SACRED REICH « Awakening »

SACRED REICH, ou le groupe culte disparu bien trop tôt par excellence. Depuis l’inégal mais néanmoins fort bon Heal paru en 1996, le groupe de Phoenix, Arizona, mené par le bassiste-chanteur Phil Rind, n’avait guère donné signe de vie, si ce n’est un album live quelque peu bancal paru en 1997, Still Ignorant (1987 – 1997) – Live, voyant le retour derrière les fûts du fabuleux batteur originel Greg Hall après la parenthèse Dave Mcclain, besogneux cogneur sur les albums Independent (1993) et le déjà mentionné Heal. S’en est suivi une séparation en bonne et due forme jusqu’en 2007, année d’une reformation attendue par nombre de fans de thrash old school, SACRED REICH ayant acquis depuis son départ précipité le statut de groupe idolâtré. Pas de nouveau matériel à se mettre sous la dent depuis cette reformation, si ce n’est un titre publié tout récemment sur un split-45 tours en compagnie d’un des plus sérieux représentants de la jeune garde du revival thrash, IRON REAGAN, sympathique morceau bien qu’il ne restera vraisemblablement pas dans les annales du groupe, ni dans ses setlists futures. Et puis stupeur. Greg Hall, batteur historique du groupe, est congédié par ses petits camarades et SACRED REICH annonce comme par enchantement le retour de Mcclain derrière les fûts, ce dernier ayant quitté le rafiot MACHINE HEAD dont il fit pourtant les belles heures durant plus de vingt ans. Hasard du calendrier, pressions exercées de toutes parts ou opportunisme mal déguisé, voici revenir un SACRED REICH qui avance en reculant, à l’instar d’une équipe de rugby. Effroi supplémentaire lorsque le guitariste rythmique Jason Rainey, pourtant présent depuis les origines du groupe et membre fort estimé des fans de longue date, se voit lui aussi remercié très peu de temps avant l’annonce de la sortie du nouvel album studio, le premier depuis vingt-trois ans. Avouons que cela fait beaucoup de nouvelles pour le moins inquiétantes en peu de temps pour un groupe dont le retour discographique semble attendu de pied ferme par un nombre conséquent de fans, lui que rien ne semblait laisser présager d’un tel renouvellement de personnel en douze années de live saluées par les observateurs. Voici donc venir à nous ce nouvel opus, Awakening, à paraître le 23 août prochain chez Metal Blade Records, avec un brin de scepticisme entre les oreilles. Composé de huit titres, Awakening est un album dont on ne sait pas trop de quelle manière il convient de l’appréhender, SACRED REICH soufflant sur celui-ci le chaud et le froid bien plus souvent qu’à son tour. Si le groupe semble avoir abandonné l’idée de publier des albums estampillés « pur thrash metal » depuis bien longtemps – pour faire court, depuis le splendide et premier album Ignorance (1987), le combo de Phil Rind a toujours su proposer une musique n’appartenant qu’à lui, avec des influences certes évidentes (BLACK SABBATH en tête), mais dont la griffe « made in Arizona » parvenait à prendre le dessus, si bien que la signature artistique de SACRED REICH n’en était que davantage griffonnée. Mais ça, c’était il y a 25 ou 30 ans. Nous sommes désormais en 2019 et le groupe semble s’être attaché les chevilles à son histoire pour y rester figé sans avancer, comme des fers écroués à un passé dont lui-même n’arrive pas à sortir pour transcender sa musique. Un déséquilibre artistique qui ressort assez rapidement dans l’agencement de ces huit chansons, tentant