SPLIT BRAIN « Discours Idylliques »

Lancée en 2008, l’aventure SPLIT BRAIN synthétise au travers d’un premier album intitulé Discours Idylliques l’ensemble des efforts fournis depuis sa création, laps de temps qui l’aura vu publier trois mini-albums. Après quelques bouleversements de line-up, celui-ci parvient à se stabiliser, lui permettant par là même de se produire sur scène et de figurer désormais au catalogue du label Juste Une Trace. La musique de SPLIT BRAIN se veut être un échantillonnage de ce que le metal d’aujourd’hui propose, celui que l’on nomme « modern metal ». Doté d’une production qui sied parfaitement son propos, Discours Idylliques est suffisamment bien agencé pour ne pas lasser son auditoire, puisant sans vergogne dans le panier de ses influences sans pour autant les pasticher. Le propos musical se veut sombre et torturé, tandis que les lyrics affichent une gravité pleine de fatalisme, d’autant que ceux-ci sont chantés en français, sans doute le point faible de l’album. Si la voix de Rémi, du moins certaines de ces intonations et son phrasé, semble parfois fortement imprégnée de celle de Reuno Wangermez (LOFOFORA), l’ensemble des paroles rédigées par ses soins laisse trop souvent échapper une petite odeur vaguement similaire à celles du vocaliste de LOFOFORA, la percussion vocable en moins. Il n’est déjà pas aisé de chanter en français mais il est d’autant plus difficile de rédiger des textes profonds et inspirés tels que les élabore Wangermez. Dans le cas de SPLIT BRAIN, on assiste davantage à un exercice de style consistant à aligner des tournures de phrases se voulant bien troussées mais dont le résultat tombe le plus souvent à plat, l’utilisation parfois excessive d’oxymores et de rimes riches vraiment trop évidentes rendant l’ensemble un peu léger, presque candide. Le maniement de la langue de Molière reste une arme à double tranchant. Soit le parolier est capable de fulgurantes punchlines sur la forme et d’un véritable travail de réflexion dans le fond, à la manière d’un Bernie Bonvoisin (TRUST) ou du précité Wangermez, soit le couperet tombe et l’on se retrouve avec des lyrics enfonçant des portes ouvertes à grand renfort de figures de style maintes fois éprouvées, oxymores prévisibles, métaphores faciles et autres rimes riches dignes d’un niveau de 6ème, comme le pratique avec maestria Mouss Kelai (MASS HYSTERIA). S’agissant de SPLIT BRAIN, il lui est sans doute nécessaire de prendre un peu de hauteur et de trouver sa voie en matière de textes. Le voici pour le moment dans une position bien inconfortable d’où il devra se sortir pour enfin trouver son chemin, sa véritable personnalité et par là même son salut. Ceci étant précisé, Rémi possède un éventail de modulations des plus convaincants, capable de s’engouffrer dans les profondeurs d’un growl abyssal, d’enchaîner immédiatement avec de très légers murmures, à peine susurrés, tout en s’aventurant avec brio dans un registre nettement plus proche d’un MASS HYSTERIA. Pour le reste, la musique ne souffre d’aucun véritable désagrément. On y passe de forts jolis moments, même si l’on attend parfois que l’ensemble se soulève et se révolte véritablement par une accélération foudroyante ou un break assassin. Les accélérations ne sont pas nombreuses mais ont le mérite de renvoyer l’auditeur dans les cordes (mention spéciale à la petite speederie « Machine infaillible » qui fait un bien fou, avec son magnifique break et sa reprise survoltée). Il est difficile de ne pas reconnaître le très chouette travail des guitares pour lesquelles le rendu jaillissant des mains de Arnaud Bascuñana – au Studio 180 de Paris – permet d’offrir une écoute des plus optimales, notamment au casque. A noter d’ailleurs quelques réminiscences guitaristiques issues du death metal « à la suédoise » pas déplaisantes pour un sou. Un album vraiment agréable si ce n’est ce léger souci de textes, pour le moment le cul entre deux chaises. L’importance des choix s’avérera donc décisive à l’heure de l’élaboration du second album. A suivre de très près.

