SPHERES « Iono »

La jolie surprise que voilà ! En provenance directe de la région parisienne, SPHERES s’offre avec son premier album intitulé Iono – disponible depuis le 10 mai – une bien désirable carte de visite. Fondé il y a tout juste un an autour du guitariste/chanteur Jonathan Lino, peu après l’arrivée de ses talentueux collègues venus renforcer l’édifice, SPHERES fait montre d’un sacré savoir-faire et d’une insolente agilité pour suggérer les riches et luxuriantes pistes de ses pièces musicales. Suggérer, car le groupe sait prendre le temps de développer ses ambiances, de les soigner et de les poser délicatement, sans brusquer l’auditeur. A la manière d’un TOOL, sans en être une pâle copie, SPHERES essaime ses notes et distille ses arrangements, remarquablement servis par une production aérée et lumineuse, plaçant ce son de basse aussi chatoyant que douillet au centre de l’hémicycle musical. Autour de cette rythmique savoureuse, le travail des guitares est impérieusement enivrant, tandis que le registre vocal de Jonathan Lino oscille habilement entre susurrements – parfois même un brin « vicieux », voix claire faisant ressortir un caractère d’urgence – voire d’instabilité, et chant saturé mettant en lumière l’aspect le plus hargneux de l’éventail vocal du garçon. La musique, dans sa globalité, offre un riche panel de sonorités au milieu duquel s’inscrivent d’incroyables harmonies modernes autant que progressives, combinées à des atmosphères empruntes d’un esprit presque seventies. Pour autant, le propos artistique se veut résolument actuel et pleinement assumé. SPHERES parvient à injecter une bonne dose de technique dans sa musique empirique mais jamais au détriment de la chanson elle-même, comme il est assez souvent coutume de le déplorer sur les albums des petits camarades de sa catégorie confondant parfois vitesse et précipitation. Le groupe parvient à mener sa barque avec une impressionnante maîtrise et un redoutable savoir-faire malgré son jeune âge, tant sur un cours d’eau des plus sereins qu’au beau milieu d’un déchaînement tempétueux des éléments. Des accélérations progressives exécutées avec maestria, pas une once de débauche technique stérile et un sens de la mélodie aiguisé, digne des plus grands noms du genre, tout est maîtrisé à la juste perfection. Non vraiment, rien ne peut être laissé sur le bord de la route tout au long de l’écoute de cette merveille artistique et musicale. SPHERES ne tombe dans aucun piège et semble avoir parfaitement fait sienne la maxime : « le mieux est l’ennemi du bien ». Force est de constater avec éblouissement et révérence l’assimilation complète par le groupe de ses bases et influences que sont probablement MASTODON, OPETH ou le déjà cité TOOL, tout en s’en étant affranchi, pour un premier effort aussi remarquable que bienheureux. L’assurance musicale dont fait preuve SPHERES à l’issue de ce premier album laisse présager d’un futur radieux au sein de cette scène progressive alternative dont il risque fort de ravir les premières places du classement  hexagonales si les têtes d’affiche actuelles n’élèvent pas sérieusement leur niveau de jeu. Pas une seconde d’ennui, aucun temps mort et une incontrôlable envie d’appuyer de nouveau sur la touche « play » du lecteur au terme de l’écoute de cet album renversant. Vraiment très impressionnant !

Iono disponible à l’achat via ce lien

Facebook officiel de SPHERES

Liste des titres

1 – The Cimmerian Ghost

2 – Mars

3 – Television Nation

4 – Break Loose

5 – Stellar

6 – Silk Road

7 – The Thing

8 – Sound City

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POSSESSED « Revelations Of Oblivion »

