ENTOMBED A.D. « Bowels Of Earth »

« Bah ça alors, quel retour ! Qui l’eût cru !? ». A vrai dire, peu de monde. Après bien des atermoiements voyant le groupe de Lars Göran Petrov changer de personnel comme il change de cordes de guitare, sortir des albums plus ou moins bien accueillis par la critique autant que par les fans – notamment ceux de la première heure – allant même jusqu’à modifier son patronyme en ENTOMBED A.D. pour de sombres histoires de droits avec d’anciens membres du groupe, le formation originaire de Stockholm revient en force à grands coups de death metal old school tel qu’il ne l’avait plus pratiqué depuis… Clandestine (1991), un album cultissime ayant fait suite au légendaire Left Hand Path (1990) dont beaucoup se sont grandement inspirés sans jamais parvenir à trouver l’étincelle provoquant l’embrasement magique de ces deux œuvres. Voilà, c’est dit. ENTOMBED A.D. s’apprête à publier l’album que peu de fans de la première heure n’osaient plus imaginer, même dans leurs rêves les plus humides. Après une ribambelle d’albums voyant le groupe explorer son style, triturer ses idées, ralentir la cadence, revenir en catimini à quelques morceaux bien speedés tout en parvenant toujours à innover jusqu’à se réinventer en engendrant un autre style lui étant propre – le death’n’roll, ENTOMBED A.D. a décidé pour cette rentrée 2019 de lâcher les chevaux et de se faire plaisir en revenant à un son sans doute moins rugueux qu’il y a une trentaine d’années mais d’où découle une cascade de riffs tranchants, racés et terriblement efficaces. Petrov et ses amis renouent de fait avec des titres au tempo dépassant quasiment tous la limitation de vitesse, sans toutefois omettre de restituer avec parcimonie ses éléments de langage les plus récents, au milieu de cette débauche de riffs « evil » et à l’ancienne du plus bel effet. Le son global, s’il est largement reconnu comme singulier et identifiable par toutes et tous, reste cependant assez proche des sorties les plus récentes du groupe, malgré une attitude et une volonté rappelant celles de Clandestine. C’est d’ailleurs de cet album que Bowels Of Earth se rapproche sans doute le plus. Détail plutôt cocasse lorsque l’on se souvient qu’il s’agit là du seul et unique album d’ENTOMBED (A.D. ou non) sur lequel Lars Göran Petrov n’a pas posé sa douce voix et qu’aucun membre du groupe de l’époque n’est encore présent au sein de cette mouture revisitée du gang suédois. Alors bien sûr, certains ne manqueront pas de souligner qu’il pourrait s’agir d’un rétropédalage stylistique, à l’instar d’un METALLICA renouant avec certains aspects de ses origines, lui qui a longtemps juré la main sur le cœur que « les morceaux thrash, speed et longs, c’est du passé ». Seulement voilà, ENTOMBED A.D, en précurseur d’un style qui lui est propre, voire de deux, peut se permettre d’aller et venir de l’un à l’autre au gré de ses envies, tout en restant au service de ses propres compositions et sans jamais passer pour un opportuniste. De même que le célèbre groupe de San Fransisco souvent vêtu de noir et dont le nom vient d’être mentionné, la formation suédoise dispose d’un son, de deux styles musicaux complémentaires et d’une attitude géographique suffisamment incarnée, pour se permettre de jouir d’une équivalente liberté. Peu nombreux sont les groupes, tous styles confondus, à prétendre pouvoir effectuer de tels écarts stylistiques. ENTOMBED A.D. ne s’en prive donc pas et c’est heureux, même si l’approche death metal pur prend largement le pas sur le reste de ses ressources artistiques tout au long de ce nouvel et fort réussi album. A noter par ailleurs l’excellent travail du guitariste Nico Elgstrand qui parvient, au-delà de soli le plus souvent époustouflants, à retranscrire les ambiances et atmosphères aussi glauques que sordides des premières réalisations du groupe. Le père Petrov, quant à lui, fait le job comme à son habitude, s’adaptant à merveille à l’ensemble de ces « nouveaux titres  à l’ancienne » ainsi qu’il l’a toujours fait, avec conviction et savoir-faire. Le bond dans le temps est par moment vraiment tangible, si bien qu’au-delà de la musique elle-même, il est offert aux plus anciens adeptes du groupe – voire du genre – de revivre tout un pan de leur jeunesse en l’espace de 10 titres « 100% pure old school swedish death metal ». ENTOMBED A.D., une cure de jouvence ? Dans le fond, pourquoi pas. Même si les plus sceptiques trouveront sans doute de quoi crier au sabotage et à la trahison d’un groupe poursuivant malgré les embûches et autres peaux de banane son petit bonhomme de chemin, tout en sachant de quelle manière s’y prendre pour se faire plaisir et par là même, faire plaisir aux plus nombreux, y compris les plus récalcitrants. Du moins, espérons-le. Ne boudons pas notre plaisir. Carpe diem.

