir une énième fois sur le pourquoi du comment le public se trouve face à deux entités « Cro-Mags » et « Cro-Mags JM », les coreux de la scène en savent déjà bien assez. Les autres, moins impliqués, n’y comprendraient de toute façon pas grand chose tant les histoires à rebondissements pullulent entre les deux faces d’une même pièce que sont Harley Flanagan et John Joseph. Puérilité, égocentrisme ou haine viscérale, peu importe. Ce soir, c’est bien le CRO-MAGS du père Flanagan qui nous sort le grand jeu, après deux formations chargées d’ouvrir les débats avec un léger retard sur le running order prévu.

RIXE se donne donc moins d’une demi-heure pour chauffer la salle, laquelle se remplit très correctement et relativement vite dès les premières notes de son set de street punk/oi. Le groupe est en place et extrêmement carré, bénéficiant d’un son on ne peut plus correct. Le trio balance donc ses titres avec une rage non feinte, n’omettant pas de propager une très bonne humeur entre ceux-ci grâce à une décontraction contagieuse et un bonheur d’être présent ce soir. La particularité de RIXE réside dans le fait que l’ensemble des vocaux est intégralement interprété à deux voix, celles du bassiste et du guitariste, renforçant ainsi l’impact sonore de la musique du groupe. Revers de la médaille, l’aspect visuel du trio s’en trouve quelque peu diminué par les deux leaders se retrouvant bien évidemment statiques face à leurs micros respectifs pour assurer les titres, vocalement parlant, si bien que le public peine un peu à entrer dans la danse alors qu’il semble apprécier la musique. Il manque un peu d’« explosivité » visuelle pour parfaire le show et entraîner le public, lequel ne semble attendre que ça. Peut-être un partage des parties chantées entre les deux vocalistes plutôt qu’un rendu à l’unisson rendrait le visuel scénique bien plus éruptif, entraînant par là même un pit davantage tempétueux auquel il ne manquait vraiment pas grand chose pour imploser et rendre justice à cette musique taillée pour la scène. Un bon moment néanmoins pour le public et un groupe paraissant lui aussi très heureux de sa prestation et de sa présence sur l’affiche.

RED DEATH. Pour être honnête, la musique du quintet originaire de Washington, D.C était totalement étrangère à votre serviteur avant leur set. Si bien que la surprise de découvrir un groupe mêlant habilement un hardcore fortement métallisé façon thrashcore a littéralement mis le feu à un pit enfin libéré de ses chaînes. Il faut bien reconnaître que les compositions taillées pour des explosions publiques incontrôlées s’avèrent assez jouissives pour celles et ceux qui ont aimé en leurs temps les déflagrations de NUCLEAR ASSAULT, D.R.I ou plus récemment MUNICIPAL WASTE et TOXIC HOLOCAUST en bien plus teigneux, à ceci près que la musique de RED DEATH plaira davantage aux farouches amateurs du CRO-MAGS période Best Wishes justement plutôt qu’à ceux de The Age Of Quarrel, typiquement hardcore. Avec un batteur absolument infernal, parfait enfant caché de Shane Embury (NAPALM DEATH), Benny Hill et Paul Baloff (ancien vocaliste décédé d’EXODUS), de deux guitaristes d’une belle complicité et d’un bassiste/chanteur totalement impliqué dans l’art de briser des nuques, lui-même parfaitement vindicatif, les 40 minutes du set de RED DEATH passent comme une lettre à la Poste et le public, extrêmement friand de la musique des Américains, semble rassasié de ce thrashcore dévastateur. Mais le meilleur arrive dans les quelques dizaines de minutes qui vont suivre. A revoir néanmoins de toute urgence !