maladroitement d’alterner titres rapides insipides – nous y reviendrons, et morceaux mid-tempo pas désagréables mais tous sortis du même moule, celui des années 90. Voilà tout le problème de ce SACRED REICH du 21ème siècle. Le groupe reste persuadé que son propos musical est toujours pertinent malgré le changement de millénaire, si bien qu’il ne propose rien d’autres qu’une resucée de ce qu’il offrait déjà en mieux à l’époque de The American Way (1990) et sans doute davantage encore Independent, le panache en moins. Oublions par décence l’époque Ignorance dont la hargne viscérale a quasiment disparu de nos jours. En ce sens, le nombre de titres vraiment thrash ne se comptant que sur trois doigts d’une seule main, inutile de trop s’appesantir dessus. Tout juste est-il nécessaire de signaler que les riffs y sont quelconques, voire simplissimes pour ne pas dire amateurs. Mais plus grave encore, une très, très nette sensation de les avoir déjà entendus – en bien mieux  – point extrêmement rapidement dans un coin de la tête, au même titre que la structure des morceaux eux-mêmes. Bref. La déception est là, et bien là. S’agissant des cinq autres titres, nous avons affaire à des compositions heavy/vaguement thrash pas désagréables mais surtout sauvées par la voix de Phil Rind, le valeur refuge ultime de cet Awakening bien maladroit. Le père Rind a sensiblement étendu son registre vocal, n’hésitant pas à monter dans les aigus mais toujours avec cette volonté si caractéristique. Un vrai bon point, le deuxième étant la bien jolie partition livrée par Wiley Arnett dont les soli ont gagné en mélodie et en feeling ce qu’ils ont (un peu) perdu en vélocité. Il cueille son auditoire par ses interventions à de nombreuses reprises. Préparez-vous à la leçon Arnett ! En revanche, nous cherchons encore la valeur ajoutée s’agissant du très jeune et nouveau guitariste, Joey Radziwill. Il était possible d’imaginer qu’un peu de sang neuf apporterait quelques effluves de diversité rythmique. Que nenni. Radziwill ne fait que suivre fidèlement la voix de son maître Arnett, tâche dont s’acquittait déjà fort bien Jason Rainey. Pour la nouveauté, là aussi, on repassera. Quant à la prestation de Dave Mcclain, si elle n’éclabousse pas par son audace ni son inventivité – la musique elle-même ne s’y prête d’ailleurs pas vraiment, cette dernière permet de retrouver l’enthousiasme d’un batteur enfin sorti de l’emprise artistique et psychologique d’un Robb Flynn (MACHINE HEAD) n’ayant probablement jamais semblé autant opportuniste et putassier que durant ces deux dernières années, en témoigne ce « retour inespéré » d’anciens membres de la formation dite classique du gang de San Francisco pour une tournée puante de finasserie. Là encore, la question peut se poser de savoir ce que Greg Hall aurait proposé comme partition, d’autant que le batteur originel possède toujours cette aura particulièrement appréciée chez les fans de la première heure. Un album mi-figue mi-raisin, dont on attendait forcément beaucoup plus qu’un simple ersatz de ce que le groupe a déjà pu proposer lors de ses quatre premières sorties. Tout n’est pas forcément mauvais, loin de là, mais nous étions en droit d’attendre autre chose d’un groupe culte qui restera, quoi qu’il arrive avec ce nouvel album, dans le cercle très fermé des espoirs éternels. Après trente ans de carrière, il y a quelque chose d’étrange à employer de tels termes. Circonspection totale.