Bowels Of Earth disponible dès le 30 août 2019 via ce lien

Liste des titres

1 – Torment Remains

2 – Eliminate

3 – Hell Is My Home

4 – Bowels Of Earth

5 – Bourbon Nightmare

6 – Fit For A King

7 – Worlds Apart

8 – Through The Eyes Of The Gods

9 – I’ll Never Get Out This World Alive

10 – To Eternal Night

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On stage with… XAVIER, vocaliste de MALEMORT

CREDIT PHOTO « PICS ‘N’ HEAVY »

MALEMORT, auteur d’un somptueux second album intitulé Ball Trap (2016), est sans doute le groupe français qui monte exponentiellement ces dernières années, sur  disque autant que sur les planches. Un potentiel scénique énorme ayant poussé les organisateurs du HELLFEST à confier l’ouverture de l’édition 2018 du festival de Clisson au groupe de Xavier, chanteur de son état, sur l’une des Mainstages de surcroît. Une opportunité gravée dans la mémoire collective, mais aussi et surtout sur un album live paru en exclusivité ce mois-ci en complément du numéro estival anniversaire des confrères de ROCK HARD. L’occasion de revenir sur le rapport intime qu’entretient Xavier avec la scène, son histoire personnelle liée à celle-ci, ou bien encore les habitudes que sont les siennes autour de son terrain de jeu. Sans omettre quelques réflexions quant à cet incroyable événement  lié au Hellfest l’an passé.

Te souviens-tu de la première fois où tu t’es retrouvé face à une scène, que ce soit lors d’un concert, d’une pièce de théâtre ou lors d’un tout autre événement ? Ou peut-être un souvenir de spectacle de fin d’année étant enfant ?

Je m’en souviendrai toute ma vie. Il s’agissait du Messie (Ndr : oeuvre composée en 1741) de Georg Friedrich Haendel, dans la Cathédrale Notre-Dame de Senlis. Je devais avoir 7 ans. Ma mère en était choriste. Dans l’obscurité du lieu Sacré, j’ai ressenti toute la puissance que peut dégager la musique.

Penses-tu que ce moment face à la scène ce jour-là t’a donné inconsciemment envie d’y bondir et de t’emparer d’un micro ? Ou est-ce venu bien plus tard ?

Absolument pas ! Bien trop hors de portée. Pendant longtemps, ça ne m’a absolument pas effleuré. Il a fallu le miracle du début des 90’s et de l’adolescence, de même que les vhs visionnées avec les potes au prix de cours séchés et la fascinante complémentarité scénique des Guns N’Roses, la puissance de Metallica – le Live Shit (1993), notamment le concert de Seattle sur la tournée … And Justice For All (1988) qui a beaucoup tourné – la maestria de Steven Tyler (AEROSMITH) ou bien encore l’impériale présence scénique de Bruce Dickinson (IRON MAIDEN).

Enfant, étais-tu d’un naturel timide, réservé ou plutôt éloquent et désinhibé ?

J’ai assez vite aimé la discussion, la confrontation des points de vue, mais de là à se mettre en scène, à attirer les regards, il y a un pas que je ne franchissais qu’occasionnellement.

As-tu le souvenir de ta première scène en tant qu’artiste ?