Album disponible dès le 17 mai 2019 via ce lien

Liste des titres

1 – Coulisses de la pensée

2 – Discours idylliques

3 – Caste aveuglée

4 – Corps meurtri

5 – Critique sceptique

6 – Coupables inavouables

7 – Patience latente

8 – Machine infaillible

9 – Violence gratuite

10 – La valeur d’un homme

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PRESS GANG METROPOL « Point Blank »

PRESS GANG METROPOL. Derrière ce nom un peu étrange se cache l’un des derniers frissons musicaux découverts récemment par votre bien humble serviteur. Pourtant fondé dès 2006 et auteur de plusieurs sorties remarquées, dont un premier album Checkpoint paru en 2012, la formation niçoise propose depuis quelques jours un second opus baptisé Point Blank, sur lequel les ingrédients demeurent globalement identiques à ceux de la première sortie, à la différence notable qu’en 2019, un assombrissement prononcé du propos est sorti du ventre de la bête. Pas que Checkpoint laissait entrevoir une séance de stage diving sauvage à la FISHBONE, mais Point Blank appuie nettement sur la pédale du spleen bienheureux, celui qui plonge dans un état de mélancolie puisée au tréfonds du métabolisme. Si la conception des chansons de PRESS GANG METROPOL s’articule bien souvent autour de la basse à l’omniprésence aussi hypnotique que redoutable de Christophe Baudrion, l’enchevêtrement des pistes de guitare dans leur plus simple appareil entrouvre quant à lui une porte sur un horizon plus dépouillé, davantage emprunt d’une poésie cathartique, un aspect moins tangible sur le premier album dont l’influence parfois très prononcée de David Bowie n’est sans doute pas étrangère à ce constat. Bien sûr, certains ne manqueront pas de déceler dans la musique du groupe ses plus évidentes influences, à commencer par THE CURE dont le son de basse directement emprunté à celui de Simon Gallup est aussi jouissif qu’une carie à soigner pour un dentiste. Le sensibilité du nouveau vocaliste Sébastien Bernard offre un aspect bien plus épais, délaissant quelque peu les intonations « à la Bowie » de son prédécesseur au profit d’une voix davantage ancrée dans la profondeur, la gravité. Nick Holmes (PARADISE LOST) ou Dave Gahan (DEPECHE MODE) ne sont pas très loin. Il s’en dégage une assise vocale plus sûre et fluide, en parfaite adéquation avec la musique glaciale concoctée pour ce Point Blank. Paradoxalement, la musique de PRESS GANG METROPOL, si elle semble avoir gagné en maturité de par son approche épurée ce qu’elle a perdu en candeur – voire en une certaine forme de naïveté juvénile, offre une richesse qui poussera l’auditeur à puiser dans ses ressources pour en toucher le substrat du bout des doigts. L’oeuvre proposée ne livrera sans doute pas toute sa diversité et sa richesse lors des premières écoutes. Elle suppose un apprivoisement pour enfin en livrer son essence. La musique de Point Blank ne se donne pas comme une fille facile. Elle se mérite. Cet amalgame entre un rock sombre, une new wave directement empruntée aux earlies 80’s et des sonorités plus récentes atteste de la richesse de l’album proposé par le groupe. Les amateurs de JOY DIVISION – et par extension NEW ORDER, THE CURE, ou SIOUXIES AND THE BANSHEES devraient pouvoir se retrouver autour du feu avec ceux de PARADISE LOST, notamment de la période One Second / Host, ou NINE INCH NAILS auxquels j’ajouterai bien volontiers ceux de XTC, DEPECHE MODE ou LORDS OF THE NEW CHURCH. S’il est un seul reproche que l’on peut éventuellement faire valoir auprès du groupe, c’est sans doute celui de ne pas varier suffisamment ses tempi avec pour conséquence de ne pas fouiller avec davantage de profondeur ses ambiances lorsque celles-ci pourraient sans nul doute délivrer une palette de couleurs d’autant plus riche que le genre pratiqué par PRESS GANG METROPOL s’y prête extrêmement bien. Rien de bien grave en somme, le moment passé à écouter cet album n’est pas perdu, bien au contraire. Voici donc un disque aux vertus florissantes dont il est bien difficile de ne pas avouer, et sans aucune torture, qu’il compte parmi les sorties les plus réussies de ce premier semestre de l’année. Foncez !