Awakening à paraître le 23 août 2019 sur le label Metal Blade Records

Facebook Officiel

Liste des titres

1 – Awakening

2 – Divide And Conquer

3 – Salvation

4 – Manifest Reality

5 – Killing Machine

6 – Death Valley

7 – Revolution

8 – Something To Believe

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NOTHING FROM NO ONE « Requiem For Mankind »

Fondé au début de l’an 2014, NOTHING FROM NO ONE s’est confié pour mission tacite de détruire l’ensemble des scènes qu’il devait fouler. Pour ce faire, le groupe originaire de Montpellier s’est dès le départ donné les moyens de ses ambitions en élaborant un hardcore brutal, sans concession aucune, mais surtout fortement métallisé au milieu duquel surgissent des vocaux éructés sans ménagement. Après quelques maigres atermoiements dus à de légers remaniements d’effectif, NOTHING FROM NO ONE parvient à se stabiliser durablement, se permettant de fouler – et donc de détruire – les scènes aux côtés, entre autres, de SOULFLY, GET THE SHOT ou MERAUDER, non sans avoir omis de publier deux EP remarqués, N.F.N.O (2015) et The Painful Truth (2017), tous deux bien accueillis. Forts de ces expériences, les membres de la formation montpelliéraine s’attellent à l’écriture de leur premier album parallèlement à la signature du groupe sur le fameux label australien 10-54 Records. Ce Requiem For Mankind fraîchement paru le 15 mai dernier ne laisse que peu de places au doute quant à la musique délivrée sur ce disque. Pratiquant son style avec une redoutable efficacité doublée d’une conviction jamais démentie, NOTHING FROM NO ONE assène à l’auditeur sa vérité artistique en l’espace de onze morceaux – dont une intro apocalyptique digne des plus grandes heures du metal-hardcore le plus virulent et une magnifique outro toute en douceur, permettant de reprendre ses esprits après ce déferlement de violence extrêmement bien contrôlée. Pas de place pour la réflexion métaphysique, pas de perte de temps en bavardage inutile, l’idée générale est d’envoyer l’auditeur dans ses 22 mètres au bout de quelques secondes et surtout de ne plus le lâcher en le travaillant au corps. Dans un style pouvant évoquer tour à tour HATEBREED, WALLS OF JERICHO – avec une approche sans doute plus saccadée, ARKANGEL pour ses riffs souvent très métallisés, associés à de furieuses parties légèrement empruntes de beatdown, le combo de l’Hérault ne fait pas décidément aucun quartier. D’autant que NOTHING FROM NO ONE s’est permis d’inviter quelques amis pour vous faire comprendre que vous n’avez aucune chance de résister, parmi lesquels les vocalistes de CAPITAL ENEMY, CRACKDOWN, IRONED OUT et KRAANIUM, de même qu’un certain Billy Milano (M.O.D), bien connu pour avoir engendré avec trois de ses amis l’un des plus furieux et inestimables albums de crossover de la planète, Speak English Or Die (1985), une galette estampillée S.O.D. Il y a là sans doute un peu trop de « featuring » pour un album ne comptant que 9 morceaux chantés, bien que chaque contribution soit parfaitement assimilée à l’ensemble de l’album, celui-ci ne perdant donc rien en homogénéité. D’autant que le groupe s’est adjoint les services d’une pointure du genre pour mettre tout ceci à plat, Alan Douches, bien connu pour son travail avec des groupes tels que SWORN ENEMY, SUFFOCATION, ALL OUT WAR ou PRIMAL AGE. Un album vraiment très solide, compact, inscrit dans la tradition du genre et dont on ne peut raisonnablement pas extirper un titre plutôt qu’un autre, chacun d’entre-eux se révélant sans faille et doté d’une férocité attachante. S’il doit être émis un très léger bémol à cet ensemble rageur à souhait, c’est celui d’un manque d’accélération sur la longueur d’un titre. L’auditeur friand de vitesse se contentera la plupart du temps de morceaux plutôt mid-tempo, tabassés de double pédale et essaimés d’accélérations sporadiques fort bienvenues. Sans doute manque-t-il un vrai titre purement speed, histoire de mettre tout le monde d’accord. Mais c’est là chipoter, cet album accomplissant sa mission avec brio. Avec un tel bagage sous le bras, NOTHING FROM NO ONE peut se permettre de viser haut et juste, tant ce qu’il vient d’accomplir depuis la stabilité trouvée de son line-up il y a deux ans semble n’être que le début d’une longue et belle aventure. Un groupe sérieux dans ses affaires. Massive hardcore rules !

Requiem For Mankind disponible via ce lien

Facebook Officiel NOTHING FROM NO ONE

Liste des titres

1 – R.I.P

2 – Padre Nuestro

3 – King Maggot

4 – The Great Deceiver (featuring Jason – CAPITAL ENEMY)

5 – Uncontrolled

6 – Sensitive Trigger (featuring Rolf – CRACKDOWN)

7 – Bloodshed Scenery (featuring Louis – IROUNED OUT)

8 – Fucked By Life (featuring Jack – KRAANIUM)

9 – Stench Of Corruption

10 – Redemption’s Way (featuring Billy Milano- S.O.D/M.O.D)

11 – Son Of The Mist

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STRONG « Hateful, Fucked up, Ugly, But Still Alive »

