TERRORIZER @ Le Backstage, 22 janvier 2019

Quelques centimètres de neige, un bulletin météo des plus alarmants et un ciel menaçant, voilà de quoi rendre les routes totalement abandonnées par les automobilistes timorés, si bien qu’il ne me faut pas plus d’une heure pour rejoindre la salle du Backstage, aux pieds du Moulin Rouge à Paris. Un record absolu pour qui pratique les autoroutes d’Île de France aux heures de pointe. TERRORIZER est ce soir sur Paname accompagné des Californiens de SKELETAL REMAINS ainsi que du groupe londonien DE PROFUNDIS. En d’autres termes, amateurs de brocante, de tchaï et de biscuits bio, passez votre chemin. Ce soir, c’est du gras et de la viande qui sont affichés sur le menu.

C’est dans une salle encore bien clairsemée que DE PROFUNDIS prend possession de la scène bien réduite du Backstage, d’autant qu’elle se trouve considérablement rabotée par le kit de batterie de la star de la soirée. Le groupe britannique propose un death metal frisant parfois le black tout en restant très abordable pour celui qui ne se sait pas forcément attiré par ce style. Forts d’un excellent dernier album paru l’an dernier, The Blinding Light Of Faith,  les Londoniens ne font pas de quartier et assènent un sérieux coup de matraque entre les oreilles des spectateurs déjà présents, la salle se voyant remplir au fur et à mesure de la prestation. Mention spéciale au bassiste Arran McSporran qui délivre une prestation ébouriffante, muni d’une fretless six cordes lui conférant un son véritablement délicieux, n’étant pas sans rappeler celui d’un Steve DiGiogio (TESTAMENT/SADUS/DEATH/AUTOPSY) du temps de Individual Throught Patterns (1993) de DEATH. Un bonbon au miel ! Jolie entrée en matière avec DE PROFUNDIS qui ne laisse que peu de temps mort entre les titres et qui achève ses 40 minutes de prestation sous les applaudissements nourris de l’assistance, elle qui fonce désormais vers le stand de merchandising ou le bar-fumoir jouxtant la salle. A noter la présence d’un Pete Sandoval (TERRORIZER) au premier rang, emmitouflé sous son bonnet, le temps de quelques minutes pour profiter (et participer activement à grands coups de air drumming) à la prestation des Anglais jusqu’à ce qu’un jeune importun viennent lui parler dans le creux de l’oreille, probablement en mode groupie, le faisant fuir quasi instantanément. Pas grave, on attend fébrilement l’arrivée des Américains de SKELETAL REMAINS pour un set qui va afficher un autre visage que celui des Britanniques. D’abord parce que le groupe est un trio, tandis que DE PROFUNDIS est un quintet, ce qui laisse plus de place sur scène. Ensuite parce que l’attitude du groupe est bien différente de celle bien plus austère de ses prédécesseurs. Le trio californien est là pour balancer la purée en prenant du bon temps, sourire aux lèvres entre les titres, verres à la main et trinquant avec le public, notamment les premiers rangs. Une bonne humeur communicative qui n’enlève absolument rien à la violence de leur death metal absolument ravageur. On est jovial et de bonne humeur mais dès que la musique reprend ses droits, on n’est pas là pour enfiler des perles. Après trois albums très bien accueillis par la critique autant que par le public, le groupe fait montre d’un savoir-faire certain pour débourrer des betteraves, lui dont la musique ne repose pas uniquement sur la vitesse supersonique mais alterne habilement entre lourdeur à la OBITUARY – la voix du guitariste/chanteur Chris Monroy n’étant d’ailleurs pas sans rappeler quelque peu l’organe inhumain de John Tardy accouplé à celui de Martin van Drunen (ASPHYX/PESTILENCE) – et des vitesses raisonnables pour un résultat forcément destructeur, satisfaisant l’ensemble du public d’une salle désormais très correctement jaugée. En témoignent l’accueil reçu et l’appréciation fortement applaudie en fin de set pour SKELETAL REMAINS dont la prestation a elle aussi été suivie de près par Sandoval, maintenant sans son bonnet mais en tenue de combat, balles de musculation aux mains. Un très bon set.