CREDIT PHOTO MRS. SPOOKYBELLA

Un concert de CRO-MAGS version Harley Flanagan reste toujours un grand moment, quoi qu’il puisse s’y passer, le frontman étant toujours aussi imprévisible et captivant après tant d’années. Des années semblant n’avoir aucune prise sur la forme éblouissante autant qu’olympique de Flanagan. Arrivant en terrain conquis avant même que le set ne débute réellement, le frontman lève ses deux basses face à un public l’acclamant et c’est au son de James Brown accompagné de quelques pas de danse de Harley que la terrible intro de « Death Camps » retentit dans un Gibus désormais copieusement garni. Le groupe évolue bien évidemment sous forme de quatuor bien que le fulgurant Rocky George (ex- SUICIDAL TENDENCIES/FISHBONE) soit le grand absent de la tournée européenne. Ceci étant précisé, son remplaçant, Joseph Affe (M.O.D/MAXIMUM PENALTY) s’acquitte d’un travail plus que satisfaisant, sans toutefois faire oublier son illustre alter-ego manquant. Affe s’en tire néanmoins avec les honneurs et gratifie l’audience de quelques envolées guitaristiques bien senties. Monsieur Flanagan est quant à lui fidèle à sa légende. Invitant à plusieurs reprises les « motherfuckers » de l’assistance à former un océan de bras et de jambes dans le pit, et ce dès l’entame du fédérateur « We Gotta Know », judicieusement placé en seconde position du set, l’homme débite ses parties de chant telle une mitraillette, quand bien même il n’est pas toujours face à son micro, lequel étant malmené plus souvent qu’à son tour par les mouvements de foule ou autres stage diving, autant que par Flanagan lui-même, toujours aussi impliqué dans son chant vindicatif et habité. Manifestement gêné par un nez semblant avoir oublié d’être mouché, les premiers rangs en seront pour leurs frais pendant l’ensemble de la prestation de CRO-MAGS, le chanteur ne cessant de tenter des évacuations plus ou moins hasardeuses de celui-ci en de nombreuses reprises. Le set s’articule donc autour de la pépite de hardcore thrashisant de 1989, sans omettre toutefois de placer un extrait de la dernière sortie en date, un 45T intitulé Don’t Give In récemment paru et dont le troisième titre « No One’s Victim » est exécuté ce soir. Sans être totalement révolutionnaire, admettons que le morceau passe très bien sur scène. Deux choses sont d’ailleurs à signaler dans la continuité de ce propos. La première, il n’y guère que ledit 45T qui soit disponible au merchandising de CRO-MAGS. Aucun tee shirt n’est à proposer. Incroyable ! Comment un groupe partant en tournée européenne se voit-il contraint d’annoncer sur scène, tout en s’excusant, l’absence de tee shirts ? Comment arrive-t-on à aussi mal gérer la logistique et la fabrication de son merchandising, fantomatique dès la quatrième date de la tournée ? Sherlock Holmes est sur le coup. La seconde remarque s’inscrivant dans la continuité de la récente parution du 45T est annoncée par Flanagan en milieu de set : un nouvel album est en préparation, si bien qu’une sortie serait envisagée durant la première moitié de 2020. Tiens, prends ça dans les dents John Joseph, son CRO-MAGS « JM » étant d’ailleurs qualifié par Harley Flanagan lui-même, affublé d’un sourire narquois barrant son visage plus qu’expressif, de cover band. Ambiance. Si Best Wishes se taille évidemment une belle part de la setlist de ce soir, difficile de passer outre The Age Of Quarrel, pépite parmi les trésors. Ainsi, « Street Justice », « Life Of My Own », « Show You No Mercy », un « Malfunction » absolument dantesque ou l’inévitable « Hard Times » chargé de clore les débats sont à l’honneur. A signaler l’absence incompréhensible et décevante de « World Peace » et de « Seekers Of The Truth ». Sans doute pour compenser un peu, CRO-MAGS nous sert un « Apocalypse Now » plutôt inattendu, tout droit tiré du Alpha Omega de 1992 dont on aimerait bien entendre un jour le terrifiant « Eyes Of Tomorrow ». Peut-être sera-t-il joué lors de la tournée suivant la sortie du prochain album dont le nom n’a pas été dévoilé ce soir, pas plus que sur les réseaux sociaux.

Un excellent concert de CRO-MAGS, en de nombreux points nettement supérieur au show de CRO-MAGS « JM » vu l’an dernier au Hellfest, pourtant avantageusement assuré par Mackie Jayson aux fûts mais dont la prestation scénique en demi-teinte de Joseph avait laissé un goût de trop peu dans la glotte, même si le bougre en avait encore sous la semelle, vocalement parlant. Si seulement ces deux imbéciles de Flanagan et Joseph parvenaient enfin à refouler une même scène durant 75 minutes, un soir sur deux, le temps d’une tournée mondiale qui serait à n’en point douter un triomphe absolu à tous points de vue, les fans du globe terrestre seraient tellement heureux d’assister à de telles retrouvailles, quand bien même elles ne seraient que scéniques. S’agissant d’un nouvel album commun et du retour de la fibre artistique « real CRO-MAGS », inutile de rêver. Cela n’arrivera sans doute jamais. Quel gâchis ! L’égocentrisme est le pire ennemi de l’artiste. Avec l’argent, cela va sans dire. Vraiment très, très triste.