A l’heure où STRONG finalise l’élaboration d’un 45 tours comptant 4 titres, tiré à 150 exemplaires seulement et enregistré en compagnie du légendaire Vinnie Stigma (AGNOSTIC FRONT), retour sur le premier album Hateful, Fucked up, Ugly, But Still Alive, paru sur le label Tripsquad Records dont le propriétaire n’est autre que Tim McMurtrie (M.O.D, RHYTHM TRIP), d’un gang auquel on ne la fait plus. Car derrière ce nom pour le moins explicite et sans compromis, se cache une bande de jeunes loups affamés gravitant autour d’une des pierres angulaires de la scène punk-hardcore-industrielle française, Laurent Bizet. Ce dernier, connu pour avoir entre autres offert ses furieux services aux légendaires HOAX ou TREPONEM PAL, se charge de canaliser l’énergie pour le moins débordante de ses jeunes agneaux tout en démultipliant ses capacités à façonner des riffs tuants pour un résultat proche de l’uppercut musical foudroyant. Conscient du statut culte de certaines de ses formations, l’homme Bizet s’est senti comme une envie de revenir aux sources d’une musique – et de son état d’esprit – qui lui a tant donné, celle par laquelle le guitariste semble s’exprimer de la manière la plus naturelle qui soit. Il se met alors en tête de livrer avec l’aide de ses nouveaux sauvageons une musique bien plus épurée que celle qu’il a pu pratiquer au sein de deux de ses anciennes formations parmi les plus célèbres. Le propos de STRONG se veut résolument « in your face », sans compromis ni détente. Si la musique du groupe s’inscrit au plus près d’un état d’esprit très « à l’ancienne », point de nostalgie, de spleen ni d’amertume. Il n’était absolument pas question pour Laurent Bizet de se fourvoyer en proposant une musique passéiste, élaborée sur des bases trop convenues. Bien sûr, après tant d’années à graviter dans ce milieu, certains automatismes du garçon se retrouvent dans l’oeuvre musicale de STRONG, mais jamais au détriment d’une approche résolument moderne. Le tour de force du groupe réside en cet amalgame entre tradition punk-hardcore directement puisée dans l’énergie de groupes tels que DISCHARGE, SLAPSHOT, M.O.D, ou CRO-MAGS – voire NEGATIVE APPROACH – et la modernité d’une production cousue de fil blanc qui sied parfaitement à l’intensité musicale rageuse de STRONG. Mentionné à l’instant comme probable référence, signalons la prestation furibarde du vocaliste Jordan Glancer qui n’est pas sans rappeler celle de Billy Milano dans ses années METHOD OF DESTRUCTION, à l’exception notable d’une approche sans doute plus gutturale et un peu moins nuancée que celle du chanteur du cultissime Speak English Or Die. Il se dégage en effet de la prestation de Glancer une certaine linéarité vocale de laquelle il serait sans doute bien avisé de sortir quelque peu en modulant davantage sa performance pour parfaire une prestation par ailleurs remarquable. Il ne manque que quelques bribes de sorties autour de sa zone de confort pour apporter une valeur d’autant plus ajoutée que Jordan affirmerait là sa véritable signature vocale, personnelle et singulière. Pour rester dans le registre « made in America » de l’album, signalons également la présence de Scott Roberts (THE TAKE, THE SPUDMONSTERS, BIOHAZARD), venu prêter main forte à STRONG le temps d’un solo incendiaire sur le titre « Born In The 60’s » – dont la vidéo est à découvrir à l’issue de cet article. Loin d’être enfermé dans un schéma balisé, le groupe affiche avec ce premier coup de maître ses ambitions, celles de bousculer une scène hardcore hexagonale ayant sans doute un peu oublié ses racines punk, si importantes et fondatrices de tout ce qui s’est ensuite construit autour d’un style musical certes, mais avant tout d’un idéal de vie et d’une certaine manière d’envisager son for intérieur, autant que ce qui l’entoure. On fait les choses parce qu’elles doivent être faites, par pour faire plaisir à certain(e)s ou se faire encenser. Cet état d’esprit sincère et rigoureux ne semble toujours pas faire défaut à Laurent Bizet, même après toutes ces années, et c’est heureux. Gageons qu’il saura transmettre à ses plus jeunes compagnons de route cette même sagesse au travers de sa musique ou ses lyrics. C’est là tout le mal que l’on souhaite au guitariste et à STRONG dans son ensemble. Pour conclure cette humble chronique par une profession de foi si chère à l’ami Bizet : « SUPPORT YOUR LOCAL SCENE ! ». Revigorant.