CREDIT PHOTO SERGIO ZULUAGA

Dire que le concert de TERRORIZER était attendu relève d’un euphémisme le plus doux. Après une prestation vraiment décevante au HELLFEST en 2016, qui avait vu un trio – le même que ce soir – scéniquement bien fébrile doublé d’un son catastrophique en façade, les pires craintes étaient légitimement ancrées au fond de la tête. TERRORIZER ne semblait plus être que l’ombre de lui-même, jouant sur la nostalgie la moins reluisante. Lui dont l’ultra référentiel World Downfall (1989) a suscité tant de vocation chez les batteurs en herbe, subjugués par la dextérité de Pete « Commando » Sandoval, les riffs proprement hallucinants exécutés par feu Jesse Pintado habillant des compositions venues de nulle part, ressemblait alors davantage à une bête traquée dont on sentait la fin toute proche. Après un Darker Days Ahead (2006) vraiment pas terrible, suivi six ans plus tard d’un Hordes Of Zombies qui lui non plus ne restera pas dans les annales, c’est surtout un récurent problème de line-up qui pénalisera le groupe dont le seul membre originel reste le batteur susnommé. Des problèmes de santé obligeant ce dernier à se tenir éloigné de son instrument enfonçaient l’ultime clou du cercueil TERRORIZER. Seulement voilà, le groupe est revenu des pompes funèbres en signifiant énergiquement qu’il n’était pas question pour lui de monter dans le corbillard. Et pour se faire bien comprendre, il est retourné en studio et a publié au cours du quatrième trimestre 2018 un excellent dernier album, le surpuissant Caustic Attack. Une inspiration retrouvée, un son à décorner les taureaux et la niaque des beaux jours, voilà de quoi attendre impatiemment l’arrivée du groupe sur scène. Première surprise, c’est au son du fabuleux « Need To Live » que le combo entame son set en lieu et place de « After World Obliteration », traditionnellement exécuté en ouverture. Le son est surpuissant, clair (!) et déjà Pete Sandoval impressionne par la vélocité des roulements qui ont tant fait sa renommée. Incroyable de voir ce petit bonhomme déployer une énergie aussi dévastatrice. Bien sûr, la batterie est triggée à mort mais le rendu visuel se suffit à lui-même. Il est un batteur « à l’ancienne », un cogneur, un vrai. Nombre de batteurs de death metal ou grindcore actuels seraient bien inspirés de prendre exemple sur un musicien de la trempe de Sandoval – d’un Dave Lombardo ou d’un Gene Hoglan dans d’autres registres. La vitesse surréelle est une chose, l’intention mise dans la frappe en est une autre. Il n’est pas nécessaire de « passer des plans » absolument terrifiants de difficulté, encore faut-il être capable d’appuyer ses frappes, d’être créatif ou de faire chanter les cymbales. Trigger sa batterie ne devrait être qu’un moyen d’obtenir un son homogène pour un rendu décent, pas une nécessité absolue. Ce sont les membres inférieurs et supérieurs conjointement liés au cerveau qui font un vrai bon batteur, pas les capteurs astucieusement placés çà et là autour d’un kit. TERRORIZER se « débarrasse » d’entrée de jeu de son encombrant avant-dernier album en dégainant, dans la foulée de « Need To Live », « State Of Mind » et « Hordes Of Zombies ». De Darker Days Ahead, seul l’efficace « Crematorium » sera sauvé. Ce titre sera également joué en tout début de set comme pour pouvoir enfin se consacrer à l’essentiel. Le public ne s’y trompe pas puisqu’il réserve à la suite de ce dernier titre une ovation délirante à l’entame de « After World Obliteration ». Et là attention ! Ce ne sont rien de moins que les six premiers titres de World Downfall qui sont alignés, dans l’ordre et jusqu’à « Strategic Warheads ». Le bonheur presque total. Sans doute suis-je un brin pointilleux mais il apparaît que le jeu de guitare de Lee Harrison, par ailleurs batteur de MONSTROSITY, semble un brin automatique. En effet, si l’homme s’en sort extrêmement bien sur les parties les plus grind et les plus techniques, les riffs plus punk sont exécutés de manière un poil trop propre, presque trop mécanique. C’en est particulièrement flagrant sur un morceau tel que « Corporation Pull-In » réclamant un feeling nettement plus punky dans l’esprit. Rien de grave en soi, juste une (très) légère frustration. Pour le reste, c’est du tout bon. C’en est même absolument jouissif ! En tout, pas moins de treize des seize titres que compte le cultissime premier album de TERRORIZER seront joués, contre cinq seulement du dernier album. Une setlist absolument incendiaire qui ravira le public décidément à fond derrière le « Commando » Sandoval, sollicitant le batteur plus souvent qu’à son tour, tandis que le bassiste/chanteur Sam Molina, également membre (honoraire) de MONSTROSITY à ses heures perdues, n’est pas en reste. Le garçon s’en sort avec plus que les honneurs, tant vocalement qu’en termes de présence, n’hésitant pas à haranguer la foule tout en secouant sa longue tignasse lorsqu’il n’est pas occupé à beugler derrière le micro. Un final apocalyptique voyant « Dead Shall Rise » suivi du morceau-titre « World Downfall » et c’est déjà la fin d’un show dantesque et savoureux à plus d’un titre. Monsieur Sandoval prend le temps de saluer ses fans en distribuant quelques baguettes tandis que la salle se vide tranquillement.