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ENTOMBED A.D. « Bowels Of Earth »

« Bah ça alors, quel retour ! Qui l’eût cru !? ». A vrai dire, peu de monde. Après bien des atermoiements voyant le groupe de Lars Göran Petrov changer de personnel comme il change de cordes de guitare, sortir des albums plus ou moins bien accueillis par la critique autant que par les fans – notamment ceux de la première heure – allant même jusqu’à modifier son patronyme en ENTOMBED A.D. pour de sombres histoires de droits avec d’anciens membres du groupe, le formation originaire de Stockholm revient en force à grands coups de death metal old school tel qu’il ne l’avait plus pratiqué depuis… Clandestine (1991), un album cultissime ayant fait suite au légendaire Left Hand Path (1990) dont beaucoup se sont grandement inspirés sans jamais parvenir à trouver l’étincelle provoquant l’embrasement magique de ces deux œuvres. Voilà, c’est dit. ENTOMBED A.D. s’apprête à publier l’album que peu de fans de la première heure n’osaient plus imaginer, même dans leurs rêves les plus humides. Après une ribambelle d’albums voyant le groupe explorer son style, triturer ses idées, ralentir la cadence, revenir en catimini à quelques morceaux bien speedés tout en parvenant toujours à innover jusqu’à se réinventer en engendrant un autre style lui étant propre – le death’n’roll, ENTOMBED A.D. a décidé pour cette rentrée 2019 de lâcher les chevaux et de se faire plaisir en revenant à un son sans doute moins rugueux qu’il y a une trentaine d’années mais d’où découle une cascade de riffs tranchants, racés et terriblement efficaces. Petrov et ses amis renouent de fait avec des titres au tempo dépassant quasiment tous la limitation de vitesse, sans toutefois omettre de restituer avec parcimonie ses éléments de langage les plus récents, au milieu de cette débauche de riffs « evil » et à l’ancienne du plus bel effet. Le son global, s’il est largement reconnu comme singulier et identifiable par toutes et tous, reste cependant assez proche des sorties les plus récentes du groupe, malgré une attitude et une volonté rappelant celles de Clandestine. C’est d’ailleurs de cet album que Bowels Of Earth se rapproche sans doute le plus. Détail plutôt cocasse lorsque l’on se souvient qu’il s’agit là du seul et unique album d’ENTOMBED (A.D. ou non) sur lequel Lars Göran Petrov n’a pas posé sa douce voix et qu’aucun membre du groupe de l’époque n’est encore présent au sein de cette mouture revisitée du gang suédois. Alors bien sûr, certains ne manqueront pas de souligner qu’il pourrait s’agir d’un rétropédalage stylistique, à l’instar d’un METALLICA renouant avec certains aspects de ses origines, lui qui a longtemps juré la main sur le cœur que « les morceaux thrash, speed et longs, c’est du passé ». Seulement voilà, ENTOMBED A.D, en précurseur d’un style qui lui est propre, voire de deux, peut se permettre d’aller et venir de l’un à l’autre au gré de ses envies, tout en restant au service de ses propres compositions et sans jamais passer pour un opportuniste. De même que le célèbre groupe de San Fransisco souvent vêtu de noir et dont le nom vient d’être mentionné, la formation suédoise dispose d’un son, de deux styles musicaux complémentaires et d’une attitude géographique suffisamment incarnée, pour se permettre de jouir d’une équivalente liberté. Peu nombreux sont les groupes, tous styles confondus, à prétendre pouvoir effectuer de tels écarts stylistiques. ENTOMBED A.D. ne s’en prive donc pas et c’est heureux, même si l’approche death metal pur prend largement le pas sur le reste de ses ressources artistiques tout au long de ce nouvel et fort réussi album. A noter par ailleurs l’excellent travail du guitariste Nico Elgstrand qui parvient, au-delà de soli le plus souvent époustouflants, à retranscrire les ambiances et atmosphères aussi glauques que sordides des premières réalisations du groupe. Le père Petrov, quant à lui, fait le job comme à son habitude, s’adaptant à merveille à l’ensemble de ces « nouveaux titres  à l’ancienne » ainsi qu’il l’a toujours fait, avec conviction et savoir-faire. Le bond dans le temps est par moment vraiment tangible, si bien qu’au-delà de la musique elle-même, il est offert aux plus anciens adeptes du groupe – voire du genre – de revivre tout un pan de leur jeunesse en l’espace de 10 titres « 100% pure old school swedish death metal ». ENTOMBED A.D., une cure de jouvence ? Dans le fond, pourquoi pas. Même si les plus sceptiques trouveront sans doute de quoi crier au sabotage et à la trahison d’un groupe poursuivant malgré les embûches et autres peaux de banane son petit bonhomme de chemin, tout en sachant de quelle manière s’y prendre pour se faire plaisir et par là même, faire plaisir aux plus nombreux, y compris les plus récalcitrants. Du moins, espérons-le. Ne boudons pas notre plaisir. Carpe diem.