Facebook officiel de STRONG

Hateful, Fucked up, Ugly, But Still Alive à découvrir sur DEEZER

Liste des titres

1 – Intro

2 – F.T.W

3 – Kings Of Nowhere

4 – Sick World

5 – My Life

6 – Go

7 – Black’n’White

8 – Born In The 60’s

9 – Scars Of Life

10 – Humans

11 – Fuck This Track

12 – The Price To Play

13 – This Is…

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THE PFK « Yeah »

Oubliez les lieux communs concernant la Suisse et notamment le canton de Genève. Genève, la ville, ne se résume pas forcément à son chocolat, au lac Léman et son jet d’eau, ou à ses banques fiscalement avantageuses. Genève, c’est aussi THE PFK, formation pratiquant un punk-rock fortement teinté de hardcore, dont le premier EP intitulé Yeah, paru il a quelques mois déjà, était passé bien discrètement sous les radars de Pré en Bulle. Erreur aujourd’hui réparée et c’est heureux car il eut été dommage de passer à côté d’un EP en tous points réussi. Né en 2016 sur autant de cendres de formations aux styles différents que de membres composant de THE PFK, le groupe genevois élabore et affine ses compositions au rythme des fluctuations de son line-up pour enfin stabiliser celui-ci autour des cinq garçons qui le composent. Très jolie carte de visite, Yeah annonce d’emblée la couleur au son de son title track sous forme d’introduction aux quatre titres suivants, soit un punk-rock teigneux, extrêmement bien interprété, tout en finesse, si bien que l’ensemble s’en trouve terriblement addictif grâce à des mélodies absolument lumineuses, bombardées au milieu de cette furie sonore maîtrisée. Le niveau général des compositions demeure vraiment très impressionnant, mêlant avantageusement puissance de feu punk-hardcore et harmonies mélodieuses de premier ordre. La mise en son, elle aussi, impressionne. Enregistrés chez Conatus Studios, ces cinq morceaux bénéficient d’une dynamique renversante, révélant un limpide travail sur l’ensemble de la production, notamment celui des parties de guitare dont l’effluve dégagée dans le sillon de leur passage impressionne par l’acidulée justesse de leur propos et la trivialité de leurs attaques. Attention, THE PFK ne se résume pas seulement à de chouettes mélodies, divinement interprétées. La vindicte musicale participe à égale hauteur à l’essence du propos artistique. En témoigne ce chant tour à tour éructé dans la plus pure tradition hardcore, ou beuglé plus mélodiquement par cette voix travaillée au papier de verre. Les choeurs, virils et volontaires, sont eux aussi emprunts de cette fougue typiquement hardcore, tandis que la batterie métronomique se permet d’appuyer davantage encore les pêches comme autant de coups de batte de baseball sur la nuque. Un remarquable premier EP qui ne demande qu’à donner naissance à son petit frère que l’on espère aussi enthousiasmant que son aîné. Cinq titres pour autant de réussites. Qui dit mieux ? Du côté de Pré en Bulle en tout cas, la suite des aventures de THE PFK est attendue de pied ferme. Un groupe à surveiller, assurément. Exquis !

EP Yeah disponible en format numérique ou physique via ce lien

Facebook Officiel THE PFK

Liste des titres

1 – Yeah

2 – Hourglass

3 – The Lost Pony

4 – Why

5 – Game Over

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XENTRIX « Bury The Pain »