CREDIT PHOTO SERGIO ZULUAGA

Une soirée vraiment très, très appréciable qui remet certaines pendules à l’heure. Après des années d’errance en tout genre, TERRORIZER semble être revenu à un niveau d’excellence, reprenant la place de cador du grindcore old school qu’il n’aurait jamais dû quitter. Un vrai bain de jouvence que cette soirée au Backstage parisien. Garmonbozia a encore frappé très fort en programmant cette soirée infernale. Grâce lui en soit rendue.

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MONOLYTH, les (18) marches de la gloire

PHOTO ALBAN JIMENEZ

Il est de ces rencontres dont on souhaiterait qu’elles se prolongent davantage mais dont la durée impartie nous est malheureusement comptée. Pas que l’interlocuteur soit pressé que la discussion se solde par un arrêt brutal mais plutôt par une préparation d’entrevue bien trop maigre au regard des réponses avancées, de la spontanéité d’un discours fleuri ajouté à une extraordinaire gentillesse des membres d’un groupe sentant bon l’amour de l’art créé et pratiqué. MONOLYTH, puisque c’est de lui qu’il s’agit, regorge d’un potentiel musical et scénique enviable tout en avançant à pas de géant vers une renommée nationale et européenne, lui qui dispose d’une fan base extrêmement solide si l’on en juge par l’accueil fait à son dernier album  » A Bitter End / A Brave New World » et la réputation grandissante dont jouissent ses membres. Rendez-vous était donc pris le 14 décembre dernier aux 18 Marches de Moissy-Cramayel, petite salle des plus agréables, nichée au cœur de la Seine et Marne, pour un échange bien appréciable avec un groupe soudé, bourré d’auto-dérision mais fortement impliqué dès lors qu’il s’agit de créer et de présenter sa musique dans des messages scéniques orbi et urbi ou enregistrés sur galette (la chronique de la dernière sortie de MONOLYTH est toujours à consulter par ICI). Rencontre avec un groupe absolument délicieux, disposant d’un album solide et bienheureux. Continuer la lecture de MONOLYTH, les (18) marches de la gloire

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BILLYBIO « Feed The Fire »

La Bérézina dans laquelle semble s’empêtrer BIOHAZARD depuis maintenant trois ans et la fin de la tournée promotionnelle de l’album Reborn In Defiance (2014) ajoutée au flop relatif de l’album éponyme de POWERFLO paru l’an dernier – lequel voyait s’agiter en son sein, outre Billy Graziadei, des membres de CYPRESS HILL, FEAR FACTORY et DOWNSET – ont poussé l’ami Billy à se faire un petit plaisir solitaire le temps d’un album, accompagné de quelques dates, notamment en compagnie de ses vieux camarades de LIFE OF AGONY. Baptisé BILLYBIO, comme pour rappeler le public à son bon souvenir, le projet part d’un postulat relativement simple : faire un album sans avis extérieur intempestif, composé par ses soins et lorgnant davantage vers un hardcore rapide et racé comme a pu le faire en son temps le groupe que le monsieur a fondé avec Danny Schuler, Evan Seinfeld et Bobby Hambel, notamment à ses tout débuts.  Continuer la lecture de BILLYBIO « Feed The Fire »

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JAY AND THE COOKS « Up The Mississippi »

