AEROSMITH @ HELLFEST, 17 juin 2017

Voici une affaire délicate. AEROSMITH en 2017, plus particulièrement au Hellfest. Difficile besogne que de débuter ce report comme n’importe quel autre et ce pour deux raisons. La première est l’immense respect qu’impose un groupe comme celui des Toxic Twins dont la carrière émaillée de zones de turbulences et de fulgurances n’aura cependant jamais endommagé l’amour sans faille que le public a su porter aux Bostoniens. La seconde raison, et peut-être la plus évidente, demeure cette annonce d’ultime tournée pour AEROSMITH, même si certains éléments plus récents semblent démentir cette publicité à peine voilée. Pour un groupe de cette envergure, la fin du rêve se transformera-t-elle en cauchemar pour qui n’a pas vu Steven Tyler et les siens sur les planches ? Il est donc évident que la tournée débutée officiellement à Tel Aviv en Israel le 17 mai dernier prend des allures d’événement immanquable pour les nombreux fans du combo, notamment les plus jeunes qui n’ont sans doute jamais eu l’occasion de voir « ça » de leur vie. Forcément, la titularisation d’AEROSMITH au Hellfest se veut être LE show à ne pas rater de cette édition, Clisson étant ce samedi soir « the place to be ». D’autant que les dernières années d’activité des membres du groupe ont surtout brillé par l’absence de réels points d’orgue, marquées notamment par un album solo lorgnant vers la country la moins agréable du frontman Tyler plus ou moins bien accueilli par les fans et la critique, We’re All Somebody From Somewhere sorti l’an passé. Quelques disques plus intéressants sont à signaler du côté du guitariste Joe Perry dont un recommandable Have Guitar, Will Travel paru en 2009 et une participation au projet passe-partout HOLLYWOOD VAMPIRES (2015) aux côtés de Johnny Depp et Alice Cooper. De son côté, Brad Whitford, alter ego de Joe Perry, a publié un très joli album, le second, avec son collègue Derek St Holmes en 2016 intitulé Reunion. Dans le camps AEROSMITH, rien de bien folichon. Le groupe n’a fait paraître que deux albums originaux, dont le dernier Music From Another Dimension (2012) est à oublier au regard de l’ensemble de sa carrière, et un autre de reprises depuis le début des années 2000, Honkin’On Bobo paru quant à lui en 2004. Demeure donc un mélange de sentiments pour le moins anxiogène à l’idée de revoir tout ce petit monde sur une même scène avec cette piqûre de rappel en mémoire et le souvenir de récentes déclarations par presse interposée de départ de Tyler, de recherche d’un nouveau vocaliste, de retour puis de dissolution. Bref, les étoiles ne semblent pas vraiment alignées pour AEROSMITH lors de cette tournée d’adieu.

Aerosmith, Mexico, 27 octobre 2016, crédit photo : Carlos Tischler/REX/Shutterstock

Dire que l’ambiance de la pelouse face à la Mainstage 1 est à son comble à 23h30 est un doux euphémisme. Les moins extrêmes ont quitté l’Altar, la Temple et la Warzone pour converger vers le parterre d’une des deux scènes principales qui, à l’heure dite, est archi bondé. C’est au son de « Let The Music Do The Talking », tiré du Done With Mirror de 1985, que la troupe prend place avec ce titre en forme de pied de nez, dont la mise en scène pour le moins sobre enfonce le propos davantage. Le groupe est là pour laisser parler la musique et faire exploser la poudre ! Mise en son correcte sans être parfaite, une partie du public qui sans doute ne connaît pas ce titre ne figurant pas sur le triptyque infernal Permanent Vacation (1987) / Pump (1989) / Get A Grip (1993) reste un peu décontenancée mais se réjouit bien vite avec le survitaminé « Young Lust » de 1989 désormais illuminé comme il se doit par des lights mettant à leur avantage les membres du groupe. Bonne décharge d’adrénaline pour les fans agglutinés en masse autour de l’avant-scène sur laquelle prennent place Tyler et Perry, comme dans les livres d’histoire. Les musiciens qui ont maintenant tous dépassé les 65 ans (avec un joli 69 ans pour le chanteur) ont désormais beaucoup de mal à faire le show comme à la grande époque, ce qui semble bien normal lorsque l’on arrive à ce stade de leur carrière ajouté au passé pour le moins déjanté qui fut le leur en matière de déboires et d’excès en tout genre. Mais alors d’où vient ce sentiment extrêmement mitigé qui s’installe dans le crâne à l’entame du troisième titre, énorme erreur fatale prenant trop vite la forme d’une faute de goût ? La réponse sera rampante comme une limace s’incrustant dès ce « Cryin’ », excellent titre au demeurant mais odieusement placé trop tôt dans la setlist, dans un coin de la tête pour ne plus jamais en ressortir jusqu’à la fin du concert des ‘SMITH. Outre le fait qu’une balade exécutée pratiquement dès le début du show peut s’avérer casse gueule pour l’homogénéité du set, l’impression gênante est donnée d’assister à un concert de personnes âgées dans une maison de retraite. D’anciens rockers qui essaieraient de rester jeunes. Un genre d’atelier du dimanche au sein duquel de vieux copains enfileraient leurs costumes de scène avec nostalgie pour rejouer leurs chansons comme au bon vieux temps, juste après la séance de Scrabble avec Tante Régine et Papy Alphonse.