23 ans après un Scourge bien faiblard, revoici XENTRIX qui vient taper la mesure sur nos platines au son d’un Bury The Pain débarquant dans les bacs le 7 juin prochain. Un petit événement en soi, d’une part parce que le groupe a fait partie des seconds couteaux parmi lesquels beaucoup voyaient en lui un potentiel outsider aux mastodontes du genre à la sortie du très estimé Shattered Existence (1989) et du quasi devenu culte For Whose Advantage ? (1990), d’autre part parce que les formations de thrash metal britanniques ne sont pas légions, à l’exception notable de SABBAT mais aussi et surtout des cultissimes ONSLAUGHT, toujours en activité, EVILE n’arrivant que bien plus tard au sein de la maigre histoire du style « made in outre-Manche ». Toujours mené de front par l’infatigable guitariste Kristian Havard, XENTRIX a une nouvelle fois renouvelé la quasi totalité de son effectif, à l’exception notable du batteur Dennis Gasser, présent lui-aussi depuis le premier album de 1989. De nouveau resserré à quatre membres, le groupe offre sur ce nouvel album un condensé de thrash tel qu’il le pratiquait à ses débuts, à savoir une musique coup de poing très influencée par le géant TESTAMENT. A ce titre, le nouveau vocaliste Jay Walsh – qui s’occupe également de la six-corde aux côtés de Havard, ne déroge pas à la règle de base de XENTRIX : tenter de s’approcher au plus près des vocalises du Chuck Billy des années The Legacy et The New Order. Pas désagréable du tout, mais après une attente aussi longue et un tel remaniement de personnel, sans doute eut-il été plus judicieux de coller un peu plus au présent sans tenter de singer une nouvelle fois le gang de San-Fransisco. Pourtant, il faut bien reconnaître que XENTRIX, s’il n’a de nouveau pas inventé le fil à couper l’eau chaude, sait y faire pour pondre de jolies torpilles thrash le temps de ce nouvel album dans l’ensemble assez up-tempo. Là où For Whose Advantage ? lorgnait davantage vers un heavy/thrash, ce nouvel album marque les esprits par des titres bien plus rapides que de coutume. Attention, le groupe sait aussi se faire plus heavy et mid-tempo le long de titres extrêmement bien exécutés, dont la production puissante et aérée ne fait que renforcer cette sensation de sévérité maîtrisée. Les guitares se taillent évidemment une belle part du gâteau anglais, les rythmiques signées par la paire Havard/Walsh envoyant de sacrés riffs acérés par de jolis coups de poignet « à l’ancienne » que ne renieraient pas… Alex Skolnick et Eric Peterson (TESTAMENT). Alors bien sûr, vous vous demandez pourquoi perdre son temps à écouter un groupe semblant cloner à ce point l’un des meilleurs groupes de thrash en activité tandis qu’il serait nettement plus sain d’écouter l’original plutôt que la copie. La réponse est simple : XENTRIX fait du thrash old school et le fait bien, quand bien même il semble s’approprier la signature artistique de TESTAMENT plus souvent qu’à son tour. Il pratique son art avec une passion jamais démentie malgré une décennie des nineties voyant le groupe sombrer peu à peu dans l’oubli par manque d’inspiration et de motivation. Tout ceci est entendu, mais à bien y réfléchir, pour un seul SLAYER, combien de copies aussi insipides qu’inutiles ? Pour un AC/DC, combien de formations calquées sur la bande à Angus Young, AIRBOURNE en tête ? Par décence, jetons un voile pudique sur le nombre de groupes se réclamant de METALLICA. Laissez donc une chance à ce Bury The Pain vraiment très réussi dans son genre, même si en effet, la nouveauté ne se trouvera pas sous le sabot de Kristian Havard. Mais dans le fond, le souhaite-t-il vraiment ? Pas certain. Le guitariste n’a semble-t-il pas d’autre ambition que celle de se faire plaisir en proposant sa vision de ce que doit être le thrash metal dans sa tradition anglo-saxonne. Qui oserait lui jeter la pierre ?

Bury The Pain disponible dès le 7 juin via le shop de Listenable Records

Liste des titres

1 – Bury The Pain

2 – There Will Be Consequences

3 – Bleeding Out

4 – The Truth Lies Buried

5 – Let The World Burn

6 – The Red Mist Descends

7 – World Of Mouth

8 – Deathless And Divine

9 – The One You Fear

10 – Evil By Design

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CAVE IN « Final Transmission »

28 mars 2018. Une de ces nouvelles qu’on aimerait « fake » dans le fil d’actualités Facebook. Caleb Scofield, le bassiste de Cave In, est mort dans un accident de voiture. Une déflagration dans ma tête.