Bowels Of Earth disponible dès le 30 août 2019 via ce lien

Liste des titres

1 – Torment Remains

2 – Eliminate

3 – Hell Is My Home

4 – Bowels Of Earth

5 – Bourbon Nightmare

6 – Fit For A King

7 – Worlds Apart

8 – Through The Eyes Of The Gods

9 – I’ll Never Get Out This World Alive

10 – To Eternal Night

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On stage with… XAVIER, vocaliste de MALEMORT

CREDIT PHOTO « PICS ‘N’ HEAVY »

MALEMORT, auteur d’un somptueux second album intitulé Ball Trap (2016), est sans doute le groupe français qui monte exponentiellement ces dernières années, sur  disque autant que sur les planches. Un potentiel scénique énorme ayant poussé les organisateurs du HELLFEST à confier l’ouverture de l’édition 2018 du festival de Clisson au groupe de Xavier, chanteur de son état, sur l’une des Mainstages de surcroît. Une opportunité gravée dans la mémoire collective, mais aussi et surtout sur un album live paru en exclusivité ce mois-ci en complément du numéro estival anniversaire des confrères de ROCK HARD. L’occasion de revenir sur le rapport intime qu’entretient Xavier avec la scène, son histoire personnelle liée à celle-ci, ou bien encore les habitudes que sont les siennes autour de son terrain de jeu. Sans omettre quelques réflexions quant à cet incroyable événement  lié au Hellfest l’an passé.

Te souviens-tu de la première fois où tu t’es retrouvé face à une scène, que ce soit lors d’un concert, d’une pièce de théâtre ou lors d’un tout autre événement ? Ou peut-être un souvenir de spectacle de fin d’année étant enfant ?

Je m’en souviendrai toute ma vie. Il s’agissait du Messie (Ndr : oeuvre composée en 1741) de Georg Friedrich Haendel, dans la Cathédrale Notre-Dame de Senlis. Je devais avoir 7 ans. Ma mère en était choriste. Dans l’obscurité du lieu Sacré, j’ai ressenti toute la puissance que peut dégager la musique.

Penses-tu que ce moment face à la scène ce jour-là t’a donné inconsciemment envie d’y bondir et de t’emparer d’un micro ? Ou est-ce venu bien plus tard ?

Absolument pas ! Bien trop hors de portée. Pendant longtemps, ça ne m’a absolument pas effleuré. Il a fallu le miracle du début des 90’s et de l’adolescence, de même que les vhs visionnées avec les potes au prix de cours séchés et la fascinante complémentarité scénique des Guns N’Roses, la puissance de Metallica – le Live Shit (1993), notamment le concert de Seattle sur la tournée … And Justice For All (1988) qui a beaucoup tourné – la maestria de Steven Tyler (AEROSMITH) ou bien encore l’impériale présence scénique de Bruce Dickinson (IRON MAIDEN).

Enfant, étais-tu d’un naturel timide, réservé ou plutôt éloquent et désinhibé ?

J’ai assez vite aimé la discussion, la confrontation des points de vue, mais de là à se mettre en scène, à attirer les regards, il y a un pas que je ne franchissais qu’occasionnellement.

As-tu le souvenir de ta première scène en tant qu’artiste ?