Crédit photo : MaxPPP

L’impression n’en est que plus renforcée à la vue des musiciens, tellement surlookés que c’en devient embarrassant. A croire qu’il s’agit de masquer l’évidente et redoutable tangibilité des yeux. Un sentiment de malaise s’installe donc maintenant dans la tête qui, la pauvre, n’était surtout pas venue pour subir ce genre de traumatisme. Certes, cette dernière n’avait plus vu AEROSMITH depuis 1997 sur la tournée « Nine Lives » mais tout de même. L’adéquation entre les yeux, le cerveau et les oreilles semble désactivée tandis que le lien affectif entre le groupe et votre serviteur paraît quant à lui quelque peu mis à mal. Où est donc passé le groupe à la classe folle et légendaire ? Disparus le hard rock urgent, contagieux et désinvolte des artistes d’hier ? Il faut désormais se rendre à l’évidente évidence : AEROSMITH est vieux et fatigué. Ce ne sont pas les froufrous, les chapeaux et autres manteaux trois-quart à paillettes qui retireront ce sentiment d’inconfort général. Tout juste servent-ils à masquer la certitude que la musique ne correspond plus à une forme de réalité, celle dont nous avons besoin pour voir AEROSMITH sur scène. Cette débauche d’énergie, ces cabrioles tyleriennes, ce sens du spectacle unique qui fit de ce groupe une légende universelle. Les yeux, les souvenirs, le cœur et les oreilles sont les quatre éléments nécessaires à l’addition magique. Retirez un seul de ces composants et l’opération affiche hélas un tout autre résultat. La dure réalité est maintenant sous nos yeux et ce n’est pas avec le magnifique « Living On The Edge » que cela va s’améliorer. La pêche n’y est pas et toujours cette contrariété de voir le pauvre Steven Tyler tenter en vain de cabotiner « comme avant » mais cela ne semble plus prendre. Si nous ajoutons à cela d’énormes problèmes de son dans les retours à en croire la tête des mauvais jours d’un chanteur tournicotant autour de son batteur, Joey Kramer, semblant se référer plus souvent qu’à son tour à Joe Perry afin d’avoir son sentiment, il devient difficile voire impossible de ne pas décrocher du spectacle. C’est d’ailleurs ce que fait une bonne partie du public relativement vite car la pelouse, si pleine il y a encore 30 ou 40 minutes, est désormais bien clairsemée, exception faite des premiers rangs bien-sûr. Quelques chansons sont néanmoins très agréables à l’oreille, notamment celle chantée (plutôt bien du reste) par Perry, le traditionnel « Stop Messin’ Around » emprunté à Fleetwood Mac, suivi de près par une autre chanson signée Peter Green et les siens, « Oh Well ». Peut-être un peu dispensable mais dans le fond pourquoi pas. L’urticant « I Don’t Want To Miss A Thing » est encore de toutes les setlists en 2017, preuve que plus personne dans l’entourage du groupe ne semble en mesure de marmonner à l’oreille de ces messieurs que quelque-chose ne va pas. Une barrière de verre paraît érigée entre les musiciens et la vraie vie, celle dont ils ne semblent plus être en mesure de quantifier les justes besoins, arc-boutés qu’ils sont sur leur statut de vieilles gloires du hard rock à qui rien ne peut être refusé.

Crédit photo : degemer-photos.com

En découle dans un autre coin de la tête un épilogue musical jusqu’ici caché par crainte de percevoir une réalité qui nous émeut : AEROSMITH est un groupe du passé qui tente en vain de rester dans le coup quoiqu’il advienne, déconnecté de toute forme de réalité et duquel l’entourage semble ne plus avoir la moindre minuscule influence quant à ses désirs de rock star en fin de course. Les clichés sont enfilés comme des perles sur le fil, tel « Dream On » en rappel voyant Steven Tyler sur l’avant scène au piano bientôt rejoint par Joe Perry, surplombant le chanteur les deux pieds bien collés sur l’instrument à cordes frappées dont on devine déjà les marques à la craie sur le couvercle comme sur la date précédente, en attendant le concert suivant. Plus aucune folie, plus de spontanéité, que du calcul pour des papys qui commencent probablement à en faire dans leurs urines presque autant que leurs promoteurs en font dans leur porte-monnaie. Une bien triste fin pour un groupe magistral et légendaire pour lequel rien ne laissait présager ce report ô combien délicat à rédiger et dont l’auteur peine encore à réaliser qu’elles sont maintenant en ligne, lisibles par toutes et tous.

Sad but true.

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