Curieusement, j’ai fait beaucoup de scène, relativement jeune d’ailleurs, car je suivais un cursus scolaire particulier incluant une grosse formation musicale au conservatoire, mais sans ressentir le vrai grand frisson. J’appréciais la puissance ressentie au sein d’un orchestre symphonique, ou la prise de risque que représente une formation plus restreinte comme le quatuor, mais pas de vocation en vue.

Avec le recul, vois-tu la scène comme une évidence pour ton équilibre physique, mental et moral ? Certains artistes y voient comme une sorte de thérapie, d’introspection. Pierre Desproges en parlait même, dans un de ses sketchs, comme d’une thérapie de groupe, même si c’était déclamé sur le ton de l’humour.

Je ne pense pas que dans mon cas je parlerais d’équilibre. Je cherche même plutôt le lâcher prise, la perte de repère, et donc une forme de déséquilibre. Le concert doit permettre d’ouvrir une faille afin de te conduire au-delà du raisonnable, du quotidien. Et c’est ce pas de côté qui fera aussi voyager ton public.

Je crois savoir que tu es professeur de Lettres dans le « civil ». Transmettre son savoir est sans doute le plus beau métier du monde. Peux-tu dresser un parallèle entre cet « exercice scénique » quotidien – ou presque, selon ton emploi du temps ! – et ton rôle de frontman sur scène au sein de MALEMORT ? Y a-t-il des similitudes entre ces deux exercices, même à des degrés différents ?

Il y a effectivement de larges parallèles à tracer. Un bon professeur est un frontman. Il va chercher l’attention jusqu’au fond de la classe, la capte et ne relâche la pression que pour mieux rebondir et rythmer la séance. Son autorité est reconnue car chacun sent qu’il sait où il veut vous emmener. Et bien sûr, il sait théâtraliser son attitude, tout en exprimant une grande sincérité ! Mes deux métiers me donnent parfois l’impression de n’en former qu’un seul. Dans les deux cas, tu es en première ligne, tu fais le show et tu crois totalement en ta mission.

MALEMORT a eu l’opportunité d’ouvrir l’édition 2018 du Hellfest sur la Mainstage. J’imagine aisément que ce fut un moment très, très spécial pour toi, comme pour le groupe. Comment as-tu appréhendé ce show exceptionnel ? De quelle manière le groupe – et toi en particulier – a-t-il préparé cet événement si intense ?

Cet événement est effectivement capital pour tout groupe qui le vit, pour la bonne raison que le Hellfest est le plus beau festival metal du monde. C’est quasiment un lieu de pèlerinage. Jouer là bas, notamment pour un groupe français, c’est recevoir la médaille du travail ! Et cet instant de reconnaissance est d’autant plus important lorsque tu connais les conditions de vie d’un groupe indépendant de metal en France. Avec MALEMORT, nous avons décidé de préparer ce show comme une performance. Nous avons combiné préparation au millimètre en salle de répétition et lors de différents concerts pour la vibration. La seule chose à laquelle nous ne pouvions nous entraîner, c’était l’occupation d’une scène aussi vaste que la Mainstage. Nous aimons remuer, mais nous le faisons souvent sur des espaces très restreints. Certains excellents groupes de club semblent parfois moins efficaces sur des grandes scènes. A mon grand soulagement, nous nous sommes tout de suite sentis à l’aise sur cette grande plaine et nous avons même pris plaisir à la fouler de long en large, nos réflexes habituels de scène fonctionnant finalement très bien à plus grande échelle.

CREDIT PHOTO « PICS ‘N’HEAVY »

Pour rester dans une métaphore scolaire, ton taux d’adrénaline en ce jour de juin 2018 était-il aussi élevé que celui qui est le tien lors d’une rentrée des classes ?

Oh, je suis un vieux briscard, j’ai fait un paquet de rentrées, et à vrai dire, j’aime cette petite montée d’adrénaline. Il en est de même pour la scène. La seule chose qui m’angoisse est la peur de ne pas être en voix. Mais derrière la scène de la Mainstage, une fois que j’ai su que le public était massivement au rendez-vous malgré l’horaire matinal, j’ai senti que nous allions faire un beau concert.