Curieusement, j’ai fait beaucoup de scène, relativement jeune d’ailleurs, car je suivais un cursus scolaire particulier incluant une grosse formation musicale au conservatoire, mais sans ressentir le vrai grand frisson. J’appréciais la puissance ressentie au sein d’un orchestre symphonique, ou la prise de risque que représente une formation plus restreinte comme le quatuor, mais pas de vocation en vue.

Avec le recul, vois-tu la scène comme une évidence pour ton équilibre physique, mental et moral ? Certains artistes y voient comme une sorte de thérapie, d’introspection. Pierre Desproges en parlait même, dans un de ses sketchs, comme d’une thérapie de groupe, même si c’était déclamé sur le ton de l’humour.

Je ne pense pas que dans mon cas je parlerais d’équilibre. Je cherche même plutôt le lâcher prise, la perte de repère, et donc une forme de déséquilibre. Le concert doit permettre d’ouvrir une faille afin de te conduire au-delà du raisonnable, du quotidien. Et c’est ce pas de côté qui fera aussi voyager ton public.

Je crois savoir que tu es professeur de Lettres dans le « civil ». Transmettre son savoir est sans doute le plus beau métier du monde. Peux-tu dresser un parallèle entre cet « exercice scénique » quotidien – ou presque, selon ton emploi du temps ! – et ton rôle de frontman sur scène au sein de MALEMORT ? Y a-t-il des similitudes entre ces deux exercices, même à des degrés différents ?

Il y a effectivement de larges parallèles à tracer. Un bon professeur est un frontman. Il va chercher l’attention jusqu’au fond de la classe, la capte et ne relâche la pression que pour mieux rebondir et rythmer la séance. Son autorité est reconnue car chacun sent qu’il sait où il veut vous emmener. Et bien sûr, il sait théâtraliser son attitude, tout en exprimant une grande sincérité ! Mes deux métiers me donnent parfois l’impression de n’en former qu’un seul. Dans les deux cas, tu es en première ligne, tu fais le show et tu crois totalement en ta mission.

MALEMORT a eu l’opportunité d’ouvrir l’édition 2018 du Hellfest sur la Mainstage. J’imagine aisément que ce fut un moment très, très spécial pour toi, comme pour le groupe. Comment as-tu appréhendé ce show exceptionnel ? De quelle manière le groupe – et toi en particulier – a-t-il préparé cet événement si intense ?

Cet événement est effectivement capital pour tout groupe qui le vit, pour la bonne raison que le Hellfest est le plus beau festival metal du monde. C’est quasiment un lieu de pèlerinage. Jouer là bas, notamment pour un groupe français, c’est recevoir la médaille du travail ! Et cet instant de reconnaissance est d’autant plus important lorsque tu connais les conditions de vie d’un groupe indépendant de metal en France. Avec MALEMORT, nous avons décidé de préparer ce show comme une performance. Nous avons combiné préparation au millimètre en salle de répétition et lors de différents concerts pour la vibration. La seule chose à laquelle nous ne pouvions nous entraîner, c’était l’occupation d’une scène aussi vaste que la Mainstage. Nous aimons remuer, mais nous le faisons souvent sur des espaces très restreints. Certains excellents groupes de club semblent parfois moins efficaces sur des grandes scènes. A mon grand soulagement, nous nous sommes tout de suite sentis à l’aise sur cette grande plaine et nous avons même pris plaisir à la fouler de long en large, nos réflexes habituels de scène fonctionnant finalement très bien à plus grande échelle.

CREDIT PHOTO « PICS ‘N’HEAVY »

Pour rester dans une métaphore scolaire, ton taux d’adrénaline en ce jour de juin 2018 était-il aussi élevé que celui qui est le tien lors d’une rentrée des classes ?

Oh, je suis un vieux briscard, j’ai fait un paquet de rentrées, et à vrai dire, j’aime cette petite montée d’adrénaline. Il en est de même pour la scène. La seule chose qui m’angoisse est la peur de ne pas être en voix. Mais derrière la scène de la Mainstage, une fois que j’ai su que le public était massivement au rendez-vous malgré l’horaire matinal, j’ai senti que nous allions faire un beau concert.

Sans trahir un secret inavouable, as-tu une préparation spécifique avant de monter sur scène ? Des habitudes à ne jamais changer ? Es-tu superstitieux ? As-tu un porte-bonheur ? Es-tu plutôt décontracté ou extrêmement tendu et concentré ?