Album disponible via ce lien

Liste des titres

1 – Empty Playground

2 – Outshined

3 – Stalemate

4 – Orphans

5 – MMT

6 – Eternally

7 – Diva

8 – Sovereign

9 – The Place You Own

10 – Unraveling

11 – Vertigo

12 – With Our Love

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BLIND WISDOM « Blind Wisdom »

Fondé en 2015 sur les terres occitanes de Perpignan, BLIND WISDOM a fait paraître tout récemment – au mois de mars – la première partie d’un concept album dont l’écriture de la seconde moitié semble déjà bien avancée. Sans titre, cette première offrande composée de cinq chansons laisse deviner l’amour que portent les quatre membres du groupe pour le power/heavy metal allemand, GAMMA RAY et surtout HELLOWEEN en tête. Si la production globale du disque s’avère à la hauteur pour une première sortie, malgré une mise en son de la batterie laissant sans doute trop d’espace à la grosse caisse, le plus souvent doublée, au détriment du reste des éléments, à commencer par la caisse claire perdant par là même en impact et en efficacité, nous aurions souhaité davantage de grain dans le son des guitares pour une attaque au médiator plus incisive. Quelques réglages sonores sont donc à prévoir pour la suite de cet album au concept encore un peu flou à l’heure de la rédaction de cette chronique, ne disposant ni des textes des morceaux, ni du thème abordé. Qu’importent les détails, la musique fait son œuvre. En cela, le pari est relativement bien tenu. Si l’empreinte des références allemandes précitées reste sans doute un brin trop présente, celle de HELLOWEEN notamment, l’ensemble des titres se laisse écouter sans aucun désagrément. Les morceaux proposent un heavy metal le plus souvent rapide, aux couplets travaillés tandis que les refrains restent accrocheurs dans la grande tradition du style. Le doublement des voix demeure une des valeurs ajoutées à ces chansons parfois à tiroirs, tandis que d’autres foncent tête baissée sans faire de quartier. Il est à noter un très joli travail au niveau des soli de guitares, elles aussi dans la plus pure tradition des références du style. Alors bien sûr, certains ne manqueront pas de remarquer une forte similitude entre la voix de Christophe Marty et celles de ses forts probables idoles que demeurent Michael Kiske, Kai Hansen ou Ralf Scheepers, mais le garçon met tout son cœur à l’ouvrage et ne peut en aucun cas être taxé de clone usurpateur sans panache. Il est nécessaire de voir au travers de cette sortie ce qu’elle est, un premier essai, par définition pas exempt de défaut. Certes, l’influence est immense – ce qui vaut pour le vocaliste vaut également pour l’ensemble de l’oeuvre et de ses artisans. BLIND WISDOM use et abuse sans doute un peu de celle-ci mais la volonté et la passion sont bien là. La personnalité et la griffe artistique du groupe s’affinera sans aucun doute au fur et à mesure des sorties que Pré en Bulle lui souhaite nombreuses. A noter également un très bel artwork signé Laurent Metivier. Les morceaux ont quant à eux été enregistrés au Höly Höme Studio de Bages, cependant que leur mastering s’est déroulé au Record It Studio de Perpignan. Très encourageant !

Liste des titres

1 – Every End Is A New Beginning

2 – Battle

3 – Poison And Wine

4 – Whistled Wind

5 – Enslaved

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