Flashback. Nous sommes en 1998 et Cave In entre dans ma vie par la grande porte, direct dans le coeur avec la sortie de Until Your Heart Stops, premier vrai album du groupe. Un chef d’oeuvre qui s’encrera dans ma tête pour toujours, subtil mélange de finesse et de brutalité metal/noise, convoquant parfois la pop et des mélodies imparables. Un an plus tard paraît  Jupiter, l’album qui les enverra dans l’espace prog-rock. On a du mal à comprendre, mais on s’y fait. Et puis finalement, on comprend, on apprécie, on hallucine d’un tel changement musical. Cave In aura alors le « privilège » d’intéresser une major (RCA) : Antenna sera leur seul album « mainstream », leur ouvrant les portes du festival itinérant Lollapalooza, de même que la première partie de MUSE sur quelques dates. On trouve de belles pépites sur cet album, et toujours le talent de Caleb Scofield et sa bande pour écrire des chansons comme autant de petits joyaux qui restent scotchés dans le cerveau. S’en suivent deux albums rédempteurs, dont un White Silence (2011) qui sera le chant du cygne des Bostoniens. Un chef d’oeuvre du genre, avec son hymne « Sing My Loves», un des plus beaux morceaux du groupe.

Chacun vaque dorénavant à ses projets, Scofield en tête, puisqu’on le retrouve aussi bien dans le super groupe OLD MAN GLOOM aux côtés de Nate Newton (CONVERGE) et Aaron Turner (ISIS, SUMAC et surtout fondateur du mythique label Hydra Head Records), mais aussi ZOZOBRA, un power trio sludge metal qui nous gratifiera de trois albums essentiels.

Nous voila revenus au 28 mars 2018, et on a mal, tous. On se sent abandonnés. On a envie de se faire des câlins entre fans du monde entier, pour se réconforter. Et les membres de CAVE IN, entourés de nombreux amis, vont nous donner de quoi pleurer avec deux concerts à Boston et Los Angeles en octobre dernier,  retransmis en direct sur internet, comme pour communier tous ensemble autour de cet artiste de génie.

Et puis, on s’était à peine remis qu’un visuel publié par Hydra Head Records a chamboulé les esprits. Nous sommes en avril 2019. Un satellite. LE satellite. Il est blanc, il décolle d’une lune jaune dans un ciel gris métallisé. C’est une ultime transmission. La dernière de Caleb, celle que les membres de CAVE IN vont aller chercher au fond d’eux-mêmes, pour eux, pour nous…

Le label lâche une bombe, un premier morceau, « All Illusion » , ainsi que le lien vers les pré-commandes de l’album Final Transmission, dont la sortie est annoncée pour  le 7 juin.

J’avais acheté quelques mois auparavant des places pour aller voir le groupe à Londres, le 16 avril dernier. CAVE IN gratifiait le public européen de trois dates à Berlin, Londres et au Roadburn Festival néerlandais pour rendre hommage au défunt Caleb Scofield. A l’issue du concert berlinois, la nouvelle tombe : le groupe vend déjà le nouvel album à la merch table. Fébrilité de votre serviteur et des centaines d’autres fans présents le lendemain à Londres. On rentre dans l’Electric Ballroom, on se rend en silence devant la distro. On voit le disque, il est là, on l’achète. Hop ! dans le sac, sous le bras, et maintenant direction le devant de la scène pour le concert de ma vie. On a pleuré, beaucoup. Crié, chanté, headbangué jusqu’à en souffrir. C’est dur pour le groupe de chanter les deux nouveaux morceaux issus du dernier album.  On les regarde droit dans les yeux. On sent l’émotion après le concert en parlant avec les membres du groupe. Nous saluons Nate Newton qui a eu la lourde charge de « remplacer » admirablement Caleb à la basse et aux « cris » (il fournira sur scène une prestation proche de la perfection, tout en pudeur – quand on connait la présence sur scène du Riffblaster General pendant les concerts de CONVERGE, on ne peux que saluer son attitude)

 

CREDIT PHOTO JULIEN MASSON

 

Le lendemain, je rentre à Paris, sans voix, sans cou, vidé, fatigué, électrique. Catharsis parfaitement réussie. Communion totale. A chaud, je pose l’album sur la platine.