J’ajuste ma cravate, mes bretelles et je me retrouve dans ma tenue de super-héros frenchie  ! Isolation du monde extérieur grâce à mes in-ear vissés dans les oreilles, chewing-gum mâché à m’en décrocher la mâchoire, un coup d’œil sur le public, un autre sur la setlist, et je bascule…

A part le fait de te souvenir des paroles, à quoi penses-tu sur scène ?

Tu ne crois pas si bien dire ! C’est le pépin qui m’arrive le plus souvent ! Au théâtre, je serais catastrophique… Et comme je chante en français, baragouiner du yaourt est assez vite détectable ! Certaines personnes vivent assez fortement les textes de MALEMORT, et je me dois de ne pas casser leur voyage, même si en réalité, en concert, c’est parfois assez imbitable ! Sur scène, toute mon attention va au public et à l’énergie que je peux lui envoyer. Je fais volontairement abstraction du reste.

Dirais-tu que tu es dans un état second lors d’un concert ?

Une part de moi reste parfaitement consciente, analytique, mais au fil des ans, je suis parvenu à la réduire au tiers, ce qui me paraît un bon ratio. Je contrains l’autre part à la déraison, à la transe.

Y-a-t-il des améliorations qui te semblent nécessaires d’apporter s’agissant de tes prestations scéniques ?

Oh, bien sûr, je suis probablement mon juge le plus sévère, et dans MALEMORT, nous visionnons régulièrement nos concerts pour retravailler ce qui nous paraît mauvais ou perfectible. Un concert est un show, et pas seulement une représentation musicale. Mais ne compte pas sur moi pour t’indiquer les défauts de cuirasse ! Les musiciens sont des soldats, et ils doivent aussi savoir se protéger…

Comment entretiens-tu ta voix ? La travailles-tu régulièrement pour la garder au maximum de ses capacités sur scène ?

Ma voix est à l’opposé de ce dont j’ai toujours rêvé et elle est limitée. Je me suis rêvé en Axl Rose ou en Bruce Dickinson, et je me fais quasiment l’effet d’un Gainsbourg. Attention, j’admire tout le premier versant de l’oeuvre de ce génie. Nous portons tous notre croix ! Mais en même temps, elle dit assez fidèlement qui je suis. Je chante très régulièrement, je m’échauffe avant de monter sur scène, mais à vrai dire, ma voix est aussi têtue que moi, elle fait comme bon lui semble !

Si tu en avais la possibilité, que penserais-tu de Xavier, chanteur du groupe MALEMORT, en le voyant sur les planches tandis que tu serais au milieu du public ? Qu’aurais-tu envie de lui dire ?

Le p’tit gars envoie le pâté comme si sa vie en dépendait, il aime les gens qui sont devant lui, et c’est tout ce qui compte.

Comment gères-tu les imprévus techniques pouvant hélas parfois arriver lors d’un concert ? As-tu un souvenir douloureux ou savoureux à nous conter ?

Depuis que j’ai vu une année au Hellfest le frontman de AIRBOURNE meubler une coupure générale de courant en communiquant avec le public par gestes pendant dix minutes, je considère que peu de choses peuvent nous empêcher de donner un concert. Le public a fait des bornes pour te voir, il n’a pas à pâtir de problèmes secondaires. Les chutes, les vomis en bord de scène, les coups de jus, ça fait partie des inconvénients du métier !

Quelle actualité pour MALEMORT ? Quels projets dans un futur à plus ou moins long terme ?

Nous travaillons maintenant à la composition du troisième album, qui sera assurément audacieux.

Merci infiniment Xavier de t’être prêté à cet exercice. Bon vent à toi et  bonne route à MALEMORT !

Merci à toi pour cette sortie des sentiers battus.