Sans trahir un secret inavouable, as-tu une préparation spécifique avant de monter sur scène ? Des habitudes à ne jamais changer ? Es-tu superstitieux ? As-tu un porte-bonheur ? Es-tu plutôt décontracté ou extrêmement tendu et concentré ?

J’ajuste ma cravate, mes bretelles et je me retrouve dans ma tenue de super-héros frenchie  ! Isolation du monde extérieur grâce à mes in-ear vissés dans les oreilles, chewing-gum mâché à m’en décrocher la mâchoire, un coup d’œil sur le public, un autre sur la setlist, et je bascule…

A part le fait de te souvenir des paroles, à quoi penses-tu sur scène ?

Tu ne crois pas si bien dire ! C’est le pépin qui m’arrive le plus souvent ! Au théâtre, je serais catastrophique… Et comme je chante en français, baragouiner du yaourt est assez vite détectable ! Certaines personnes vivent assez fortement les textes de MALEMORT, et je me dois de ne pas casser leur voyage, même si en réalité, en concert, c’est parfois assez imbitable ! Sur scène, toute mon attention va au public et à l’énergie que je peux lui envoyer. Je fais volontairement abstraction du reste.

Dirais-tu que tu es dans un état second lors d’un concert ?

Une part de moi reste parfaitement consciente, analytique, mais au fil des ans, je suis parvenu à la réduire au tiers, ce qui me paraît un bon ratio. Je contrains l’autre part à la déraison, à la transe.

Y-a-t-il des améliorations qui te semblent nécessaires d’apporter s’agissant de tes prestations scéniques ?

Oh, bien sûr, je suis probablement mon juge le plus sévère, et dans MALEMORT, nous visionnons régulièrement nos concerts pour retravailler ce qui nous paraît mauvais ou perfectible. Un concert est un show, et pas seulement une représentation musicale. Mais ne compte pas sur moi pour t’indiquer les défauts de cuirasse ! Les musiciens sont des soldats, et ils doivent aussi savoir se protéger…

Comment entretiens-tu ta voix ? La travailles-tu régulièrement pour la garder au maximum de ses capacités sur scène ?

Ma voix est à l’opposé de ce dont j’ai toujours rêvé et elle est limitée. Je me suis rêvé en Axl Rose ou en Bruce Dickinson, et je me fais quasiment l’effet d’un Gainsbourg. Attention, j’admire tout le premier versant de l’oeuvre de ce génie. Nous portons tous notre croix ! Mais en même temps, elle dit assez fidèlement qui je suis. Je chante très régulièrement, je m’échauffe avant de monter sur scène, mais à vrai dire, ma voix est aussi têtue que moi, elle fait comme bon lui semble !

Si tu en avais la possibilité, que penserais-tu de Xavier, chanteur du groupe MALEMORT, en le voyant sur les planches tandis que tu serais au milieu du public ? Qu’aurais-tu envie de lui dire ?

Le p’tit gars envoie le pâté comme si sa vie en dépendait, il aime les gens qui sont devant lui, et c’est tout ce qui compte.

Comment gères-tu les imprévus techniques pouvant hélas parfois arriver lors d’un concert ? As-tu un souvenir douloureux ou savoureux à nous conter ?

Depuis que j’ai vu une année au Hellfest le frontman de AIRBOURNE meubler une coupure générale de courant en communiquant avec le public par gestes pendant dix minutes, je considère que peu de choses peuvent nous empêcher de donner un concert. Le public a fait des bornes pour te voir, il n’a pas à pâtir de problèmes secondaires. Les chutes, les vomis en bord de scène, les coups de jus, ça fait partie des inconvénients du métier !

Quelle actualité pour MALEMORT ? Quels projets dans un futur à plus ou moins long terme ?

Nous travaillons maintenant à la composition du troisième album, qui sera assurément audacieux.

Merci infiniment Xavier de t’être prêté à cet exercice. Bon vent à toi et  bonne route à MALEMORT !

Merci à toi pour cette sortie des sentiers battus.

Ball Trap toujours disponible à l’achat numérique ou physique via ce lien

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