Il est là, il siffle, bien vivant, en grattant quelques jolis accords sur une guitare acoustique. « Final Transmission » et cette intro de Caleb, puis un riff à mi-chemin entre LED ZEPPELIN et JOAN OF ARC vient se jeter dans l’immensité du premier morceau, « All Illusion ». A ce stade, on a droit à du très grand CAVE IN, à une synthèse de 25 ans de recherches soniques. Le riff, joué à la guitare par Caleb et à la basse par le magnifique Steve Brodksy, procure une sensation de grande liberté. Il nous emmène vers de nouveaux espaces, comme le groupe a toujours su le faire. Le son est énorme. Brodksy chante comme un ange. Le morceau se termine par le fameux Sonic Death Wall caractéristique du groupe, avant de céder magnifiquement sa place à « Shake My Blood » qu’il m’est encore difficile d’écouter sans avoir les yeux mouillés. On sent que le groupe a donné les morceaux en l’état, ce qui fait leur beauté brute : il fallait que ça sorte. « Shake My Blood » tout particulièrement, avec son introduction ‘jupiterienne’ suivie de son couplet  parlant de « dire au revoir » et « d’attendre de mourir ». Gloups. On en chiale, pas de souci. On se plait aussi à y trouver une ressemblance avec « Innuendo And Out The Others » sur Jupiter (2000). On se dit aussi que JR Conners à la batterie est inégalable dans son style, accompagnant à merveille les mélodies et la basse toujours hyper présente. Un grand monsieur, un énorme batteur.

« Night Crawler » s’ouvre sur un riff lourd, puis s’envole pour offrir un moment que Chris Cornell (SOUNDGARDEN) n’aurait pas renié sur le refrain. Mur de son, vocaux légèrement saturés. Tout est là. C’est nerveux et délicat à la fois. On se repose quelques instants sur « Lunar Day » pour tripper le temps de cette suite d’accords barrés et saturés, limite shoegaze, venant clôturer en beauté cette première face.

C’est alors qu’à l’orée de la face B, on se prend « Winter Window » en pleine face : riff à l’unisson comme les aiment tant Steve Brodsky et Adam McGrath, l’iconique duo de gratteux, puis couplet mid tempo lourd et appuyé comme du MASTODON. A ce niveau, Brodsky est un ange qui pose sa voix sur un morceau d’anthologie. « Instant Classic » comme disent les américains. « Lanterna » est presque une suite directe avec son riff hyper lourd, son tempo martial et un  chant qui emporte tout sur son passage. « Strange Reflexion » vient conclure cet embryon d’album – ou plutôt cet album inachevé, avec une grâce certaine : accordage plus bas que bas, riff massif et guitare qui vrille, tempo délicat, chant  « cornellien » again. Emotion à tout bout de chant.

CREDIT PHOTO DEWI RHYS JONES

À ces huit morceaux enregistrés entre 2017 et 2018, le groupe a greffé une chute de studio de 2010, « Led To The Wolves », un morceau hyper nerveux au tempo breaké qui aurait parfaitement eu sa place sur le sublime White Silence de 2011.

Jamais Final Transmission ne se présente comme la suite directe de Jupiter. Finie la naïveté, nous sommes dans l’émotion totale, la douleur, la noirceur convertie en beauté. Le groupe semblait avoir trouvé un équilibre sur l’écriture. Malgré leurs emplois du temps hyper chargés, les membres du groupe semblent avoir trouvé une vraie ligne directrice sur cet album, en intégrant toutes les différentes expérimentations essayées au gré de leurs albums des deux dernières décennies.

La voix si particulière de Caleb Scofield n’apparaît jamais sur le disque. Fauché en pleine gloire, il emporte avec lui ses fameux cris (écoutez « Trepanning » sur Perfect Pitch Black (2005) pour prendre la mesure de toute sa puissance) et laisse à Steve Brodksy le soin de chanter la douleur de l’ami perdu qui vient de trouver avec cet ultime album une place dans l’histoire… Une place dans l’espace, satellisée à tout jamais aux côtés des musiciens les plus inspirants de ces 25 dernières années.

Jetez-vous sur cet album, il est essentiel. Profitez-en pour redécouvrir une discographie inépuisable, évolutive, pleine de joyaux éternels.

Liste des titres

1 – Final Transmission

2 – All Illusion

3 – Shake My Blood

4 – Night Crawler

5 – Lunar Day

6 – Winter Window

7 – Lanterna

8 – Strange Reflexion

8 – Led To The Wolves

Album disponible dès le 7 juin sur le shop en ligne de Hydrahead Records

Premier extrait de Final Transmission, « All Illusion » :

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