Ball Trap toujours disponible à l’achat numérique ou physique via ce lien

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EXPLICIT SILENCE « False Supremacy »

Après plus de vingt ans d’existence et autant d’expérience, EXPLICIT SILENCE est récemment revenu se rappeler à notre bon souvenir en publiant son quatrième album, False Supremacy. Quatre albums en 20 ans, cela peut paraître relativement peu mais le groupe sait se faire désirer et semble ne jamais décevoir le public, progressant toujours davantage au fur et à mesure des sorties successives de ses disques. EXPLICIT SILENCE délivre ici son album le plus abouti, False Supremacy se voulant être un condensé de deux décennies de tournées intensives et de travail acharné. Evolution notable, le line-up s’est enrichi d’un nouveau guitariste et d’un nouveau vocaliste en la personne de Paul. Ce dernier semble s’être fondu dans son nouveau groupe de fort belle manière, imprimant de son style les morceaux d’une durée globalement assez courte, seul le morceau-titre dépassant les trois minutes. Petit bémol cependant. Si Paul délivre une performance assez bluffante, toute en puissance et non dénuée de conviction, le vocaliste semble privilégier une approche assez uniforme de son travail, si bien que l’on se retrouve assez rapidement avec un chant guttural presque monocorde tandis que davantage de modulation renforcerait sans doute l’impact de ses prouesses vocales par ailleurs remarquables. Le hardcore extrêmement brutal et teinté de metal pratiqué par EXPLICIT SILENCE évoque tour à tour des formations telles que HATEBREED, CATARACT, TERROR, FULL BLOWN CHAOS ou bien encore STAMPIN’ GROUND pour cet aspect metallique prononcé s’agissant de certains riffs exécutés par Bruce et Pierre, les deux guitaristes. L’ombre du géant SLAYER n’est sans doute pas trop loin non plus, en témoigne cette introduction toute en lourdeur et montée progressive que n’aurait pas renié la paire Hanneman/King. Si puissance et brutalité sont les maîtres-mots de cette nouvelle livraison, l’enregistrement confié à Guillaume Doussaud au Swan Sound Studio, situé en Normandie, accorde une place de choix au son de basse assez phénoménal de Devy. D’autant que le mastering effectué par Clément Decrock au nordiste Boss Hog Studio offre un écrin de velours aussi percussif que raffiné à la musique pourtant brutale et rageuse du combo. Il est par ailleurs à noter la présence pour un featuring de l’ancien chanteur du groupe, Goffer, sur un titre (« Endless Fight »), ainsi que celle du légendaire Gary Meskil des mythiques CRUMBSUCKERS et actuel PRO-PAIN, lui aussi le temps d’un titre, « What Defines Me ». Du bien bel ouvrage que ces huit morceaux furieux dont il est bien difficile de rester stoïque face à tant d’efficacité et de punch. Il est d’ailleurs fortement conseillé de faire le déplacement si d’aventure EXPLICIT SILENCE se produit aux abords de votre ville. La descente d’organes est sans l’ombre d’un doute assurée. Tempétueux.

False Supremacy disponible à l’achat via ce lien

Facebook Officiel

Liste des titres

1 – Intro

2 – My Own Path

3 – Endless Fight ( Featuring Goffer)

4 – What Defines Me ( Featuring Gary Meskil)

5 – Unwavering Will

6 – False Supremacy

7 – MCMG

8 – Scared Of The Unknown

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FOR THE SIN « Sweet Suffering »