Inutile de revenir longuement sur le statut culte de POSSESSED. De son empreinte aussi indélébile que démoniaque, le groupe californien a dessiné les contours de la base d’une partie non négligeable de la musique metal moderne. La trace que laissera Jeff Becerra dans l’histoire de la musique extrême avec ses acolytes de l’époque sur l’album Seven Churches (1985) est véritablement gigantesque, de celle qui comptera dans les décennies, voire les siècles à venir, de même que celle de l’immense Chuck Schuldiner auquel on n’a eu de cesse que d’opposer le groupe DEATH à celui du désormais handicapé moteur vocaliste de POSSESSED. Encore une course à l’échalote qui ne rime à rien. Les bonnes vieilles habitudes des aficionados de heavy metal ont la vie dure. Pourquoi diviser ou opposer tandis qu’il est tellement plus sain d’unifier ? Un mystère insondable de la scène metal. Un de plus. POSSESSED revient donc avec un nouvel album intitulé Revelations of Oblivion, à paraître le 10 mai, première véritable trace discographique inédite depuis 1987 et un mini-album plutôt convaincant, avant un split suivi, à la manière d’un MÖTORHEAD, de divers compilations et albums live plus ou moins attrayants. Du glorieux line-up des années 80 ne subsiste désormais que Jeff Becerra, frontman de toute façon indissociable de POSSESSED. La première chose qui frappe à l’écoute de ce nouvel album franchement très attendu reste cette production absolument magistrale qui réussi l’exploit de combiner cet aspect méphistophélique et rugueux typique à une approche nettement plus actuelle, pour ne pas dire moderne. Le son s’est considérablement étoffé depuis The Eyes of Horror (1987) et davantage encore depuis Seven Churches. Si modernité rime avec tradition, le propos musical du groupe reste cependant assez similaire à celui qu’était le sien durant les 80’s, si ce n’est un net durcissement du tempo, globalement soutenu, des chansons. C’est en cela que réside sans doute la force de ce nouvel album. Là où la production souvent limite des premières sorties de POSSESSED desservait bien souvent sa musique, celle de cette cuvée 2019 transcende totalement celle-ci. La clarté des guitares permet d’insuffler une dynamique titanesque à l’ensemble des compositions, permettant de ce fait de maintenir quelques gimmicks propres aux années 80 sans que cela sonne daté le moins du monde – ce son de toms orgasmique et ses descentes typiques de la grande époque ; une madeleine de Proust ! Musicalement, nous avons donc affaire à du POSSESSED pur jus dévoilant parfois de faux airs du PESTILENCE « old school » pour un résultat véritablement ébouriffant, à savoir un thrash abrasif et inspiré, flirtant avec le death, tous les codes inhérents aux styles étant respectés. L’ami Becerra reste fidèle à ce qu’il a toujours proposé, c’est-à-dire un chant plaintif et pervers, presque au bord de la rupture. Toutefois, le chanteur s’aventure sur des terrains plus mélodiques bien plus souvent que par le passé. Le résultat s’avère assez jubilatoire, il faut bien le reconnaître. S’il est un seul maigre point en deçà du reste à relever, c’est celui d’une légère faiblesse durant la seconde moitié du disque, notamment le temps de ce « Omen » qui s’essouffle un peu du haut de ses presque 7 minutes. L’ambition de POSSESSED montre un peu ses limites lorsque le groupe s’aventure sur un terrain moins foncièrement bourrin et plus fouillé. Ceci dit, rien de bien grave en soi. Becerra et les siens parviennent tout de même à maintenir un niveau de composition suffisamment élevé, de sorte qu’ils ne perdent pas l’auditeur après cette petite sortie hors piste. Tout juste notera-t-on que les dernières compositions sont peut-être un peu moins percutantes que celles de ce début d’album absolument assassin. Une très belle surprise tout de même que ce nouvel album de POSSESSED dont on n’attendait pas forcément grand chose mais qui parvient à revenir d’entre les morts de la plus belle des manières. A écouter d’urgence !

Revelations Of Oblivion disponible dès le 10 mai 2019 via ce lien

Liste des titres

1 – Chant Of Oblivion

2 – No More Room In Hell

3 – Dominion

4 – Damned

5 – Demon

6 – Abandoned

7 – Shadowcult

8 – Omen

9 – Ritual

10 – The Word

11 – Graven

12 – Temple Of Samael

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