La vie de Jay Ryan ressemble à celle d’un baroudeur au visage pâle trimbalant son instrument et son insatiable appétit au cœur du pays de l’Oncle Sam, voyant notre homme découvrir un monde et ses paradoxes au long cours. Jay est un infatigable troubadour, instable, curieux de tout et surtout du reste, ayant démarré son périple dans les sixties dans les rues de Chicago, au milieu desquelles lui et son marching band arpentent sans relâche celles-ci, trop heureux d’avoir sans doute enfin trouver botte à son pied. Continuer la lecture de JAY AND THE COOKS « Up The Mississippi »

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ISSOUDUN REGGAE TEMPLE 19, 20 et 21 octobre 2018 à Issoudun (36)

L’automne voit les feuilles des arbres succomber aux gelures matinales, emportées par le tarissement de la sève irriguée au travers de leurs branches respectives et par ce vent bien malicieux, tournoyant jour après jour davantage au rythme solaire raccourci de nos montres à aiguilles. Malgré tout, en plein cœur du Berry, une commune résiste encore et toujours à l’envahissante et inexorable épreuve du temps maussade. Issoudun – puisque c’est de cette commune qu’il s’agit, parvient à elle seule à conserver un joli brin de soleil, une envie irrépressible et mutuelle de se tenir chaud, tout en prenant soin de la verdure ambiante. Continuer la lecture de ISSOUDUN REGGAE TEMPLE 19, 20 et 21 octobre 2018 à Issoudun (36)

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SICK OF IT ALL «Wake The Sleeping Dragon !»

SICK OF IT ALL ou la folle histoire du hardcore moderne. La dimension historique autant qu’artistique qu’imposent ces quatre petits mots accolés les uns aux autres dicte à celles et ceux qui en ont foi un immense respect et une reconnaissance de tous les instants. Combien de formations dites de l’âge d’or du hardcore – entendez par-là « de la deuxième moitié des années 80 » – peuvent-elles encore se targuer de présenter humblement un aussi joli minois, à un tel niveau de notoriété, face au public exigeant de la scène, tel le leader incontesté et incontestable du théâtre new yorkais qu’il demeure ? Continuer la lecture de SICK OF IT ALL «Wake The Sleeping Dragon !»

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ABDUCTION Guillaume Fleury fait son introspec-view (2/2)

PHOTO PAULINE ROYO

Seconde et dernière partie de notre entretien avec Guillaume Fleury, guitariste et principal compositeur de la musique d’ABDUCTION, qui s’est de bonne grâce prêté à la première « introspec-view » de Pré en Bulle. Un immense merci à lui.

Guillaume, tout d’abord merci d’essuyer les plâtres de cette nouvelle formule d’interview, l’introspec-view. Peux-tu, dans un premier temps, nous dire d’où tu viens, dans quel environnement tu as grandi ?

J’ai grandi en banlieue parisienne. J’ai commencé ma vie dans des tours HLM, puis dans un second temps dans des cités résidentielles truffées de petites maisons, plutôt entrée de gamme, dans un quartier populaire. (sourire) J’étais ce qu’on appelle un petit garçon assez énergique, pas du tout introverti comme c’est le cas aujourd’hui. Je le suis devenu par la force des choses, par l’expérience de la vie. J’étais un enfant très enthousiaste, très bavard, affable et ouvert. C’est ensuite que les choses plus ou moins délicates de la vie m’ont amené à m’endurcir. En fait, tout bien considéré, je n’ai pas forcément grandi dans un environnement « rêvé » puisque j’étais au milieu d’une banlieue parisienne pleine de béton mais lorsque j’ai eu 12 ans, mes parents ont décidé de partir vivre à la campagne, ce qui a changé certains paramètres. Continuer la lecture de ABDUCTION Guillaume Fleury fait son introspec-view (2/2)

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REGGAE TEMPLE D’ISSOUDUN (36) édition 2018, les 19, 20 et 21 octobre

La nouvelle édition du REGGAE TEMPLE d’ISSOUDUN se tiendra cette année encore durant trois jours, suite à l’excellence des éditions précédentes, les 19, 20 et 21 octobre 2018 au PEPSI. Fort de son succès toujours grandissant, le festival, de nouveau remarquablement organisé par Tonnerre Production (Tonnerre Liveen étroite collaboration avec la Ville d’Issoudun et le Conseil Départemental de l’Indreaccueille cette année encore des noms d’un prestige peu commun. Jugez plutôt ! Continuer la lecture de REGGAE TEMPLE D’ISSOUDUN (36) édition 2018, les 19, 20 et 21 octobre

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