Récemment formé à Marseille, FOR THE SIN soumet au public son premier EP Sweet Suffering, disponible aux formats physiques et numériques depuis quelques mois. Evoluant dans un hardcore foncièrement beatdown, le combo de la cité phocéenne arrive à point nommé pour enfoncer des portes à grands coups de moulinets. Après quelques évolutions de line-up, FOR THE SIN semble être parvenu à consolider ce dernier et ainsi renforcer son impact sonore, impressionnant de maîtrise et de brutalité plus ou moins contenue. Une cohésion d’où découle ce hardcore ultra lourd, tout en disparités et contrecoups. Après une introduction des plus angoissantes, FOR THE SIN impose sa conception de ce que se doit d’être le beatdown ; un mélange massif aux saveurs saccadées duquel ressortent quelques accélérations propices au pétage de câble pour qui se trouve au milieu du pit. Accélérations dont les riffs ne sont d’ailleurs pas se rappeler certains groupes de thrash metal parmi les plus « evil ». Toutefois, les maîtres-mots de cet EP restent « pachydermique », « abrupte » et « âpre ». Sur une production mettant en valeur la férocité de la voix de Loud, dont l’approche parfois ultra caverneuse n’est pas sans rappeler celle d’un Frank Mullen (SUFFOCATION) accouplée à la voix du Chris Barnes des grands jours – comprenez par-là, de l’époque CANNIBAL CORPSE, voire à celle d’Anthony Lucero (CULT LEADER), même si le propos musical global n’a que peu de rapports avec la formation de Salt Lake City, FOR THE SIN catapulte des torpilles qui font extrêmement mal. Difficile également de passer sous silence ces petites modulation vocales typiquement beatdown, en plus des growls inhumains précités, sans lesquelles rien ne serait possible. Une des réussites de cet EP, sans l’ombre d’un doute. Les titres défilent à vive allure de par leur courte durée et la cohérence se dégageant de l’ensemble permet à l’auditeur d’en prendre plein les oreilles sans avoir le temps de s’ennuyer. On pense parfois à IRATE, notamment sur un « Run » très éloquent en la matière, autant qu’à COLD HARD TRUTH, même si FOR THE SIN renforce davantage encore sa lourdeur que ses petits camarades de jeu. SHATTERED REALM n’est sans doute pas très loin non plus s’agissant de la structure des titres. La production globale du EP laisse comme une traînée d’écrasement et d’étouffement, tant et si bien qu’au sortir de l’écoute de ces 6 titres, on ne se sent que lessivé par tant de brutalité musicale et de gifles contrôlées. Pas ou peu de temps morts, si ce n’est une introduction à peine plus délicate à l’orée du dernier titre, « Voracious Night », avant que le labourage de crâne ne reprennent son travail de boucherie auditive, à grand renfort de double pédale et de montée en puissance. Très bon début pour un groupe plus que prometteur dont on attend de pied ferme la parution d’un album longue durée. Colérique à souhait.

Sweet Suffering disponible à l’achat physique ou numérique via ce lien

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Liste des titres

1 – Here We Are

2 – Infinite

3 – Run

4 – Pain

5 – Death Rains

6 – Voracious Night

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HOOKS & BONES « (Presenting) The Hook »

Attention, petite bombe à fragmentation musicale. HOOKS & BONES est décidé à frapper un grand coup avec son premier EP intitulé (Presenting) The Hook, après une démo parue au début de l’année 2018. L’aventure de ces quatre Rouennais, c’est avant tout l’histoire d’une très belle amitié perdurant depuis presque deux décennies autour d’une passion commune de laquelle a naturellement découlé l’envie de fonder un groupe autour d’un postulat de départ fort simple et inspiré, celui de proposer un hardcore véloce, extrêmement accrocheur, le temps de titres dont la durée moyenne n’excède que rarement les deux minutes chrono. Autant avouer d’emblée que cela va très vite, que cela frappe très fort et que la percussion auditive est de l’ordre d’un bulldozer dans une verrerie. Ceci dit, malgré cette débauche d’énergie hallucinatoire, HOOKS & BONES parvient à tirer son épingle du jeu au milieu de ce pugilat sonore digne d’une cours de récréation après la cantoche, au moyen de plans bigrement bien ficelés, de parties de guitare proposant quelques surprises bien senties – on y trouve même de courts soli tombés comme un cheveux sur la soupe, sans qu’à aucun moment cela ne paraisse incongru – ainsi qu’une sacrée bonne dose de plans mélodiques cohabitant avec des mosh parts taillés pour casser des bouches et des blast beats foudroyants, entremêlés de sing along musclés, assez punk dans l’esprit. On en vient presque à se demander comment tout ceci reste cohérent. Cependant, le résultat est là et force est de constater que les cinq titres proposés (comprenant une intro à décorner les taureaux) restent d’une homogénéité limpide et d’une redoutable efficacité. Bénéficiant de plus d’une production qui lui sied à merveille, HOOKS & BONES affiche sans complexe aucun sa volonté de proposer sa vision du hardcore, légèrement teinté de metal, celui qui ne se prend pas forcément toujours au sérieux mais dont l’élaboration artistique rigoureuse et authentique ne laisse planer aucun doute quant à la viscérale envie de proposer une musique de qualité plus que supérieure. Nous attendons donc impatiemment un album longue durée – tout est relatif ! – aussi sereinement qu’un lapin pris dans les phares d’une Maserati attendant son heure. Vraiment très frais et réjouissant.

(Presenting) The Hook disponible à l’achat numérique via ce lien

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Liste des titres

1 – Intro/Play In Vain

2 – SD 9.3

3 – Postman On Fire

4 – Bucks & Bullets

5 – M.O.A.B (Mother Of All Bombs)

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